‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 14 sur 179 · DS · texte numérisé non relu

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Babiroussa.

que le smontagnes de l'intérieur protégent la côte orientale contre les ouragans. |

A l'égard du détroit de Cook, large de trente lieues à son entrée occidentale entre les Caps Farewell et Borell, et qui affecte une direction générale du nord-ouest au sud-est, il se resserre graduellement pour former une espèce d'entonnoir qui n'a plus guère que dix milles de large dans sa partie la plus étroite, pour ensuite s'élérgir de nouveau, et former une bouche de quarante milles à son entrée sud-est, entre les caps Campbell et Kawa-Kawa. J

Quant à l'île Ika-na-Mawi, nous allons suivre également l'exploration qu’en a faite le capitaine d'Urville, en allant comme lui à l’ouest et au nord.

Le cap Kawa-Kawa, qui forme l'extrémité sud-est de cette grande île, se compose de hautes montagnes avec une pointe au sud. La baie Inutile est à l'est de ce cap : elle a environ vingt milles de large, sur dix de profondeur, et se trouve entièrement ouverte .au vent du sud ; un cap en forme la pointe nord-ouest. De ce cap à celui de Borell, la côte est encore mal connue. On rencontre l'île Entry, située près de terre, et qu on aperçoit facilement de l'entrée du canal de la Reine Charlotte. Le cap Borell st un des grands Caps d'Ikana-Mawi, et le mont Fgmont qui le couronne forme un pic isolé, auquel on donne cinq mille pieds de hauteur, En avancant au nord, on trouve de petites

îles que le capitaine Cook nomma {les du Pain-de-Sucre. On court ensuite vingt lieues de côte sans rien trouver de notable jusqu'à la pointe Albatros, près de laquelle est une petite île. Dix-huit milles plus au nord se présente une autre pointe couverte de bois, appelée à cause de cela #'oody-Head, derrière laquelle paraît être l'embouchure d’une grande rivière appelée Wai-Kato. À partir de ce point, la côte court nordnord-ouest jusqu’au cap Reinga; elle est généralement occupée par des dunes de sable, Le cap Reinga, extrémité nord-ouest d'Ika-na-Mawi, a déjà été par nous se plus haut comme le Ténare des Nouveaux-Zélanais.

De ce point, revenant du nord au sud par l’est, l'Astrobale visita les divers lieux que nous avons déjà indiqués ailleurs. Nous roppellerons seulement le cap Otou , le cap Nord, comine faisant partie d’une presqu'île de cinq ou six milles de circonférence qui ne tient au reste de l’île Ika-na-Mawi que par un isthme étroit et sablonneux. Ce cap peut être aperçu à huit lieues de distance. En descendant au sud, on trouve une suite de dunes de sable blanc, et ces dunes forment une vaste baie que le capitaine d'Urville nomme Sandy-Bay. Cette baie est suivie de celle qui a pour nom Nanga-Ounou, dont le fond très considérable paraît atteindre presque la côte occidentale de Ika-na- Mawi. Une presqu'île élroite sépare celte baie de

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L’Astrolabe fut souvent à deux doigts de sa perie.

Oudou-Oudou , dans laquelle Surville mouilla le premier. À onze milles au sud-ouest vient la jolie baie de Wangaroa , large à peine d'un quart de mille à son ouverture, mais s’élargissant bientôt en un vaste bassin de cinq ou six milles de longueur. Au sud de cette baie s'étend la célèbre baie des Iles, large de huit à dix milles à son entrée, et profonde de huit milles. Elle est ouverte au vent du nord-est, mais les îles nombreuses qui s'y trouvent dispersées présentent de sûrs abris aux vaisseaux. La baie des Iles est un des oints les plus peuplés de la Nouvelle-Zélande. Au ond du canal Kidi-Kidi se trouve le chef-lieu des missions évangéliques. Il y a beaucoup de villages sur toute la côte et dans l'intérieur.

De la baie des Iles, on trouve au sud l'île Otea, à l’ouest de laquelle se développe la baie de Shouraki, formant de bons mouillages recherchés par les navires

anglais. Un peu plus au sud vient la baie d'Abon-

dance , dont le capitaine Cook, en 4770 , trouva les côtes bien peuplées. Cette baie a vers l'est le cap Runaway (1), situé par 370 33° delatitude sud, et 1750 48 de longitude est, lequel est formé par une presqu'ile assez élevée. Le cap Est de Cook, qui n’en est éloigné que de huit milles, est appelé par les naturels cap W'aïi-Apou. À la suite de ce cap, la côte court au

(1; S'enfuir, s’'écouler. A.M.

Paris. — luip. Lacour et C®, rue Soufflot, 16,

sud-sud-ouest jusqu’à la presqu'ile Tera-Kako, longue de quinze milles du nord au sud, avec une largeur moyenne de cinq milles de l’est à l'ouest. Cette presqu'ile est séparée de la grande terre par un isthme bas et étroit , ou peut-être même parun canal resserré. Elle se trouve à l’est de la baie d'Hawke, dans laquelle se déchargent, dit-on, plusieurs belles rivières. Cette baie se termine au sud-ouest par le cap Matana-Mawi, situé par 390 41’ de latitude sud, et 1740 48° de longitude est, pointe élevée, dépouillée et taillée à pic.

A partir de ce point, la terre continue de courir au sud-sud-ouest d’une manière assez uniforme jusqu’au cap Kawa-Kawa, dont nous avons parlé plus haut.

Telle est sommairement la géographie du littoral des deux grandes îles composant la Nouvelle - Zélande. Occupons-nous maintenant de ses habitants.

Les Nouveaux-Zélandais sont généralement bien constitués, bien pris dans leur taille, et doués d’une complexion vigoureuse. La coutume qu'ils ont de s’enduire le corps et le visage d'huile de poisson et d’ocre, et de s’exposer habituellement aux intempéries de l'air, fait prendre à leur peau une couleur plus foncée qu'elle ne l’est réellement. Les femmes sont proportionnellement courtes et ramassées dans leur taille; celles qui sont mariées ayant beaucoup à souffrir dans leurs couches perdent vite la fraîcheur qu'elles avaient étant

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filles. Les jeunes esclaves sont en général plus belles que les femmes des chefs, parce qu'elles sont moins sujettes à avoir des enfants; quelques-unes passeraient pour jolies en Europe, malgré leur leint foncé et leur tatouage.

Exposés à toutes les vicissitudes de température, les Nouveaux-Zélandais sont proportionnellement sujets à moins de maladies que les Européens; mais ceux-ci leur ont apporté la syphilis qui cause parfois de grands ravages. Néanmoins ces naturels vivent longlèmps ; il en est qui parviennent à une vieillesse très avancée.

Les Nouveaux-Zélandais nous ont été représentés par les premiers voyageurs sous des couleurs généralement assez sombres ; mais cela provenait en grande partie des agressions des Européens ou de l'ignorance des usages de ces enfants de la nature qui ont coutume de déployer unappareil militaire analogue à un défi pour recevoir la visite des étrangers ; et il est de rigueur que ceux-ci rendent celte espèce de salut avant toute communication. Les Européens prirent d'abord celte cérémonie pour une insulle , et ils y répondirent par des coups de fusil ou mème par des boulets : de là sans doute les catastrophes qui frappèrent les blancs à leur apparition dans ces climats , et de là aussi la réputation de cruauté et de perfidie qui paraît généralement attachée au caractère des Nouveaux-Zélan- Jais. Rien, toutefois, ne peut justifier ou excuser leurs appétits de chair humaine.

Le capitaine Cook et ses dignes compagnons Banks, Forster et Anderson, ne se sont pas montrés aussi injustes que leurs devanciers envers les Nouveaux-Z6landais : ils leur ont trouvé un caractère affable, de bons procédés ; ils ont vu des guerriers intrépides et hardis, souvent généreux el humains; enfin ils ont reconnu en eux des sentiments de bons parents et des amis très dévoués. Les voyageurs anglais, qui ont plus récemment visité ces parages, s'accordent à dire que si les Nouveaux-Zélandais sont fiers, orgueilleux, jaloux, colères, terribles et implacables dans leurs vengeances, ils montrent cependant de la sensibilité, de la sincérité, de la probité, du dévoûment et de la constance dans leurs affections. Il est vrai que ces bonnes qualités ne se trouvent guère que parmi les chefs ou les nobles, car le peuple, étant ici esclave, doit être plus avide, plus dissimulé et plus porté à de mauvaises actions.

Nous avons dit que les Nouveaux-Zélandais avaient un penchant décidé pour la vengeance : ce sentiment paraît chez eux fondé sur des idées superstitieuses ; mais quelle qu'en soit la cause, jamais ils ne la laissent inassouvie, à moins qu'il n'inlervienne une lransaction entre eux et leurs ennemis.

Ces insulaires aiment beaucoup à rire et à plaisanter comme aussi à copier dans leurs gestes la tournure et les manières des Européens, en quoi ils réussissent d'une facon très comique. Néanmoins leur extérieur est habituellement sérieux et réfléchi.

Ces sauvages sont actifs, industrieux et persévérants dans leurs travaux : ils paraissent doués de dispositions égales à celles des Européens pour les arts mécaniques. Ils s'entendent de même très bien aux affaires de commerce.

Ce peuple aime les voyages lointains, mais sans oublier sa patrie, dont jamais il ne parle qu'avec attendrissement, Lorsqu'il la revoit après une longue absence, il s'abandonne à des transports de joie inexprimables.

Nous avons cité l'affection qui existe chez ces insulaires entre parents el'amis : ce sentiment parait souvent porté au suprême degré. A la mort d'une personne qui leur est chère, ils témoignent les regrets les plus vifs et l'afflietion la plus profonde; ils vont même jusqu’à se déchirer le visage et le corpsavec des pierres et des coquilles tranchantes : ils croient ne pouvoir témoigner plus dignement leur chagrin qu'en faisant jaillir leur propre sang, et en le mêlant aux larmes qu'ils répandent.

Beaucoup de voyageurs ont parlé de la prostitution du sexe féminin en racontant que ces peuples s'empressent de livrer leurs femmes et leurs filles aux marins pour des bagatelles. Le fait est inexact : les femmes d'un certain rang ne s’'abandonnent pas avec autant de facilité, et les naturels n'offrent guère aux Européens que les filles de la classe du peuple ; les chefs ne cèdent jamais qu'avec répugnance leurs propres filles à un étranger, bien qu'ils ny attachent aucune idée de mal.

Un sentiment qui honore ces sauvages est leur profond respect pour les vieillards. Ces derniers ont toujours la place d'honneur dans les conseils, dans les festins et dans toules les occasions d'apparat. Les jeunes gens les écoutent d'un air respectueux , et ce respect pour l'âge descend des chefs jusqu'aux hommes du bas peuple, car souvent ces mêmes chefs nourrissent des individus de cette classe, uniquement à cause de leur âge avancé.

Les Nouveaux-Zélandais sont très hospitaliers, comme l'attestent les missionnaires anglais qui ont isolément pénétré dans l'intérieur des terres. Lorsque ces naturels ont prononcé à des étrangers les mots : aire mai! aire mai! (viens! viens!) on est certain d'un bon accueil, et même de l’inviolabilité de sa personne. Tant que ces mots ne sont point sortis de leur bouche, on peut croire leurs intentions suspectes, et l'on doit se tenir sur ses gardes.

Au surplus, les fréquents rapports des Nouveaux- Zélandais avec les Européens, et Fintroduelion desarmes à feu , ont modifié d'une manière bien défavorable le caractère de ces sauvages. Ils paraissent être devenus dissimulés, avares, défiants, exigeants, arrogants, surtout dansle voisinage de la baie des Iles.

Sous le rapport politique, les Nouveaux-Zélandais sont classés en tribus qui rappellent les anciens clans d'Ecosse. Chaque tribu reconnaît un chef pris invariablement parmi les rangatiras où nobles. Il y a des rangaliras de tous les degrés, depuis celui qui a de grandes propriétés et beaucoup d'esclaves jusquà celui qui n’a que son titre de simple guerrier. Le peuple se compose des esclaves. Les chefs sont indépendants, et dirigent leurs tribus à leur guise ; néanmoins leur autorité dépend plutôt de l'influence qu'ils ont acquise sur l'esprit des masses, soit par de grands exploits dans les combats, soit par une haute réputation de sagesse et d'expérience comme prêtres et prophètes, ou seulement par de grandes richesses en biens ou en esclaves.

Le droit de succession à l'autorité passe d'ordinaire du frère aîné au cadet, et revient ensuite aux enfants des aînés. Le préjugé de là naissance est si grand parmi les insulaires qu'il est impossible à un homme da peuple de parvenir au rang de noble ou de rangatira. |

Les rangaliras sont très fiers de leurs prérogatives ; ils ont soin de faire connaître leur dignité aux Européens en les abordant, et de demander à ceux-ci quelle est la leur, Ces nobles sauvages discernent promplement les différences de grades, et classent vite le çapitaine et les autres officiers d'un vaisseau, suivant l’échelle des rangs qu'ils ont étabiis dans leur ile.

Ces chefs zélandais, si chatouilleux quant à la préséance et au rang, vivent entre eux dans un étal de guerre pour ainsi dire perpétuelle. Aussi la gucrre est pour eux l'occupation la plus honorable. Le prétexte est toujours de réclamer de leur ennemi une salisfaction pour une offense réelle ou supposée. S'il la donne, l'agresseur se retire; autrement le combat commence, et c'est le plus souventle dernier parti qu'on embrasse. Il résulte de ces guerres fréquentés une consom-

. mation énorme d'habitants, qui empèchera toujours la

Nouvelle-Zélande d'être peuplée en proportion de sa vaste surface. Une seule bataille met hors de combat douze à quinze cents guerriers de chaque côté, et le champ de carnage laisse des centaines de morts que les vainqueurs déchirent et dévorent en poussant

d'horribles cris de joie. Quand la mêlée est le plus affreuse, les femmes elles-mêmes y prennent une part active, comme ensuite elles ont part aux feslins de ces eannibales, qui presque jamais n'accordent de merei aux guerriers tombés sous leurs mains.

Les Nouveaux-Zélandais ont une si haute idée de la valeur guerrière, que le nom de Bonaparte, arrivé jusqu'à eux par un de leur chef venu en Europe, n'est prononcé qu'avec admiration dans l'île. Ils ont même récemment donné ce nom à un de leurs plus fameux guerriers.

1l paraît qu'une revue des individus en état de porter les armes à lieu une ou deux fois par an dans chaque tribu. Les guerriers sont rangés par compagnie de cent hommes, et chaque compagnie est commandée par un rangalira.

Il paraît aussi que les chefs peuvent décider leurs querelles en combat singulier; un missionnaire anglais a décrit un de ces tournois qui avait eu lieu sur la baie des Iles.

La peine du talion est admise'parmi les Nouveaux- Zélandais ; la mort est payée par la mort, le sang par le sang, et le vol par le pillage. Dans l'adultère on punit de mort les deux coupables, à moins qu'il n'y ait une transaction entre les familles. En cas de condamnation à mort pour vol, on coupe la têle au voleur et on la suspend à un poleau en forme de croix.

Les Nouveaux-Zélandais n’ont pas d'occupations réglées ; ils mangent et dorment quand il leur plait. Ils aiment les récits de combats. Dans les festins les femmes sont admises près des hommes. Les esclaves présentent à boire dans des courges pleines d’eau. Les feuilles de fougère tiennent lieu de vaisselle, et les doigts de fourechettes.

On dort pêle-mêle et tout nus dans les cabanes pendant l'été ; mais en hiver on a une couverture. L'oreiller est une solive et le matelas une nalte de jonc.

Les jeunes gens se marient entre vingt et vingtquatre ans. Les jeunes filles, tant qu’elles ne sont point mariées, peuvent accorder leurs faveurs à qui bon leur semble; aucune idée de crime n’est attachée à cette satisfaction des sens, pourvu que les convenances de rangs soient observées, car une relalion intime entre un chef et une esclave serait regardée comme infâme. Une fois le mariage consommé, la femme ne peut plus axoir de commerce qu'avee son mari. La manière dont se règle la cérémonie nuptiale a différentes versions. Il paraîl cependant que la plus accréditée consiste en une petite cour assidue et préliminaire entre les deux futurs. Quand la jeune personne est nubile, celui qui la recherche tâche par adresse d'obtenir ses faveurs; elle le laisse soupirer des jours et des nuils entières, afin d'éprouver sa constance et ses feux ; mais dès qu'il est heureux, il appelle les gardiennes de la jeune fille, qui, après s'être assurées du fait, se relirent, et c'est alors que le mariage est définilivement conclu. Si la jeune fille a pleuré en recevant la visite du galant, et qu'elle pleure à la seeonde fois, c'est une preuve qu’elle ne veut point de lui, et il doit renoncer à elle.

* La polygamie est permise, mais il est rare que deux femmes habitent ensemble sous la même hutte. Quelque rangatiras opulents ont jusqu'à dix femmes. Il en est toujours une qui tient le premier rang. D'un autre côté les chefs, s'ilsle veulent, épousent plusieurssœurs à

la fois ; un chef zélandais avait épousé les quatre sœurs

et avait en outre plusieurs autres femmes.

Quand le mari meurt, la loi zélandaise ne prescrit pas, comme dans l'Inde, aux veuves de se brûler sur son tombeau ; il en est cependant qui mettent fin à

- leurs jours et se pendent à un arbre, action qui est tou-

jours admirée et applaudie par les parents où amis du défunt. Au surplus, si la veuve n’est point forcée à se détruire, elle ne peut se remarier avant d'avoir relevé les os du défunt, etles parents decelui-ci poussent quelquefois la barbarie jusqu’à tuer l'infortunée pour empêcher un second mariage. Ici, en outre, les femmes sont trè$ sensibles aux reproches de leur mari, il en

est qui vont se pendre après en avoir reçu même de très légers: e’est pousser le scrupule un peu loin.

A la Nouvelle-Zélande, il paraît que souvent les femmes accouchent en plein air et sans laisseréchapper un seul cri. Les assistants des deux sexes, en voyantarriver l'enfantau monde, s'écrient: T'ane! tane ! La mère elle-même coupe le cordon ombilical, se lève ensuite et reprend immédiatement ses travaux comme à l'ordinaire.

Les mères sèvrent leurs enfants en se frottant l'extrémilé du sein avec une racine amère. Le plus grand plaisir qu’on puisse faire à un Nouveau-Zélandais est d'offrir quelque chose à sa progéniture; dé cette manière on gagne bien vite son amitié.

Nous avons dit que le tatouage se pratiquait dans la Nouvelle-Zélande. Il se distingue de celui des autres îles de l'Océanie, en ce que dans ces îles ce n'est qu’un ornement qui n'entame que la superficie de la peau, par une suite de piqûres, tandis qu'à la Nouvelle- Zélande se sont de véritables sillons creusés en entailles aux ciseaux. Les Nouveaux-Zélandais paraissent attacher beaucoup de prix à celte distinction. Dumont d'Urville indique avec détail comment se fait cette opération, appelée moko, et qui du reste n’est point permise aux hommes du peuple. Les femmes ne peuvent se tatoucr le visage qu'aux sourcils, aux lèvrésg-et au menton; mais il leur est loisible de s'imprimer des dessins sur les épaules el autres parties du corps.

Si des mœurs et coulnmes zélandaises nous passons aux habitations de ces naturels, nous voyons, dans l'ouvrage de d'Urville, que les cases des chefs sont grandes, longues de quinze à dix-huit pieds, larges de huit ou dix, et hautes d'environ six pieds. L'intérieur est soutenu par des piliers. A l’une des extrémités se trouve, en guise de porte, une ouverture haute de trois pieds sur deux de large et qui se ferme par un battant à bascule. A côté et un peu plus haut que la porte est percée la fenêtre qui a deux pieds carrés, et qui se ferme par un treillis de jones. Ces cases sont ornées de figures grotesques, plus ou moins bien sculptées. Le mobilier se borne à quelques instruments grossiers en os ou en picrre, à des corbeilles pour les provisions, à des courges destinées à contenir l'eau douce et des nattes suspendues aux parois. Les chefs d'un rang élevé ont ordinairement plusieurs cases, surtout lorsqu'ils ont plusieurs femmes et une nombreuse famille.

Les cabanes du peuple sont disséminées dans la campagne où elles forment des hameaux peu considérables. D'un autre côté, chaque tribu a son village fortifié, que l'on nomme Pa, et dans lequel tous les membres de la tribu se retranchent dans les moments de danger. Prèsque toujours ces forts sont établis sur des hauteurs, et entourés d'une double rangée de palissades avec des fossés intermédiaires. Quant à la nourriture, la racine

. de fougère en est la base, et cest ici l'unique trait de

ressemblance des fiers insulaires de la Nouvelle-Zélande avec les misérables indigènes de la Nouvelle- Hollande, en ce qui touche les aliments. La racine de fougère de la Nouvelle-Zélande a du reste un goût agréable et mucilagineux : c’est la manne du pays, et le seul aliment du pauvre. Lesriches y ajoutent la patate douce, et à présent les pommes de terre. Ils mangent aussi le chien et le rat, seuls quadrupèdes vraiment indigènes de cette contrée australe. |

Ils prennent encore quelques oiseaux et du poisson en abondance. En été ils le mangent tout frais; en hiver ils le mangent ordinairement sec. Ils réussissent quelquefois à prendre des requins, dont ils estiment beaucoup la chair. Enfin, puisqu'il faut le dire, les Nouveaux-Zélandais mangent avec délice la chair de leurs ennemis tués dansles combats. Ils égorgent même souvent de sang-froid leurs propres esclaves pour assouvir leur monstrueuse gloutonnerie. Ils préfèrent cent fois la chair humaine à celle du porc. La chair d'une femme ou d’un enfant est ce qu'ils trouvent de plus délicieux, Ils ne connaissent d'autre boisson que l'eau

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pure et détestent les liqueurs fortes des Européens ; mais ils en aiment le thé, le café et le chocolat.

Quant à leur habillement, il se réduit, pour les deux sexes, à deux nattes carrées en chanvre de phormium, l'une pour envelopper les reins, l'autre pour couvrir les épaules. Les chefs ont leurs nattes beaucoup plus fines que celles du peuple. Personne ne porte ni chaussure ni coiffure. Trois ou quatre plumes blanches, fichées sur le chignon, forment l'attribut spécial des chefs ou des guerriers. Les jeunes filles coupent leurs cheveux ou les laissent flotter sur leurs épaules; les femmes mariées ont seules le droit de les attacher.sur le sommet de la tête. Le rouge est la couleur privilégiée; les guerriers seuls ont le droit de porter Ja natte rouge, et les femmes la natte noire, Les enfants restent nus jusqu’à l’âge de huit ans. Les femmes laissent volontiers leur gorge à découvert; mais elles ne quittent jamais leur natte de dessous.

Les Nouveaux-Zélandais sont assez généralement beaucoup moins propres sur leur personne que les Polynésiens, parce qu'ils se baignent et se lavent moins fréquemment. Ils sont bien plus sujets à la vermine, et souvent elle envahit leur chevelure. On voit les femmes journellement occupées à donner la chasse aux poux, et croquer sans façon tous ceux qu'elles peuvent attraper.

N'oublions pas de dire que les Nouvesux-Zélandais aiment aussi la musique et la danse. Leurs instruments de musique se bornent à deux ou trois espèces de flûtes; mais leurs chants sont plus variés; ils sont d’ailleurs accompagnés de gestes qui ajoutent beaucoup au sens de leurs paroles. Ils emploient la trompette marine, percée d'un trou en guise de cornet pour s’appeler à de grandes distances ou pour s'exciter au combat.

Ils ont des chants parliculiers pour célébrer les plaisirs de l'amour ou les exploits de leurs guerriers, ou la mort d'un parent, d'un ami, ou l'absence d'une personne qui leur est chère. Ils ont aussi des chants satiriques, et quelquefois leurs bardes improvisent des chansons en l'honneur des étrangers qui les visitent. En général leurs couplets ont un refrain que l’assemblée répète en se frappant la poitrine. Mais ce qui est le plus célèbre en ce genre, c'est un hymne qu'on exécute en chœur, au moment du combat, avant le sacrifice des victimes humaines, ainsi que dans les cérémonies et funérailles. Voilà la Marseillaise des Nouveaux-Zélandais.

Quant à la danse, elle accompagne le chant. Il est aussi des danses caractéristiques, où les acteurs roulent leurs yeux dans les orbites, sortent la langue de la bouche, font toutes sortes de contorsions et frappent lourdement la terre avec un bruit pareil aux marteaux des hideux enfants de Polyphème ; hommes et femmes se livrent à la danse avec une fureur inouiïe, les femmes

our exprimer leur amour, les guerriers pour peindre eurs exploits.

Il ne nous reste plus qu'à dire un mot sur la rcligion. Celle des Nouveaux-Zélandais semble un dédale inextricable. 11s donnent à leurs dieux le nom générique d’atoua. Ils paraissent avoir l'idée d'un dieu supérieur à tous les autres; ils ont de bons et de mauvais génies ; ils accordent communément les honneurs et Le titre d'atoua à leurs parentsouà leurs premiers chefs. Ils portent à leur cou des sortes d'amulettes ; ils sont persuadés qu'une personne attaquée d'une maladie mortelle est tombée au pouvoir de l’atoua qui s'est introduit dans son corps sousla forme d'un lézard et qui lui ronge les entrailles, sans qu'il soit possible de lui résister; aussi le lézard inspire aux Nouveaux-Zélandais une frayeur telle qu'ils ne veulent pas le toucher. Le tonnerre est un immense poisson qui en se remuant produil le fracas qu'ils entendent. LesNouveaux-Zélandais ontune confiance aveugle dans leurs prêtres ou arikis, lesquels peuvent calmer les orages, apaiser les vents, arrêter ou chasser certaines maladies. Souvent leschefs unissent à leurs fonctions civiles et militaires celles

du sacerdoce , et n’en sont que plus inviolables, parce que tout homme qui entretient commerce avec les dieux est censé plus sacré, et voilà pourquoi les missionpaires évangéliques sont respectés même dans les fureurs de ces sauvages.

lci les prêtres unissent à leurs priviléges sacerdotaux les attributs de médecins. Dès qu'une personne tombe dangereusement malade, le prêtre-médecin ne quitte plus le patient qu'il ne soit guéri ou enterré; les moyens curatifs sont des prières et des jongleries; quelquefois ils y ajoutent la diète absolue pour le malade, afin qu'il guérisse ou meure plus vite.

Les Nouveaux-Zélandais pensent qu'après la mort l'âme ou esprit, qu’ils nomment waidoua, est un souffle intérieur, entièrement distinct de la matière corporelle. Les deux substances jusqu'alors unies se séparent; le waidoua demeure trois jours à planer autour du corps, puis se rend au fameux rocher de Reinga, mot qui signifie départ; rocher que nous -avons cité comme le Ténare de ces sauvages, et d'où un aloua emporte le waidoua au séjour de la gloire ou de la honte, pendant que le corps ou la partie impure de l'homme s’en va dans les ténèbres. Il ne s’agit pas ici de bien ou de mal comme nous l'entendons dans nos croyances religieuses, les Nouveaux-Zélandais ne connaissent point ces distinctions morales; ils ne voient que le vainqueur et le vaincu, l'honneur pour le premier et le déshonneur pour le second.

C'est avec ces idées superstitieuses qu’ils sont naturellement portés à dévorer le corps de leurs ennemis ; ils croient qu'en agissant ainsi, ils absorberont l'âme de cet ennemi, la joindront à la leur et donneront à celle-ci plus de force. Aussi pensent-ils que plus un chef a dévoré d’ennemis d’un rang distingué dans ce monde, plus dans l’autre son waidoua triomphant sera heureux et digne d'envie. Au surplus ce bonheur futur ne consiste que dans de grands festins en poisson et en patates, et dans ces combats acharnés où les waidouas élus seront toujours vainqueurs.

Comme les Nouveaux-Zélandais croient que le waidoua se tient dans l'œil gauche, un guerrier qui vient de terrasser son rival ne manque jamais de lui arracher cet œil et de l’avaler. Il boit en outre du sang de cet ennemi pour éviter la fureur du waidoua vaincu; Car celui-ci retrouve de la sorte, dans l'assimilation qui vient de s’opérer, une portion de l’aliment qui le nourrissait et qui dès lors l'empêche de nuire.

Ajoutons quelques mots sur le tabou et sur quelques autres cérémonies zélandaises.

Le tabou ou plus exactement {apou, à la Nouvelle- Zélande, est, comme dans d'autres îles de la Polynésie, un interdit que l’on met sur certaines choses ou même sur les personnes. Nul ne peut approcher et encore moins toucher la chose ou la personne tabouée. Un chef tire une grande ressource de ce veto indéfini. Veut-il écarter de sa maison, de ses champs, des voisins importuns, il taboue sa maison et ses champs; veut-il s'emparer d’un objet de prix, il le taboue.

Les Nouveaux-Zélandais ne peuvent souffrir aucune sorte de provisions dans leurs cabanes, surtout de celles qui proviennent d'êtres animés. Les premiers Européens qui voulurent se débarrasser de l’importunité de leurs hôtes, suspendirent au plafond de leurs cabanes un morceau de viande de cochon, dès ce moment les naturels s'en éloignèrent. Jamais ceux-ci ne prennent leurs repas dans l'intérieur des maisons, et ils ne le permettent pas non plus aux Européens qui vont les voir. Lorsque ceux-ci ont besoin de se rafraîchir, ne fût-ce que pour avaler un verre d'eau, ils sont obligés de sortir de la cabane. Allumer du feu dans les endroits où les provisions sont déposées serait un crime. Tous les ustensiles qui ont servi à une personne durant sa maladie ne peuvent plus servir et on les brise près du corps du défunt.

Les songes, surtout ceux des prêtres, sont d’une grande importance; souvent ils suffisent pour arrêter

les entreprises les mieux concertées : résister aux inspirations d’un songe serait offenser les dieux.

Les Nouveaux-Zélandais rendent de grands honneurs à leurs morts, surtout auand ils sont d’un rang distingué. On garde le corps durant trois jours, parce que l’âme n’est censée le quitter qu'après le trépas. Ce troisième jour le corps est frotté d'huile comme de son vivant. On ploie les membres contre le ventre en les ramassant en un paquet, au lieu de laisser le cadavre étendu comme en Europe. On enterre ensuite le paquet et on le recouvre d'un tas de pierres en déposant sur la tombe du mort quelques vivres pour son waidoua qui est encore censé en avoir besoin. La cérémonie se termine par un festin où l’on chante les louanges du défunt.

Après la mort d’un chef, ses voisins se réunissent pour piller ses propriétés, et chacun s'empare de ce qui lui tombe sous la main. Quand c’est le premier chef d’une tribu,\la tribu tout entière est exposée à être saccagée par les tribus voisines.

D’après ce que nous avons dit sur le waidoua, on conçoit l'horrible coutume de se repaître de chair humaine; c'est un résultat de la superstition zélandaise. Sur le champ de bataille, les cadavres des chefs sont toujours dévorés les premiers. Les Nouveaux-Zélandais pensent qu'il vaut mieux manger son ennemi que de le laisser pourrir à l'air. Ils conservent toujours les têtes après les avoir vidées et séchées au soleil ; les cheveux, la barbe et les sourcils sunt respectés. Les os du corps sont convertis en flûtes, hameçons et ustensiles de ménage. Nous avons déjà dit ailleurs qu’à la mort d’un chef, on immole souvent plusieurs esclaves sur son corps.

La plus grande marque de considération et d’affection d'un Zélandais est le salut qu'il nomme shongui et qui consiste à frotter le bout de son nez contre le vôtre, en exhalant doucement son haleine et en l’unissant à la vôtre, pour mettre son waidoua ou esprit et le vôtre en contact plus direct et plus intime.

A l'égard de la langue des Nouveaux-Zélandais, bornons-nous à dire qu’elle n’est ni dure ni désagréable, que même elle est assez douce dans la bouche des femmes, comme elle devient énergique dans celle des hommes. Elle n’a ni déclinaisons ni conjugaisons proprement dites; les mots se composent rarement de plus de deux syllabes et se terminent presque toujours par des voyelles.

Sous le rapport naturel, la Nouvelle-Zélande ne possède guère, en fait de mammifères, que le chien et le rat. Les oiseaux sont peu nombreux; les lézards sont à peu près les seuls reptiles du pays. Certains parages abondent en poissons. Les insectes sont assez rares, les plantes peu nombreuses. Nous renvoyons pour les détails de ce genre à l’ouvrage même de Dumont d'Urville, qui sur les autres points que nous n’a. vons pu qu'effleurer donne également des développements très élendus.

Suivons maintenant notre savant navigateur, dans sa traversée de la nouvelle-Zélande, à Tonga-Tabou.

Dumont d'Urville quitta la baie des Iles le 19 mars 1827, dans l'espérance de pouvoir se rendre à Tonga- Tabou en dix à douze jours, mais il fut bien trompé dans son calcul. D'abord, douze jours de calme continuel le retinrent dans le voisinage de la Nouvelle-Zélande, ordinairement si orageux; ensuite il eut des vents faibles et variables, qui ne permirent à la corvette d'avancer qu'avec beaucoup de lenteur. Cependant les 2, 3 et 4 avril {’4strolabe passa près des îles Curtis, Macauley et Sunday, cette dernière étant l'île Raoul de d'Entrecasteaux.

Le 9, on eut connaissance de l'île Eoa. Le 16, on vit plusieurs des îles Hapaï, à l’est de l’île d'Anamouka. Le 10, on donna dans le canal de Tonga-Tabou, et lorsqu'on en eut parcouru la moitié, les vents poussèrent la corvelte sur des coraux déchirants. L’Astrolabe y fut exposée plusieurs jours à une perle imminente ; mais enfin elle parvint à sortir du danger,

et put mouiller le 26 avril devant la petite île de Pangai-Modou, après avoir eu à lutter douze grands jours contre la violence du vent, et après plus d’un mois d'une navigation pénible, depuis son départ de la Nouvelle-Zélande.

Tonga-Tabou.

Les îles Tonga furent découvertes en 1643 par le navigateur hollandais Tasman. I1 mouilla devant l'île Tonga-Tabou, à laquelle il donna le nom d’4msterdam, après avoir imposé ceux de Middelbourg et Rotterdam aux Îles d'Eoa et de Namouka Le capitaine Cook visita ces terres en1773, et découvrit, l’année suivante, la plupart des petites îles situées au nord de Tonga-Tabou et qui portent le nom distinct d'êles Hapaï. En 1777, le même Cook visita les îles Tonga dans le plus grand détail. En 1781, le navigateur espagnol Maurelle découvrit Vavao et plusieurs îles voisines, toutes situées au nord de l'archipel Tonga. La Pérouse vit ces mêmes parages en 1787, et Bligh passa trois jours à l’île Namouka.

En 1797, le capitaine Wilson, qui conduisait des missionnaires aux îles de la Polynésie, passa aussi devant Tonga-Tabou, dont l'archipel avait reçu de Cook le nom bien peu mérité d’4rchipel des Amis, car les insulaires se montrèrent depuis perfides et cruels dans leurs rapports avec les Européens; mais les relations que nous avons fait connaitre ont donné à cet égard des explications suffisantes ; nous ne les reproduirons pas, et nous allons seulement consigner ici en passant quelques-uns des principaux faits recueillis par Dumont d'Urville sur la géographie et les usages des îles Tonga.

L’archipel Tonga se compose d’une centaine d’iles ou îlots, situées par 170 18’ de latitude sud, et 4760 10 —178° delongitude ouest. Lestrois iles Tonga-Tabou, Vavao et Eoa seules se distinguent par leur étendue, de quinze à vingt milles de longueur; sept autres ont de cinq à sept milles d'étenue moyenne; et le reste, de deux à trois milles de dimension. Plusieurs ne sont que des bancs de sable et de corail, couverts de quelques bouquets d'arbres : quelques-unes sont assez élevées; Eoa, Namouka et Vavao sont d'une hauteur médiocre, et Tonga-Tabou st une terre basse.

Tonga-Tabou, comme toutes les iles Hapaï, est entourée de récifs de corail dangereux ; les autres en paraissent exermptes, parce‘que sans doute , le sol y est plus élevé et d’une constitution différente.

Tonga-Tabou jouit d'une température modérée ; au mois d'avril et de mai, le thermomètre s'était maintenu entre 23 et 269 centigrades. D'un autre côté, les brises de mer qui soufflent régulièrement contribuent sans doute à tempérer l'excès de la chaleur. L'air d'ailleurs est pur et serein ; mais les tremblements de terre sont fréquents. Le sol est d'une fertilité prodigieuse. L'eau douce est rare ; mais en creusant à une certaine profondeur, on obtient en général de l'eau potable. .

La population de Tonga-Tabou paraît être d'environ quinze mille habitants , dont quatre ou cinq mille en état de porter les armes.

Les habitants des îles Tonga sont en général grands, bien faits et bien proportionnés. Ils doivent la rotondité de leur corps à une nourriture saine etabondante, unie à un exercice modéré. Ils ont une physionomie agréable; ils sont plus sérieux que les Taïtiens et moins sauvages que les Nouveaux-Zélandais. Plusieurs ont le nez aquilin et les lèvres minces; presque tous ont les cheveux lisses et la peau d'un noir peu foncé. Les femmes ont la taille noble, les formes arrondies, les traits délicats et le teint presque blanc ou seulement basané.

Ces insulaires jouissent en général d'une bonne santé; quelques-urs pourtant sont sujets à 11 lèpre

el à des éruplions cutanées. Les vieillards sont com muns et ils conservent uné vigueur et une agilité rewarquables.

Nous ayons vu dans la Nouvelle-Zélande que les indigènes avaient gagné à être connus : le contraire arrive quant aux naturels de Tonga. Ceux-ci avaient paru doux, polis, aimables, caressants et hospitaliers aux premiers navigateurs, etnolamment au capitaine Cook, lequel avait, à cause de cela, comme nous l'avons dit, donné à leurs terres le nom d’iles des Amis. Mais depuis on à reconnu leur perfidie, ainsi que nous l'avons déjà remarqué plus haut. Les insulaires sont généreux, complaisants et hospitaliers, sans doute, mais en même temps cupides, audacieux et profondément dissimnlés. Du reste, ils paraissent susceptibles d'une force de caractère et d’une énergie surprenantes. Ils y ajoutent le mérite d'être modestes, car la jactance n'est point leur fait ; et ils ne s’abandonnent point non plus à ces transports de fureur si habituels aux Nouveaux- Zélandais. Un refus ne les émeut pas; ils dévorent un affront sans y paraître sensibles; mais le souvenir en reste profondément gravé dans la mémoire, et ils ne manquent jamais de se venger aussitôt qu'ils en trouvent l'occasion.

Ces insulaires sont très attachés à leurs parents, à leurs amis et à leurs chefs. Ils ont entre eux des relations aussi douces qu'affectueuses. Ils traitent leurs femmes avec égard et leurs enfants avec une bonté paternelle. Les chefs témoignent sans cesse à leurs inférieurs beaucoup de bienveillance. Enfin ces indigènes respectent la vieillesse et lui prodiguent de tendres soins. Les rangs s’observent parmi eux. Le toui-tonga est un personnage très révéré et même sacré; c'est une espèce de pape qui semble avoir autant de puissance à Tonga que le saint père à Rome. Autrefois la noblesse à Tonga se transmettait par les femmes; quel que fût le rang äu père, si la mère n'était point noble les enfants ne l'étaient point davantage : au contraire si le père n’était point noble et que la femme le fût, les enfants le devenaient de droit. Cet usage est encore observé dans quelques-unes des îles Tonga, comme nous l’appreiïnent d'autres voyageurs.

À Tonga-Tabou l'obéissance passive aux chefs est d'obligation rigoureuse; mais de leur côté les chefs doiveat user d'uue sage réserve, qui cependant ne les empêche point de punir leurs sujets à grands coups de bâton.

La danse et le chant constituent les principaux amusements du pays. On y ajoute quelques jeux dont d'Urville présente une description détaillée et complète. Un de ces jeux consiste à transporter une grosse pierre d'un endroit à un autre, sous l'eau, à la profondeur de dix pieds, en suivant le fond dans un trajet de soixante-quatre mètres et toujours en ligne droite.

Les habitants de Tonga aiment beaucoup la conversation et les parties de kava. On se rappelle que le kava ou ava est une espèce d'infusion que l'on obtient en exprimant le jus de certaines racines et en les mélangeantavec de l’eau. Il en résulte un breuvage fade, doucereux, piquant et d'une saveur nauséabonde, mais qui est fort goûté dans la Polynésie, notamment à Tonga, à Taiti, à Noukahiva el aux îles Sandwich. Lorsqu'on en boil en trop grande quantité, il enivre; et à force d en user on devient idiot. Dumont d'Urville décrit longuement les circonstances où le kava est servi; surtout dans les cérémonies politiques ou religicuses, et lors d'une visite imporlante. Les habitants de Tonga n'entreprenpentjamais d'aifaires graves, sans qu'elles soient précédées du kava. La plus grande marque de considération qu'ils puisseut donner à un étranger dont ils reçoivent la visite est de lui faire servir le kava.

Les habitants de Tonga se distinguent parmi les Polynésiens dans la construction des pirogues, dans l'art de tailler les dents de la baleine pour en faire des colliers, dans la fabrication des filets et le ciselage des casse-lêles, dans la bâtisse des maisons, dans le ta-

touage et l'art de faire la barbe au moyen de coquilles, Presque toutes les professions deviennent héréditaires dans chaque famille.

Ces peuples dînent au lever et soupent au eoucher du solcil. Ils se couchent dès que la nuit est venue, et se lèvent dès le retour de l'aube.

Quant aux mariages, ils ont lieu sans presque aucune cérémonie. Les jeunes filles sont libres de leurs faveurs, mais ne les prodiguent pas sans recevoir des cadeaux. Les femmes mariées sont généralement fidèles, si ce n'est dans les basses classes, où elles cèdent aux désirs des chefs plutôt pour éviter les suites de Ja colère de ceux-ci que par disposition à la débauche. En cas d'adultère, le mari peut tuer sa femme; cependant s'il veut divorcer, tout s'arrange, et celle-ci redevient libre dans le trafic de ses charmes.

Les chefs ont autant de femmes qu'ils en veulent, etelles prennent rang selon leur naissance. Toutes ces femmes sont traitées avec douceur. Celles qui épousent un homme d’un rang inférieur ont le droit de lui commander. ù

La circoncision se pratique aux îles Tonga, c’est-àdire que l'on ôte un petit morceau de Ja partie supérieure du prépuce pour l'empêcherde recouvrir le gland. Cette opération est ici une raison de propreté.

Les insulaires de Tonga se latouent diverses parties du corps, notamment le bas-venire et les cuisses, mais en laissant la peau dans son état naturel, et sans lui faire d'incision, comme cela se pratique à la Nouvelle- Zélande.

Les maisons de ces naturels sont propres et solides. Elles ont la forme d'un ovale de trente pieds de longueur sur vingt de large, et douze ou quinze de hauteur pour les chefs. Celles du peuple sont plus petites. Le maître et la maîtresse de la maison couchent dans un espace à part; les autres membres de Ja famille dorment sur le plancher sans avoir d'endroits fixes. Les domestiques se retirent dans de petites cabanes voisines. Les nattes servent de lits et les vêtements de couvertures. Les meubles sont quelques bols en bois pour servir le kava, quelques gourdes pour contenir l'eau, des coques de coco pour renfermer l'huile dont on se frotle le corps, des coussinets et quelques eseabeaux pour servir de sièges.

Les aliments ordinaires sont l’igname, le taro, la banane, les fruits à pain, la noix de coco, le poisson et les coquillages. On réserve pour les chefs les cochons, la volaille et les tortues. Le bas peuple mange les rats.

L'habillement des deux sexes ne consiste qu'en une pièce d'étoffe ou nalte qui envelope le corps de mapière à faire un tour et demi sur les reins, où il est arrêlé par une ceinture. Jusqu'à sept ou huit ans les enfants vont tout nus. La coiffure varie suivant les goûts et les âges.

Au reste, l'habitude de se baigner chaque jour, et souvent plusieurs fois, fait que ces naturels sont très propres sur leur personne. Le soin qu’ils ont de se frotter le corps avec de l'huile parfumée rend leur peau douce et belle. Quant à leurs chants, ce sont des espèces derécitalifsse rapportant à quelque événement plus ou moins remarquable, où bien ce sont des paroles adaptées à différentes sortes de danses ou de cérémonies. Ces chants ne sont pas dépourvus d'harmonie : ils offrent même beaucoup de variété dans les tons. Outre les flûtes, ces insulaires ont des tambours formés de troncs d'arbres, de trois à quatre pieds de long, et creux dans l'intérieur.

Les habilants de Tonga reconnaissent une foule de divinités porlant le nom générique de Hotoua, et qui ont entre elles divers degrés de prééminence. Les divinités supérieures peuvent à leur gré distribuer le bien et le mal, et elles existent de toute éternité. Dumont d'Ürville donne une liste des différentes divinités supérieures et inférieures; nous renvoyons à son ouvrage ceux de nos lecteurs qui voudraient acquérir des noljions étendues et complètes à cet égard,

Suivant les habitants de Tonga-Tabou, l'âme humaine est une substance déliée et presque aériforme, qui se sépare du corps à l'instant même où la vie s'en échappe. Le cerveau n'est que le siége de la mémoire. Le courage est recélé dans le foie.

Les prêtres jouissent d'assez de considération ; ce sont eux qui rendent les oracles. On les regarde alors comme inspirés et comme recevant les communications de la divinité. On les consulte dans le eas de maladie ; mais si le malade au bout de trois jours ne va pas mieux, on le conduit à un autre prêtre, et de celui-ci à un autre, jusqu'à ce qu'il soit entièrement rétabli ou mort. Ces prêtres ne forment point un corps à part, et ils vivent confondus parmi le peuple sans avoir de costume spécial. ‘

Le tabou existe aux îles Tonga comme à la Nouvelle- Zélande, ainsi qu'ailleurs dans la Polynésie. Le terrain consacré à un dieu ou devenu la sépulture d'un chef est taboué. On impose le tabou sur une pirogue si on veut la rendre plus propre et plus sûre pour les longs voyages. Il est défendu de combattre en un lieu qui vient d'être taboué. L'homme coupable d’un vol est contraint de se baigner dans certains endroits de la mer fréquentés par les requins; et s’il est mordu ou dévoré, son crime demeure patent. Celui qui touche le corps d’un chef mort dévient lui-même tabou, et il faut un intervalle de ro lunes pour le relever de celte interdiction, Il est tabou de manger en présence d'un parent supérieur, à moins qu'il ne tourne le dos; il est tabou de manger des vivres qu'un chef supérieur a touchés, En un mot, c'est à l'empire du tabou que les diverses classes de la société doivent la conservation de leurs priviléges respectifs.

On célèbre à Tonga une fête appelée le Natchi, et que le capitaine Cook a décrite longuement, C’est une cérémonie religieuse qui entraîne la consommation d'une quantité énorme de vivres, surtout si elle est accompagnéé de quelques autres fèles, comme le retour d'un chef après une longue absence, ou comme le mariage ou la mort d'un grand personnage. Une autre cérémonie analogue au natchi se pratique également pour faire des offrandes aux dieux des éléments. Enfin, une cérémonie barbare a lieu sous le nom de Naudgia, pour obtenir la guérison d’un parent malade: il faut ici que l'on étrangle un enfant, et que la victime soit offerte aux dieux. C’est d'ordinaire un parent de l'enfant ou du malade qui est chargé de l'égorger. On élrangle aussi un enfant lorsqu'un chef l'exige au nom du pays pour apaiser la colère des dieux. D'un autre côté, à la mort d'un chef, on a coutume d'enterrer la veuve avec le corps de son époux.

La cérémonie des funérailles demande peu de formalités quand il ne s’agit que d'un simple chef, Peu de temps après Ja mort on étend le cadavre par terre devant la maison, et un membre de la famille le lave avec de l'huile et de l'eau pour le rapporter dans la maison el le déposer sur un monceau d'éloffes, Les femmes du défunt se rangent autour de son corps, poussent des gémissements Jugubres, se meurtrissent la poitrine et la figure, et se font quelquefois de cruelles déchirures pour exprimer la violence de leur chagrin. Le lendemain le corps est déposé dans le tombeau de famille, et les gémissements se renouvellent. Enfin, les fossoyeurs recouvrent de terre la dépouille mortelle, et par-dessus mettent des naliesen feuilles de cocotier. Chacun se relire alors chez soi, se coupe des cheveux et se brûle la peau des joues sur les pommettes avec un pelitrouleau enflammé.Le deuil dure plusieurs lunes, pendant lesquelles on ne porte que des naltes pour vêtement.

Les charmes et les présages sont d’une grande influence dans. les opinions religieuses de Tonga. Les éclairs et le tonnerre annoncent la guerre ou quelque grande catastrophe ; l'éternüment est aussi du plus mauvais augure. Une certaine espèce d'oiseau , analogue au martin-pècheur, est d’un funeste pronostic lorsque dans son vol rapide il s'abat près d'une per-

sonne. Le toucher de certaines amulettes suffit pour donner la mort. Pour savoir si une personne relèvera de maladie, on fait tourner sur elle-même une noix de coco, en examinant avec soin sa position quand elle est revenue au repos.

Il ne faudrait pas croire cependant que les naturels de Tonga-Tabou se contentassent, dans leurs maladies ou leurs infirmités, de recourir aux prières, aux charmes et aux sacrifices. Hs prennent aussi des remèdes internes, comme cerlaines infusions de plantes. Ilsont également recours à la saignée, en se faisant des scarifications sur les bras et sur les jambes avec des coquilles tranchantes, ou une incision sur la poitrine, pour dégager le sang extravasé ou pour extraire la pointe barbelée d’une flèche rompue. Enfin, ils pratiquent aussi quelquefois la castration lorsque les testicules sont engorgés.

La langue des insulaires de Tonga est à peu près le même que celle des Nouveaux-Zélandais, sauf quelque différences très légères. Elle est douce, mélodieuse et moins monotone que celle de Taïli.

En résumé, sous le rapport physique Tonga-Tabouest une île basse couverte d’une recouche épaisse de bonne terre, où les végétaux se développent avec vigueur. Les cocotiers et les bananiers y sont très abondants. Le manque de montagnes et conséquemment de ruisseaux rend le pays monotone. Sauf le rat, iln'y a point de mammifères sauvages à Tonga-Tabou. Le marlin-pêcheur, la poule d’eau, la tourterelle, le merle, la moucherolle, le chat-huant, sont à peu près les seuls oiseaux qu'on y rencontre. Les habitants observent l'usage pratiqué à Taïti de changer de nom avec l'ami qu'ils ont choisi. L'île de Tonga-Tabou est gouvernée par plusieurs chefs indépendants les uns de: autres, et qui entretiennent une cour nombreuse. Leurs courtisans se nomment #nata-boulais : ce sont tout à la fois des conseillers et des gardes-du-eorps.

Nous avons mentionné tout à l'heure la perfidie des insulaires de Tonga : Dumont d'Urville en eut un échantillon le 43 mai 1827, au moment où l'4strolabe allait remettre à la voile, après que ces indigènes avaient été comb.és de présents, et que de leur côté ils avaient montré des dispositions pacifiques, el même secouru l'équipage d'abord embarrassé au milieu des récifs aigus qu'élèvent insensiblement les petits mollusques vivant dans ces parages. Les naturels donc, jusqu'alors paisibles et affables, s'emparèrent ce jourà, par une ruse jaouïe, d'une des embarcations avec l'élève et les hommes qui la montaient: c'est de la même manière qu'ils avaient tenté autrefois d'enlever le capitaine Cook, et plus tard le général d'Entrecasteaux. D'Urville dut recourir à des mesures coercitives pour contraindre ces barbares à rendre les Français prisonniers. Ils ne remirent d'ab rd que l'élève, et promirent d'amener les autres; mais ils ne voulaient que gagner du temps pour se fortifier dans leur village sacré de Mafanga , et pour attirer l'équipage dans de nouvelles embüches. D Urville fit approcher la corvette des récifs qui protégent ce lieu, et canonna vivement les insulaires assemblés au nombre de quatre à cinq mille dans cette espèce de fortification , armés de fusils, d'arcs, de lances et de casse-lète. Les deux premiers jours, ces sauvages, abrilés par des retranchements de sable, purent braver l'artillerie française; mais à la fin, lassés de ce genre de guerre passive pour eux, ils se déterminèrent à renvoyer, le 20, leurs prisonniers, lesquels rentrèrent à bord de la corvette, à l'exception de deux misérables qui aimèrent mieux rester dans File, où on leur avait sans doute promis de brillants avantages, au gré de leur eupide sensualité.

En s'éloignant de celte île, non moins dangereuse par ses habitants que par ses récifs, Dumont d'Urville avait appris de la reine du pays que les vaisseaux de La Pérouse avaient passé dix jours à Namouka ou Anamouka, ell a déposition avait été accompagnée de détails assez positifs pour y ajouter foi. La route de

k VOYAGES AUTOUR DU MONDE.

SOTANLSE.

On s’occupa pendant deux jours de retirer du fond des eaux le plus d'objets qu'il fut possible.

l'astrolabe fut alors dirigée vers les îles Viti ou Fidji, et puis vers la Nouvelle-Guinée.

Traversée de Tonga-Tabou à la Nouvelle-Guinée.

Durant vingt jours, Dumont d'Urville parcourut en divers sens l'archipel des îles Viti, improprement appelées Fidji, mot qui n’est qu'une corruption de Viti ou Biti en langue tonga, et y détermina la position et les contours de cent vingt îles ou îlots, dont plusieurs étaient entièrement ignorés avant lui, entre autres les îles Lauzala, Motougou , Totoua, les deux petites îles Nogoulao et Nogou-Lebou, le groupe entier d'Oumbenga, la pittoresque île de Vatou-Lelé, et un petit groupe voisin. Dans le cours de cette navigation, l4strolabe fut souvent à deux doigts de sa perte, à cause des brisants ou des hauts-fonds semés de pointes aiguës de corail qu'elle rencontra.

Nous ne suivrons pas l'explorateur dans les détails de ce-périlleux travail qui a pris dix-huit jours entiers, indiquons-en seulement les principaux résultats.

La grande île septentrionale du groupe des îles de Viti se nomme anoua-Lebou , mot qui veut dire grande terre. La grande île du centre est appelée 7'iti- Levou, ce qui signifie grande Viti. La grande île méridionale est Kandabou, que par méprise le capitaine

Bligh avait nommée î/e Müvolla. Toute la partie orientale de Viti-Levou n'offre que desterres basses et couvertes de cocotiers près du rivage ; ces terres s'élèvent rapidement vers l’ouest, où elles deviennent de hautes montagnes. L'île de Vatou-Lelé a neuf millesde long du nordau sud, et une largeur moyenne de deux milles : elle est couverte d'une riche végétation, et les cocotiers dominent de leurs têtes mobiles les autres arbres qui ombragent le sol. Cette île est basse dans toute son étendue, excepté dans sa parlie nord-ouest qui présente quelques falaises déchirées et taillées à pie.

Les indigènes de l'archipel Viti font partie de la race papoue qui règne à la Nouvelle-Guinée. Ce sont d'assez beaux hommes à peau noire tirant sur le chocolat. Ils ont le haut de la figure large, le nez et les lèvres grosses ; plusieurs ont une physionomie expressive ; quelques-uns de beaux traits ; tous la chevelure noire, très ample, très frisée, et dont ils prennent beaucoup de soin. Quelques-uns la colorent avec du charbon, d’autres la rougissent avec de la chaux, ou bien Ja blauchissent en la rendant blonde eten la faisant ressembler à du crin frisé. Ils se latouent les bras et la poitrine en s'y creusant de petits trous qui, boursoufflés, ressemblent à une cerise, et qui sont quelquefois aulant d'ulcères fort dégoûtants.

Les Vitiens fabriquent des vases de terre particuliers à leurs îles, et qu'on ne rencontre pas ailleurs. Ils

pratiquent la circoncision ; ils mangent leurs ennemis tués dans les combats, et paraissent même, suivant M. Gaimard, porter l'anthropophagie beaucoup plusloin que les Nouveaux-Zélandais.

Leurs pirogues sont à balanciers, et vont à voile. Ils se passent de pagaies, et n’avancent que lentement,

Le roi des îles Viti réside à Embaou. Il possède à lui seul plus de cent femmes. On lui paie des tribuls en dents de baleine qui sont la monnaie du pays, en pirogues, en jeunes filles de dix à douze ans, en étoffe de mûrier à papier, nattes, fils de coco pour les cordes, bananes, coquilles, poules, cochons, ignames, etc. Les coquilles blanches servent d'ornement.

Les Vitiens disent qu'à la mort l'âme va rejoindre un de leurs dieux qu'ils appellent le créateur du soleil, de la terre et de tout ce qui existe. L’âme de ceux qu’ils tuent ou qu'ils mangent, l'âme des suppliciés, comme celles des bons et des méchants, vont également rejoindre ce dieu. Il n’y a point de cérémonie ni à leur naissance, ni à leur mort. Le prêtre visite seulement les malades. On ne fait point de sacrifices humains: on offre seulement des cochons et des bananes aux dieux. On n’a point de fétiches, mais beaucoup de ma'sons sacrées. À la mort du roi ou de la reine, on se coupe un doigt de la main ou du pied. Quand les chefs sont malades, le peuple fait des présents aux prêtres. On boit le kava comme aux îles Tonga. A l'âge

Comme nous étions en tête de la caravane, nous nous assimes quelques minutes pour l’attendre.

de quinze ans, on fend le prépuce à tous les garçons avec une coquille mince ou avec un couteau. On se marie de bonne heure, mais les époux ne cohabitent qu'à l’âge de vingt ans, lorsqu'ils ont déjà la barbe d'une certaine longueur ; si le mari partageait la couche de sa jeune femme avant cet âge, suivant leur croyance, il en mourrait. Les chefs ont depuis dix jusqu à soixante femmes, tandis que les hommes du peuple n’en peuvent avoir qu'une seule.

Les femmes ne mangent point avec les hommes ; elles prennent leur nourriture à part, et après eux, Elles vont à la pêche à l'exclusion des hommes, et ont soin du ménage pendant que ceux-ci guerroient ou sont occupés de la construction des pirogues el des maisons,

On allume du feu par le frottement de deux morceaux de bois l’un contre l’autre. Les hommes ne se font point la barbe, maisils se taillent les cheveux avec upe dent de requin.

Le tatouage est général pour les deux sexes, et il se pralique avec un os de poule. Du reste, le corps est légèrement couvert. Les armes sont les flèches, les casse-têle et les lances. La nuit on s’éclaire au moyen de roseaux de cocos secs,

Les enfants, à leur naissance, reçoivent un nom qui plus tard est échangé pour un autre. A la mort d'un chef, on immole plusieurs femmes sur sa tombe, Nous

avons déjà dit que les individus tués sur le champ de bataille sont dévorés à l'instant même et au milieu des chants de victoire. Pour ces repas, les Vitiens coupent les parties du corps en plusieurs morceaux, et les font cuire sur le feu après les avoir entourés de feuilles.

Lorsqu'on veut demander la paix ou envoyer un ambassadeur qui est choisi par les chefs, il offre en présent des dents de baleine, et l'arrangement se conclut, Les Vitiens ne changent pas de nom en signe d'amitié. Le vol est fréquent parmi eux, etil nya point de punition ; cependant si les chefs sont mécontents, on tue le coupable, Les rois particuliers des différentes îles Vili portent le titre de fout.

Quelques Vitiens entourent leurs cheveux d’étoffe blanche de mürier-papier, disposée en forme de turban. Les cheveux eux-mêmes sont généralement bien arrangés, durs, épais, teints en noir, et quelquefois en rouge. Les dents de baleine sont les diamants du pays. Une brasse d’étoffe de mürier-papier est la monnaie ordinaire, car on apprécie tout en brasses de mürierpapier. Lorsqu'un chef tue quelqu'un il prend son nom.

En résumé, les Viliens, féroces de leur nature, fortement constitués, ont un caractère mâle et des habitudes énergiques. La dureté de leurs traits devient encore plus marquante par la couleur noire de leur peau. Ils marchent presque nus, une étroite étoffe de ceinture dont ils entourent leurs reins étant leur seul vêlement. Ils portentdes colliers de dents humaines, des bracelets aux bras et aux jambes. Quelques-uns se saupoudrent la chevelure avee du charbon ou de la chaux, et il en résulte que les cheveux noirs deviennent parfois d'un rouge ardent,

Reprenons la navigation de /”4strolabe. Après avoir doublé presque toute l'étendue de l'île Viti-Levou, dont les côtes présentent un superbe coup d'œil, elle découvrit un groupe {rès nombreux de pelites îles plus ou moins élevées et accompagnées de récifs. C'est alors que leurs positions furent exactement déterminées et que les noms de plus de trente de ces îles furent inserits pour la première fois sur les cartes,

Ayant ainsi glorieusement accompli pour la science l'exploration des îles Viti, {’ 4strolabe se dirigea sur la partie méridiorale des îles Hébrides, et le 12 juin, elle apercevait Ja pelile et haute île d'Érronan, pour voir le lendemain celle d'Anatom. Cette dernière île estsurmontée de hautes montagnes qui ne laissent au rivage qu'une lisière de terre basse et ébroïits; sur celte lisière on aperçoit çà et là quelques touffes de cocotiers , el surtout un grand nombre d'arbres presque dépourvus de feuillages et au tone dépouillé ; ce qui, de loin, les ferait prendre pour ces ossements blanchis qu'on à plantes debout. Les montagnes offrent de grands arbres et sont d'ailleurs couvertes de verdure.

Le 145 juin 4827, l'4strolabe aperçut la plus méridionale des îles Loyally, que depuis ce moment elle ue cessa de prolonger à quatre où cinq milles de distance. Ces îles occupent une étendue de près de cent cinquante milles du sud-est au nord-ouest, et forment un archipel de quatre iles assez grandes et de dix à douze beaucoup plus petites. Toutes sont peu élevées, faiblement boisées, plus ou moins habitées, et produisent ce pin à forme bizarre que le capitaine Cook a décent sur l'île des Pins au sud de la Nouvelle-Calédonie.

Dumont d'Urville conserva le nom de Zoyalty au groëpe entier dont il s'agit. Il laissa à l'île la plus méridionale le nom de Britannia, celui du navire qui est présumé les avoir découvertes le premier, et il donna aux trois suivantes les noms d'iles Chabrol, Halgan et T'upinier, pour rappeler les noms du ministre et des chefs de la marine française qui avaient arrêté et dirigé l'expédition de lAstrolabe. La reconnaissance de ces îles fut complétée en cinq jours.

Les principales portions des îles Loyalty ont été détrriminées avec soin par l'expédition de l'4strolabe. L'île Halgan est située par 20033 33” de latitude sud, et 4610 5° 50” de longitude est. L'île Chabrol estsituée par 200 40° 25”, et 1640 39° 40” est. L'île Britannia est située par 21 ° 21” 45°” de latitude sud ,et 1650 28’ 18” de longitude.

Les îles Beaupré ne sont que la queue de cet archipel, à dix lieues duquel la corvette passa le 20 juin, en se portant directement sur la pointe seplentrionale des récifs immenses qui ceignent au nord la Nouvelle-Calédonie. Dumont d'Urville explora sur celte côte l'espace qui n'avait pu être examiné par d'Entrecasteaux, et compléla ainsi Ja carte de ce groupe intéressant,

En continuant de naviguer vers le nord-ouest, pour se diriger sur la Louisiade, la corvette avait à franchir un grand espace de mer dégagé d'îles et d’écueils. Un capitaine anglais avait fait espérer qu'on pourrait y rencontrer un nouvel archipel; mais /4s{rolabe, qui employa huit jours à faire ce trajet, ne découvrit rien qui annonçât le voisinage d'aucune terre, et dès lors on dut perdre tout espoir de rencontrer vers ces lieux

aucune trace du naufrage de La Pérouse,

Le 29 juin, on apercut les côtes de la Louisiade, et d'abord le cap de la Délivrance, extrémité sud de cet archipel, au sud-est de l'île Rossel. On découvrit en même temps une île peu élevée, d'un demi-mille d'étendue et éloignée de cinq à six milles de l'île Rossel, à laquelle on reconnut ensuite qu'elle était unie par un récif à fleur d'eau, Comme elle avait déjà été vue précédemment par le brick l 4déèle, Dumont d'Urville

la nomma pour cetle raison #e 4dele.

Il fallait maintenant prolonger les côtes méridionales de la Louisiade el s'aventurer dans les périlleux canaux du détroit de Torrès ; mais dépourvu des moyens nécessaires pour se dégager au besoin des labyrinthes d'écueils dont £e passage est parsemé, d'Urville dut renoncer à ce projet. Alors, il prit le parti d'entreprendre sur-le-champ la reconnaissance des côtes méridionales de la Nouvelle-Bretagne, el septentrionales de la Nouvelle-Guinée, renvoyant à l'année suivante le trajet du détroit de Torrès.

Ainsi, dès qu'il eut déteminé la position de l'île Adèle, située à environ sept milles de l'île Rossel, et le cap de la Délivrance, situé par 44° 23° 25° Ce latitude eud, et 1510 56° 28” de longitude est, de même que plusieurs autres points de l’île Rossel, d'Urville dirigea le navire vers la Nouvelle-Bretagne.

Comme dans la route on devait passer à peu de distance d'un groupe d'îles récemment découvertetencore peu connu, les îles Laughlan , d'Urville gouverna de manière à en avoir connaissance. Il les aperçut le 4er juillet 4827, et mit trois jours à en lever le plan. Elles sont au nombre de neuf, toutes basses, peu étendues , très rapprochées les unes des autres, couvertes de cocotiers, parées de la plus riche verdure, et semblent autant de jardins semés au milieu de l'Océan. Près d'elles, c'est-à-dire à environ dix milles dans l'ouest, se montre un rocher assez élevé et que n’avail point reconnu le capitaine qui le premier avait découvert ce petit archipel.

Celte reconnaissance accomplie, d'Urville se dirigea vers le hâvre Carteret, qu'il ne put atteindre sans avoir éprouvé une grosse mer et un lemps affreux.

Le 5 juillet, il avait gagné le canal Saint-Georges, et doublé l'île Leigh. Le 6, la corvette se trouvait dans le bâvre, et définitivement amarrée sous l'île aux Cocos, qui offre un plateau considérable assez uni, où il est facile de cireuler à l'abri des grands végétaux dont les tiges se développent en colonnes déliées pour former un dôme aérien sur la tête du promeneur.

Le séjour de la corvette au Lâvre Carteret fut de 13 jours, pendant lesquels on fit de nombreuses observations scientifiques et de nouvelles collections naturelles. On vit beaucoup de crocodiles sur les bords

de la rade, et mème on en prit un monstrueux qui avait douze pieds et demi de longueur, avec des dents etdes griffes proportionnées à sa taille. 7

Le 19 juillet, d'Urville remit à la voile, en sortant du hâvre par la passe de l'ouest. Il traversa le canal Saint-Georges pour se porter sur le cap Palliser de la Nouvelle-Bretagne et y commencer l'exploration de celle grande île. On prolongea de très près toute la côle méridionale; on s'assura qu'il n’y avait point de passage au port Montagne, et que danssa partie occidentale cette côte est bordée d’une foule d'îles basses et boisées , qui s'entrecroisent dans tous les sens. On détérmina la position d'un grand nombre de ces iles; le 2 août, la corvette /’4strolabe franchit le détroit de Dampier. Dans ce trajet elle toucha deux fois un banc de coraux dangereux, sans avoir heureusement éprouvé d'avarie.

Dès qu'on eut dépassé le détroit de Dampier, on commença la reconnaissance de la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée, en la prolongeant du 3 au 25 août, à quatre où six milles de distance, dans tout son développement, c'est-à-dire dans une élendue de plus de trois cent cinquante lieues de longueur, sans y laisser de lacunes. On releva et détermina toute les îles qui la bordent et que l’on connaissait déjà ; on en découvrit quinze à vingt autres plus rapprochées de Ja côte et que personne n'avait vues avant d'Urville. On reconnut l'entrée occidentale de la baie Geelvink, et continuant la navigation par le détroit à peine pratiqué de Jobie, on traca les contours de cette grande île, de Mysore, Bultig et de l'île Longue. Le 25 août, en terminant le travail où d'Entrecasteaux avait commencé le sien, on donna dans le hâvre de Dorey, pour y rattacher les longitudes aux observations faites sur ce point à la campagne précédente.

Dans toute son étendue, cette grande côte n’avait offert à Dumont d'Urville qu'une seu'e baie remarquable et susceptible de procurer un abri sûr en tout temps, aux vaisseaux qui voudraient y relâcher. 11 lui donna le titre de baie Humboldt, en l'honneur du savant de ce nom. De chaque côté , comme deux sentinelles gigantesques, sont des montagnes que d'Urville a nommées les monts Brongniard et Cordier, lesquels signalent l'approche de cette baie aux navigateurs, à plus de vingt lieues de distance. Au reste, la mème baie a son entrée parfaitement dessinée par deux pointes escarpées qui sont d'un effet imposant.

La relâche de /° 4strolabe à Dorey fut de onze jours, pendant lesquels la mission s'enrichit d'une foule de matériaux précieux. Les pirogues des naturels ne cessèvent d'environner la corrette, et ils se montrèrent bien plus familiers et bien plus communieatifs que lors du passage dela Coquille, ce qui favorisa les recherches et les excursions dans les terres.

Le 6 septembre, la corvette sortit du hâvre si pittoresque de Dorey, ou Doreï, et se dirigea vers l’île d'Amboine. Dans le trajet on observa la longitude de l'île Mispalu, et on détermina les petiles îles Doïf, au sud de Gagui, qu'aucune des expéditions antérieures n'avait signalées.

Mais avant d'arriver à Amboine, il convient de présenter ici la substance des remarques faites par Dumont d'Urville sur le hâvre de Doreï et sur l'ensemble de Ja Nouvelle-Guinée.

Les navigateurs Saavedra, Gaëlan, Schouten, Tasman et Dampier avaient tour-à-tour exploré diverses parties de la Nouvelle-Guinée, mais les notions que leurs voyages avaient recueillies étaient encore très vagues, surtout à l'égard des indigènes. L’Anglais Forrest, en 4775, visila le hâvre de Doreï, et fat le premier à donner des renseignements exacts tant sur les naturels que sur les productions. Em 1824, /a Coquille parut aussi sur ces rivages dont M. Duperrey dressa une topographie très soignée.

Le hâvre Doreï est situé au sud du cap Mamori, lequel forme la pointe occidentale extérieure de l'entrée de la grande baïe de Geelvink ou Geelwink. On pénètre

dans ce hâvre, qui a un demi-mille de profondeur sur un canal de trois milles de longueur , ayant d'un côté la côte de la presqu'île Mamori, et de l’autre les îles Manna-Souari et Mamaspi. Ce bassin, quoique petit, peut contenir des vaisseaux de toutes les dimensionset leur présente un bon mouillage. Ses bords sont encadrés par de vastes forêts et de hautes fougères. La rive septentrionale se distingue par un sol riche, mal eultivé, car les Papous sont aussi paresseux que peu intelligents.

Ces indigènes ont le corps grèle, la taille moyenne et dégagée, la physionomie agréable, le tour du visage ovale, les pommettes saillantes, les lèvres minces, la bouche petite, le nez arrondi, la peau douce et d'un brun très foncé sans être noire. Le corps et peu velu, la barbe rare, les cheveux sont naturellement crépus par suite de l'habitude de les friser, ce qui leur donne l'air ébouriffés. Ce sont les Papous proprement dits, et qui constituent la majeure partie de la population des rivages, depuis l'île Waigiou jusqu'au hâvre de Doreï.

Une autre race, à laquelle d'Urville donne le nom de Harfour, a la figure presque carrée, aplatie et anguleuse , les traits heurtés, les pommettes saillantes, la bouche grande, les lèvresépaisses, le nez épalé, la peau rude d'un brun foncé, et la teinte sale et enfumée. Ces sauvages ont les cheveux relevés en chignons, ou bien ils les couvrent d'un morceau d'étoffe.

Il existe une troisième variété, pelite, agile et vigourense, aux traits sauvages, aux yeux hagards, au teint fuligineux et maigre, pratiquant le latouage par ci+ catrices, marchantordinairementnusou couverts seulement d’uneceinture, laissant floiter leurs cheveux à l'aventure, où se bornant à les rouler en mèches. Il paraît que ce sont les véritables indigènes du pays.

Les Papous forment la masse du peuple; ils portent rarement les étoffes indiennes ou chinoises dont se couvrent les Métis. Les véritables indigènes paraissent très misérables et réduits même à un état de servitude ou tout au moins de domesticité.

Les habitants de Dorei sont soumis à l'autorité du sultan de Tidore qui, chaque année, malgré la distance, recoit les tributs et les hommages de ses sujets lointains, tributseomposés dv tortues, d'oiseaux de paradis et d'esclaves des deux sexes.

Les naturels de Doreï ont quatre villages sur le bord de l'eau, chacun formé d'une quinzaine de maisons établies sur des pieux, chaque maison renfermant des cellules distinctes pour recevoir plusieurs familles. Ces maisons sont toutes construites en bois, grossièrement travaullées, el percées de toutes parts à jour, ce qui les rend chancelantes,

Les Papous sont très défiants, eteurlout très jaloux de leurs femmes, qui cependant sont fort laides. Ils ont des idoles sur leurstombeaux, etdesamulettes qu'ils portent à leurcouetaux oreilles. Is ontaussiquelques morceaux de sculpture: grossières qui rappellentiestylée égyptien. Ils rendent une sorte de culteàleurs parents , dontles tombeaux sont gardés avec soin. Ces peuples fabriquent des nattes en feuiiles de bananier. Leurs femmes travaillent et font une poterie grossière, les ares et les flèches, la lance et un bouclier long, outre un couperet en acier qui sert à la fois d'armes et d'instruments tranchant pour tous les besoins journaliers.

La nourriture de ces sauvages consiste en chair de lortue, pain de sagou, poissons, coquillages, fruits et racines. On fait rôtir les aliments sur des charbons ardents, ou bien on les place sur des treillages élevés à une certaine hauteur au-dessus du foyer; ce dernier moyen est surtout employé pour cuire le poisson. Les Papous mâchent le bétel mélangé avee l'arek et la chaux. Ils pratiquent le tatouage en se faisant de petits dessins sur la peau, tandis que les Harfours la sillonnent d'incisions profondes. Tous portent des bracelets de coquillages ou d'écailles de lorlue avec des bagues et des pendants d'oreilles de la mème matière. Le comble de larichesse est d'avoir pour eux ces objets en ar

et mm or nn ont

gent. Ces naturels fabriquent de petits coffrets en paille peinte.

Les instruments de musique sont le tam-tam recouvert à une de ses extrémités par une peau de lézard. Les pirogues sont de toutes les formes, entre autres celles qu’on appelle koro-koros.

Les Papous n'élèvent que très peu de cochons et de volailles ; mais les forêts fournissent beaucoup de ces premiers animaux dans l’état sauvage.

Les Papous ont des mœurs simples et douces ; ils ne manquent point de sagacité ni même de finesse ; cette dernière qualité va même quelquefois jusqu'à l'astuce. Les hommes sont petits, et ont le ventre gros. Les femmes, je le répète, sont laides sans aucune exception. Les deux sexes vont presque nus : l'usage du bétel leur gâte promptement la bouche et les dents.

Passons maintenant à l’île d'Amboine, où se trouvent les établissements hollandais : /4strolabe y arriva le 25 septembre 1827. Elle y trouva les moyens nécessaires de réparer les pertes qu’elle avait essuyées sur les récifs de Tonga-Tabou. Le commandant de l’expédilion reçut de la part des autorités l'accueil le plus cordial ; les officiers firent quelques excursions dans l’intérieur des terres pour enrichir les collections.

Enfin , après avoir réparé toutes les pertes et remplacé tous les vivres consommés, /’4strolabe remit à la voile le 10 octobre 1827, et sortit des Moluques par les détroits d'Ombay, de Timor et de Simao, d’où elle dirigea sa course vers la Tasmanie ou terre de Van- Diémen. Le 20, elle se trouvait sur la position probable des prétendus Tryals, sans avoir pu rien remarquer. Le 29, la corvette rencontra les vents frais du nord-ouest à l’ouest qui la poussèrent avec rapidité vers les côtes de la Tasmanie. Le 16 décembre, elle mouilla à l'entrée du canal de d'Entrecasteaux, et, le 20, sous les murs de la ville naissante de Hobart-Town, sur les rives du beau fleuve Derwent, lequel n’offrait encore que de profondes solitudesaux compagnonsde d'Entrecasteaux tandis quil est maintenant couvert de riantes habitations et paré de florissantes cultures.

À Hobart-Town, où /’Astrolabe mouilla en décembre 1827, Dumont d'Urville ne comptait faire qu’une très courte relâche pour reprendre ensuite l'exploration de Ja Nouvelle-Zélande; mais ce fut là qu'il eut pour la première fois connaissance des découvertes du capitaine Dillon au sujet du naufrage de La Pérouse. Bien que le récit du marin anglais n'inspirât point une grande confiance , d'après l'opinion générale que l'on avait sur M. Dillon dans la colonie, à cause de l’emprisonnement que cet officier avait subi à Hobart- Town, comme ayant été convaincu d'excès de pouvoir envers un docteur Tytler, cependant Dumont d'Urville sentit combien il importait à la gloire de l'expédition de l’Astrolabe et à l'honneur de la marine comme de la nation française de constater ce qu'il pouvait y avoir de vrai ou de faux dans ces rapports. En conséquence il changea le plan de sa campagne, et résolut de se diriger vers les îles où l'on disait que le naufrage de La Pérouse avait eu lieu. Mais il fallut auparavant disposer la corvette pour cette navigation dangereuse, et d'Urville mit à profit le temps qui allait être consacré à ces préparalifs, en recueillant de précieux détails sur la colonie de Van-Diémen. Nous en offrirons ci-après J'analyse sommaire.

Tasmanie ou terre de Van-Diémen.

Pendant les quinze jours environ que Dumont d'Urville passa à Hobart-Town, il eut occasion d'y remarquer des changements brusques de température. Le thermomètre montait de 18 à 280 et suivait d'autres variations analogues. Déjà le capitaine Cook et le naturaliste Péron avaient tour-à-tour observé un phénomène semblable dans les mêmes parages : Péron l’attribue à l'existence des sables brûlants qu'il présumait situés dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande,

et dont la température devait se communiquer aux vents qui passaient au-dessus de ces sables pour arriver à la terre de Van-Diémen ; mais il paraît plus naturel d’admettre, avec le capitaine Baudin , que cette élévation subite de température provient de l’'embrasement des forêts opéré par les naturels qui ont toujours à la main un bâton enflammé, et qui peuvent mettre ainsi le feu partout où ils passent. Les parties de l'atmosphère situées au-dessus de ces espaces embrasés doivent s’élever rapidement à une température très haute, et il suffit de plusieurs coups de vent violents pour transporter au loin ces masses d'air chaud.

La ville de Hobart-Town, capitale de la terre de Van-Diémen, a déjà une certaine étendue : ses maisons très escarpées n'ont généralement qu'un étage , sans compter le rez-de-chaussée; elles sont propres et régulières. Les rues n'étant point pavées rendent leur parcours pénible; quelques-unes ont pourtant des trottoirs ; mais la poussière qui s'élève continuellement est désagréable pour les yeux. Le palais du gouvernement est situé sur le bord de la baie, et déjà entouré de beaux arbres qui en rendent le séjour plus riant. Nous reviendrons au reste tout à l'heure sur Hobart-Town; rappelons auparavant quelques traits concernant l'historique de Van-Diémen et de sa colonie.

Tasman fut le premier Européen qui découvrit cette grande île australe; il l'aperçut en 1642, et mouilla dans une baie de la côte orientale, et la nomma baie de Frédérick Henri. I remarqua sur cette côle plusieurs indices d'habitations , mais ne vit point d'habitants. Il repartit en laissant à l'île entière le nom de terre de Fan-Diémen, en l'honneur du gouverneur générale des possessions des Indes Hollandaises, résidant à Balavia, d’où Tasman lui-même avait fait voile avec ses deux navires.

La terre de Van-Diémen était pendant plus d’un siècle demeurée inconnue aux Européens, ou du moins inexplorée par eux, lorsque le capitaine français Marion vint en 1772 mouiller dans la même baie de Frédérick Henri. Il y aperçut des sauvages et eut d’abord des communications paisibles avec eux, mais ensuile il fallut en venir aux mains; les sauvages reculèrent devant la fusillade qu'ils avaient provoquée ; et Marion, qui avait cherché vainement de l’eau et des arbres propres à faire des mâts, dut remettre à la voile après une relâche de six jours seulement. On se rappelle que cet infortuné Marion se rendit à la Nouvelle-Zélande, où il fut massacré et dévoré par les naturels.

L'année suivante le capitaine Furneaux, compagnon de Cook en son second voyage, aborda dans la baie de l'Aventure, située sur la côte occidentale de la grande baie des Tempêtes, placée elle-même au sud-est de la Tasmanie, vers le canal d'Entrecasteaux. Furneaux reconnut d'assez près la côte orientale, et en dressa une carte qui plus tard fut rectifiée par le capitaine Cook dans son troisième voyage, où il recueillit de nombreuses observations sur les productions naturelles du pays et sur les mœurs ou coutumes des habitants.

En 1788, le capitaine Bligh mouilla dans la même baie de l’Aventure, et y passa douze jours. Le capitaine Hunter y parut vers le même temps pour reconnaître à la voile quelques parties de cette terre. En 1789, le capitaine Cox découvrit la baie aux Huîtres sur l'île Maria, située au sud-est de la terre de Van-Diémen, terre que Vancouver ne fit qu'entrevoir en 1791.

Ce fut deux ans après que le général d'Entrecasteaux se présenta vers la partie méridionale, y consacra environ quarante jours à relever avec soin toute cette étendue de terre. 11 parcourut en entier le beau canal qui reçut son nom, et quelques officiers de l'expédition s'avancèrent daus la rivière de Derwent jusqu'à l’'endroit où, changeant son cours, elle se dirige vers l'ouest. D'Urville rend une éclatante justice aux magnifiques travaux de ce navigateur célèbre, lesquels n'ont rien laissé à faire à ses successeurs en ce qui concerne ce canal important.

En 1794, l'Anglais Hayes remonta fort avant la ri-

vière à laquelle d'Entrecasteaux avait donné le nom de rivière du Nord, et que Hayes changea en celui de rivière Derwent qui a prévalu, par la raison toute simple, comme le remarque d'Urville, que les Anglais ont seuls profité des découvertes du navigateur français.

Tasman avait émis des doutes sur la jonction de la terre de Van-Diémen à la Nouvelle-Hollande : ces doutes subsistèrent jusqu’en 1797, où le chirurgien Bass, s'élançant dans une simple chaloupe de baleiniers, pénétra de l’est à l'ouest jusqu’à l'endroit appelé depuis le port Western, découvrit le détroit qui reçut son nom de Bass, et qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Tasmanie. Cette découverte fut aussitôt vérifiée par le lieutenant Flinders, qui releva avec beaucoup d'exactitude les diverses parties de ce détroit pour ensuite, avec le même Bass, opérer la circumnavigation complète et détaillée de la terre de Van-Diémen.

En 1802, le capitaine français Baudin explora aussi la côte orientale et la côte septentrionale de cette grande île. C’est alors que la crainte de voir les Français y fonder une colonie détermina les Anglais du port Jackson à jeter sans retard les bases d'un établissement qui a depuis grandi à vue d'œil. Le siége de cet établissement se trouve aujourd'hui même à Hobart-Town, sur la côte orientale. Un autre établissement fut fondé en 1804 au port Dalrymple, sur la partie septentrionale.

Dans le principe, la colonie de Van-Diémen ne fut qu'une dépendance du gouvernement de la Nouvelle- Galles du sud, et les chefs ne prenaient que le titre de lieutenant-gouverneur; mais depuis 1825, le gouvernement anglais, ayant senti la nécessité de lever les entraves qui retardaient souvent l'administration des affaires et la décision des tribunaux, en même temps qu’elles nuisaient au commerce, a ordonné la séparation des deux colonies. Seulement le gouverneur général de la Nouvelle-Galles du Sud commande lorsqu'il paraît sur la terre de Van-Diémen.

La population actuelle de la terre de Van-Diémen excède vingt-cinq mille âmes, non compris les naturels, qui du reste sont peu nombreux. Les importations avaient dépassé 100,000 livres sterling en 1827, et déjà les exportations deviennent très considérables.

Le gouverneur de Van-Diémen est assisté dans ses fonctions par un conseil exécutif et par un conseil législatif. Le premier est formé de quatre membres qui sont : le chef de la justice, le secrétaire de la colonie, le trésorier et le chef de Ja police ; le gouverneur est de droit président de ce conseil exécutif. Celui-ci est obligé de prendre l'avis de ce conseil pour les affaires impor-

‘tantes, mais il peut passer outre, sauf à en rendre compte au gouvernement anglais. Le conseil législatif est composé de sept membres, dont trois appartiennent déjà au conseil exécutif. Ce conseil législatif établit les impôts et vote les lois; ses séances ne sont point publiques, on n’en connaît le résultat que par la gazette.

La surface entière de la terre de Van-Diémen est maintenant partagée en deux grandes divisions : l’une, appelée comté de Buckingham, occupe la partie méridionale de l'île; l’autre, appelée comté de Cornwall, comprend toute la partie septentrionale. Ces deux grandes divisions paraissent avoir pour limite la rivière Macquarie dans la partie de son cours voisine de sa source. L'intérieur de ces comtés offre quelques élablissements déjà florissants, mais les régions voisines des côtes sont encore inhabitées ou abandonnées aux peuplades indigènes, qui y persistent dans leurs coutumes sauvages et leurs hostilités contre les colons.

Nous avons dit plus haut que nous reviendrions à Hobart-Town, afin d'en compléter la description : c'est maintenant le cas de tenir notre promesse, et nous allons le faire.

Hobart-Town, capitale de la colonie entière de Van- Diémen, et en pariiculier chef-lieu du comté de Buckingham, est située sur la rive droite du fleuve Derwent, à environ trois lieues de son embouchure, et dans une

plaine qui se développe au pied d’une montagne à laquelle on avait d'abord donné le nom de montagne de la Table, mais que l’on a ensuite changé en celui de mont Wellington. Cette ville en 1827 contenait déjà environ mille maisons et sept mille habitants, population que le grand nombre d'enfants et d'étrangers laissait permettre de voir doubler en peu d'années, en suivantle même progrès qu'aux Etats-Unis d'Amérique. Hobart-Town est longue d’un mille du nord au sud, et large d’un demi-mille. Les rues sont coupées à angle droit, larges, bien alignées, et les principales ont leurs chaussées macadamisées, c’est-à-dire formées d’un ciment de petits cailloux brisés qui la rendent très unie et très douce. Généralement les bâtisses sont en bois, isolées l’une de l’autre, et accompagnées chacune d'un petit jardin qui leur fait face; mais les nouveaux édifices de quelque étendue sont en briques ou en pierres, et quelques-uns ont deux étages. La pierre revient cher à tailler, aussi voit-on plusieurs maisons bâties en pierres brutes recrépies en plâtre. Un ruisseau abondant traverse Hobart-Town et entretient la propreté des rues, en même temps qu'il fait tourner un grand nombre de moulins.

Le hâvre de Hobart-Town est aussi commode que sûr. Une jetée magnifique établie sur sa droite facilite d’ailleurs les communications avec la ville. Sur la gauche est un petit fort en terre, appelé batterie Mulgrave, destiné à rendre les saluts aux vaisseaux qui viennent mouiller dans le bassin, au fond duquel sont l'arsenal, les magasins du gouvernement et les bureaux du commissariat. Au-dessus est le palais du gouverneur, bel et grand édifice environné de riantes pelouses, de jardins et de bosquets s'étendant jusque sur les rivages de l'Océan. Un peu plus loin s'élèvent l’église, le palais de justice et la prison, tandis que, surune éminence et en dehors de la ville, se déploient les casernes, position d'où l’on a une vue complète de la cité, du hâvre et du fleuve. Il faut citer, en outre, mais dans la ville, la maison de réclusion, la maison de correction, l'hôpital, les bureaux de la poste, de la police et de la Compagnie de Van-Diémen, la chapelle catholique et divers établissements particuliers. Au sud de la ville et sur le mont Nelson, se trouve un télégraphe qui communique avec le fort Mulgrave. À quatre milles de Hobart-Town, c'est-à-dire à Sandy-Bay, on apercoit quelques jolies métairies dans une situation pittoresque. Plus loin, à New-Town, et sur la route de Launceston, se voient les sites les plus ravissants de toute la terre de Van-Diémen; les montagnes élevées et déchirées qui dominent la rive opposée contrastent d’une manière frappante avec les cultures qui environnent ce hameau.

Dumont d'Urville décrit, avec de longs et intéressants développements, la route qui conduit de Hobart-Town à Launceston, et celle qui par un autre côté ramène de Launceston à Hobart-Town. On suit avec une curiosité soutenue les rives du Derwent et de quelques autres rivières. Enfin à Launceston, chef-lieu du comté de Cornwall, à cent vingt-trois milles de Hobart-Town, et qui fut fondée en 1804, on ne trouve encore qu’environ deux mille cinq cents habitants, au confluent de deux rivières nommées l'une le Nort-Esh, et l'autre le Tamar, à quarante-trois milles de la mer, qui, malgré cette distance, y monte encore de quinze pieds, lorsque d’ailleurs les navires de trois cent cinquante tonneaux peuvent y laisser tomber l'ancre à une portée de fusil de la jetée. C’est une ville à blé, et en effet, les exportations en blé pour Sidney dépassent annuellement cent mille boisseaux. Quelques bâtiments même portent du blé de Launceston à l’île Maurice, au cap de Bonne-Espérance et au Brésil. Cette ville au reste ne comple guère encore, en fait d'édifices, que l’église, un collège, un grand magasin neuf et les casernes. Les rues sont régulières, les maisons basses, la plupart en bois, et n'ayant que le rez-de-chaussée.

Après Launceston vient encore Georges-Town, petite ville située à trois milles de l'entrée du port Dal-

rymple, qui forme l'embouchure du Tamar sur sa rive orientale : ee n’estqu'un établissement mihtaire, parce que le terrain y est moins favorable aux oullures; on y garde un nombre considérable de condamnés. Il en existe également sur la côte occidentale de l'île Maria, au lieu appelé le hâvre Macquarie, qui est de même un établissement pénitentiaire, principalement pour les sujels incorrigibles. Du reste, les environs de ce hâvre passent pour affreux et impropres à toute espèce de culture.

Les établissements de la colonie de Van-Diémen sont jusqu'ici renfermés dans une longue vallée, qui règne depuis le port Dalrymple jusqu'à Hobart-Town, vallée bordée à l’est et à l’ouest par les montagnes, et v'occupant guère qu'un tiers de l'île. Nous avons déjà cité la montagne Wellington qui s'élève immédiatement au-dessus de Hobart-Town, et dont le sommet, haut de trois mille sept cent soixante-quatre pieds anglais, est couvert de neige neuf mois de l'année.

Parmi les rivières qui sillonnent la terre de Van- Diémen, il en est seulement deux que leur largeur et leur étendue doivent distinguer, savoir : le Derwent et le Tamar. Nous avons déjà cité le Derwent: Quant au fleuve Tamar, son cours présente un coup d'œil extrêmement pittoresque, surtout aux environs de Launceston. Le port -Dalrymple forme son embouchure, obstruée par des rochers et des bancs de sable, La iargeur de cette embouchure est de trois milles ; c'est à Launceston que les eaux réunies de deux rivières forment le Tamar.

Il y a plusieurs lacs dans l’intérieur de la terre de Van-Diémen, dont un sur le haut des montagnes de l'ouest et qui paraît avoir cinquante milles de circuit. Ses bords sont médiocrement boisés, et de l'une des rives on ne voit qu'à peine la rive opposée, Il paraît que ses eaux débordent par plusieurs issues, nolamment lors des grandes pluies ; et c'est à celte cause que l'on attribue l'irrégularité des marées dans le Derwent qui, dit-on, prend sa source à ce même lac, appelé lac Beaumont.

Aucune île ne présente un aussi grand nombre de bons mouillages que la terre de Van-Diémen. Outre le canal d'Entrecasteaux et la baie des Tempêtes, qui présentent une foule de hâvres et d'abris, on a la baie

des Huîtres, le port Montbazin sur l'île Maria, un beau bâvre dans la baie Fleurieu , le port Dalrymple, le hâvre Macquarie, le port Davey.

Toutes les îles qui accompagnent la terre de Van- Diémen sont très rapprochées de la côte. Les plus considérables sont les Bruny, Schouten, et celles qui se trouvent dans le détroit de Bass; les autres, comme Matzuykers, Mewstone, Pedra-Branca, Friars, Maurouard, Saint-Georges, ne sont que des îlots ou des rochers.

Sous le rapport végétal, on remarque peu de différence entre la terre de Van-Diémen et la Nouvelle- Hollande. En l'uneet l'autre contrée on voit de beaux arbres. À Van-Diémen l'eucalyptus est le plus utile; son bois, qui atteint jusqu'à soixante-dix pieds de hauteur et qui est d'un grain dur et droit, sert principalement à la charpente des maisons, tandis que son écorce est employée à faire les cabanes pour les scieurs et les planteurs de bois. Le pin de la baie de l'Aventure est un bon bois de construclion ; mais il est rare. Les mimosas présentent un aspecl gracieux; mais en général ils ontun ombrage maigre et la cime difforme : il y a loin de leur singulière apparence à la tête élégante de nos chènes et de nos ormes d'Europe.

Les plantes annuelles ou herbacées sont à peu près les mêmes qu'à la Nouvelle-Galles du sud. Quant aux fruits indigènes, on n’en rencontre pas. Il est vraique daus les jardins on cultive ceux d'Europe, notamment les poires, les pommes, les prunes, les mûres, les framboises, les groseilles, les fraises, ete. D'un autre côté, les oranges sont plus rares qu'à Sydney, à cause de la différence du elimat.

Les animaux sont le kangarou, Fopossum, l'écu-

reuil, le phalanger, le wombat, le dasyure, le phascolome et l'échidné. On ne trouve pas le chien sauvage comme à la Nouvelle-Hollande, mais le grand dasyure parvient quelquefois jusqu'à six pieds et demi de longueur. I fait de grands dégâts parmi le bétail ; cependant il est timide et fuit l'approche de l'homme. Les oiseaux sont à peu près les mêmes que ceux de la Nouvelle-Hollande. Les serpents se montrent en assez grand nombre, mais sont moins dangereux. Les côtes, les hâvres et les rivières abondent en excellents poissons.

Les naturels de la terre de Van-Diémen sont analogues à ceux de la Nouvelle-Hollande; ils vivent principalement de chasse et de pêche. Chaque tribu recounaît un chef. Les huttes sont formées par trois pièces de bois fichées en terre el réunies au sommet par le moyen d'une corde. Deux des côtés de cette espèce de pyramide triangulaire sont garnis d'un treillis, et le tout est recouvert de chaume. Ces sauvages manient la lance avec adresse, mais ignorent l'usage du bâton à lancer, si utile aux naturels de la Nouvelle-Galles du sud. Le vêtement d'hiver est une peau de kangarou. En été, les hommes vont (out nus, maisles femmes gardent leurs vêtements sur leurs épaules et autour du corps, par le moyen d'une corde.

Chez ces sauvages, les hommes ne s’arrachent point les deux dents de devant, et les femmes ne se coupent point la première phalange du petit doigt, comme le praliquent les indigènes de la Nouvelle-Galles du sud, Is offrent volontiers leurs femmes aux Européens, et il ne paraît pas non plus que les mariages aient lieu par enlèvement.

Les femmes delaterre de Van-Diémen sont, au reste, plus agréables que celles de la Nouvelle-Galles du sud ; elles ont les membres mieux proportionnés et les traits plus gracieux ; elles tiennent aussi leur corps plus propre. Enfin, elles sont en général plus soumises, plus douces et plus affectionnées, ce qui n'empêche cependant pas qu'elles soient traitées avec dureté et cruauté même par leurs maris. Voilà pourquoi souvent elles quittent leurs tribus pour s'attacher à des Européens; mais si elles ont le malheur de retomber sons la main de leurs bourreaux, ils les maltraitent de la manière la plus barbare, et font périr dans les flammes les enfants qu'elles auraient pu avoir des étrangers.

Une de ces femmes, qui avait demeuré plusieurs annéesavecun marin honnête, mais volage et aventureux, s'élant un jour un peu trop éloignée de lui avee son enfant au sein, Lomba par mégarde au milieu des sauvages. Ceux-ci, en la reconnaissant, se jelèrent furieux sur elle, l'accablèrent de coups, lui arrachèrent son enfaut qu’elle tenait dans ses bras, et le jetèrent dansun grand feu autour duquel ils étaient rassemblés, La malheureuse, comme inspirée par un courage surnaturel, fend Ja haie que formaient les barbares, se précipite dans le brasier allumé, en relire son enfant déjà pénétré par les flammes, et l'emporte échevelée au sein des bois, sur la rive opposée à l'endroit du rassemblement. Les sauvages la poursuivent; mais la frayeur et la t:ndresse maternelle lui ont donné des ailes pour échapper, elle et son enfant, à une mort assurée. Ces monstres la cherchent longtemps sans pouvoir la trouver, et ils revieunent tranquillement s'endormir auprès de leur foyer brûlant, La pauvre femme, qui de sa Cachelte, avait l'œil ouvert sur tous leurs mouvements, profite du sommeil des sauvages pour s'esquiver doucement sur la pointe des pieds avec son enfant, et haletante, elle parvient à gagner la vile de Launceston, qui se trouvait à environ dix milles du lieu du danger. Une däme anglaise recueillit celte infortunée, comme elle en avait déjà élevé la fille aînée, et la pauvre mère put bienlôt jouir tranquille des caresses de son nouvel enfant.

Les naturels de la terre de Van-Diémen ne se plient pas plus à la civilisation européenne que ceux de la Nouvelle-Galles du sud. Ces sauvages évilent toutes

communications avec les Anglais, et ils se sont réfugiés dans les parties les plus montueuses et les plus inaccessibles; comme leur nombre décroit sensiblement, et qu'ils sont renfermés dans d'étroites limites, ils finiront vraisemblablement par s'éteindre devant leurs maîtres les Anglais, de la même manière qu'aulrefois les Guanches, à Ténériffe, devant les Espagnols.

Nous quitterons ces rivages pour nous rendre avec Dumont d'Urville, vers le lieu du naufrage de l'infortuné La Pérouse.

Traversée de Hobart-Town à Vanikoro. Retour en Europe par les Mariannes.

Tous les préparatifs nécessaires pour une nouvelle navigation élant terminés, Dumont d'Urville remit à la voile de Hobart-Town, le 5 janvier 1828, en se dirigeant vers les iles Mallicolo de Dillon.

Le 20, il vit les îles Norfolk et Phillip. Le 26, L'Astrolabe passa à deux milles du rocher Mathew, que l'on reconnut pour un véritable volcan en pleine activité. Ce rocher a deux milles de circuit et quatre-vingts toises de hauteur. C'est peut-être, dit d'Urville, le plus petit des volcans isolés que l'on connaisse sur la surface du globe. Il est situé par 22 23° de latitude sud, et 468° 52 de longitude est.

Le 28 janvier, on aperçut l'île Erronan, devant laquelle on raitacha les opérations actuelles aux opérations précédentes. Le 9 février, on fixa la position des îles Fatuka ou Mitre, et Anouda ou Cherry,et le 19 on arriva devant l'île de Tikopia, où le capitaine Dillon avait trouvé le matelot prussien dont le récit jeta une si grande lumière sur le naufrage de La Pérouse.

Dumont d'Urville, naturellement impalient de voir ce matelot, le fit venir et apprit de lui la confirmation des détails que le capitaine Dillon avait donnés, quant au fait essentiel du naufrage de La Pérouse. Ce Prussien, appelé Bushart, était depuis trois semaines revenu de la Nouvelle-Zélande à Tikopia. Il promit d'abord à Dumont d'Urville de l'accompagner à Vanikoro; mais plus tard, lorsqu'il fat question de tenir sa promesse, il y manqua. D'Urville ne put déterminer davanlage aucun des naturels à lui servir de guide ; touss’excusaient en disant qu'ils avaient peur de la fièvre. Le commandant dut donc se contenter de deux matelots anglais déserteurs, établis depuis neuf mois à Tikopia.

Avant de quitter celte dernière île, ou, si l'on veut, cet îlot, de sept à huit milles de tour, située par 120 de latitude sud, tapissée de verdure, et où se balancent plusieurs bouquets de cocotiers, il ne sera peutêlré pas sans intérêt pour le lecteur d'avoir une idée de ses habitants.

Les Tikopiens sont naturellement doux, gais et familiers, avec des habiludes analogues à celles des habitants de Tonga et de Rotouma. Îls sont grands, bien faits, tatoués sur la poitrine et sur le visage, et portent les cheveux longs et plals, en les saupoudrant de

chaux, ce qui leur donne une teinte blafarde. Ils mâ-

chent le bétel avec la feuille du piper et un peu de chaux, ce qui les empêche d'avoir de belles dents. Un petit nombre ont de petitsanneaux d'écailles des tortue aux oreilles et dans la cloison du nez. Ils ne se nourrissent que de végétaux, ayant tué les cochons et les pôules qui dévastaient leurs champs. Is adoptent pour dieux différents animaux; la murène cest pour eux le dieu de la mer. Cette race jaune rappelle un peu celle des Carolins pour la bonté et la gailé. I ya un grandprêtre, lequel est ministre du chef principal de l'île : chaque chef a son dieu particulier. Avant de manger, le Likopien jette par terre une portion de sa nourriture pour l'offrir aux dieux. À la mort d'un parent, on se déchire habituellement la peau jusqu'au sang. Le vol n’esl puni que de la réprimande. Dans les cérémonies religieuses, les femmes ne peuvent prendre ellesmêmes leur nourriture: elles la recuivent des hommes, qui la leur donnent négligemment derrière le dos, La

polygamie est de règle; chaque homme peut avoir quatre femmes.

Les jeunes Tikopiens refusent de se marier avec les veuves ; tandis que les veufs du pays ne veulent épouser que les jeunes filles. On réserve les veuves pour les étrangers. En cas d'infidélité de la part des femmes, on n'inflige pas de châtiment ; mais si pourtant le mari le veut, il peut tuer sa femme, et c’est ce qu'il ne fait presque jamais.

Les Tikopiens n'aiment point la guerre, et ils évitent soigneusement les querelles. La lèpre est leur seule maladie. Les accouchements sont très faciles ; on n'a jamais vu dé femmes mourir en couches ni avorter. L’allaitement dure trois ans.

Les Tikopiens croient à une autre vie, et sont persuadés qu'ils vont tous au ciel après leur mort, car ils he supposent point qu'il existe de méchants parmi eux. lis n'ont ni augure ni devin. Avant d’enterrer les morts, ils leur peignent le corps avec une couleur rouge. Les chefs sont toujours ensevelis dans leur propre maison.

Enfin, les Tikopiens aiment beaucoup à se baigner et le font tous les jours. Ils n'aiment pas moins la danse et s’y livrent quelquefois toute la nuit, surtout quand il fait clair de lune.

Avant de parler à leurs chefs, lorsqu'ils ont quelque chose à leur demander, ces insulaires commencent ioujours par baiser la terre devant eux.

Les rats et les roussettes sont les seuls mammifères de l'île Tikopia, laquelle a des colombes, des perroquels et des canards.

Les bons naturels de cette île, au nombre de quatre ou cinq cents distribués sous l'autorité de quatre chefs, virent s'éloigner à regret la corvette l’Astrolabe, se dirigeant vers les îles Vanikoro, devant lesquelles elle arriva le 12 février 1828, en prolongeant les récifs qui baignent la côte du sud, et en cherchant une issue pour pénétrer au-dedans. Les efforts de l'équipage ne purent la trouver, et l'on était déjà près de la côte occidentale, lorsqu'un vent d'ouest inattendu permit à la corvette de revenir au vent de l'île. Dumont d'Urville en profita pour chercher pendant trois jours l'île Taumako, fameuse par le voyage de Quiros, et dont les habitants de Tikopia, de même que ceux de Vanikoro, venaient de rappeler l'existence.

Le 19, l’Astrolabe se présenta de nouveau devant l'île de Vanikoro ; le21, elle entra dans un petit espace au milieu des récifs de la partie orientale, lequel espace fut nommé hâvre d'Ocili. Le 23, le grand canot alla explorer les récifs de l'ouest, et fit le tour entier de l'île, rapportant quelques débris que M. Gressien s'était procurés chez les insulaires, qui néanmoins avaient refusé de lui indiquer le lieu du naufrage de La Pérouse. Le 26, on renouvela les tentatives, et M. Jacquinot, en montrant un morceau de drap rouge, séduisit un des sauvages qui, pour l'obtenir, consentit à conduire le canot à l'endroit même où avait péri, sans doute, l'infortuné navigateur.

C'est là que le détachement de l'expédition apereut, disséminés au fond de la mer, à trois où quatre brasses, des ancres, des canons, des boulets, des saumons en fer et en plomb, principalement une immense quantité de plaques de ce dernier métal. Tout le bois avait disparu, et les objets plus minces, en cuivre ou en fer, étaient corrodés par la rouille el complétement défigurés.

Dumont d'Urville, instruit de cette découverte, envoya aussitôt la chaloupe sur le théâtre du naufrage, et conduisit la corvette dans la baie intérieure, à laquelle il donna le nom de baie Manevai. Cette manœuvre, difficile à travers un canal étroit, obstrué de coraux, bordé de brisants redoutables, nécessita deux jours entiers d'efforts opiniâlres. Enfin, le bâtiment fut amarré et à l'abri des coups de vent.

Cetle opération terminée, on s'occupa, pendant deux jours, à retirer du fond des eaux le plus d'objets qu'il fut possible, entre autres une ancre de dix-huit cents

Perruche à dos bleu mâle (Nouvelle-Guinée).

livres, un canon court en fonte du calibre de huit, tous deux corrodés par la rouille et couverts d’une croûte épaisse de coraux; un saumon de plomb, et deux pierriers en cuivre en assez bon état de conservation.

La vue de ces objets et les renseignements obtenus des naturels achevèrent de convaincre Dumont d'Urville que les deux frégates de La Pérouse avaient péri sur les récifs de Vanikoro; celte opinion fut partagée par tous les officiers de /’AÆstrolabe.

Alors d'Urville concut le généreux dessein d'élever, près du mouillage de la corvetle, un monument à la mémoire des malbeureux Français qui avaient naufragé près de ces rivages funestes. D'Urville choisit une petite touffe de mangliers verdoyants pour y placer le cénotaphe, L'érection de ce monument modeste, mais suffisant pour attester le passage de l’Astrolabe à Vanikoro et l'expression des regrets de l'équipage, fut commencée le 6 mars et achevéele14. L'inauguration en fut consacrée par trois décharges de mousqueterie et une salve de vingt et un coups de canon.

Il fallait maintenant sortir de ce dangereux labyrinthe de récifs déchirants : on ne parvint qu'après de longues tentatives infructueuses à trouver un passage où l'Astrolabe pût se hasarder. Enfin, le 17 mars, à l’aide d'une faible brise, elle avança lentement, car il n'y cpl guère à bord qu'une vingtaine d'hommes en état d'agir; le reste était malade ou grelotait la

fièvre. Avec de si faibles ressources, Dumont d’Urville, atteint lui-même du mal, avait encore à surveiller les démarches plus que suspectes des naturels. A force d'habileté et de sang-froid il parvint à franchir le canal étroit et difficile qui offrait le seul passage praticable pour gagner le large; la moindre fausse manœuvre eût jeté la corvette sur des écueils, où elle eût eu le même sort que les vaisseaux de La Pérouse, en même temps que l'expédition eût été vraisemblablement massacrée par les indigènes, car on les vit s’armer de flèches, et se préparer au pillage dont ils avaient la perspective. Echappé done à ce double danger, l'équipage ne put retenir sa joie, comparable, dit d'Urville, à celle des prisonniers arrachés aux tourments de la plus dure captivité.

D'après les notions recueillies des sauvages, il est probable que les frégates de La Pérouse échouèrent sur les brisants de Vanikoro par une nuit obscure et à la suite d’un coup de vent. L'un des navirestoucha dans la partie méridionale où il coula en peu de temps, après qu'une trentaine d'hommes se furent sauvés sur le rivage. L'autre vaisseau échoua sous le vent de l'île et demeura longtemps en place. L’équipage entier put gagner terre, et construisil un petit navire avec les débris du grand. Ce travail exigea sept lunes, après lesquelles tous les Français seraient partis de Vanikoro, à l'exception de deux qui y moururent, au bout de deux années. Mais

mm ——

Le plus profond silence règne au milieu de ces plaines glacées...

en quel lieu la petite embarcation se rendit-elle® On lignore totalement.

Il faut suivre la relation de Dumont d'Urville, pour avoir une exacte idée de tous les dangers que l'Astrolabe eut à courir, et pour apprécier le courage de ce digne chef, qui rend lui-même un si noble témoignage à ses compagnons : cette relation a plus que l'intérêt du drame, c'est celui de la vérité; nous ne pouvons qu'y renvoyer ceux de nos lecteurs qui aiment à rencontrer cette étonnante succession de périls et de gloire : notre seul rôle ici devait se borner à une simle analyse, et nous craindrions d’ailleurs d'affaiblir

intérêt d'un semblable récit en le reproduisant par d’autres expressions, après celles de l'original. Nous devons nous contenter d'en extraire quelques faits de géographie et de mœurs concernant ce groupe d'îles, désormais destinées à une célébrité si grande et si redoutable dans les annales de la navigation.

Le groupe de Vanikoro se compose de quatre îles, dont deux assez grandes et fort élevées, et deux très petites, et qui toutes ensemble ne paraissent en former qu'une seule. Un récif de corail de trente à quarante milles de circuit les enveloppe comme une ceinture, à une Certaine distance du rivage. Il existe à peine quelques intervalles ou coupures pour servir de passage el d'entrée dans les baies intérieures. Le lagon qui s'étend entre cette ceinture de coraux et la terre

1% Paxis. — finp. Lacour et C®, rue Seufflot, 46.

offre une nappe d'eau constamment paisible, tandis qu'au dehors la mer est souvent agitée. Le sol de l'île principale est montagneux, couvert d'épaisses forêls et d'une végétation très riche, par suite de l’éternelle humidité dont le terrain est imprégné, humidité due en partie à des pluies fréquentes qui font que l'atmosphère sur ce groupe est souvent brumeuse, et que le climat, qui ne paraît exercer aucune influence défavorable aux indigènes, est très falal aux Européens.

Cette terre paraît avoir été vue pour la première fois en 4791, par le capitaine Edwards qui la nomma f/e Pitt; et c'est la même que le général d'Entrecasteaux appela ile de la Recherche en 1793. M. Duperrey n'en avait passé qu’à cinq ou six lieues en 4828. Jamais les insulaires n'avaient vu de vaisseaux européens avant ceux de La Pérouse ; le capitaine Dillon fut le second navigateur qui aborda sur ce rivage, et d'Urville le troisième.

Dumont d'Urville a conservé à ce groupe d'îles le nom de /’anikoro, et à l'île la plus grande et la plus élevée celui d'ile de la Recherche. a donné à la seconde île le nom de Zavai, qui est celui d'un de ses villages, et a laissé aux deux petites îles les noms de Manevai et Nanoun-ha qui leur sont attribués par les naturels. Païou et Vanou, dont parle M. Dillon, ne sont point des îles distinctes, mais seulement des districts de la grande île. Les nalurels de Vanikoro sont

grêles et petits, ont la peau noire, les cheveux enveloppés d'un morceau d'étoffe qui pend sur les épaules, le corps ceint d’une liane noire et luisante qui enveloppe les reins; les bras, les jambes et la Lête sont or-

nés de bracelets, de colliers de coquilles on de tresses

de fleurs. Ils sé percent les narines pour y introduire un os arrondi,-et les’oreilles pour y attacher un morceau de bois également rond. Ces sauvages ont toujours sur eux un arc et un paquet de flèches. Les hommes vont d'ordinaire entièrement nus, à l'exception du rotin tressé dont nous avons parlé, et auquel est suspehidu-un pélit morceau de toile destiné à cacher les parties naturelles: ; À Les femnies sont d’une laideur extrême et cepèndant cès sauvagés'en sont très jaloux. Elles ont comme eux la ceinture et lepaghe. A péine en trouve-l-0n uneseule"qui, même à quatorze ans, présènte une ombre de beauté. | Les deux séxes mâchent la noix d'arec mêlée avec de la chaux, ce qui teint leurs lèvres en un rouge sanglant,-el ce qui en même temps noircit et détruit leurs dents.

Les maisons, qui sont assez propres, ont de dix à vingt piéds de long sür six à dix de large. Elles sont. soutenues par des pieux; le’ toit et les murailles sont en natles fabriquées avec des’ feuilles de cocotier. Un foyer carré se trouve au*centré dela cabane. Ilen existe une plus grande” que lé$ aëfrés, et qui sért de: maison publique, on les hommes" se réunissent pen— dant le jour pour fabriquer dés flèches"et Luër laver= mine qui leur couvre la tête, tandis que les femmes vont chercher la nourriture’ qui consisté principalèment en poisson, ou fruits ou racines; car ici les pores sont rarés;et-lasuperstition en a fait le mets exclusif des chefs: Re or dE sé La religion de ces sauvages est fort compliquée. IF paraît qu’ils reconnaissent 'dffféremis dieux, et qu'ilen existe un partout pour leur enlever-le-nierlléur dé-ce: qu'ils possèdent, et en

faire profitérchätun dés chefs

de l'île. Ces sauvages font des consécrations à leurs. dieux, et leur donnent une partie des présents qu'ils. reçoivent.

La langue des habitants de Vanikoro n’a rien de: dur à l'oreille; mais elle est particulière à ce groupe, et diffère essentiellement de celle des Polynésiens du voisinage.

Dès que /’4strolabe fut sortie des récifs de Vanikoro, Dumont d'Urville voulut tenter une nouvelle recherche: de l'île Tama-Taumako de Quiros; le mauvais temps s'y opposa. Le 19 mars, le vent ayant passé à l’ouest, il essaya d'en profiter pour se diriger aü sud vers le port Jackson; mais, le 24, ce vent revint à l’est, accompagné de rafales violentes, el l’état des malades ne faisait qu'empirer. Il fallut renoncer à la roule du sud, parce que. d'ailleurs /’4strolabe n'eût pas trouvé de mouillage convenable. Il n'y aurait pas eu moins de danger à prendre larroute directe d'Amboine par le dé-troit de Torrès, à cause. des écueils: dont il est:semé. Dans-cette cruelle situation; d'Urvillerésolut de. faire: wvoïle-vers l'archipel des Mariannes; où il avait la-certitude-de-procurer quelques soulagements à son équi-page. épuisé. Ce partine pul toutefois avoir .de commencemnent d'exécution que le 20 avril, où la corvette rencontra-enfin les-brises fraîches de l'est et du -nord- 8t,-qui la firent avancer vers l'ile de Guam la plusméridionale de cet archipel.

Dumont d'Urville avait dirigé sa route de manière à passer sur l'ile Mattouchy-ou Kennedy; située: au nord- ‘est de Vanikoro,. vers-99 de lañtude sud ,.et-1660 de longitude: est, Les brumes empêchèrent: la. corvette: ‘de. voir cette‘ ile. Le 26. avril, elle traversa l'archipel: ‘es Carolines ,. où d'Urville traça le développement. d'environ soixante-dix milles de côtes ou de. bri- ‘sants. Le:28, la corvelte rangea ,'à une distance dedeux-milles environ,- les ilols. deTamatan et de Fanadik.,. situés par environ 6° de latitude -nord',set: 1470 de longitude est, Le 29, elle passa sur la posi-

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