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La vue de cette cascade me parut si magnifique, si imposante.
pluies ; mais le Mogetch a un courant toujours plein el rapide, parce qu'il prend sa source dans les hautes montagnes du Woggora, contre les sommets escarpés desquelles vontse briser d’épais nuages dans toutes les saisons de l’année.Le Mogetch va se précipiter dans le lac Tzana ; et dans le temps des pluies il charrie tant d’eau, que s'il n'y avait pas de pont, les gens qui portent des provisions au marché de Gondar ne pourraient le passer.
En quittant la vallée étroite du Mogetch, et nous éloignant de ses bords escarpés , nous entrâmes dans une immense plaine bornée d'un côté par de hautes montagnes, et de l’autre par le lac de Dembea, ou le Bahar-Tzana (1), que les géographes ont appelé par corruption Barcena. Enchanté de pouvoir enfin respirer en liberté, je me mis, tout en continuant ma roule, à chercher des plantes d’un côté et d'autre avec les gens de ma suite. Notre imagination transportée se flattait que les bords d’un lac tel que le Tzana , situé dans une contrée si lointaine, devaient produire des choses neuves et magnifiques; mais nous fûmes trompés: nous l’avions aussi toujours été dans les prairies où l'herbe croît avec une vigueur extraordinaire, ainsi que dans toute la plaine du Dembea.
A onze heures noustraversâmes la rivière de Tedda.
(1) La mer de Tzana. A. M.
Là le chemin se divise en deux; celui qui est droit à lorient conduit à la montagne de Wechné, dans le territoire inculte ctsauvage de Belessen, fameux cependant en Abyssinie par son miel. Nous suivimes la route qui va droit au midi, et qui mène à Emfras.
La ville d'Emfras est sur une haute montagne , et on y arrive par un chemin qui est presque à pic. Les maisons, au nombre de trois cents, sont à mi-côte, faisant face au sud : par derrière les maisons sont les jardins, ou plutôt des champs remplis d'arbres et d’arbustes qui, plantés sans ordre, occupent tout le terrain jusqu’au sommet de la montagne. D'Emfras on voit aisément tout le lac, et même la campagne qui est au-delà. Le roi d'Abyssinie résidait autrefois dans cette ville, et on y voit encore une tour carrée à demi ruinée, où logeait l'hatzé-hannès.
Le lac Tzana est sans contredit le plus vaste réser- . voir qu’il y ait dans ces contrées. Cependant son étendue à élé très exagérée. Sa plus grande largeur est de trente-cinq milles en droite ligne , mais il|se rétrécit beaucoup par les bouts; il n’a mê.ne guère plus de dix milles en quelques endroits. Sa plus grande longueur est de quarante-neuf milles du nord au sud, et va du Bab-Baha un peu au sud-ouest-quart - ouest de cetendroit où le Nil, après avoir traversé le lac par un courant toujours visible, tourne vers Dara dans le territoire d'Allata,
Si l'on en croit les Abyssiniens, qui sont toujours de grands menteurs, il y a dans le lac Tzana quarantecinq îles habitées; mais je pense que ce nombre peut être réduit à onze. La principale est Dek, Daka ou Daga (1), située presque au milieu du lac.
Comme j'étais peu éloigné d’une des cataractes du Nil, j'eus la curiosité d'aller la visiter. Mes guides commencèrent par nous mener droit aû pont qui n'esl que d'une seule arche d'environ vingt-cinq pieds, et dont les bouts sont très solidementappuyés sur un roc vif, Ce pont est extrèmement commode. Le Nil sc trouve en cetendroit resserré entre deux rochers qu'il a creusés très profondément, et son Cours est impétueux et bruyant; on m'assura que les crocodiles ne venaient pas jusque-là.
Après avoir examiné lé pont, nous remontâmes environ un demi-mille pour nous rendre à la cataracte. Les bords du fleuve sont rémplis d'arbres et d'arbustes de la même espèce que ceux que nous Avions VUS près de Dara, et pour le moins aussi beaux.
La cataracte offrit à nos regards un des plus beaux spectacles que j'aie jamais vus. Les missionnaires jésuites ont pourtant un peu exagéré en disant qu'elle avait cinquante pieds dé chuie. Il n'est pas aisé de la mesurer au juste ; mais ayant pris avec des bâtons la hauteur du roc, autant qu'il nous fut possible de la prendre, je crus trouver à peu près quarante pieds. Le Nil, considérablement grossi par les pluies, formait en tombant une nappe d'un pied d'épaisseur au moins, sur plus d’un demi-mille de large; et il faisait tant de bruit, que j'en fus presque aussi étourdi que si j'avais eu des vertiges. Un épais brouillard couvrait la cataracte et s'élevait au loin en suivant le cours du fleuve àtravers les arbres. Quoique augmentées par leSpinies, les eaux conservaient toute leur limpidité, et en Lombant dans un vaste bassin de rocher, elles se divisaient en divers flots opposés, dont une partie revenait en arrière avec fureur, et, après avoir frappé les bords du roc, contournait le bassin et allait sé mêler en bouillonnant aux courants écumeux du fleuve.
La vue de cette cascade me parut si magnifique, si imposante, que quand je vivrais plusieurs siècles, elle ne s’effacerait point de ma mémoire; elle me plongea d'abord dans une sorte de stupeur et dans l'oubli total de ce qui m'environnait et de moi-même. La nature ne peut offrir rien de plus frappant aux regards d'un mortel; c'est un des plus merveilleux chefs-d'œuvre de la création. Je revins à Gondar, l'âme toute remplie d'un si beau spectacle.
Tentative pour découvrir les sources du Nil.
Je me préparai à sorlir de Gondar le 27 octobre 1770. Je ne voulais aller ce jour-là qu'à quelques milles, mais le lendmain je me proposais de faire beaucoup de chemin. J'avais reçu mon quart de cercle, ma wontre marine et mes télescopes, de l'île de Mitraha, où je les avais fait déposer lors de la rencontre de Guebra-Mehedin, et je les remis parfaitement en ordre.
Nous fimes halte sur les bords de la petite rivière de Baha. La campagne des environs nous parut fertile et bien cultivée, quoiqu'il y en eût une parlie en pâturage, où paissait une immense quantité de bétail.
Le 31 octobre 4770, nous fimes halte sur les bords du Chergué, rivière petite et peu rapide, qui court du sud-ouest au nord-est, el va se perdre dans le lac Tzapa. Nous nous remimes bientôt en marche, et à trois heures nous traversämes la rivière de Dingleber ; un quart d'heure après nous vinmes au village du même nom , situé sur le bord d’un rocher que nous escaladâmes.
Là le chemin commence à suivre immédiatement le bord du lac: et c'est par le défilé très étroit qui est entre le lac et le rocher de Dingleber, que doivent
(1) Ce mot signifie montagne ou terrain élevé. A. M.
passer toutes les provisions qui sortent du Maitsha et du pays des Agows : aussi, dès qu'il y a les moindres troubles dans le sud de l'Abyssinie, on s'empare de ce passage pour-réduire Gondar à la famine.
Le climat de Dingleber est excellent, et sa position est une des plus belles de l'Abyssinie. D'un côté on voit le lac Tzana et toutes ses îles; au nord est la péninsule de Gorgora, où sont encore les restes du premier couvent des jésuites et du palais du roi (1). Dans le nord du lac, on contemple au loin toute la campague de Dara; etle Nil qui, en traversant le Tzana, conserve un cours parfaitement distinct, ne mêle point ses eaux à celles de ce lac, et forme en sortant ce qu'on appelle a seconde cataracte, où la cataracte d’Alala. k
Le 2 novembre 1770 , à sept heures du matin, nous partimes des bords du Kelti, et nous dirigeâmes notre route au sud. Nous passâmes bientôt devant l'église de Boskon-Abbo, et arrivâmes à Roo. C'est, au milieu d’une petite plaine, une place très unie, entourée d'arbres, où les habitants de Goulto, du canton des Agows et du Maiisha viennent tenir marché de peaux, de beurre, de miel et de toute espèce de bétail. Les Agows y portent aussi de l'or, qu'ils reçoivent des Shangallas, leurs voisins. Tous les marchés de l'Abyssinie se tiennent comme celui-ci, à l'ombre des arbres. Toutes les personnes qui s'y rendent sont dès lors sous la protection du gouvernement, de qui dépend le marché, et à l'abri de toute injure, de tout ressentiment particulier; mais ceux qui ont des ennemis à redouter doivent préndre garde àeux en allant ou en revenant, parce que le gouvernement ne les prolége plus hors de l’enceinte du marché.
Toute la campagne où nous élions alors nous parut une des plus charmantes que nous eussions vues en Abyssinie, peut-être même tout ce que l'Orient peut offrir de plus beau en ce genre. On y voit partout des acacias (1), de l'espèce de ceux qu'on trouve en Egypte, et qui produisent la gomme arabique. Ces arbres ne croissent guère qu'à quinze où seize pieds de haut; mais leurs branches s'étendent horizontalement, se joignent mème, quoique les pieds des arbres soient assez éloignés les uns des autres, el elles forment un couvert de plusieurs milles, où l’on jouit d'une ombre délicieuse. L'on ne voit guère dans le Maitsha d'autre arbre que ces acacias : les campagnes de Guanguera et de Wainadega en sont remplies; mais dans les endroits qui avoisinent la capitale, et qui se trouvent sur le passage des armées, il y en à beaucoup moins, parce que les soldats les coupent continuellement pour brûler ; et on ne souffre pas qu'on enreplante, niqu'ils repoussent spontanément , car ils couvriraient entièrement le pays, comme il semble qu'ils l'ont autrefois couvert. .
Les lupins croissent en abondance à l'ombre des acacias : Le district d'Aroossi en est infecté, et c'eslpresque la seule fleur qu'on y voie. On y trouve àussi de l'avoine sauvage qui y vient à une si prodigieusé hauteur, que les chevaux et les cavaliers peuvent s’y cacher aisément.
Tout le district d’Aroossi est arrosé par un grand nombre de petites rivières, indépendamment de la rivière d'Assar, qui est après le Nil la plus considérable de celte partie de l'Abyssinie. Nous la mesurâmes, et nous trouvâmes qu'elle avait cent soixante-dix brasses et deux pieds de largeur. Son lit est composé de très grosses pierres , ét quoiqu'elle traverse une campagne très unie, son cours est très rapide, et elle n'est presque pas guéable dans les temps de pluie : sa rapidité vient sans doute de ce qu’elle prend sa source dans les hautes montagnes des Agows. Dans l'endroit où nous la passämes elle va du nord au sud ; mais un peu plus loin elle tourne au nord-est, et, après avoir parcouru cinq ou LT dans cette direction , elle va se perdre dans
e Nil.
(4) L'empereur Socinios. A. M,
Immédiatement au-dessous du gué de l’Assar, celle rivière fait une cascade magnifique : j'estimai que sa chuté pouvait être d'environ vingt pieds; mais seseaux formaient en tombant une masse de plus de quatrevingts pieds de large. La cascade est environnée d'un bois si épais, et ses bords sont si escarpés, qu'on ne peuten approcher qu'avec beaucoup de précaution.L’eau couvre le rocher et le dérobe entièrement à la vue, et Ja rivière se précipite avec une violence et un fracas terribles, sans que rien la brise au milieu de sa chute. Après cette cascade elle se trouve pressée dans un lit beaucoup plus étroit, et c'est ainsi qu’elle va , comme je l'ai dit, se jeter dans le Nil. pla A1 ÿ:
La force de la végétation que produit l'humidité de la rivière, jointe à la féconde influence d’un soleil lrès chaud , doit se concevoir sans qu'on la voie; mais on ne peut la voir sans être surpris. On ne peut s'empêcher d'admirer le spectacle magnifique de ces arbres, de ces arbustes chargésde fleurs de toutes les couleurs, d'une forme nouvelle et singulière , et sur lesquels voltigent une infinité d'oiseaux rares, parés d'un plumage brillant ét varié , et qui semblent enchantés d'habiter les bords délicieux de cette rivière, sans aller errer dans les champs voisins. Mais comme il n'y a rien de si parfait qui n’ait quelque imperfection , parmi ces oiseaux si richement parés on n’en trouve pas un seul chantant; et au milieu de toutes ces fleurs si belles, la rose et le jasmin sont les seules fleurs odorantes. Nous entendîmes , à la vérité, quelques oiseaux criards de l'espèce desgeais,et nous vimes deux espèces de roses sauvages, jaunes et blanches, avec un jasmin , appelé dans le * pays leham , et dont le pied devient un grand arbre. Mais on peut assurer en général que sur les bords de l'Assar les oiseaux sont dépourvus du don de chanter, et les fleurs sont inodores.
Après avoir passé l’Assar et nous être rendus audelà de plusieurs villages du district de Goulto, en marchant toujours droit au sud-est, nous vimes distinctement pour la première fois la haute montagne de Géesh , but de notre pénible et dangereux voyage : c'est au pied de cette montagne que sontles sources du Nil; nous en étions encore, autant qu’il nous fut possible d'en juger, à environ trente milles en droiteligne, c’està-dire sans compter les sinuosités du chemin , et elle portait au sui-est-quart-sud.
Le 2 novembre, à deux heures après midi, nous arrivâmes sur les bords du Nil : le passage en est très difficile et très dangereux, parce que le fond est rempli de trous par où il jaillit des sources, et parce qu'il ÿ a des amas de sable fin où l'on s'enfonce, ainsi que de grosses pierres qu'on trouve de distance en distance. Le fleuve avait dans le milieu environ quatre pieds de profondeur, et sur les bords pas plus de deux. La rive occidentale est ombragée de deux arbres de l'espèce du saule, Ces arbres viennent très droits, sans nœuds, et portent des cosses longues et pointues qui renferment une éspèce de coton. Les Abyssiniens donnent à cet arbre le nom d'a; et ils s'en servent pour faire du charbon qu'ils emploient dans la composition de leur poudre à feu,
La rive orientale du fleuve offre un aspect bien différent de l'autre ; elle est hérissée de rochers pointus, couverte jusqu'à une grande distance de bois noirs et épais, du milieu desquels s'élèvent des grands arbres dont la beauté majestueuse est déjà sapée par la main du temps. Cet aspect sombre et terrible d'une nature Sauvage nous frappa d'une sorte de crainte et nous rappela qu'il pouvait en sortir DD quelque lion ou quelque autre monstre encore plus féroce.
La même vénération que l'antiquité avait pour le Nil, et qu'ont encore les peuples qui vivent auprès de ses sources, s'étend jusqu'à Goutlo, et même plus loin, ce qui provient, je crois, de ce que cé pays à toujours apparténu à ses habitants indigènes.
Les naturelsaccoururent en foule autour de nous dès
(1) L'épine égyptienne ou l'acacia vera.
que nous voulûmes traverser le fleuve, etils nous furent même d'un grand secours pour le passer ; maisilss’opposèrent vivement à Ce qu'aucun homme, monté sur un cheval ou sur un mulet, enlrât dans l’eau.
Ils déchargèrent nos mulets sans aucune cérémonie, et posèrent nos effets sur l'herbe; puis ils insistèrent pour que nous ôlassions nos souliers, et ils menacèrent de lapider quiconque ferait mine de laver ses vêtements dans le fleuve. Mes gens leur répondirent sur le même ton , et Woldo ne leur épargna pas les menaces, tandis que moi seul je comlemplais en silence, et avec un extrème- plaisir, ces restes du culte qu'on rendait au Nil, de ce culte si ancien que je ne m'attendais pas à retrouver là, et qui subsiste encore dans toute sa vigueur.
Mais enfin on nous permit de boire de l'eau du fleuve, ainsi qu'à noschevauxetà nos mulets; et deux hommes, me prenant par-dessous les bras, me firent passeravec beaucoup de précaution, par rapport aux trous où nous pouvions tomber. Malgré cela je souffrais beaucoup de n'avoir pas mes souliers, car les cailloux et les roches pointues qui tapissaient le fond me déchiraientla plante des pieds. Ensuite les pauvres Agows passèrent nos chevaux, nos mulets, et un de mes domestiques, avec la même précaution qu'ils avaient eue pour moi.
Après avoir traversé une plaine hérissée de roches et couverte de bois, mon domestique et moi allant au petit galop, et dirigés par lé bruit des eaux, nous arrivâmes en moins d'une demi-heure auprès de la cataracte.
Cette cataracte, à laquelle on a donné le nom de première cataracte du Nil, ne remplit pas à beaucoup près l’idée que je m'en étais formée. A peine a-t-elle seize pieds de haut; et la nappe d’eau qu'elle fait en tombant , et qui a environ soixante brasses de large, se partage en quelques endroits, et laisse dans sa chute des intervalles de rocher à découvert. Ses bords nesont ni si bien boisés ni si verdoyants que ceux de la cataracte de l’Assar, et elle n’esten aucune manière ni si belle, ni si digne d’admiration que la cataracte d’Alata, qu’on appelle mal à propos {a seconde cataracte; car un peu au-dessous de celle de Goulto, à l'ouest de l'église de Boskon-Abbo, et non loin de l'endroit où la cavalerie du roi traversa le Nil à la nage au mois de mai, il y à une autre cascade. Il y en à encoré une moindre au-dessus de l'endroit où le Nil recoit dansson sein la rivière de Gumetli, après qu'il a traversé les plaines de Sacala. On en trouve encore plusieurs entre le confluent du Nil et de la rivière de Davola et les sources du fleuve. Il est vrai que ces dernières cascades sont peu considérables, et qu'elles n’ont même de la chute que quand le fleuve a peu d’eau. Dans Ja saison des pluies , où son lit est plein, on ne pêut guère les distinguer qu’au frémissement des eaux qu'on voit rouler par-dessus.
Départ de Goutto. Montagnes de la Lune, Arrivée aux sources du Nil.
Le 3 novembre 1770, à huit heures du malin, nous partimes du village deGoutto, et nous marchâmes toute la matinée dans une plaine remplie d'acacias, parmi lesquels il ne croissait qu'un très petit nombre d’autrés arbres: mais tous ces arbres avaient été étètés de bonne heure ; de sorte qu'ils n'avaient que de petites branches, qui semblaient aussi avoir été élaguees, Comme il n'y avait point de doute que cela n'eût été fait exprès, j'en demandai la raison, eLon me dit que nous étions dans le pays du miel, et qu’on seservait des jeunes branches d'arbres pour faire les paniers qu'on suspendait comme des cages aux arbres et aux maisons, afin que Îles abeilles vinssent y déposer leur tiel pendant le temps de la sécheresse. En etfet nous vimes les côtés de toutes les maisons devant lesquelles nous passâmes, ainsi que tous les arbres qui etaient près de ces maisons, garnis de paniers, où d'immenses essaims d'abeilles avaient
fait leurs ruches et travaillaient. Les gens du pays semblaient ne pas craindre ces petits animaux, tandis que nous fûmes toute la journée tourmentés par leurs aiguillons. Ce ne futque lorsque nous nous trouvâmes dans un champ découvert, et la nuit dans les maisons, que nous pûmes être à l’abri de leur piqûre.
La haute montagne de Berfa portait au sud de nous, à environ dix milles de distance. Elle a la forme d'un de ces coins dont on se sert pour soulever les canons sur leurs affûts, et s'élevant au-dessus des autres montagnes des Agows, elle cacheson front dans les nuages. Sacala est au sud-sud-est de cette montagne. Le pays des Agows offre du sud à l’ouest, en prenant depuis Berfa, un amphithéâtre formé par une chaîne de montagnes, à neuf milles en dehors desquelles on distingue celle de Banja au sud-sud-ouest. Le pays des Shangallas est au-delà de celui des Agows dans l'ouestnord-ouest.
Tout le territoire de Goutto est plein de villages dans lesquels les pères, les fils, les pelits-fils vivent ensemble dans des maisons particulières, il est vrai, mais qui se touchent presque comme dans le Maitsha; de sorte que chaque village ne forme qu'une famille.
A huit heures trois quarts nous passâmes une petite rivière très limpide, qui est connue sous le nom de Déehohha (4) On ne peut s'empêcher de remarquer avec étonnement que dans divers pays qui n'ontjamais cu aucune communication les uns avec les autres, des rivières portent le même nom. Il y à dans le nord de l'Ecosse, comme dans le fond de l’Abyssinie, une rivière qu'on appelle Dée: et il y en a une autre qui traverse le Cheschire en Angleterre. Le Kelti arrose le Maitsha et se jette dans le Nil, et le Kelti est encore une rivière du Montheith. L’Arno est bien connu en Toscane, et on trouve un autre Arno qui passe audessous d'Emfras et se perd dans le lac Tzana. Cependant, autant que j'ai pu l'observer, aucune de ces rivières n’a du rapport avec celles qui portent le même om, nice nom n'a une signification semblable dans les deux langues.
Nous vimes dans l’est-nord la haute montagne d'Adama , l'une de celles d’Amid-Amid qui bornent à l'est l’étroite vallée que les montagnes de Litchambara bornent à l’ouest. C'est dans cette vallée que précipite son cours la rivière de Jemma, qui va ensuite arroser une partie du Maitsha etse réunir au Nil. Les montagnes commencent là às’élever beaucoup, et paraissentmême d'autant plus hautes qu’elles sont très basses du côté de Samseen : celle d'Adama était à environ dix milles de nous; elle est fameuse dans le pays par la victoire complète qu’y remporta le père de Fasil (2) sur les habitants du Maitsha. ;
Nous descendimes dans une vaste plaine remplie de marais, et bornée à l’ouest par le Nil. A dix heures trois quarts nous traversâmes la petite rivière de Diwa, dont le cours va de l’est à l’ouest. Cette rivière, peu étroite, était la plus profonde que nous eussions encore passée. ,
Là le Nil fait, je crois, plus de tours et de détours dans une plaine à quatre milles, qu'aucun autre fleuve ou rivière n’en fait dans le même espace. Il fait plus de cent zigzags, dont un était tellement avancé dans la plaine, que nous crûmes être obligés de le traverser, mais, au moment où nous nous préparions, nous vimes que le fleuve tournait tout à coup à droite, el s éloignait de nous comme si nous n'eussions plus dû le rencontrer. Le Nil n'avait là qu'environ vingt pieds de large, et un pied de profondeur. Nous voyions à trois quarts de mille, du côté du couchant, l’église de Yasous.
A une heure nous gagnâmes un amphithéâtre de collines qui ont fort peu d’élévation et qui terminent la plaine au sud. Les montagnes d’Attala sont par-derrière, couvertes de broussailles, et hachées par les ravins qu'y forment les torrents dans la saison des pluies.
(1) Ohha veut dire rivière, en amharic. A. M. (2) Le père de Fasil étaitalors gouverneur du Damot. A.M.
À une heure et demie nous marchions toujours droit au sud-est; quelques minutes après nous traversâmes le Minch, ruisseau très clair, dont le non signifie /ontaine. À deux heures nous arrivâmes au sommet de la montagne d’Attata, d'où nous découvrimes la rivière d’Abola qui prend sa source dans le sud-sud-est,.
Bientôt nous passâmes une autre pelite rivière, qu'on appelle le Giddili, qui se réunit presque tout de suite à l’Abola, dans un endroit où celle dernière rivière fait un coude. À deux heures et demie nous descendîmes la montagne d’Attata; et quand nous fûmes au pied, nous traversâmes la petite rivière à laquelle cette montagne donne son nom. En tirant de là vers le sud, la vallée était étroite et bourbeuse, ce qui nous gènait beaucoup dans notre marche.
Cependant à trois heures, dirigeant toujours nolre route au sud-est, nousentrâmes dans la plaine d’Abola, l’une des divisions du pays des Agows. La plaine, ou plutôt la vallée d'Abola , est d'un demi-mille de large dans presque Loute son étendue, eten quelques endroits elle a jusqu'à un mille. Les montagnes que l’on voit de l'est à l’ouest, en entrant dans la vallée, ont peu d'élévation et sont tapissées jusqu’au sommet d’une riaute verdure et de jolis acacias : mais en allant vers le sud, on trouve qu’elles s'élèvent davantage, et qu’elles sont plus escarpées et plus boisées. Sur le sommet de ces montagnes il y a des plaines délicieuses remplies d'excellents pâturages. Les montagnes du côté de l'ouest font partie des montagnes d'Aformasha, d'où s’éleudant d’abord presque droit au sud-est, elles tournent ensuite au sud, et enclavent le village de Sacala, ainsi que son territoire qui se trouve à leur pied. Plus bas encore, c’est-à-dire plus à l’ouest, est le petit village de Géesh où sont les sources du Nil.
Ces montagnes ont dans cette partie la forme d'un croissant. Le fleuve baigne leur pied et suit la direction de la plaine : c'est là que Waragna Fasil remonta en côtoyant le Nil, lorsqu'il futobligé de faire retraite après avoir élé vaincu par Michaël. Les montagnes qui bornent la plaine à l'ests'étendent parallèlement aux autres, sont adjacentes à la haute montagne de Litchambara , et contournant par-derrière- celle d'Aformasha , en portant d’abord au sud puis au sud-ouest, prennent aussi la forme d’un croissant, mais d’un croissant bien plus vaste, dont la pointe se termine près du petit lac de Gooderco dans la plaine d’Assoa, au-dessous de Géesh, enfin, où sont les sources du Nil.
La rivière d'Abola sort de la vallée , entre les deux chaînes de montagnes de Litchambara et d'Aformasha, mais ce n’est point là qu’elle prend sa source. Elle est formée par deux branches, dont l’une naît à l’ouest dans le centre du croissant que font toutes les montagnes de Litchambara en tournant vers le sud, etl’autre à l’est dans les montagnes d'Aformasha, et à côté du chemin où nous commencâmes à monter pour gagner l'église de Mariam.
Au-delà de toutes ces montagnes sont celles d'Amid- Amid, dont la chaîne prend derrière Samseen, dans le sud-ouest de la province de Maitsha, mais dont la montagne d'Adama est la première qui commence à s'élever. Ces montagnes d’'Amid-Amid ont exactement la forme des autres, et les embrassent toutes par leur immense contour.
Entre les montagnes d’'Amid-Amid et la chaîne de cellesde Litchambara, est la profonde vallée maintenant connuesous le nom de vallée de Saint-Georges, et dont je n’ai jamais pu découvrir l’ancien nom, C’est dans cette vallée que coule la rivière de Jemma, égale peutêtre au Nil; car si elle est moins large, ellea infiniment plus de rapidité. En sortant de la vallée de Saint-Georges, la rivière de Jemma traverse celte partie du Maitsha qui est à l’orient du Nil; après quoi elle va se jeter dans ce fleuve, au-dessous de Samseen , et près du gué où passa l’armée royale dans la retraite désastreuse qu'elle fut contrainte de faire au mois de mai 4770. Le Jemma a trois sources qui toutes sortent des montagnes
d'Amid-Amid, et baignent leur pied jusqu'à l'endroit où la rivière entre dans la plaine du Maitsha.
Cette triple chaîne de montagnes forme trois cercles placés les uns par-derrière les autres; et leur arrangement est si régulier qu'il rappelle d'abord l’idée des montagnes de la Lune , au pied desquelles l'antiquité disait que le Nil prenait sa source. Ce sont elles-mêmes en effet. Les montagnes d'Amid-Amid ont peut-être un peu plus d’un demi-mille de haut, mais elles ne vont point jusqu'à trois quarts de mille, etsont certainement bien au-dessous de cette hauteur fabuleuse que leurattribuait Kircher.
Le sol de ces montagnes est partout excellent, et couvert de gras pâturages. Mais comme ce malheureux pays est depuis plusieurs âges en proie à toutes les horreurs de la guerre, les habitants ne sèment du blé que sur le sommet des montagnes, où ils sont hors de la portée de l'ennemi et du passage des armées.
À onze heures, nous marchions droit au sud-quartest; nous passâmes à côté d’une église dédiée à la Vierge que nous laissâmes à main gauche. Là le climat nous parut extrèmement doux. La plaine était tapissée de la plus agréable verdure, et les montagnes ornées d'arbres magnifiques et d’arbustes charmants qui, les uns et les autres, étaient couverts de fleurs et de fruits extraordinaires. Ce spectacle m'enchantait, ainsi que mes gens qui, d'après nos conversations , étaient devenus d'assez bons géographes pour savoir que nous approchions du terme de notre voyage.
Nous arrivâmes au sommet de la montagne, et nous jouimes pour la première fois de la vue de Sacala, dont le district s'étend dans la plaine au-dessous de l'ouest, à la pointe méridionale où est le village de Géesh.
A onze heures trois quarts, nous traversämes la rivière de Kebezza , et nous descendîmes dans la plaine de Sacala ; quelques minutes après, nous passâmes le Googueri , plus considérable que le Kebezza. Le Googueri avait soixante pieds de large et environ dix-huit pouces de profondeur ; il est clair, rapide, et coule sur un fond de rocher noir très inégal. À midi un quart, nous fimes halte sur une petite éminence , où le marché de Sacala se tient tous les samedis.
A une heure un quart, nous traversâmes la rivière de Gometti, qui borne la plaine; nous gagnâmes ensuite une montagne très escarpée, dont le chemin, presque à pic, était le plus difficile que nous eussions trouvé depuis notre départ.
A une heure trois quarts, nous arrivâmes au haut de la montagne, d’où nous contemplâmes tout à notre aise le territoire de Sacala , la montagne de Géesh et l’église de Saint-Michel-Géesh, éloignée d'environ un mille et demi de celle de Saint-Michel-Sacala, à côté de laquelle nous étions alors. Nous vimes immédiatement au-dessous de nous le Nil, semblable à un ruisseau , et qui à peine aurait eu assez d’eau pour faire tourner un moulin. Je ne pouvais cependant me rassasier de contempler ce fleuve si près de sa source ; je me rappelais tous les passages des auteurs anciens, d'après lesquels il semblait que cette source devait rester éternellement cachée. Les vers du poète me revinrent surtout dans la mémoire, et je jouis pour la première fois du triomphe que je devais à une intrépidité secondée par la Providence, et qui m'élevait au-dessus d'une foule d'hommes puissants et savants qui, dès la plus haute antiquité, ont tenté vainement l'entreprise dans laquelle j'ai eu le bonheur de réussir.
Le Nil n'avait pes, dans l'endroit où nous le passâmes , plus de quatre pas de large et quatre pouces de profondeur. Ce n'était qu'un ruisseau limpide, qui courait rapidement sur un fond de petits cailloux, pardessous lesquels on distinguait un rocher noir et très dur. Le Nil est assurément très aisé à passer en cet endroit; mais un peu plus bas, il estrempli de cascades. En partant des bords du Nil, et allant vers le midi, on trouve beaucoup de petites éminences doucement inclinées , qu'on monte el descend sans pres-
que s’en apercevoir; mes gens s'étaient arrêtés au nord de l’église de Saint-Michel-Géesh, et je les joignis sans faire semblant de me hâter.
« Allons, dis-je à Woldo, conduisez-nous à Géesh et aux sources du Nil, et montrez-moi la montagne qui nous en sépare.» Il me fit passer alors au sud de l'église; et étant sortis du bosquet de cèdres qui l’environne : « C’est là, dit-il, en me regardant malicieusement, c'est là la montagne qui, lorsque vous étiez de l'autre côté de l’église, était entre vous et les sources du Nil;iln’y en a point d'autre. Voyez cette éminence couverte de gazon dans le wilieu de ce terrain humide; c'est là qu’on trouve les deux sources du Nil. Géesh est situé sur le haut du rocher où l'on aperçoit ces arbrisseaux si verts. Si vous allez jusqu'auprès des sources, Ôtez vos souliers comme vous avez fait l’autre jour; car les habitants de ce canton sont lous des paiens , cent fois pires que ceux de Goutto , et ils ne croient à rien de ce que vous croyez, si ce n’est au Nil, qu'ils invoquent tous les jours comme un Dieu. »
Quoique je fusse à moitié déshabillé depuis que je n'avais pas ma ceinture, j'ôtai mes souliers, je descendis précipitamment la colline, et je courus vers la petite île verdoyante, qui était à environ deux cents pas de distance, Tout le penchant de la colline était tapissé de fleurs, dont les grosses racines perçaient la terre; et comme en courant j'observais les peaux de ces racines, ou de ces ognons, je tombai deux fois très rudement avant d’être au bord du marais; mais je m'approchai enfin de l'île tapissée de gazon. Je la trouvai semblable à un autel. forme qu'elle doit sans doute à l'art; et je fus dans le ravissement en contemplant la principale source qui jaillit du milieu de cet autel.
Certes il est plus aisé d'imaginer que de décrire ce que j'éprouvai alors : je restais debout en face de ces sources, où depuis trois mille ans le génie et le courage des hommes les plus célèbres avaient en vain tenté d'atteindre.
Je m'en revins des sources du Nil par un chemin différent de celui que j'avais pris en y allant: je suivis la rive opposée du fleuve, et j'observai la hauteur du soleil non loin du couvent de Welled-Abbo. Arrivé à Gondar, j'additionnai le nombre de milles que j'avais faits chaque jour, en défalquant les circuits , estimant ce qui était douteux, et réduisant tout à une ligne directe , comme on fait quand on voyage en mer. Je marquai aussi sur ma Carte tous les villages que j’avais traversés ou vus à peu de distance de la route, ainsi que le grand nombre de rivières qu’il me fallut passer.
Sources du Nil. De Géesh. Diverses cataractes du fleuve,
Les Agows du Damot rendent au Nil des honneurs divins ; ils adorent le fleuve, et ils ont offert, ils offrent encore des milliers d'hécatombes au dieu qu'ils croient résider dans sa source. Ce peuple est divisé en tribus, et il est important d'observer que jamais il n’y a eu la moindre haine, la moindre animosité héréditaire entre deux de ces tribus. Si de telles haines sont nées, elles n’ont jamais dépassé l'époque de la convocation de toutes les tribus, convocation qui a lieu tous les ans aux sources du fleuve, et pendant laquelle ils sacrifientau Nil, qu'ils appellent Ze dieu de la paix.L'unedes moins nombreuses et des moins puissantes de ces tribus a toujours conservé la prééminence entre elles, parce que c'est dans son territoire et près du misérable village auquel elle a donné son nom qu'on trouve les sources du Nil, si longtemps cherchées.
Cependant, quoique le village de Géesh ne soit pas éloigné de plus de six cents pas des sources du Nil, il ne peut pas être aperçu des gens qui sont près de ces sources. La plaine où elles sont se termine en un précipice de trois cents pieds da profondeur, au-dessous duquel est la plaine d'Assoa , et cette contrée d’Assoa
se prolonge toujours à peu près au même niveau jusqu'à soixante-dix milles dans le sud, où l'on retrouve le Nil, qui a déjà fait un grand circuit autour des provinces de Gojam et de Damot. *
Le précipice de Géesh semble avoir été façonné exprès à divers étages, sur chacun desquels il y a un groupe de huit ou dix maisons inégalement posées, c'est-à-dire que les unes sont plus haut, les autres plus bas, ou par côté , de manière qu'elles occupent toutes ensemble la moitié ou les deux tiers du rocher, et qu'il y à la même distance du haut du rocher aux premières maisons que du bas aux dernières. Ce qui a délerminé les habitants à choisir cette position, c’est la crainte des Gallas qui envahissent souvent cetie partie de l'Abyssinie, et qui ont quelquefois exterminé des tribus entières d'Agows.
Le côté du rocher qui fait face au sud offre la perspective la plus pittoresque quand le voyageur se tient pour le contempler dans la plaine d'Assoa, qui est au bas. On n'aperçoit, à différents étages, qu'une partie des maisons à travers les arbres el les arbustes dont tout le rôcher est couvert. Des plantes épineuses, de la plus dangereuse espèce, dérobent l'entrée des cavernes, et forment une barrière impénétrable pour tous ceux qui n’en connaissent pas le passage Les maisons n’ont d'autre Communication les unes avec les autres que des sentiers étroils et torlueux, à travers ces mêmes plantes épineuses, qu'on laisse croître dans toute leur force, et qui, en présentant l'aspect le plus sauvage , servent de défense aux habitants. Des arbres grands et majestueux, mais épineux pour la plupart, couronnent le haut du rocher, et semblent être ainsi plantés sur le bord pour empêcher les personnes qui s’en approchent de se précipiter dans la plaine. Tous ces arbres, ainsi que les arbustes qui tapissent le rocher jusqu'en bas, se parent chaque année des fleurs: les plus curieuses par leur couleur et leur variété. Il n'y à en Abyssinie ni buisson ni plante épineuse qui ne produise des fleurs magnifiques, faible dédommagement du mal qu'ils font.
Du haut du rocher de Géesh on trouve, en allant droit au nord, une pente assez douce qui vous conduit à un marais triangulaire de quatre-vingt-six brasses et deux pieds de large de ce point-là jusqu'aux sources, et de deux cent quatre-vingt-six brasses deux pieds à partir du bord du rocher , au-dessus de Ja maison du prêtre du Nil, où je demeurais. En supposant qne ce fût un triangle rectangle, il a cent quairevingt-seize brasses de long, ou du moins il Jes avait le 6 novembre 1770; car il n’y a pas de doute que, semblable à tous les autres marais, il ne varie dans ses dimensions suivant la saison des pluies ou les sécheresses,
Le Nil recoit là. un grand nombre de rivières : le Muga, le Gammala, l’Abéa, l'Aswari, le Mashillo, qui, descendant des montagnes, viennent lui porter le tribut de leurs eaux: etle Bashilo, le Boha et leGeeshem se joignent aussi à lui en sortant du Begemder et de l'Amhara. Le fleuve passe alors au-dessous de Walaka; son cours est droit au sud : il passe le haut et le bas Shoa. C'est de ces provinces et du côté oriental du Nil que viennent les grandes rivières de Samba, de Jemma, de Roma, ainsi que quelque autres. Le Temsi, le Gult et le Tzult sortent des hautes contrées des Agows et des montagnes d'Amid-Amid qui sont au nord : en s'éloignant du Shoa, le Nil tourne vers le sud-ouest et vers l’onest-nord-ouest : il renferme alors presque tout le midi du Gojam. Sur les bords mêmedu fleuve, en tirant vers le nord , est le royaume de Bizamo, borné par la rivière Yabous qui prend sa source au midi et se jette dans le Nil.
Au-dessus du royaume de Bizamo , le Nil va droit au nord; el par les contours qu'il a faits, il se trouve revenu à soixante-deux milles seulement de sa source. JL est là très profond et très rapide, et on ne peut le guéer que dans certaines saisons de l'année. Les Gallas sont les seuls qui, pour faire des invasions en Abys-
sinie, le traversent en tout temps san®difficulté, soit à la nage, soit sur des peaux de bouc remplies de vent. Ils font aussi de petits radeaux supportés par deux peaux de bouc, ou bien ils entourent leurs bras à la queue de leurs chevaux qui les entrainent en nageant. Cette manière est celle qu'emploient toutes les femmes abyssiniennes qui suivent les armées; et je l'ai vue constamment employée dans les guerres dont j'ai élé lémoin, toutes les fois qu'il y avait quelque grande rivière à traverser.
Les crocodiles sont en très grand nombre dans la partie du Nil dont je viens de parler; mais les habitants des bords du fleuve ont, du moins prétendent avoir un Charme qui les défend contre les plus voraces de ces animaux. k
Le pays des Gongas est borné au nord par une vaste chaîne de montagnes excessivement élevées, dont la partie méridionale est habitée par quelques tribus des Gongas mêmes et par d’autres nations; mais dans le nord-est de ces montagnes, c’est-à-dire plus près de l'Abyssinie, il y a une nation de vrais nègres, qu’on appelle {es Gubas. Le Nil semble s'être ouvert forcémentun passage à travers l'immense barrière que lui Opposaient ces montagnes, et il forme une cataracte de deux cent quatre-vingts pieds de haut. Immédiatement après cette cataracte on en voit deux autres, toules deux considérables , si on ne les compare pas avec la première,
La chaîne de montagnes dont je viens de parler se prolonge fort avant dans le continent d'Afrique, dans une direction occidentale, etestappelée Dyre et Tegla. Son extrémité orientale, qui est à l'est du Nil, se joint à la province montueuse de Kuara, et prend à le nom de montagne de Fazuclo. Toutes ces montagnes, autant que j'ai pu le savoir, sont. très peuplées d'un bout à l’autre, et on y trouve diverses nations puissanices et, pour la plupart, vouées à l'idolâtrie.
Le Nil arrive enfin près du Sennaar, dans une direction -presque. nord et sud; puis il tourne tout-àcoup vers l'est, et remplissant son lit, il offre un coup d'œil magnifique dans la belle saison, et est même d'autant plus agréable à voir qu'ilest le seul ornement de ces vastes plaines qui, quoique cultivées, semblent toujours stériles,
Après avoir baigné les murs de la ville de Sennaar, lefleuve passe à côté de plusieurs autres grandes villes habitées par des Arabes, qui tous sont blancs. Ensuile il vient à Gerry, el court vers le nord-est pour se réunir au Tacazzé : mais avant de rencontrer ce dernier fleuve, il passe près de la grande et ancienne ville de Chendi, qui est probablement la même où régna la fameuse reine Candace.
On a fait beaucoup de recherches pour sayoir où était l'île de Méroé, qui fut jadis le lieu le plus fameux du globe et le berceau des lettres et de la philosophie; mais cette île, d'où se répandit la Jumière qui commença à éclairer le reste de la terre , est maintenant retombée dans les ténèbres, et on cherche dès longtemps dans un désert la place où elle a existé, Telle est, hélas! l'instabilité des choses auxquelles les hommes attachent un si grand prix (1)!
Quand le Nil s’est réuni à l'Astahoras (2), il suit son cours droit au nord pendant l’espace de plus de deux degrés du méridien : ensuite, il tourne tout-àcoup à l'ouest-quart-sud , et il parcourt un plus long espace encore dans celte direction, en tournant un peu avant d'arriver à Korti, la première ville du Barabra ou
(4) Le voyage de M. Caillaud, exécuté en 1819, 1820, 1821, et 1822, a jeté un grand jour sur cette question si longtemps et si longuement controversée. Le courageux et habile explorateur à retrouvé les ruines de Méroé ou d’Assour, près du Nil, par une latitude de 16° 56. Ces ruines consistent principalement en pyramides et en un temple où les prêtres dispensaient la science à leurs nombreux adep-
tes, dans une antiquité très reculée. A. M.
(2) C'est-à-dire au Tacazzé ou à l’ancien fleuve Siris, A. M.
BRUCE. a
du royaume de Dongola. Alors , le Nil renferme par trois côtés le grand désert de Bahiouda.
A Korti, le Nil tourne presque au sud-ouest; il passe à Dongola, pays des Pasteurs. Dongola est appelé Beja, et est la capitale du Barabra. De là il vient à Moscho, ville considérable et heureusement située pour le voyageur fatigué dont la caravane vient de traverser, sans être pillée, le grand désert de Selima, qui a près de cinq cents milles de larges. Il jouitalors, ce voyageur, et du repos qu'on trouve à Moscho, et du plaisir d'avoir de l’eau fraiche en abondance; de l'eau qui est devenue pour lui d'un prix dont il n'avait pu auparavant se former d'idée!
En s'éloignant de Moscho, le Nil tourne graduellement vers le nord-est; il rencontre par la latitude de 220 45° une chaîne de montagnes du haut desquelles il se précipile, en formant la cataracte de Jan-Adel qui est la septième cataracte. Courant toujours droit au nord-est, il passe à Ibris et à Deir, sur les frontières d'Egypte. En tombant dans le pays des Kennouss, le Nil forme sa huilième cataracte : l'on connaît son cours en Egypte.
Retour des sources du Nil par le Maitsha, Arrivée à Gondar.
Ce fut le 40 novembre 1770 que nous partimes de Géesh pour retourner à Gondar. Nous passâmes l'Abay (1), au-dessous de l’église de Saint-Michel de Sacala. Nous descendimes la montagne à travers le bois; nous guéâmes la rivière de Davola, et bientôt nous rentrâmes dans la province de Maïtsha, bornée à l'oc- . cident par le Nil, au midi par la rivière de Jemma qui la sépare du pays de Goutlo, et de l'autre côlé des montagnes d'Amid par la province du Damot. Au midi elle a encore le Gojam, et à l’est etau nord l'Abay ou le Nil avec le lac. Tzana. C'est là le Maïtsha propre.
La capitale du Maitsha est Ibaba ; le roi y a une maison ou plutôt un pelit château. La ville, l'une des plus grandes d'Abyssinie, ne-le cède guère à Gondar ni en étendue ni en richesses ; on y lient marché tous les jours : elle a pour gouverneur un officier qui porte le titre d'Azage-d’Ibaba, et à qui sa place rend six cents onces d'or. Cette place, dont dépend en outre un vaste territoire, est ordinairement confiée au principal habitant du Maitsha , afin de le retenir dans le devoir. La campagne des environs d'Ibaba est la plus belle et la bed féconde, non-seulement du Maitsha, mais de toute ’Abyssinie ; la partie qui l'emporte surtout est le Kollela, situé entre Ibaba et le Gojam. Là les premières ozoros ou princesses ont des terres et des maisons dont elles ont hérité des rois leurs ancêtres, et qui sont désignées sous le nom de Goult, mot qui répond à celui de fief.
Du Maitsha, poursuivant notre route vers Gondar, nous arrivâämes à celte capitale le 20 novembre 1770.
Retour par Sennaar, la Nubie et le grand désert. Arrivée à Alexandrie, et traversée d'Alexandrie à Marseille,
Le palais de Koscam, où se tient la reine d'Abyssinie près Gondar, est situé sur le penchant méridional de Debra-Tzaï, nom qui signifie {a montagne du Soleil. Le palais consiste en une grande tour carrée à trois élages avec un toit en terrasse entouré de créneaux ; ily a une grande cour, qu'on nomme /a cour des Gardes, dans laquelle se tient la garnison de Koscam, et où est la principale entrée faisant face à Gondar. L’enceinte du palais est fermée par une haute muraille de plus d'un mille de circonférence : dans cette première enceinte sont logés les soldats, les laboureurs et généralement tous les gens attachés au service extérieur du palais : ensuite il y à une autre cour plus
(1) C'est le nom que les Angows donnent au Nil. A. M.
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élroile, et également fermée par un mur, où il ya d’autres logements construits en pierres, et à un étage, pour les principaux officiers, pour les prêtres, et pour les esclaves qui servent dans l'intérieur.
C’est là qu'est aussi l'église qui a été bâtie par l'ileghé, et qu'on regarde comme la plus riche de toute l’'Abyssinie. On y voit de grandes croix d or dont on se sert dans les processions, ainsi que des timbales d'argent ; et l'autel est chargé de plaques d’or, objets qui sont tous un don de la magnifique iteghé. Les prêtres de celle église étaient aussi fort riches, jusqu'à l'instant où le ras Michaël, leur enlevant une partie de leur revenus, qu'il partagea entre l'Etat et lui, les réduisit à une condition plus conforme au vœu de pauvreté qu'ils avaient fait par orgueil que le luxe dans lequel ile vivaient auparavant.
C'est dans Ja troisième cour, c'est-à-dire tout-à-fait dans le centre, que sont les appartements de la reine et des femmes nobles qui, n'étant point mariées, vivent auprès d'elle et composent sa cour. Derrière el plus haut que le palais sont les maisons de plusieurs personnes de distinction, presque toutes de la famille de l'itéghé ; ensuite la montagne s'élève en forme de cône très régulier, et paraît couverte de verdure jusqu’au sommet. Du côté de l'est est la route du Walkayt, et du côté de l'ouest celle de Kuara el dn Ras-el-Feel, c'est-à-dire de tout le pays bas ou du nord de l'Abyssinie, bordant la contrée des Shangallas, par où traverse le chemin de Sennaar.
Le 26 décembre 1771, je quittai enfin Gondar. Au bout de quelques jours nous arrivâmes sur les bords de la rivière de Toom-Aredo qui prend sa source dans le pays des Kemmouts, peuple habitant les montagnes au sud-ouest, et va ensuite se jeter dans une autre rivière nommée Mahaanah.
Le 15 janvier 1772 nous partimes de Teherkin, où nous venions de faire une courte halte. Le 47 nous arrivâmes à Sancaho, ancienne ville frontière de l’Abyssinie : elle renferme environ trois cents maisons, très proprement construites avec des roseaux, dont les feuilles servent aussi à couvrir ces maisons et sont singulièrement bien arrangées. La montagne sur laquelle est la ville de Sancaho s'élève au milieu de la plaine et ressemble à Tcherkin-Amba ; mais elle est plus considérable. Un territoire fort étendu en dépend, si on peut dire toutefois que des bois entièrement abandonnés aux bêtes sanvages dépendent des hommes.
Le 20 nous atteignimes le bourg de Guanjook, arrosé par une jolie rivière, et dans une situation délicieuse ; il y a dans les environs plusieurs bosquets d'arbres très élevés, entre lesquels sont des plaines superbes, dont une partie est cultivée en coton. Il y a beaucoup de gibier, surtout des pintades, et les arbres sont couverts de perruches de toute couleur et de toute espèce. |
Nous ne partimes de Guanjook que le 22 : nous passâmes la petite rivière de Gambacca, et ensuite nous traversâämes encore le Tokoor-Ohha ; puis nous vinmes aux bords du Guangué.Le Guangué est, après le Nil et le Tacazzé, la plus grande rivière que j'aie vue en Abyssinie ; le Guangué à sa source près de Tchelga, ou plutôt entre Tchelga et Nara, et il va joindre le Tacazzé, dans le Barabra, c'est-à-dire dans le royaume de Sennaar. Le Tacazzé, grossi par le Guangué, prend alors le nom d’Afbara, nom qu'il donne à la province qu'il traverse. On y voit beauceup ne crocodiles et plus encore d'hippopotames, que je crois cependant être la plupart moins gros que ceux du Nil.
Le 17 mars 1772 nous parlîimes de Hor-Cacamoot, village où nous nous élions reposés quelques jours, et nous primes le chemin de Teawa, capitale de J'Atbara. Nous atteignimes Beyla, ville fort jolie et bien située sur le haut d'une colline couverte de bois et en face d'une belle plaine. Les arbres que nous vîmes dans
cette plaine étaient (rès beaux, alignés et séparés de
loin en loin par deshaies, comme en Europe. Les champs sont aussi clos pour pouvoir enfermer le bétail : mais >
le bétail n’y était point alors; on l'avait conduit au Dender à cause des mouches. Il n’y a à Beyla d'autre eau que celle que fournissent des puits profonds ; les environs de la ville sont couverts de plantations de mais. Les habitants vivent continuellement dans Ja crainte de voir fondre sur eux les Arabes Daveinas qui campent à Sim-Sim, c'est-à-dire à quarante milles dans le sud-est. Ils redoutent aussi singulièrement une autre puissante tribu errante au sud-ouest, entre le Dender et le Nil, etconnue sous le nom des Weld-Abel-Gin, nom qui signifie les fils de l’esclave du diable. Beyla est une des villes frontières du Sennaar; du côté de Sim- Sim, entre ce lieu et Teawa qui appartiennent au Sennaar, et le Ras-el-Feel, Nara et Tchelga qui dépendent de l’Abyssinie, tout le pays n’est qu’un vaste désert.
Le 21 avril nous partimes de Beyla; le 22 nousvinmes au bord dela rivière de Rahad ; le gué senomme Tchir- Chaira. L'eau de la rivière était stagnante, sale, ayant une odeur désagréable et couverte d'un limon vert ; le fond était fort vaseux : mais il n'y avait point à choisir de meilleur passage. L'eau de Beyla était si mauvaise, que nous n’en avions pris que ce qu'il nous fallait absolument pour nous conduire jusqu'à Rahad.
Depuis Beyla nous avions marché la plupart du temps dans le bois ; mais arrivés sur 1e bord de la rivière de Dender, nous ne trouvâmes plus de bois jusqu'à Sennaar : la campagne est découverte.
Lé 29 avril 1772 nous arrivâmes à Sennaar, capitale de la Nubie, et dès le lendemain je fis ma visite au roi.
Le vaste palais du roi de Sennaar est bâli d'argile, à un seul étage, et les chambres sont foncées en terre bien battue. Les premiers appartements que nous traversâmes n'avaient point de meubles, et il semblait qu'une grande partie avait élé autrefois destinée à loger des soldats, quoiqu'il n’y en eût pourtant alors qu'une cinquantaine de gardes. Le roi était dans une grande chambre d'environ vingt pieds carrés, dans laquelle nous arrivâmes qu'après avoir descendu deux petits escaliers très étroits.
Le roi était assis à terre sur un matelas couvert d'un tapis de Perse et chargé de coussins de drap d'or de Venise. Mais les vêtements de ce prince ne répondaient point à la magnificence qui l’environnait: il n'avait sur le corps qu'une grande chemise bleue de toile de coton de Surate, qui ne différait des chemises de ses esclaves que parce que l’ourlet du bas et le collet étaient garnis d’un double point de soie blanche. Ce prince avait la tête nue, les cheveux courts et très noirs, et le teint aussi clair qu'un Arabe ; ses pieds étaient nus, mais presque recouverts par sa chemise.
Sennaar est par les 130 34° 36” de latitude nord, et parles 330 30° 3” de longitude au méridien de Greenwich. Cette ville est bâtie sur la rive orientale du Nil et très près de ses bords; cependant l'élévation de son sol la met à l'abri des débordements, qui dans leur plus grande hauteur ne viennent guère qu’au bord des rues.
La ville de Sennaar est très peuplée, et on y voit plusieurs belles maisons, suivant la mode du pays. Poncet dit que de son temps elles étaient toutes à étage, mais à présent celles des principaux officiers sont à deux étages, et elles ont es toits en terrasse : con-
FIN
Paris. — Imp. Lacour et Comp., rue Soufflot, 16.
struction qui paraît fort singulière , parce que, dans toutes les autres villes ou villages en dedans des limites des pluies du tropique, les toits sont en forme de cône. Les maisons de Sennaar sont d'argile, mêlée avec un peu de paille; £e qui prouve que les pluies doivent y être moins abondantes que dans le sud, et l'éloignement des montagnes en donne Ja raison.
Le 5 septembre, nous fûmes enfin prêts à quitter la capitale de la Nubie, contrée inhospitalière , où nous fûmes mal vus à notre arrivée, et où chaque jour accrut nos inquiétudes et nos dangers. Le 22 nous arrivâmes à Halfaia , grande ville qui, quoique bâtie d'argile, est très belle et très agréable. Toutes les maisons ont des toils en terrasse, parce que les habitants pe craignent point les pluies qui depuis quelque temps ont cessé d'être considérables. Les Arabes Bataheens élaient campés prés d'Umdoom , grand village situé sur le bord du fleuve, à sept milles d'Halifoon.
Halfaia est sur les limites des pluies du tropique, et situé surune grande péninsule arrondie qu'environne le Nil du sud-ouest au nord-ouest. La ville est à un demi-mille au plus du bord du fleuve. C’est sur la péninsule que sont toutes les cultures qui nourrissent la ville, el on n’arrose ces cultures qu'avec des puits, dont on tire l'eau par le moyen de machines que des bœufs font tourner. Halfaia contient environ trois cents maisons ; la principate richesse de la ville provient d'une manufacture de grosse toile de coton appelé dimour qui sert de monnaie dans tout le bas de lAtbara. Halfaia a beaucoup de palmiers, mais qui ne produisent point de dattes. Ce peuple d'Halfaia se nourrit de chats, de crocodiles, d'hippopotames, qui y sonten très grand nombre.
Partis d'Halfaia le 29 septembre, nous arrivâmes le 4 octobre suivant à Chendi, ou Chandi, un grand village et chef-lieu du district du même nom, dont le gouvernement appartient à une femme , qu'on appelle Siltina, c'est-à-dire la maîtresse ou dame. Elle est sœur du premier des Arabes de l’Atbara. Il s’est conservé à Chendi une tradititon d’après laquelle une femme, nommée Hendaqué, gouverna jadis ce pays.
Chendi a environ deux cent cinquante maisons qui ne sont point contiguës. Les principaux habitants ont même les leurs très isolées, et celle qu’habite Sittina est à un demi-mille de la ville. 11 y a deux ou trois de ces maisons assez commodes : mais toutes les autres ne sont que de misérables taudis bâtis d'argile et de roseaux.
Les femmes de Chendi sont considérées comme les plus belles de l’Atbara, et les hommes comme les plus grands poltrons. Leurs voisins leur ont donné cette répulation de lâcheté; mais nous n’eûmes pas occasion de vérifier si elle était méritée.
Le 29 octobre nous avions retrouvé les limites de l'Egypte, et nous étions de retour à Syène. Le 10 janvier 1773, nous arrivâmes au Caire. J'en repartis bientôt pour Alexandrie, et m'y embarquai pour Marseille, où je me trouvai enfin rendu sain et sauf après une traversée de trois semaines. Je me transportai rapidement à Paris, et de là je retournai dans ma patrie, afin d'y mettre en ordre le manuscrit de mon voyage.
ALBERT-MONTÉMONT.
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J, BRY atné, Éditeur,
Boston Public Library.
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