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reconnues en 4767 par le capitaine Wallis, qui a donné le nom de Zoscawen à l'île des Cocos, et celui de Xeppel à l’île des Traîtres. Les mêmes navigateurs recon-, nurent encore plusieurs autres îles, notamment quatre petites îles avant d'aborder à la partie de la Nouvelle- Guinée qui est aujourd'hui nommée Nouvelle-Irlande ; trois autres petites îles, couvertes d'arbres el situées dans les mêmes parages, avaient également reçu la dénomination d'ies F’ertes. ï
Pendant que ces découvertes s'accomplissaient, divers points de la grande terre qui reçut le nom de Nouvelle-Hollande étaient reconnus par d'autres navigateurs hollandais, tels que Nuyts, Witt, Carpenter, Édels, Hertog, ete. Bientôt Jacques L'hermite fait à son tour d’utiles explorations aux environs du cap Horn, et remonte la mer Pacifique, pour aller mouiller à Guam, le 26 janvier 4625 , sans avoir toutefois marqué cette traversée par aucune découverte.
Mais un autre navigateur de la même nation hollandaise, Abel Tasman, allait éterniser son nom, en découvrant les terres auxquelles il donna les désignations de Z’an-Diémen et Nouvelle-Zélande ; Vile des Trois-Rois, placée par 34 degrés 12 minutes de latitude sud, et 190 degrés 40 minutes de longitude, à la suite et dans l'ouest d’une longue côte qu’il avait prolongée depuis la baie des Assassins de la Nouvelle-Zélande ; l'île Pylstaart ou des Canards-Sauvages, située par 92 degrés 35 minutes de latitude sud, et 204 degrés 13 minutes de longitude; l'île d'Amsterdam, que le capitaine Cook a ensuite nommée île Tonga-Tabou, l'une des Amis; plusieurs autres îles des Amis, quelques-unes desiles Vitiou Fidji, lesîles Ontong-Java, par 8 degrés 2 minutes de latitude sud; les îles du Prince Guillaume , l'île de Rotterdam, depuis nommée 4namoucka; les îles Marck, à trois journées desîles Onlong-Java ; les îles Antoine, Caens, Gardener et Vischers. 11 prolongeait aussi une partie de la côte de la Nouvelle-Guinée,après avoir vu l’île Schouten, et rentrait à Batavia, le 45 juin 1643.
Vingt ans plus tard, l'Anglais Cowley reconnaissait les îles Gallapagos près de l'équateur et leur donnait des noms particuliers. Un autre navigateur de la même nation fut plus heureux ou plus habile, le célèbre Dampier, qui, du reste, fort jeune encore, avait été un des compagnons de voyage de Cowley; il explore la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée, découvre deux îles qu’il nomme, l’une i/e Mathias, l'autre l'Orageuse, à cause des tourbillons et des coups de vent w’il y essuie; reconnaît la côte orientale de la Nouvelle-lrlande et la côte méridionale de la Nouvelle- Bretagne, en franchissant, le premier, le détroit auquel est légué son nom, el qui sépare cette dernière terre de la Nouvelle-Guinée. Il sort de ce détroit pour découvrir ensuite les îles de la Couronne, du Volcan, et quelques autres. Il ne borne point là sa gloire ; il veut dans un troisième voyage partager celle d'un autre de ses compatriotes, l'amiral Wood-Roggers, qui pénètre de la mer du Nord dans celle du sud, en doublant le cap Horn.
Wood-Roggers visile les îles Gallapagos, franchit
l'océan Pacitique dans sa largeur, se rend aux îles Mariannes, et revient en Europe, après avoir , doublé le cap Horn, dans un moment où les Espagnols mettaient une si grande importance à la possession du détroit de Magellan, par lequel ilscroyaient tenir la clef de la mer du Sud.
Deux ans après, la reconnaissance des îles Palaos ou Pelew est commencée par François Padilla. Vient ensuite Legentil de la Barbinais, qui, parti des côtes de France en 1614, passe le détroit de Le Maire et se rend au Pérou, d'où il fait voile pour les îles des Larrons, et revient de là en Europe, sans avoir fait aucune addition nouvelle à la géographie.
Cet honneur était réservé à l'amiral hollandais Roggewin, qui, en 1722, découvre: 10 l'île de Pâques par 27 degrés 4 minules de latitude sud, et 112 degrés 6 minutes de longitude ouest du méridiende Paris,
île que le capitaine Cook a revue en 1770, et qu'il a nommée Easter ou Pâques; (1) 20 les îles Pernicieuses, par 14 degrés 4 minutes de latitude sud, à 800 lieues de course depuis l'île de Pâques, îles basses où Roggewin perdit un vaisseau, ce qui lui fit donner le nom de Pernicieuses ; 39 l’île Aurore, à 8 lieues des îles Pernicieuses du côté de l’ouest ; 4° l’île de Vesper ou du Soir, située dans le voisinage ; 50 le Labyrinthe, groupe de six îles, de 30 lieues de tour, à 25 lieues à l'ouest des îles Pernicieuses. et qui paraît être le même que celui auquel le commodore Byron a donné le nom d'îles du Prince de Galles; 60 la Récréation, par 16 degrés de latitude sud, et 155 degrés 20 minutes de longitude ouest; 70 les îles de Bauman, par 15 degrés de latitude sud, et 173 degrés de longitude est; 80 l’île Solitaire, à une journée et demie des îles Bauman ; 90 les îles Tienhoven et Groningue, assez considérables, et vues quelques jours après l'île Solitaire; 10° enfin les mille îles, dont un grand nombre sont encore à retrouver.
Ici s'arrêtent les entreprises dont l'unique but était la recherche de nouvelles terres et de productions rares. En effet, le voyage d'Anson, véritable expédition de flibustiers, ne fut d'aucun avantage pour la géographie, si ce n'est de procurer quelques détails sur divers mouillages peu connus. Un laps de temps de plus de quarante années s'écoule avant que le goût des découvertes maritimes se ranime en Europe. L'objet alors en devient plus précis; les connaissances nautiques seront perfectionnées, etla configuration du globe sera mieux étudiée. Quatre navigaleurs anglais et un navigateur français ouvriront cette nouvelle carrière de gloire scientifique, savoir : Byron, Wallis, Carteret, Cook et Bougainville.
Le commodore Byron trace le premier la configution exacte du détroit de Magellan, et en dresse une carte détaillée. Il découvre ensuite dans la mer du Sud, et près de l'archipel Dangereux, les îles qu'il nomme îles Désappointement, parce qu’il ne peut y aborder et y prendre les rafraîchissements que leur aspect semblait promettre. Soixante-neuf lieues plus loin dans l’ouest, il découvre deux autres îles qu'il nomme îles du Roi Georges, mais que les indigènes appellent iles Tivkea. I voit ensuite, entre l’île Pernicieuse et le labyrinthe de Roggewin, une île à laquelle il donne le nom d’ile du Prince de Galles. Continuant à voguer à l'ouest-nord-ouest, il trouve deux petites îles, à l’une desquelles il donne le nom de Duc d'York, landis que son équipage appelle l’autre ile Byron.
Byron était à peine de retour en Angleterre, que le capitaine Wallis part avec le capitaine Carteret pour les mêmes parages de la mer du Sud. Dans leur navigation séparée, le premier de ces marins aperçoit et nomme successivement l’île de la Reine Charlotte et l'île de la Pentecôte au sud-est de l'archipel Dangereux ; il trouve aussi l’île de ce groupe qu'il nomme ile Egmont. Enfin, le 19 juin 1767, il découvre la fameuse île de Taïti, à laquelle il impose le nom d'i/e de Georges III, qui ne lui est pas resté. Il voit ensuite les îles qu'il nomme Scilly et Lord-Hood, les îles Boscawen, Keppel, Wallis, etreconnaît les îles Pescadores.
Pendant ce temps, son compagnon Carteret découvre de son côté l’île qu'il appelle f'éécairn, nom d'un de ses officiers ; l’île qu’il nomme Ævéque-d’'Osnabruck, les îles de Gloucester; et reconnait les îles de la Reine Charlotte, qui ne sont autres que l'archipel de Santa- Cruz de Mendana. Il signale encore les îles Gower, Simpson, Carteret, Hardy, Winchelsea ; il fait une reconnaissance exacte du détroit qui sépare la Nouvelle- Irlande de la Nouvelle-Bretagne, et le nomme canal Saint-Georges. I découvre, en outre, plusieurs autres iles a l'ouest de la Nouvelle-lrlande, comme la Nouvelle-Hanovyre, les îles Portland et celles de l'Ami-
(1) La Pérouse devait revoir l'ile de LS DRE" Le
- rauté. En revenant en Europe il fait toute la géogra-
phie orientale de la côte de Ceélèbes, et rentre enfin dans sa patrie en passant devant l'Ile-de-France, le cap de Bonne-Espérance et l'île Sainte-Hélène.
Dans les mêmes années, notre célèbre Bougainville, après avoir restitué aux Espagnols les îles Malouines, où il avait fondé un établissement, franchit le détroit de Magellan, entre dans la mer Pacifique, la remonte jusque sous le tropique du Capricorne, fait ensuite route à l'ouest, et découvre les îles qu'il nomme les Quatre-Facardins, les Lanciers, la Harpe; les onze îles auxquelles il assigne la dénomination générale d’archipel Dangereux; visite la belle Taiti, qu'il nomme la Nouvelle Cythère, et dont il fait une description enchanteresse; découvre l'archipel des Navigateurs; retrouve les terres du Saint-Esprit de Quiros, qu’il appelle Cyclades; reconnait plusieurs des îles Solomon; et termine ses nombreuses découvertes par les îles de la Louisiade, des Anachorètes et de l'Echiquier.
Enfin l’astre du Capitaine Cook jette un éclat éblouissant sur la scène du monde maritime. Ce modèle des navigateurs modernes se livre pendant trois voyages aux plus brillantes explorations; il découvre ou vérifie une multitude d'îles ou d’ilots, qu'il serait trop long de mentionner ici; relève la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, qu'il appelle Nouvelle-Galles du Sud; nomme et décrit les îles Sandwich, où une fin tragique termine sa glorieuse carrière.
Une autre célébrité non moins infortunée, c'est La Pérouse, dont les travaux géographiques eussent rivalisé avec ceux de Cook, s'il avait pu revoir la France. Ses papiers envoyés du Kamtschatka et de Botany-Bay nous ont appris qu'il avait découvert plusieurs îles dans le Grand-Océan, entre autres l'île Necker et quelques-unes de l'archipel des Navigateurs, outre de remarquables explorations sur la côte nordouest d'Amérique, sur celles du Japon, et dans la Manche de Tartarie.
Vers le même temps, le capitaine anglais Georges Bligh découvre au sud de la Nouvelle-Zélance le petit groupe des îles Bounty, l’île Whytoutaki, plusieurs des îles Fidji, un nouveau groupe au nord des Nouvelles-Hébrides,' qu'il nomme {les Banks, et plusieurs îles nouvelles dans le détroit de Torres. Un autre de ses compatriotes, Edward Edwards, envoyé en 1790 à la recherche des compagnons mutinés de Bligh, découvre dans les mêmes mers les îles Ducie, Hood, Carysfort, York, Clarence, Grenville ou Rotouma, Mitre et Cherry. |
Une spéculation commerciale fait partir de Marseille, en 1791, le capitaine Marchand, qui va reconnaître les îles Marquises de Mendoca ou de Noukahiva (1), que
.peu de semaines auparavant venait de visiter l'Amé-
ricain Ingraham , comme encore allait les voir dans la même année le capitaine anglais Vancouver, fameux par sa reconnaissance détaillée de la côte nordouest d'Amérique.
C'était aussi vers le même temps que le général d'Entrecasteaux, un de nos hommes de mer qui ont rendu le plus de services à la géographie, envoyé à la recherche de La Pérouse, reconnaissait toute la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie, plusieurs des iles Salomon, le canal Saint-Georges, les îles de l’Amirauté, l'archipel Santa-Cruz, toute la partie septentrionale de la Louisiade, diverses îles au nord de la Nouvelle-Bretagne, une partie de la Nouvelle-Guinée, savantes explorations dans lesquelles se trouve comprise la découverte d'un grand nombre d'îles jusqu’àlors inconnues.
Nous voudrions pouvoir citer également les travaux de l'Espagnol Malespina, mais les persécutions qu'il éprouva de son gouvernement ne lui permirent pas
(1) Ces îles de Noukahiva lorment aujourd'hui (1852) le Botany-Bay de la France. C'est là qu’elle enverra désormais ses déportés. | Ë A, M.
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de les publier. Nous indiquerons en passant les expéditions dé Portloëk et Dixon, et de Méares, sur la côle ford-ouést d'Amérique; celle de Wilson, qui, chargé de conduire en 1696 des missionnaires dans Ja Polynésie, découvrit les îles Crescent, Gambier, Serles, parmi les îles Basses; plusieurs îles dans l'archipel Fidji, notamment les îles Middleton, Direction, Ross, Clusters et Farewell; le groupe de Duff, près Santa- Cruz, et les îles Tucker, swede, Sisters, et les treize Iles dans les Carolinés.
Ainsi se términent les découvertes maritimes de la fin du dix-huitième siècle. Le commencement du dixpeuvième se déroule d'une manière non moins éclatante pour la navigation. Le capitaine français Baudin ét le Capitaine russe de Krusenstern ouvrent les deux premiers cette nouvelle période de conquêtes pacifiqués. Baudin relève près de la moitié du lilloral de ce vaste continent appelé Nouvelle-Hollande (1), et qui formé aujourd'hui le point central de la cinquième partie du monde. Pendant le même temps, le capilaine Flinders exéculait sur les côtes de ce continent des réconnaissances non moins estimables, tandisque Krusenstern suivait ses explorations dans les mers boréales et dans l'océan équatorial, frayant ainsi la route aux découvertes que son lieutenant Kotzebue allait réaliser quinze ans plus tard, dans les mêmes parages, découvertes parmi lesquelles il faut placer en première ligne la chaîne des îles Radack.
Pendant que les États-Unis de l'Amérique du nord essayaient leur marine contre les flottes britanniques, et pendant que l'Américain David Porter, naviguant sur le Grand-Océan, visilait les îles Gallapagos et de Noukahiva, la France allait continuer son rôle brillant d'expédilions lointaines, en faisant partir suecessivemént les capitainesde Freycinet et Duperrey, et deson côté l'Angleterre soutenait une noble et digne rivalité, en faisant relever par le capitaine King loutes les côtés de la Nouvelle-Hollande qui n'avaient pas encore été bien exactement explorées; puiselle en voyait le capilaine Becchey dans les mêmes mers, notamment vers le détroit de Behring, d'où le même navigateur devait porter son assistance à d’autres explorateurs de la même nation, qui cherchaientau nord-ouest de l'Amériqué un passage, objet jusqu'à présent de si longs el de si opiniâtres efforts, en grande partie couronnés de succès par les capitaines Franklin, Parry et Ross.
RELATION
Traversée de Toulon à la Nouvelle-Hollande.
Tel était sommairement l'élat des découvertes ma-
ritimes, lorsque fut commandée l'expédition nouvelle :
dont nous avons maintenant à rendre comple.
Le capitaine Dumont d'Urville reçut à cet effet, en décembre 1823, le commandement de la corvelte l4strolabe, destinée à explorer quelques-uns des principaux archipels du Grand-Océan, où a Coquille, comimandée par M. Duperrey, n'avait pu séjourner, et plus particulièrement les côtes «le la Nouvelle-Zélande et celles de la Nouvelle-Guinée. Les instructions du voyage portaient que Dumont d'Urville, prenant sa route dans l'Atlantique vers l'hémisphère austral, et parvenu au süd du cap de Bonne-Fspérance, se dirigerait directement vers le détroit de Bass, qui sépare Ja Nouvelle-Hollande de la terre de Yau-Diémen, el gagnerait le port Jackson, chef-lieu des établissements anglais dans la Nouvelle-Galles du sud. Dumont d'Urville devait de là.se rendre à la Nouvelle-Zélande, aux iles Tonga-Tabou, puis aux îles Fidji, à la Nouvelle-Calédonie, à la Louisiade et à la Nouvelle-Guinée, pour visiter les côtes de la Nouvelle-Bretagne, ensuite cher-
(1) C'est aujourd'hui l'Australie proprement dite, avec la terre dé Diémen, aussi nôrninée Tasmanie, A. M.
cher les îles Carolines et en explorer la partie oecidentale; enfin pour revenir de ce point à File-de- France, et opérer son retour à Toulon.
En explorant des terres encore peu connues, d'Urville avait également la mission de rechercher les traces de La Pérouse et de ses compagnons d'infortune. Un capitaine américain avait vu, entre le$mains des nalurels d'une ile située dans l'intervalle de la Nouvelle- Calédonie à la Louisiade, une croix de Saint-Louis et des médailles qui lui avaient paru devoir provenir du naufrage de l'illustre navigateur. Ce faible indice pouvail amener à quelques découvertes, el rendre à sa patrie quelqu'un des malheureux naufragés. Ces indications avaient été communiquées à Dumont d'Urvillle. On n'avait encore aueune connaissance des rensergnements du capitaine Dillon, parvenus en France longstemps aprés le départ de /’4strolabe, renseignements desquels il résultait qu'un matelot prussien, laissé aux îles Fidji en 1813, avait vu à l'île Tukopia deux Européens qu'il supposait être Français, dont un était armurier et l'autre charpentier, tous deux très vieux ; ce matelot prussien ajoutait qu'il existait beaucoup de sabres, de piques, de cuillers d'argent à Tukopia. Le capitaine Dillon avait rapporté une poignée d'épée. Plus tard, la Compagnie des Indes orientales le chargea de retourner sur les lieux pour explorer les îles Malicolo, où l'on supposait que s'étaient perdus les deux bâtiments français, et en ramener les naufragés qui pourraient être encore vivants, mission que ce capitaine remplissait donc en même temps que le capitaine d'Urville terminait la sienne.
Dumont d'Urville venait dé recevoir à Toulon les livres, les cartes el les instruments nécessaires à un voyage de long cours, avec une collection de médailles en argent et en bronze, et divers objets d'échange,
La corvette /a Coquille, dont la solidité venait d'être éprouvée par le voyage de M. Duperrey, qui avait eu Dumont d'Urville pour ‘second, fut mise à la disposilion de ce dernier, et prit lé nom de /’4strolabe, c'està-dire celui du vaisseau que montait La Pérouse. Elle reçut un équipage de quatre-vingts hommes dont douze personnes d'état-major, parmi lesquels nous citerons MM. Jacquinot, lieutenant de vaisseau, Lottin , Greissien et Guilbert, enseignes de vaisseau. Les naturalistes et officiers de santé étaient MM. Quoy, Guaimard êt Lesson, et le dessinateur, M, de Sainson. Il y avait en outre trois élèves de marine. L'équipage fut au complet le 47 rvril 4826, etle25 on fit voile de la rade de Toulon, en se dirigeant vers le détroit de Gibraltar.
Le 27 on avait en vue l'île de Minorque, et le 1er mai on découvrit les terres de Carthagène et la chaîne élevée des montagnes de Grenade dominant la côte orientale de la Péninsule ibérique. Le soir du même jour on vit le cap de Gates et la petitéîle Alboran, dont le sol est très bas et dénué de grande végélation.
Le 3 mai on découvrit les hauleurs du rocher de Gibraltar et du mont aux singes, formant ce qu'on appe-. lait jadis les colonnes d'Hercule, vers la partie resserrée du détroit qui sépare l'Europe de l'Afrique, et joïnt la Méditerranée à l'Océan. Parvenue à l'entrée de ce détroit, la corvette /’{strolabe eut à lutter dix-neuf jours contre La force du courant, et la dérive faillit la faire échouer au fond de la Mal-Bay, à quatre où cinq cents toises au sud-est de Torre-Nueva. L'ancre fut relevée de cette station périlleuse, et put tomber le 21 au mouillage de Carnero où Sandy-bay, sous le rocher dé Gibraltar.
Dumont d'Urville s'empressa d'aller rendre visite au consul de France ét au gouvernéur anglais, duquel il obtint sur-le-champ la permission de visiter les forts. Il put comtempler à loisir ce rocher fameux, percé dans {toute son étendue de casemates, de magasins et de batteries et défendu par plus de six cents pièces de canon de gros calibre, fortifications qui né pourraient être énlevées que par la famine ou la trahison, et qui le furent en partie à l’aide de celle-ci, quand l'Espagne dut les céder à l'Angleterre. Une race de singes, analogue
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à celle qui habite la côte d'Afrique, parcouraitles flancs de ce rocher inaccessible. D'Urville ne manqua point de visiter la grotte de Saint-Michel, célèbre par ses gigantesques effets de cristallisation. visita aussiles jardins qui forment une promenade délicieuse, et reposent la vue fatiguée du spectacle monotoneetsanvage du mont qui les couronne. D'Urville évalue à vingt mille âmes la population de Gibraltar, composée d'Anglais d'Espagnols, d> Génois et de Juifs. La force de la garnison est d'environ cinq mille hommes de troupes régulières.
Le 25 mai, la corverte alla mouiller devant Algésiras, pelite ville malbâtie et malpropresur la côté d'Espagne, mais où une eau abondante est amenée par un aqueduc traversant plusieurs ravins considérables. Dans le voisinage de cette ville se voit encore Femplacement de l'antique cité Maure, sur les débris de laquelle les Castillans semèrent du sel, dans l'espoir superstitieux qu'il n’y croîtrail plus rien.
Après avoir visité le pont de la Mayorga et le pittoresque village de Saint-Roch, perché sur une colline dépourvue d’ombrages, et où beaucoup d'Anglais viennent passer l'été, d'Urville, de retour à bord de /’4strolabe, fit voile de Gibraltar, doubla la pointe la Perle el la pointe Acebuche, passa devant Tarifa et se trouva bientôt à deux lieues au nord de la ville de Tanger sur la côte d'Afrique. Le 12 juin on aperçut les îles stériles de Salvages, petit groupe dont M. Lottin leva le plan détaillé, et qui sont couvertes d’une légion innombrable d'oiseaux, avec quelques broussailles rampantes sur les hauteurs. Le 44 on élait mouillé sur la rade de Ténériffe, une des îles Canaries.
Dès le lendemain, le commandant de /”{strolabe se mit en route, afin d'aller gravir le fameux pic de Ténériffe. Harrivale 16 juin à Mantanza, endroil renommé par les désastres des Espagnols, qui combattaient contre les Guanches, anciens habitants de l'île. Le 17 il était à la petite île d'Orotava, d'où il fallut commencer à montér par un chemin très raide et pavé de laves glissantes. D'Urville eut occasion d'observer, à mesure qu'il s'élevait, les diverses régions de végélaux, depuis Le maïs jusqu'à la bruyère et au cytise. Enfin il alteignit le pic à travers les laves, et eut devant les yeux le magnifique spectacle des îles voisines et de l'océan Atlantique.
On se rappelle que le pic de Ténériffe était dans l'origine un énorme volcan dont la bouche avait près de trois lieues de diamètre. 11 y eut des affaissements successifs, et bientôt il ne resta plus que le cône immense qui à pris le nom de pic. I n'y a pas plus de trente ans qu'il y eut des éruptions et qu'il vomit les laves.
Le 21 juin, d'Urville repartit de Ténériffe pour gagner les îles du cap Vert, devant lesquelles il arriva effectivement le 28. Il avait apercu à sept lieues de dislance l'île de Mai, qui est nue, généralement bassé el bordée d'une ceinture de brisants. La corvette franchit le canal qui sépare celte île de Santiago et alla jeter l'ancre à La Praya, dont la ville et le fort sônt assis sur une éminence qui entoure un vallon planté de quelques palmiers et cocotiers, ce qui constraste avec la sécheresse et l'aridité des montagnes voisines, spectacle modifié toutefois plus avant dans l'intérieur, où l'on rencontre des sites agréables. Santiago présente le même tableau stérile que La Praya, sauf un petit vallon qui semble mis dans ce cadre de rochers, comme une oasis au milieu du désert.
Le 30 juin, la cor vette perdit de vue la terre et vogua au sud-sud-est pour couper la ligne équinoxiale, le 20 juillet suivant, sans oublier la joyeuse cérémonie du baptème des novices et les lihations qu’il exige, Le 31, on distinguait les rochers de Martin-Vaz et l'île de de la Trinité, que l'on doubla par le sud, en contemplant le gros rocher de onze cents pieds de hauteur, incliné, isolé et nu, qui se montre vers la partie cecidentale et qui a reçu des Anglais le nom de Pain-«e- Sucre, et au re duquel se trouvent les deux seuls mouillages de l'ile, si toutefois, comme le fait remarquer d'Urville, on peut les appeler ainsi. La Pérouse s'y
était arrêté en 1785. Près de là est un rocher de forme cylindrique, haut de huit cents pieds sur quatre-vingts ou cent de diamètre, presque entièrement détaché de la masse de l'île, tour naturelle qui ressemble à une autre Babel. L'île parait totalement stérile, sauf une maigre verdure à l'anse du sud-est et quelques bouquets d'arbres dans les ravins.
Le 31 juillet, on quittait ce rivage, et le 2 août on passait le tropique du Capricorne. Le ciel et l'atmosphère n’offraient plus ce ton vaporeux et blanchâtre qui distingue d'ordinaire les régions équatoriales ; ils ne devaient plus revêtir que la pureté claire et sereine deszônestempérées. Le 4, par 27 degrés 30 minutes de latitude sud, le premier albatros se montre, les damiers et les pétrels deviennent communs; on court par un temps magnifique et une mer très belle sur la position assignée à l'île problématique de Saxembonrg, et l'on n'aperçoit rien, d'où l'on peut conclure que cette île n'existe pas.
A mesure queil'on avance vers le sud, les damiers, où espèce de pétrels, deviennent nombreux el on en prend par douzaine à la ligne, pendant qu'ils viennent se promener maladroitement sur le pont du navire. Le 15 on passe à distance du cap de Bonne-Espérarite , que l'on double sans s’y artêter , et l'on est presque sans cesse accompagné par les lempêtes d'hiver de l'hémisphère austral. La corvette cingle près des îles Saint-Paul et Amsterdam, sans les apercevoir, parce qu’il faisait un temps affreux. On sait qu'elles gisent par 39 degrés de latitude sud, et 70 degrés de longitude est.
Le 5 octobre, on aperçoit les côtes sud-ouest de la Nouvelle-Hollande; bientôt on se trouve devant les caps Leuwin et Hamelin, qui apparaissent alors comme des mondrains élevés et blanchâtres. Le 6, on avait passé à un mille de la pointe Hilliers de Flinders et gouverné sur le cap Horn. En approchant de ce cap onreconnaîtunecôle tristeet stérile, maisbientôton distingue parfaitement le Peak-Head et l'île de Eclipse, points qui annoncent le port du Roi Georges, silué au sud-ouest de la Nouvelle-Hollande. La corvette /’A4strolabe, rangeant l'ile Seal et l'île de l'Observatoire, mouille enfin dans ce beau port, au hâvre de la Princesse Royale, après cent huit joursde navigation, sans avoir vu depuis les îles du cap Vert aucune autre terre que celle de la Trinité, mais sans toucher nulle part. Cette relâche, après un trajet de quatre mille lieues terrestres, élait d'autant plus désirable que l'équipage venait de passer la moitié de ce temps au milieu des orages et d'une mer houleuse. La vue d'une côte riche de verdure, ombragée de beaux arbres et baignée par des flots tranquilles, constrastait d'une manière frappante avec le tableau de l'Océan toujours irrité sur sa nappe uniforme.
Où trouva d'abord dans ce port les baleiniers qui y résident temporairement, et qui allaient fournir abondance de poissons à l'expédition francaise.
Nous ne dirons que peu de mots sur les habitans du port du Roi Gecorg-s. Ces naturels, peu nombreux et divisés en petites tribus d'au plus vingt individus chacune, sont en général d'une faille au-dessous de la moyenne, onties membres très maigres et très exigus, sans doute par suite de leur abstinence fréquente et forcée; ont la tèle grosse, les narines aplaties et écartées, la bouche grande, très fendue et oruée de belles dents, les cheveux frisés sans être laineux, la barbe rare et noire, la couleur générale entre le noir peu intense et le noir rougeâtre. Ils vivent de racines, de lésards el de serpents, comme de tout ee qu'ils peuvent rencontrer. Le kangarou leur fournit quelquefois sa chair pour aliment et sa peau pour unique vêtement, qu'ils portent sur l'épaule en forme de manteau court. Ces indigènes de la terre du Roi Georges sont très frileux, et, pour se préserver du froid, ils ont toujours avec eux un bâton de banksia desséché qui brûle lentement comme de l'amadou ; il le meltent soit entre les jambes, soit sous leur manteau. IIS en enflamment souvent
Saiute-Croix de Ténérifte,
les lieux où ils passent et causent ainsi de vastes incendies. Voilà pourquoi on ne peut faire un pas dans l'intérieur des terres sans être noirci. Les huttes sont des niches arrondies et formées de branches d'arbres recourbées que l’on recouvre de feuillage. En un mot ces naturels vivent dans une profonde misère, et cependant ils ne manquent pas de gaîté.
En quittant le port du Roi Georges, la corvette /’4strolabe fit voile pour le port Western, déjà connu par le voyage de Baudin ; elle y arriva le 12 novembre 1826. Ce port, silué dans le détroit de Bass, est vaste et formé par deux grandes îles nommées, l’une ile des Francais, et l'autre ile des Anglais. Le sol est peu élevé et sablonneux. On n'y trouve que très peu d’eau douce. À
La végétation est maigre et petite. On rencontre sur la plage bon nombre de cygnes noirs, de pélicans et de canards. On trouve aussi dans les terres un animal qu'on n'avait rencontré jusqu'ici que sur l’île de Van- Diémen . et qui s'appelle le koala. Les phoques abondent, el les jeunes, aussi caressants que les petits chiens, bêlent comme les chevreaux, et viennent sans crainte lorsqu'on les appelle. La mer paraît très poissonneuse.
La corvette /’Astrolabe quitta le port Western le 19 novembre 1826, pour se rendre au port Jackson, dans la Nouvelle-Galles du sud. Elle passa le 20 novembre devant le promontoire Wilson, et fit une courte
station près des îles d'Hogan, ayant l'île Redondo et les deux îles Moncur directement à l'ouest du Monde. Le 25, elle reconnut, l'entrée de la baie Twofold et le mont Dromadaire avec ses sites charmants et ses ombrages délicieux. Elle relâcha trois jours dans la baie de Jervis, qui offre un bon mouillage du fond duquel on ne voit plus l'entrée, de manière que l’on est environné entièrement par les terres. Ge port n'est qu’à environ treute lieues du port Jackson, et à quinze lieues des plaines de Cow-Pasture. La végétation y est vigoureuse; on remarque de belle forèts qui viennent finir sur le rivage et qui recèlent un grand nombre d'oiseaux, notamment de perruches. Cette baie abonde en poissons, surtont en squales. Malheureusement elle n'a presque pas d’eau douce, et c'est pour celte raison, sans doute, que les Anglais n’y ont point fait d'établissement
La corvelte faisant voile de ce port arriva dans la baie de Sydney, au port Jackson, le 2 décembre 1826. C'est à partir de ce point que les grandes opéralions de la campagne de d'Urville commencent; mais il y aura séjourné pendant quinze jours, afin de renouveler ses provisions, el il auraconsacré deux chapitres entiers de son voyage à retracer l'histoire, les progrès et l'état actuel de la Nouvelle-Galles du sud, chapitres dont nous nous bornerons à rappeler quelques faits dans le peu de mots qui vont suivre.
On pénétra dans les belles forêts où l'infortuné Marion fut massacré,
Nouvelle-Galles du sud.
Après avoir perdu ses colonies aux Etats-Unis de l’Amérique du Nord, l'Angleterre songea sérieusement à une autre contrée pour y envoyer l'écume de sa population, notamment ses malfaiteurs. Le capitaine Cook, dans un de ses premiers voyages, avait fait un portrait séduisant de la rade et du voisinage de Botany- Bay; cette contrée où l'hiver commence au mois de mai, le printemps au mois de septembre, l'été en novembre et l'automne en mars. Ce fut done vers ce point que le gouvernement britannique porla ses vues. En effet, la position était admirablement choisie : une intervalle immense existait entre elle et les colonies européennes les plusrapprochées; la population indigène élait aussi chétive et rare que misérable; d'un autre côté, Botany-Bay, à distance à peu près égale des comptoirs de l'Inde. de la Chine et de l'Amérique, offrait de précieux avantages au commerce et à la navigation.
Une flottille de neuf bâtimens, sous le commandewent d'Arthur Phillip, désigné pour être le gouverneur du nouvel établissement, fit voile d'Angleterre en 1786, el arriva le 20 janvier 1788 à Botany-Bay, avec environ mille déportés. Phillip jeta les fondements de la ville de Sydney; bientôt les semences d'Europe se naturalisèrent, et l’on fit d’abondantes récolles. De nouveaux
criminels furent amenés avec de nouvelles provisions. Une seconde ville, celle de Paramata, fut fondée en 1791. De nombreux transports se succédèrent; des marchés s'établirent dans les deux villes naissantes, et la pierre à chaux, découverte dans l'île Norfolk, où l'on avait établi une sorte d'annexé de Botany-Bay, permit aux habitans d'agrandir et de consolider les bâtisses. En 1792 commença à circuler le premier numéraire de la colonie. De véritables colons arrivèrent aussi d'Angleterre ; on jeta les fondements d'une église à Sydney :
les défrichements s étendirent sur une grande échelle,
et déjà en 1795 le maïs mürissait sur les bords de la rivière Hawkesbury, lorsqu'en 1796, pour passer des besoins physiques aux plaisirs, se montait le premier spectacle à Sydney même.
Dans la même année un nouveau gouverneur, Hunter, succédait à Phillip, et faisait dresser le premier recensement des personnes et des bestiaux de la colonie. Une imprimerie était organisée, et les ordres du gouvernement étaient livrés pour la première fois à la presse. Deux navires allaient être construits au port Jackson, et un commerce d'échange prenait du développement. Un vaisseau arrivait en 1801 par le détroit de Bass avec des marchandises européennes, et, un an plus tard, l'expédition française commandée par le capitaine Baudin allait trouver dans la Nouvelle-Galles du sud environ quatorze mille convicts ou colons eu-
ropéens. Dès le mois de mars 1803 une gazette commencçait à paraitre à Sydney, en même temps que le gouverneur King fondait à Van-Diémen les villes de Hobart-Town et de port Dalrymple. En 1809 L: gouverneur Lachlan Macquarie agrandissait la ville de Sydney, eten fondait cinq nouvelles dans l'intérieur des terres. La route de Sydney à Paramalta était rendue propre à la circulation des voitures publiques ; en 1811 paraissait le premier almanach de la Nouvelle-Galles du sud. En 1814 on traversait les fameuses montagnes bleues jusqu'alors jugées infranchissahles, et au-delà on découvrait des plaines immenses el uñe rivière sur les bords'de laquelle, en 1814, on établissait la ville de Bathurst à cent trente-six milles de Sydnéy, capitale où dans la même année se fondait la première banque australienne, tandis que, l'année suivante, allait se rendre le premier jugement en forme contre un déporté coupable d'un nouveau crime.
Alors déjà la population de la Nouvelle-Galles du sud et de ses diverses dépendances excédait vingt mille âmes, dont seize mille dans la Nouvelle-Galles du sud proprement dite, et le reste dans la terre de Van-Diémen. Ce fut peu de temps après que l'Uranie parut devant le port Jackson. Le gouverneur Brisbane avait remplacé Macquarie et continué l'ouvrage de son prédécesseur. Il fut en 1825 remplacé à son tour par le major général Darling, et c'est ce dernier que Dumont d'Urville a trouvé en fonctions en arrivant dans celte colonie, qu’il a vue presque doublée depuis le passage de Baudin, en population ainsi qu'en richesse, après quarante ans d'existence. Aujourd'hui même, 1852, l'Australie anglaise, comprenant la Nouvelle-Galles du sud, les établissements au sud et au sud-ouest de Ia Nouvelle-Hollande, ainsi que la terre de Van-Diémen, comple près de soixante mille habitants, non compris les indigènes qui sont très peu nombreux, et sur lesquels d'Urville a recueilli de curieux détails dont nous RhpOrlerOns nou plus que quelques traits substantiels.
Ces indigènes se distinguent par familles, qui ne reconnaissent d'autorité que celle des plus anciens. Is n'adorent ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles ; ils n'ont de respect pour aucun animal particulier, oiseau ou poisson; néanmoins ils paraissent avoir une idée de la vie future, bien qu'elle n'ait aucune influence sur leur vie présente. Les deux sexes ont une taille au-dessous de Ja moyenne, les membres longs et grêles, notamment les individus qui habitent les bois, et qui sont obligés de grimper souvent sur les arbres pour chercher du miel ou des animaux. Armés d'une pelite bache en pierre, ils font des entailles dans les arbres et, se tenant de la main gauche, parviennent quelque fois à cent pieds de hauteur. Les hommes ont les traits durs et repoussants, la narine percée pour y introduire un os où un roséau, les cheveux ébouriffés et la barbe longue. Les femmes ne manquent pas d'une certaine délicatesse, ni mème d'une certaine pudeur.
La couleur dé la peau est d'un noir euivré. Les deux sexes se la frottentg'huile de poisson qui les rend très puants. Ces sauvages garnissent leurs cheveux d’os de poisson et d’oiséau, de plumes, de morceaux de bois, de queues de chien et de dents dé kangarou ; ou bien ils setressentlescheveux avec de lagomme, ce qui les rend analogues à des bouts de corde. Is se barbouillent aussi le visage de terre rouge pour combattre, et de terre blanche pour danser. Ils ont en outre les flancs marqués par des lignes blanchés, et le corps empreint de larges cicatrices.
Les femmes, dans leur première jeunesse, sont obligées de se couper deux phalanges du petit doigt de la main gauche; les jeunes filles qui n'auraient pas subi cette mutilation seraient traitées avec mépris. De leur côté les hommes s'arrachent une dent incisive de la mâchoire supérieure. Du reste, il n'existe dans ces deux sexes ni bossus ni torlus.
Les habitations ne consistent guère qu'en de simples branehages fixés en terre et imparfaitlement abrités. Le
foyer est placé à l'entrée, et l'intérieur est fort sale. Les naturels s'y étendent pêle-mêle, hommes, femmes et enfants. Ils font très peu de cas des maisons européennes, ils prétendent dormir plus à leur aise dans leurs huttes misérables. Les indigènes de la côte ne vivent guère que de poissons, et les hommes et les femmes se livrent à la pêche dans leurs pirogues en chantant quelques airs monotones. Ceux qui vivent dans les bois et sur les bords des rivières n'ont pour ainsi dire d’autre aliment que la racine de fougère et les fourmis, ou les œufs d'insectes. Ils sont très sales dans leur nourriture, et dévorent aussi bien les vers, les chenilles et la vermine, que tout autre aliment.
Les mariages se font d'ordinaire par enlèvement. Le garcon qui veut'épouser une jeun fille la cherche dans une tribu étrangère, et même ennemie de la sienne. Il tâche de surprendre l'infortunée en l'absence de ses protecteurs naturels ; il la renverse d'un coup de cassetête, dont il lui meurtrit également les épaules, la gorge et autres parties du corps, en faisant à chaque coup jaillir le sang; il l'entraîne ensuite dans les bois avec loute la violence et la vitesse dont il est capable, sans s'inquiéter des blessures que les rochers, les cailloux ou les morceaux de bois peuvent lui faire dans la route; enfin il arrive au milieu des siens, viole la jeune fille en leur présence, et la déclare alors sa légitime épouse. La tribu de la jeune fille cherehe à son tour des moyens de vengeance, et en manquerarement. Celle coutume est universelle, et les enfants déjà s'y exercent au milieu
| de leurs jeux.
La femme demeure esclave. Si la tribu voyage, les hommes sont en avant ; et s'ils rencontrent des Euroéens, les femmes doivent se tenir à l'écart. La plus égère offense de la femme envers le mari est punie d'un coup de casse-tête : le sang coule et souvent même le crâne est fracturé. Quelquefois, mais rarement, la compagne ainsi maltraitée rend blessure pour blessure ; mais toujours, après la querelle, les époux se rapprochent et se réconcilient commes’ilavaient constamment véeu en parfaite harmonie. D'un autre côté, le mari peut avoir autant de femmes qu'il en désire ; toutefois ce nombre n'excède celui de deux que parmi les tribus les moins misérables.
Dans l'accouchement, le nouveau-né arrive au monde par la seule action de la nature, et sans que la mère obtienne aucun secours des femmes qui l'environnent ; on lui verse seulement par intervalle de l'eau froide sur le bas-ventre. Quelques heures après les couches, elle marche déjà, et va même chercher du bois pour alimenter son foyer.
Après six semaines, l'enfant recoit un nom d'oiseau ou de poisson, ou de tout autre objet le plus fréquemment sous la vue ; il n’y a pour cela aucune cérémonie. A huit ans les enfants s'essaient déjà à ravir les petites fille comme leurs pères ontenlevé leurs mères, et ils ne se montrentguère plus tendres ni plus humains. A douze où quinze ans on leur perce les narines pour, ÿ introduire un morecau d'os ou de roseau. C’est à cet âge qu'on leur arrache aussi une des dents dedevant, opération qui est accompagnée d'une assez longue cérémonie, dont d'Urville expose tous les détails.
Dès que les jeunes gens sont parvenus à la virilité, ils s'exercent à manier les casse-têtes, à se provoquer et à supporter la douleur. Le sang versé entraine toujours une punilion parmi les guerriers; l'agresseur est exposé aux coups de lance de ceux qui veulent le frapper. El y a plus : à la mort d'une personne, homme ou femme, vieille ou jeune, on inflige aux amis du défunt une punition comme s'ils étaient coupables de ne avoir point conservé à la vie; quand le mari meurt, tué par un aulre, sa veuve est contrainte à le venger sur quelqu'un des parents de celui qui à causé sa mort.
En général, les indigènes de la Nouvelle-Hoilande, et même de la Nouvelle-Galles du sud et des environs de Sydney, doivent être mis au dernier échelon de l'espèce humaine par leur férocité et leurs supersitions. La jonglerie de leurs sorciers passe laute croyance.
.…...... DUMONT D'URVILLE. ii
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Celui qui peut dormir près de la tombe d'un mort trouve cependant, de cette manière, le moyen d'être affranchi dela présence des esprits dans ses rèves. L'aspect d'un météore est toujours d'un sinistre augure. Le tonnerre et les éclairs font une grande peur à ces indigènes ; mais ils pensent qu'en chantant certaines paroles el en respirant avec force, ils peuvent conjurer la foudre.
Aux funérailles, on enterre les jeunes yenset on brûle les individus qui ont passé l'âge mûr. On se lamente beaucoup, les femmes principalement. Il est défendu de prononcer le nom du mort; c'est une coutume que l'on observe avec rigueur.
Telle est à peu près la substance de quelques-uns des plus saillants détails consignés dans Île voyage de Dumont d'Urville sur les naturels de la Nouvelles-Galles du sud ; nous allons maintenant Le suivre à la Nouvelle- Zélande, après avoir toutefois extrait du voyage anglais dé Cunningham, publié à Londres en 1827, quelques mots sur la race blanche qui peuple aujourd’hui la Nouvelle-Galles du sud, détails que nous retrouvons dans un numéro du Journal des F'oyages de 1827, et dans le voyage même de d'Urville.
Notre société, dit M. Cunningham, est ici, comme én Angleterre, divisée en cercles ; mais la constitution par: ticulière a encore multiplié ces divisions de classes, qui ont successivement recu des baptèmes coloniaux. Nous avons d’abord nos sterling (1) et nos currency (2).
Ces noms furent d'abord inventés par un facélieux officier payeur d'un régiment de Sydney, la monnaie de change étant de son temps inférieure au cours de la livre sterling. À la première classe appartiennent les individus nés en Angleterre ; à la seconde ceux qui sont nés dans la colonie. Ces derniers sont aussi appelés corn-stalks (3), vu la promptitude de leur croissance. Tellé est là première grande division. Ensuite nous avons nos légitimates, qui, par des raisons légales, se trouvent dans la colonie, ét nos i//égitimates qui nè sont point ainsi stigmalisés. Les mérinos purs Sont une variété de cette dernière espèce, et se vantent d'avoir dans leurs veines le sang le plus pur. Nous possédons ensuite nos éiéled characters qui portent au dehors leurs b/ushing honours (4), ou qui sont largement décorés avéc les P. B. ou les C. B. qui ornent leurs personnes, et les wntitled, qui, ainsi qué moi, n'ont ni marques, ni caractères imprimés sur l'homme extérieur. Les fitled sont tous des fonctionnaires employés par le gouvernement dans l'utile office de balayer les rués ou de confectionner des briques, etc. Les lettres qui les décorent n'indiquent pas qu'ils appartiennent à quelqué illustre corporation où à l'ordre du Bain, mais seulement qu'ils peuvent réclamer les baraques des prisonniers ou les baraques des charretiers pour leurs demeures respectives, Les convicts nouvellement importés sontencore désignés sous le nom de Canaries (5), vu le plumage jaune dont on tes couvre lors de leur débarquement (6); mais quand ils sont une fois convenablement domiciliés, on en parle plus respéctueusemént et on leur donne la loyale dénomination d'homme du gouvermement. Le mot de convict (7) se trouve, par une convention lacite, rayé du dictionnaire botanien, comme étant un terme trop chatouilleux pour ces latitudes sensitives. Il y a quelques années qu'un individu, transporté pour piraterie à la terre de Van- Diémen, mais qui depuis, par sa bonne conduite, avait mérité son émancipation, obtint du tribunal une sentence de 50 livres sterling de dommages contre un libelliste, qui avait cherché à jeter de l'odieux sur son caractère,en lui appliquant l'injurieuse épithète de damn'd
convict. Et c'était à la fois une sentence juste et loua- .
) Dénomination prisé de la livre sterling.
) Monnaie courante ou de changé.
) Bled de Turquie
} Honneurs qui font rougir.
) Serins.
(6) Ils ont des jaquettes de cette coulenr.
(7) Condamné,
ble : car si un pareil langage élait toléré dans la colo nie,il y régnerait d'étérnelles dissensions; n'est ce point assez d'ailleurs qu'un indivi lu subisse la peine à laquelle il a été condamné, sans avoir À supporter lé reproche où l'ontrage? Et quand le terme de sa pénitence est expiré, il n'ÿ a ni justic! ni convenance à rappeler le délit dont l'expiation, réclamée par la vindicte publique, a été consommée.
Mais la principale division établie entre les classes libres de la colonie, en mettant de côié les dénominations techniques, est celle qui se maintient entre les immigrans arrivés de leur propré gré, et les émancipés venus par suite d'une condamnation, et qui ont ou recu leur pardon, où bien achevé leur temps de servitude. C'est entre quelques partis de ces dénx classes qu'il y a eu de vifs et fréquents débats. Une subdivision de Ia première est appelée exclusionist, pour le soin qu'elle met à exclure de la société tous les émancipés, tandis que parmi ces derniers, il y a le parti confusionist, qui ést accusé par les autres de vouloir tout confondre ou amalgamer. On à donc trouvé dans nos cercles, comme dans toutes lescommunes peu nombreuses, force haines particulières, des querelles et du scandale; mais il s'est aussi à cet égard opéré depuis peu dé notables améliorations. L'étiquette est encore plus rigoureusement observée dans nos cercles de fashionables que dans ceux de Londres même. Quand une dame à fait une visité, elle doit bien se garder de voir la m°me personne avant que Ja visite ne lui ait été rendue, sous peine d'être réputée sans savoir vivre. Les visiles doivent $e faire le soir ou après l'heure où on doit se coucher. Des cartes sont soigneusement distribuées, et les droits de préséance sontscrupuleusement maintenus parmi nos pointilleux wltras. Toute la colonie sé trouva il ÿ a quelques années en péril, et la rumeur était grande, parce qu'à un bal public on avait commencé à danser avant qu'une des principales dames, qui donnait le ton, fût arrivée. Heureusement la tempête qui éclatait déjà avec fureur fütapaisée par un adroit maîtredescérémonies(t}, qui parvint à calmér l'indignation de la belle, en lui disant qu'on n'avait nullement ouvért le bal, mais qu'on avait voulu seulement essayer l’élasticité du nouveau parquet de la salle, et qu'on l'attendait toujours pour commencer. L'orgueil de notre w/{ra aristocratie éclipserait celui de la noblesse anglaise. Un dé mes amis commandantun navire de commerce, rencontrant dans la rue un avocat de Sydney auquel il avait été présenté quelques jours auparavent, mais à qui il n'avait pas rendu visite, S'approcha familièrement ea lui souhaitant le bonjour. L'homme de loi se recule avec effroi comme si un serpent avait croisé son chemin, et lui dit: « Sur mon âme, je ne vous connais pas! » La même chosé m'était arrivée peu de temps après mon début dans la colonie. Me promeñant avec uné autre personne, nous rencontrâmes deux habitants de la ville : mon compagnon en prit un sous le bras pour lui dire quelque chose à l'écart, et jé me trouvai en face .de l'autre individu, que j'avais déjà rencontré en société. Je m'avisai de Jui faire une question sur l'état des chemins vers un lieu où je comptais me rendre, et d'où it veaait. Le fatal «sur mon âme, etc. » fut aussitôt prononcé. Peu fait encore à la hauteur coloniale, ma première idée fut que quelque mauvais plaisant avait Crayonné sur mon habit les funestes lettres C B, mais il n’en était rien. En demandant depuis à qui j'avais eu affaire, et pensant au moins que C'élait à un duc de la Sierra où à un marquis d'A: quaro, j appris que l'homme qui m'avait ainsi rebuté était un sous-officier congédié, qui exploitait une petite ferme dans lés environs.
On a cherché, je lé sais, à faire prévaloir l'opinion que les Anglais, même les immigrants libres dans la colonie,étaientsujetsà y préndre, cotnme par inoculation, les penchants lés moins estimable<. Je n'ai jamaisété, dit encore M. Cunningham, dans le cas de m'apercevoir
(4) I y en a toujours dans chaque grande réunion, à Sydney comme à Lordres. A Mr
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des effets de cette prétendue contagion. Plusieurs d'entre eux ne me montrent pas, il est vrai, une probité bien scrupuleuseuse dans leur conduite, mais cela peut être attribué aussi bien à leur premières habitudes dans leur pays natal qu'à une corruption récente Ce n’était point là cependant l'opinion de Samshoo, jeune garçon des Indes orientales au service d’un marchand qui le découvriticivolant un sac de dollars. «Commentest-ilpossible, Samshoo, lui ditson maître étonné, que vouss0yez devenu un tel coquin, vous qui m'avez si longtemps servi comme un honnête garçon? — Ah Massa! répondit ce- Juici en se frottant les épaules, quand Samshoo vint ici, Samshoo était un honnête garcon, maintenant Samshoo est devenu un damné coquin ; tout le monde devient coquin ici, dans peu Massa deviendra coquin aussi. »
M. Cunningham décrit de la manière suivante la première ou seconde génération de la race blanche à la Nouvelle-Galles du sud.
« Nos jeunes coloniaux désignés comme nous l'avons dit par le nom de currency, en opposition avec celui de sterling, adopté par ceux qui sont nés dans la mèrepatrie, forment une belle et intéressante race, et font honneur au pays qui les a vus naître. Leur nom seul est devenu un titre à l'estime de la partie saine et bien pensante de notre population. Il est cependant assez plaisant de voir les airs que se donnent quelque vieilles madonnas sterling à moitié ivres, dans leurs querelles avec les jeunes filles currency. « Comment osez-vous lever votre crête devant moi, qui suis, etc.?» La jeunesse se distingue en général par un caractère franc et ouvert, et l'on peut dire à son éloge qu'elle n'est nullement infectée des vices paternels. L’ivrognerie esl presque inconnue parmi nos jeunes gens, et leur honnêteté est passée en proverbe ; le très petit nombre qui a eu des démêlés avec la justice a été entraîné par la funeste influence de parents pervers. Leur croissance est rapide ; ils ont ainsi que les Américains la taille haute et svelte;leurscheveux blondsetleurs yeux bleusrappellent une origine gothique; leur teint est d'un rouge pâle, et on les distingue facilement, même dans un âge avan cé, des natifs d'Angleterre. Des joues d'un vif incarnat n’appartiennent point à ces climals brülants, el, ainsi qu'en Amérique, un teintfleuri vous fait bientôt adresser la phrase banale : « Vous êles, à ce que je vois, du vieux monde. » Les jeunes femmes perdent leurs dents de bonne heure, accident qu’elles ont encore en commun avec les créoles américaines, et cet accident se déclare comme chez celles-ci vers l'âge de puberté. Il faut croire que la race européenne n'est pas encore parfaitement acclimatée dans nos contrées australiennes ; el comme presque tous les animaux et les végétaux mème souffrent d'abord plus ou moins par la transplantation sous des latitudes différentes avant de s’y naturaliser entièrement, on a tout lieu d'espérer que cette calamité cesdera quand deux ou trois générations nouvelles se seront succédé dans la colonie. Un de nos Loasts les plus populaires et les plus Souvent répétés, depuis que lemajor Golbourn le proposa le premier à un banquet de la société d'agriculture. est: he Currency lads (1) ; et notre chanson favorite a été composée en honneur des currency lasses (2). sé
Les jeunes garçons des dernières classes aiment mieux s'engager dans le commerce ou la navigation, que de s'employer près des cultivateurs et devenir valets de ferme. Leur répugnance à ce dernier égard provient sans doute d'un sentiment d'orgeuil et de la crainte d'être confondus avec les condamnés, qui sont pour la plupart livrés à l'exploitation des terres, Cette occupation est ainsi, en quelque sorle, considérée comme dégradante, par la même raison qui fait que dans nos colonies d'esclaves les blancs dédaignent tout genre de travail qui est exécuté par les noirs. C'est aussi en partie par orgueil ou par suite des sentiments hostiles qui leur;sont inculpés dès l'enfance parleurs parents, que
(1) Garçons.
(2) Filles,
les jeunes gens ont une aversiou insurmontable pour les offices de constables, et ne s'enrôlent jamais parmi les soldats.
Les jeunes filles sont en général d'un caractére doux, aimable et modeste; elles sont d’une grande simplicité, et, comme tous les enfants de la nature, crédules à l'excès et faciles à séduire. Celles de la dernière classe cherchent de bonne heure à entrer au service de quelque maison respectable, pour acquérir une sorte d’indépendance et échapper à la tutelle de leurs parents corrompus. Ainsi que nos braves filles d'Ecosse, elles aiment à déployer leurs belles chevelures blondes ei bouclées, relevées par des peignes d'écaille de tortue, et n'en courent pas moins gaîment les pieds nus. Elles deviennent généralement d'excellentes domestiques ; leurs gages sont de dix à quinze livres sterling par an. 11 faut bien convenir que la chasteté ne paraît pas être considérée par elles comme la plus essentielle des vertus, ce qui vient sans doute de ce que leurs parents ne la leur ont guère prèchée ni d'exemple ni de précepte, et que d’ailleurs elles ont à peu près la certitude que quelques brèches faites à cet égard n'empêchent ou ne retardent point le mariage. »
Revenons à Dumont d'Urville, et passons avec lui de la Nouvelle-Galles du sud à la Nouvelle-Zélande.
Nouvelle-Zélande.
La corvette /’4strolabe quitta le portJackson le19décembre 1826, et dirigea sa route vers la partie sud-ouest de Tavaïi-Pounamou, la plus australe des deux grandes îles de la Nouvelle-Zélande. La traversée eût pu s'éxécuter en huit jours d'un vent ordinaire, mais elle éprouva des vents contraires , une mer houleuse et de mauvais temps, de manière qu’elle ne put attérir que le 10 janvier 1827 sur la côte occidentale de Tavai-Pounamou, à quelque distance dans le sud du cap Foul-Wind de Cook. Depuis lors l’4strolabe côtoya le rivage à quatre ou six milles de distance, l'explora dans tout son développement les 11, 12 et 13, jusqu’au détroit de Cook, c’est-à-dire sur une étendue d'environ cinquante lieues. La carte de ces relèvements fut dressée par M. Gressien qui rectifia plusieurs détails échappés au capitaine Cook. Le 13, la corvette donna dans le détroit de Cook, en prolongeant à deux ou trois milles de distance sa côte méridionale. Après avoir contourné un banc dangereux, elle entra dans la baie Tasman, dont Cook n'avait aperçu que de fort loin l'entrée, et trouva qu'au lieu d’un petit enfoncement de trois à quatre milles de large sur quelques milles de profondeur qu'avait figuré Cook, c'était une baie de trente à quarante milles de largeur, et dont la profondeur échappait aux regards. Durant,trois jours entiers /’4strolabe y navigua à pleines voiles pour en contourner les bords. Le 146 janvier, elle mouilla deux ancres dans un petit hâvre fort commode et parfaitement sûr , situé sur la côte occidentale de cette baie, et qui reçut le nom d'anse de l’Astrolabe. La corvelte y resta cinq jours, afin de remplacer l'eau et le bois, régler les montres et lever le plan du hâvre, ainsi que d'un second hâvre, peu éloigné dans le nord, et que d'Urville nomme anse des Torrents, à cause de trois beaux torrents qui s’y déchargent. Il avait vu le 12 janvier que l'enfoncement compris entre les terres du cap Farewell, d'une part, et celles du cap Stephens, de l’autre, et que le célèbre Cook avait nommé baie des Aveugles, se divise en deux bassins très distincts par une pointe remarquable que d'Urville appela pointe de Séparation, en laissant au bassin méridional le nom qui lui avait donné Cook, celui de baie de Tasman, laquelle, grâce à l'expédition française, venait ainsi de prendre sur les cartes un développementde cinquante milles de profondeur, avec des bords en général couverts d’une riche verdure, et le fond suivi d'une vallée considérable, d'un terrain très uniforme, où l’on aperçoit çà et là de beaux massifs d'arbres, vallée au-delà de laquelle règne une
chaîne de montagnes énormes, dont plusieurs ont leurs cimes blanchies par des neiges éternelles.
Les naturels de ces parages semblaient avoir vu très peu d’'Européens, et leurs relations avec les Français ne furent jamais hostiles. Plusieurs d’entre ces indigèns appartenaient au type le plus distingué de la race zélandaise, quoique leurs tribus parussent peu nombreuses et clairsemées sur les rives de la baie Tasman. On était là sur le théâtre du massacre de plusieurs matelots de Tasman et des compagnons de Furneaux, lui-même compagnon de Cook, mais on n’eut pas à se plaindre de ces naturels à la démarche fière, à l'abord LCR et aux habitudes malheureusement encore cannibales.
Le 22 janvier la corvette remit à la voile, et gouverna vers la côte occidentale de la baie Tasman, sur une coupée qui offrait une communication avec la baie de l’'Amirauté, passage étroit et périlleux où le commandant de /’Astrolabe montra une persévérance et une tenacité au dessusde tout éloge, pendant les six jours qu’il fallut employer à franchir ce détroit ou canal qui fut nommé passe des Français, et à la sortie duquel la corvette vogua franquillement dans les eaux paisibles de la baie de l’Amirauté.
Elle fila rapidementdevant les baies de la Reine Charlotte et Cloudy, dont on releva toutefois les entrées avec soin. On passa la nuit du 28 janvier dans l'entrée orientale du détroit de Cook, où les courants ont une si grande force. Le 29 on donna dans un vaste enfoncement situé immédiatement à l’ouest du cap Kawa-Kawa ou Palliser, et /’4strolabe ÿ mouilla le soir.
Dès le lendemain , 30 janvier, on commenca la reconnaissance de la côte orientale de l'île septentrionale de la Nouvelle-Zélande, appelée Zka-na mari par les naturels. Jusqu'au 8 février, celte reconnaissance s’opéra sans obstacles bien graves dans une étendue de cent vingt lieues environ. Mais lorsqu'on eut doublé le cap Waï-Apou, ou cap est de Cook, les bourrasques d'ouest et de sud-ouest qui s’élevèrent firent perdre plus de trente lieues sous le vent.
Le 14, une belle brise d'est permit à la corvette de se rapprocher de terre. Le 15, elle donna dans la baie spacieuse d'Abondance du capitaine Cook, et y gouverna par une mer tranquille. Le 16, un vent furieux, si commun sur les côtes de la Nouvelle-Zélande, et dont les naturels ont tellement peur qu'il se cachent dans leurs cabanes ou dans les antres des rochers pour en éviter les effets, se leva et devint un véritable tourbillon. Les lames, soulevées dans tous les sens à une hauteur prodigieuse , retombaient de toute leur masse et menacaient à chaque instant d’engloutir la corvette, Ce ne fut qu'avec une peine extrême qu’on réussit à montrer un coin de voile pour gouverner le bâtiment, et cette situation critique dura plus de quatre heures, pendant lesquelles le salut de l'équipage ne tint qu'à un fil. Le vent devint enfin un peu maniable; l'horizon s’éclaircit et permit de reconnaître la position du bâliment. Ce fut alors qu'on aperçut un brisant formidable à moins d'un tiers de mille de distance du vaisseau. Il fallut le doubler au risque de périr. En un moment toutes les voiles furent dehors; et bien que la mer ellemême fût horrible, on parvint à sortir de ce danger. Depuis lors la navigation de la corvelte n’eut plus à essuyer que par intervalle le choc des vents contraires. Elle promena son pavillon dans tous les canaux de l'immense baie appelée Xouraki ou Shouraki par les naturels, et rivière Tamise par le capitaine Cook. On découvrit une trentaines d'îles nouvelles qui n'avaient pas encore figuré sur les cartes.
Le 21 février ont-entrevit les îles fawiti-Rahi, apelées Pauvres-Chevaliers par le capitaine Cook, et ‘on gagna le mouillage de Wangari en prolongeant à
demi-lieue de distance lesîles Moro-Tiri. A peine /”4strolabe avait jeté l'ancre que les naturels arrivèrent sur les pirogues dans l'intention de faire des échanges. Parmi ces indigènes s’en trouvait un qui avait éte au port Jackson; il fut très prévenant envers les Français
et leur fut très utile. Depuis le mouillage jusqu’à la pointe méridionale de la baie Wangari, la côte est basse et nue, et ne se relève qu'auprès du cap, où elle devient boisée.
Le 24, on suivit la côte en vérifiant les îles de l’ouest que le capitaine Cook n'avait vues qu'à la hâte. Le 25, on donna dans une passe sur laquelle se trouve une île basse à ses extrémités, avec une montagne au centre et une végétation très aclive. On se trouva ensuite dans un large bassin qui se divisait en deux canaux. On entra dans celui de l’ouest, et l'on prit terre pour tenter quelques excursions à pied dans l'intérieur. Le résultat des investigations fit connaître qu'en ces parages l’île Ika-na-Mawi est morcelée par une foule de canaux et de criques, formant autant de baies et de hâvres commodes.
Le 27, l’Astrolabe se trouva devant la belle île Waï- Heke, et donna dans un canal d’une demi-lieue de large, resserré par un îlot situé au milieu. Elle fila ensuite sur d'autres canaux inconnus, bordés d’une riche végétation, et passa durant deux heures entre des îles tantôt haules et couvertes de superbes forêts, tantôt basses et tapissées d’une verdure modeste. On rentra dans le bassin de la baie Kouraki, ou plutôt Schouraki, un peu au sud de l'endroit que le capitaine Cook désigna sous le nom d’iles de Ouest. Dumont d'Urville donna le nom de /’4strolabe au canal imposant que la corvette venait de parcourir dans toute sa longueur d'environ cinquante milles, et où l'on avait remarqué de superbes mouillages pour les navires de toutes les dimensions. À un mille de l’endroit où ce canal débouque dans la baie de Shouraki, autrement dite rivière Tamise, on aperçoit un rocher isolé, nu, sauvage, et où pullulent les cormorans.
Le 28 février, la corvette s'avança vers une autre baie, et reconnut d’autres îles. Elle mouilla ensuite devant la rivière Mogoïa, puis traversa un canal de sept à huit milles de largeur qui sépare les deux îles Shoutourou et Otsa : la première s’élevant rapidement de tous côtés en un sommet conique, et que l’on aperçoit de la baie Shouraki.
Le 4 mars, on doubla les îles Tawi-ti-Rahi, ou Pauvres-Chevaliers de Cook. Le 5, on était arrivé près du cap Bret de Cook, nommé ÆXokako par les naturels. Le 6, on découvrit les hauteurs du cap nord de la Nouvelle-Zélande ; le 7 et le 8, on en fixa la latitude et la longitude, et Dumon-d’Urville lui donna le nom de cap Otou. A1 est terminé à l’est par une petite île qu'une chaîne de rochers à fleur d'eau rejoint. Le cap qui vient après celui d’Otou se nomme Otahe, puis un autre qui est au nord-ouest, et auquel Tasman donna le nom de cap Maria de Van-Diémen, est le fameux Reinga, le Ténare des Nouveaux-Zélandais, dernière limite de leur monde connu, lieu où les âmes des morts, appelées Waidouas, viennent immédiatemont après leur trépas se rendre de tous les points de l'île de Ika-na- Mawi pour prendre leur essor vers leur dernière demeure, celle de la gloire brillante ou celle des ténèbres éternelles.
L'équipage /’Astrolabe ne fut point tenté de pénétrer dans ces abîmes de la superstition zélandaise; il ne se trouvait d'ailleurs aucun nouvel Enée qui voulût faire ce dangereux voyage, d'où il eût craint de ne pouvoir revenir, eût-il même possédé le rameau d'or du cygne de Mantoue; car ce rameau ne l'eût pas préservé de l'anthropophagie des naturels. La corvelte s’éloigna donc de ces parages poétiquement terribles, et, revenant sur sa route, passa le 9 mars 1827 devant la plage de Sandy-Bay, pour ensuite arriver à la baie des Iles quatre jours après. Elle venait d'explorer en deux mois de temps près de quatre cents lieues de côtes, et d'en tracer les développements sur six grandes cartes, outre six plans particuliers de ports, accompagnés de sondes nombreuses et de toutes les indications utiles aux marins.
L'expédition française trouva dans la baie des Iles un certain nombre de missionnaires anglais, et put
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avec leur secours visiter le voisinage. On étudia les diverses classes d'animaux, les plantes et autres curiosités naturelles; et après les relèvements qui venaient d’être faits, le commandant de l'expédition put croire en toute assurance qué désormais la géographie ne pourrait plus traiter de la Nouvelle-Zélande sans rappeler les trävaux de /”’ {strolabe.
La baïe des Iles offrait sur son rivage des cultures en très bon état, et plus avant dans les. terres des champs taboués, c'est-à-dire qu'il était défendu de traverser. On voyait des groupes de jeunes filles, qui, à demi nues et se tenant gracieusement par la main, répétaient des chants d'amour et folâtraient gaîment ensemble. On pénétra dans les belles forêts où l'infortuné Marion fut massacré et dévoré par les naturels. On visita le vilage de Pomare, où les maisons des naturels offraient des sculptures élégantes.
Nous reviendrons, au reste, sur cette baie en analysant le chapitre du voyage de Dumon-d'Urville, qui concernera la géographie proprement dite de la Nounvelle- Zélande; indiquons auparavant quelques traits d'un autre chapitre, ayant rapport à la partie historique des rnêmes parages.
C’est au capitaine hollandais Tasman que l'on doit la découverte de la Nouvelle-Zélande. Il la trouva en 1642, après avoir déjà découvert une île de Ja Nouvelle-Hollande et qu'il avait appelée terre J'an- Diemen.
Il apercut d'abord les montagnes de Tavai-Pounamou un peu au sud du cap Foul-Wind; il donna ensuite dans le détroit qui a recu plus tard le nom de détroit de Cook, et mouilla dans une baïe où les naturels lui tuèrent trois matelots. Il ne put descendre à terre, à cause de leurs hostilités continuelles. TI continua sa route au nord en prolongeant la côte oceidentale de Ika-na-Mawi, et le 4 janvier 1643, il découvrit les îlots de Manawa-Tawi, situés à l'extrémité nord-ouest de cette grande île, peu loin du fameux cap Reinga, dont nous ayons parlé et dont on pourrait dire avec le barde de Florence :
Per me si va nella città dolente, Per me si va nell’ eterno dolore.
Lasciate ogm speranza voi ch’entrate (4).
Ne pouvant faire de l’eau sur cette terre dont il avait reconnu la côte dans une étendue dé plus de deux cents lieues, Tasman s'en éloigna; et Comme il Supposait que ces mêmes lerres qu'il venait de découvrir se Jiaient à Ja Terre des États, signalée par Le Maire et Schouten, à l'extrémité sud-est de la Terre de Feu, il donna le même nom de Terre des Etats à sa découverte ; mais plus tard elle recut celui de Nouvelte-Zélande, qui Jui est resté.
Environ cent trente ans après celte même déconverte, le capitaine Cook parut sur la côte orientale de la Nouvelle-Zélande. I1 y resta près de six mois pour tracer une carte de la configuration du littoral. NH fut le premier à conslater que cette grande terre australe se compose de deux îles d'une étendue à peu près égale ; il traversa le détroit qui les sépare, et qui reçut le nom de détroit de Cook. 11 découvrit plusieurs mouillages, entre autres ceux de la baie de Pauvreté, de Tolaga, de la baie Mercure, de la rivière Tamise, de la baie dex Îles, du canal de la Reine Charlotte et de la baie de l'Amirauté.
Pendant qu'au mois de décembre 1769, Cook explorait ainsi la côte nord-est d'Ika -na-Mawi, le capitaine francais Surville était mouillé dans la baïe de Oudou-Oudou, dont il esquissa le plan. Le même Surville ayant vengé avec trop de cruaulé peut-être les provocations des naturels, probablement fut cause des représailles qui eurent lieu en 1772 contre son
(4) C'est par moi qu’on arrive à la cité des pleurs; C’est là qu'on atteint d'éternelles douleurs : | Laissez toute espérance, en entrant, voyageurs, À. M.
compatriote, le capitaine Marion, qui, après quarante jours d'une bonne harmonie avec les Nouveaux- Zélandais, fut, sans aucune provocation de sa part, massacré et mangé par les cannibales ainsi que quatreviigt-sept hommes de ses deux équipages. Ce massacre fut ensuite vengé immédiatement par les Français qui avaient échappé au carnage et qui incendièrent plusieurs villages et tuèrent une centaine de naturels, comme nous en avons au reste rapporté le détail dans la relation relative à Marion, placée à la fin du voyage de La Pérouse. Les sauvages ont gardé un souvenir respectueux de Marion, auquel ils sont redevables de la plupart des plantes potagères qui recouvrent le sol.
En 1773, Cook reparut sur les côtes de la Nouvelle- Zélande, et découvrit la baie Dusky (cbscur), située au sud-ouest de l'île de Tavai-Pounamou.
Il relàächa ensuite dans le canal de la Reine Charlotte, où il déposa des cochons el des chèvres. Cinq mois plus tard il revit la côte d Ika-na-Mawi, pendant que son compagnon de voyage, le capitaine Furneaux, mouillait au canal de Ja Reine Charlotte où les naturels lui massacrèrent dix hommes de son équipage. En octobre 1774, Cook vint une troisième fois dans ce canal et y passa vingt jours. Trois ans après, il y revint encore, à son troisième voyage autour du monde, et recueillit quelques détails sur les mœurs et usages des Nouveaux-Zélandais. Vancouver à son tour vint, en 1791, relâcher à la baie Dusky, et deux ans plus tard, le général d'Entrecasteaux reconnaissait les îles des Rois et la côte septentrionale d'Ika na-Mawi dans une étendue d'environ vingt-einq milles.
Ce fut vers le mème temps que deux naturels de la Nouvelle-Zélande furent eonduits à Ja Nourvelle- Galles du Sud par un navire anglais; ils en rapportèrent quelques semences de civilisation. En 1795, des baleiniers qui commencaient à fréquenter les côles de la Nouvelle-Zélande découvrirent le détroit de Foveaux, lequel au sud sépare l'île Stewart de Tavaï- Pounamou, el ils reconnurent que l'ile Banks de Cook n'était qu'une presqu'île. On dut également à ces aventuriers la découverte de plusieurs hâvres
De nouvelles relations s'établirent avec les naturels de Ja baïe des Iles; le capitaine Stewart emmena un chef et cinq de ses fils à l'île Korfolk, d'où ils passèrent au port Jackson, vers l'année 1805. Ce chef revint à la Nouvelle-Zélande, avec un grand nombre d'outils et d'instruments utiles. D'autres rapporls se conlinuèrent ainsi, et des missionnaires s'élablirent en 1808 dans la baïe des Iles. Un chapelain anglais, M. Marsden, y conduisit plusieurs familles en 1814. I] y retourna plusieurs fois et toujours les nalureïs loi firent bon accueil.
Il finit par acheter un terrain de treize mille acres moyennant quarante-huit haches, et les établissements des missionnaires prirent de la consistance. Néanmoins, ils eurent souvent à souffrir des agressions el même des dévastations auxquelles se livrent les naturels pendant ou après les guerres que ces sauvages se faisaient entre eux. Ces missionnaires ont cependant réussi à obtenir quelque ascendant sur les Nouveaux- Zélandais, et s'ils étaient encore inquiêtés par ceux-ci lors du passage de l’4strolabe, en 1827, ils ont depuis quelque peu raffermi leur puissance religieuse. En 4831, ils avaient conféré le baptème à quelques insulaires, établi une presse et imprimé cinq cent cinquante exemplaires del'Ancien et du Nouveau-Testament, en langue du pays.
Laissons-les continuer leurs conquêtes pacifiques, et donnons une idée géographique de la Nouvellequ en suivant les errements du voyage de d'Urville.
La Nouvelle-Zélande, formée, comme nous l'avons dit, de deux grandes îles, séparées l'une de l'autre par un détroit, repose entre 164 degrés — 176 degrés de longitude est, et 34% degrés 12 minutes — 34 degrès 48 minutes de latitude sud, sans toutefois occuper
a DUMONT D'URVILLE. 15
celte surface entière ; car la superficie de ces terres australes qui forment nos anlipodes se réduit à une bande de quatre cents lieues de longueur, sur vingtcinq à trente de largeur moyenne. Cette bande est interrompue vers son centre par le détroit de Cook, dont la largeur varie de quatre à vingt-cinq lieues, L'ile septentrionale se nomme /kanamanvi, el l'île méridionale, Tavai-Pounamou ; cette dernière à dans son extrémité sud le détroit de Foveaux, qui les sépare de l'île Stewart.
La température de la Nouvelle-Zélande, du moins sur le littoral, se soutient entre 15 et 18 degrés du thermomètre centigrade. La baie des Iles, bien que située 13 degrés plus près de l'équateur que Paris, n’a guère que 2 degrés de plus de chaleur : mais en hiver, le climat de cette baie n'est point sujet, non plus, à des froids aussi intenses el aussi prolongés que Paris, de même qu'en été les chaleurs sont moins grandes. Il est utile de rappeler que quand nous avons l'hiver à Paris, on a l'été à la Nouvelle Zéllande, ef vice vers.
Cette uniformité de température explique, dit d'Urville, pourquoi les arbres de la Nouvelle-Zélande conservent leurs feuilles jusqu'au milieu de l'hiver, el comment aux mois d'avril et de mai, qui sont leurs mois d'octobre et de novembre, on y voit encore en pleine floraison des plantes potagères. Cependant n'est pas douteux que plus avant dans les terres le froid ne soit plus rigoureux, comme aussi la chaleur plus considérable.
Nulle part dans le monde, ajoute Dumont d'Urville, les vents ne règnent avee autant de fureur que sur les côtes de la Nouvelle-Zélande : Tasman le premier, Cook ensuite, puis Surville el Marion en éprouvèrent tour-à-tour la violence, et da Coquille en 4823, comme l’Astrolabe en 1827, eurent un échantillon de ces affreuses tourmentes.
Les premières terres qui annoncent l'approche de da Nouvelle-Zélande du côté du sud sont les Ambuches ou Snares, formant un groupe de sept petites îles escarpées que Vancouver découvrit par 48 degrés 3 minules de latitude süd. À vingt lieues nord-est de ces Îlots on trouve deux groupes de rochers fortdangereux, et que le capitaine Cook en 1769 nomma 4es piéges où traps. Le cap Sud de la Nouvelle-Zélande de Cook forme aujoud'hui la pointe la plus australe de l'île Stewart, laquelle a une soixantaine de lieues de contour, et n’est pas encore bien connue. Le détroit de Foveaux qui la sépare de la grande île Tavaïi-Pounamou a dix ou douze milles de largeur, avec des courants impétueux à l'une et l’autre de ses extrémités.
Quant à l'île Tavai-Pounamou, nous en ferons le tour avec Dumont d'Urville, en allant comme lui d'abord à l’ouest, puis au nord.
Le port Macquarie, dont la baie se trouve sur le détroit de Foveaux , est encombré dé bancs de sable, et exposé à des marées violentes. Il y a du phormium en abondance sur la côte, mais pas de bois. A vingt-cinq lieues à l'ouest-sud-ouest repose l'ile Solander qui, élevée et stérile, se compose de deux îlots distincts. Plus loin à l'ouest-nord-ouest de la baïe Paiha se déchargent dans la mer les eaux de Ja rivière Windsor, Ja seule que l'on remarque sur cette côte, et qui peut recevoir des chaloupes. Treize milles plus loin se voit la baie Préservation, qui n'esi séparée que par une presqu'île peu considérable de la baie Chalky, laquelle s'étend à quinze ou seize milles dans les terres, et contient de bons mouillages. Une autre presqu'île au cap ouest de la Nouvelle-Zélande sépare la baie Chalky de la baie Dusky de Cook ,dans laquelle on rencontre d'excellents mouillages. Le terrain qui environne cette dernière baie est montagneux et couvert d'arbres et de broussailles. Un peu plus loin est la baie Douteuse, et à un degré plus loin encore est Ja baie Trompeuse, dont la pointe nord, que forment des rochers élevés el rougeâtres, se distingue par une superbe cascade. A partir de là jusqu'à la pointe des rochers vers le nord-
ouest de l'Île Tavai-Pounamou, l’4strolabe reprend les explorations vagues de "Cook; elle trouve le cap Foul-Wind, formant une vallée de six ou sept milles de largeur, couverte de bois magnifiques. La corvelte atleint ensuite au nord la pointe des rochers par 40 degrés 56 minutes de latitude sud, pointe élevée, boisée, el reconnaissable par quelques rochers situés près de terre. Trente-cinq milles plus loin se présente le cap Farewell ; el par 40 degrés 35 minutes de latitude sud, est une entrée barrée par des brisants, et que par cette raison d'Urville nomme /e Hâvre barré.
Le capitaine Cook n'avait observé aucun indice d’habitants sur la côte occidentale de Tavai-Pounamou, depuis la baie Dusky, extrémité sud-ouest de cette île, jusqu'au cap Farewell, extrémité nord-ouest. L’Astrolabe n'en dit pas davantage, Elle doubla le cap Stephens, qui, avec le cap Farewell, forme l'entrée de la baie Tasman, reconnue pour la première fois par Dumont d'Urville, qui lui t'ouva quarante milles de largeur de l'est à l'ouest sur quarante-cinq milles de profondeur du nord au sud, avec deux bons mouillazes sur la partie occidentale, savoir, l'anse de l’Astrolabe et l'ansedes Torrents. Cette baie présente de belles forêts el de nombreux courants d'eau limpide. Elle se termine dans le sud par une vaste plaine entourée au loin de bautes montagnes couvertes de neiges élernelles. Cette mème baie communique par un canal et par une passe étroile avec la baie de l'Amirauté. La passe sépare de la grande terre l'île d'Urville, longue de vingt milles sur cinq à six milles de large, très montueuse et couverte de forêts. La baie de l'Amirauté, située à l’est de la baie Tasman, a quinze milles de largeur sur à peu près autant de profondeur.
Au sud de celte dernière baie et dans le détroit de Cook se trouve le camal de la Reine Charlotte, connu par les diverses relâches du capitaine Cook, et qui s’enfonce à vingt-cinq milles au loin dans les terres pour
.st réunir peut-être à quelque ramification de la baie
de l’Amirauté ou de la baie Cloudy; celle-ci, placée au sud de ce canal, est sur le même détroit de Cook. Le canton qui entoure le canal de la Reine Charlotte semble assez peuplé; il se distingue par de vastes forêts et un terrain montweux. L'entrée de la baie Cloudy a environ cinq milles d'ouverture. Le cap Campbell, situé à douze milles à l'est-sud-ouest de cette baie, forme l'extrémité, nord-est de l’île Tavai-Pounamou : elle se termine par une pointe basse, précédée d'un terrain plus élevé.
Depuis ce cap, la cûte fuit au sud-ouest, mais /’4strolabe n’a point exploré cette partie, et Cook lui-même ne l'avait vue qu'imparfaitement. À vingt-deux lieues du cap Campbell, le navigateur anglais mentionne une terre qui lui parut être une île située sur une côle fort élevée, Lerre qu'il nomma Lookers-On, c'est-à-dire regardez-vers, parce qu'il y reçut la visite de plusieurs naturels qui, salisfaits de l'avoir considéré, ne voulurent point l'accosler, Ea suivant la même côte de l’est à l'ouest, Cook rencontra, par 43 degrés 45 minules de latitude sud, une terre de moyenne hauteur, à peu près circulaire, qu'il érut séparée de Tavai-Pouuamou, et qu'il nomma le Banks. Il a été reconnu depuis que celte Île prétendue tient à la terre ferme, par uu isthme bas et sablonueux.
Depuis la presqu'île de Banks, le capitaine Cook ne signale guère que le cap Saunders par 45 degrés 55 minules de latitude sud. 11 indique ensuite par 46 degrés 24 minutes de latitude sud un enfoncement qu'il nomme häâvre Molineux, qui paraît offrir an bon mouillage. Depuis ce hâvre on arrive à l'île Roua-Bouki, placée à l'extrémité sud-est de Tavai-Pounamou, et à l'entrée orientale du détroit de Cook.
Par eette revue on voit que Tavai-Pounamou a sa côte occidentale entièrement déserte ; ce n’est qu'à l'est. du cap Farewell d'une part, et à l'est du cap-ouest de l'autre, que l'on commence à voir des habitants. Il paraît que les vents violents de l’ouest qui désolent la côte occidentale en éloignent tout séjour humain, pendant