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Ils vont, à la volonté de leurs maîtres, le pas, le trop, le galop.
mes de suspendre pendant ce temps-là notre voyage. Le 30, une letre que m'apporta un Hottentot de la part des missionraires me prévint qu ils ne trouvaient nulle part de fanne à acheter; car sentant combien il était utile d'en aire bonne provision avant de quitter la partie habité de la colonie, je les avais priés de m'en découvrir quelques sacs du côté où ils étaient allés. J'appris en outre qu'ils comptaient se remettre en route le 5 du mois suivant, et comme on nentendait plus parler des Cafres, s'avancer jusqu'à la rivière Zak , où ils attendraient le résullat d'une plus ample enquête pour prendre une décision définitive. D'autre part, charmé de voir que mes serviteurs commençaient à s'ennuyer d’une si longue halte dans un lieu si aride, où nos bœufs ne paraissaient reprendre ni corps ni force, je fixai l'époque de notre départ au 3 août. Le 2, Magers et Speelman partirent de grand matin avec ‘es attelages et les moutons, afin de cheminer plus lentement, et d'aller nous attendre chez un colon nommé Jan-V'an der Westhuisen. Yenvoyai Gest porter un billet à M. Anderson, pour l'informer que je partais le lendemain ; et le soir 1l revint avec une réponse par laquelle il était convenu que nous nous réunirions tous à la Riet-Rivier, distante de cinq ou six jours de marche. e Le 3, avant de nous quitter, mon hôte en sa qualité de magistrat me remit un ordre qui enjoignait à plu-
sieurs colons, résidant près de la Inontagne, de me fournir pour de l'argent la quantité de farine dont j'avais besoin. I ne voulut accepter aucune rétribntion pécuniaire pour les repas que j'avais pris à sa table; mais me pria de lui remplir ses bouteilles à eau devie. Quoique je dusse, suivant toute vraisemblance, ne plus retrouver l'occasion de renouveler cette partie de mon approvisionnement, si nécessaire pour maintenir mes Hottentots de bonne humeur, et quoique leur vexation se peignit d’une manière évidente sur leurs visages lorsqu'ils entendirent quelle requête m'était adressée, comme néanmoins Snyman s'était montré prêt à faire tout ce qui avait été en sa puissance pour nous rendre service, je n'hésitai pas à la satisfaire.
Dès que tous nos préparalifs furent terminés, on attela les bœufs de relais, et nous partimes au grand trot un peu après midi. Snyman nous dépassa bientôt à cheval, se rendant à la ferme de Gerret-Vischer, qui étaitsituéesurnotre ‘route, pourque nous y trouvassions dès notre arrivée des bœufs de rechange tout prêts. Nous y arrivämes nous-mêmes à deux heures, après avoir parcouru un espace de huit milles. Comme c'était un lieu de résidence permantnte, l'habitation offrait un plus favorable aspect qué toutes les misérables huttes que nous avions rencontrées jusqu'alors dans le Karro , et qui ne servent de de refuge temporaire
+ Se à ee
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Kraal hottentot.
aux fermiers pendant la saison où ils y mènent leurs troupeaux paitre.
Après une courte halte dont je profitai pour rendre visite au jardin de mes hôtes qui était fort bien tenu, que traversait un ruisseau limpide, et où abondaient les arbres fruitiers et les légumes , nous repartimes avec deux altelages frais, conduits l’un par un desfils de Vischer, et l’autre par un fermier du nom de Piet- Mudder, à qui il appartenait.
Le 6, nous commencçcâmes à gravir la montagne. La route était fort escarpée et faisait de nombreux détours afin d'éviter les profonds ravins.
Le 8, nous traversämes les lits de plusieurs rivières, alors lout-à-fait desséchées, dont la plus large était celle du Rhinocéros. L'animal dont elle porte le nom devient chaque jour plus rare dans cette partie de la contrée, et même dans toute la colonie. Il aime habiter, à la vérité, un pays découvert et sec qui, comme celui-ci, abonde en basses broussailles; mais l'avancement graduel des colons et leurs chasses exterminatrices l'ont effrayé et contraint de reculer davantage dans l'intérieur du continent. Le soir nous gagnâmes le Kuilenberg, ou mont creux, ainsi nommé sans doute à cause de quelques trous où généralement on trouve de l'eau.
Le 9, nous continuâmes à parcourir .une contrée unie, mais dont la surface commençaità être parsemée
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d'éminences plus nombreuses. Chemin faisant nous n’aperçûmes de toute la journée aucune créature vivante. Le soir, après une marche de quatorze milles, nous gagnâmes la Riet-Rivier, ou riviére des Roseaux, sur les bords de laquelle nous étions convenus d'attendre les missionnaires.
Le 44 nous poursuivimes notre voyage à midi, nous eûmes à franchir une gorge, et comme nous fûmes obligés de traverser trois fois la rivière, comme la route était en outre fort difficile, nous y employâmes trois quarts d'heure. Mais le pays que nous parcourûmes ensuite était découvert et généralement uni, quoique rocailleux et nu. Nous fimes halte à Stink- Fontein, en d’autres termes à /a source puante, où nous eûmes beaucoup de peine à nous procurer un peu d’eau en creusant des trous dans le lit d'un ruisseau. Le 15, nos bœufs étaient si fatigués, si maigres, faute de nourriture et de boisson, que nous atleignimes seulement, à cinq milles plus loin , Saldery-Fontein, ou la Source au céleri. Le 16, une marche de six milles nous mena sur la Petite-Riet à un endroit que les Hottentots nomment Xamsa-Kraal. Enfin le 17, nous atteignimes la Korrée après avoir parcouru un espace de sept milles et demi.
Nous trouvâmes le parti de Hottentots dont Berends était capitaine qui nous attendait là. Comme ils s'en retournaient à Klaarwater, nous désirions faire route
avec eux pour traverser le pays sauvage et désert des Bosjesmans. Nous fümes alors, tant hommes que femmes et enfants, quatre-vingl-dix-sept personnes. Nos nouveaux alliés avaient huit chariots, un nombre proportionné de bœufs, plusieurs chevaux et un kroûpeau de moutons assez considérable. Ils étaient armés de mousquets pour la plupart, et portaient généralement des jaquettes et des culottes soit de laine, soit de peau de brebis tannée, avec des chaussures de cuir cru. Plusieurs avaient des chemises et des chapeaux confeelionnés les uns et les autres dans la colonie ; cependant le Æoross, vêtement national, se voyait encore sur le dos de la majeure partie des hommes et des ferrmes. Celles-ci avec leurs enfants formaient un tiers de la troupe. Les plus jeunes de ces derniers élaient à moitié nus; mais les premières étaient toutes babillées avec décence, quelques-unes portant des robes et des tabliers d'indienne où de cuir faits à la mode hollandaise. Maris et femmes, tous avaient la tête étroitement serrée dans un mouchoir en calicot de couleur. Tous, én outre, car ces Hottentots élaient de race mêlée et Visitaient souvent la colonie, parlaient avec aisance la langue hollandaise.
Nous reslämes les cinq jours suivants campés au même endroit par 320 8° 38” de latitude, parce que les Hottentots, qui pensaient avoir à nous attendre plus longtemps ét ne trouvaient pas dans les environs de quoi nourrir leurs bestiaux, les avaient envoyés à un lieu distant de deux jours de inarehe où le pâturage était meilleur.
Le 24, laissant à notre gauche la route ordinaire qui mène à la Zak, nous cheminâmes plus à l’est d'après le conseil des Holtentots ; et le pays, appelé Nieuweld ou Terre-Neuve , que nous parcourümes, semble si peu fréquenté, si désert, que les traces des roues de nos charriols y seront peut-être encore visibles dans quelques années. Le soir nous fimes halte pour la nuit au milieu de rochers près d'un petit ruisseau.
Le 27, nous atteignimes au clair de lune une suurce limpide. Nous campâmes le lendemain sur les bords de la Dwaal-Rivier, après avoir parcouru l'espace de dix-neuf milles.
Dans la soirée nous atteignîimes la Zak, qui forme la limite septentrionale de la colonie, et sur les rives de laquelle nous campâmes les quatre jours suivants. C’est la principale rivière entre l'Hex et le Gariep. Ses eaux, quoiqu'elles coulassent encore, ne formaient qu'un mince filet. Ses bords étaient garnis de jones, ou çà et là parsemés de quelques brins d'herbe fraîche qui végétaient grâce à des pluies récentes. Mais on ne voyail pas un arbre dont le feuillage rompît l'unifor= mité de la plaine que traversait la rivière, ou indiquât son cours; et nous ne l’apercûmes elle-même qu'à l'instant où nous en foulâmes.les bords.
Le 1er septembre, plusieurs familles de Hottentots nous rejoignirent encore, car c'était le dernier lieu de rendez-vous ct nous ne faisions une si longue halte que pour attendre les retardataires. Le nombre de nos charriots s'éleva alors à seize. Elant ainsi dispersés sur un petil espace, au milieu d'une plaine immense où le sol aride n'était recouvert çà et Jà que par quelque buisson rabougri à peine haut d'un pied, on eût dit qu'un village avait tout d'un coup surgi dans le désert, Chacun des charriots, en effet, avait son propre feu autour duquel était assise une petite réunion de personnes abritées du vent par un enclos de nattes. Les bœufs, les moutons et les chèvres qui paissaient à quelques pas; les fenimes qui allaient à la rivière où en revenaient avec leurs calebasses remplies d'eau; les enfants qui s'amusaient à courir; les hommes qui les uns portaient des fardeaux de bois à brûler, les autres arrivaient de la chasse ; les chiens et les chevaux qui se mouvaient dans chaque direction ; tout cela formait une scène neuve et animée qui par le contraste ren: dait la silencieuse solitude dont nous étions énvironnés plus grave et plus triste.
Le 4 septembre, vers midi, après avoir chargé tous
nos mousquels en cas d'attaque, nous dîmes un dernier adieu à la colonie, et franchissant la Zak, nous entrâmes dans le pays des Bosjesmans. Nous ne parcourûmes ce jour-là qu’un espace de dix milles. et nous campâmes dans la plaine à la source de Kopjes. Comme chemin faisant nous avions remarqué sur la terre des traces de lions, nous eûmes soin pour nous prémunir contre une attaque de ces terribles animaux pendant la nuit, de placer les charriots en cercle et d'enfermer au milieu les bœufs et les moutons. Il est heureux pour les voyageurs que ces redoulabktes bêtes féroces s'élancent toujours sur les besliaux de préférence à l'homme lui-même.
Notre marche du lendemain ne fut que de sept milles, à cause de la circonstance que voici. Lorsque nous alteignions l'endroit nommé Patrys-Fontein ou Source de la Perdrix, nous eûmes l'agréable surprise de voir une troupe de Hottentots venir vers nous avec une centaine de bœufs qui devaient servir de relais à leurs compatriotes. Je laisse à penser quel fut pour les uns et les autres le plaisir de se retrouver erisemble après une absence de six mois, et combien ils échangèrent de questions. ,
Le 6, nous cheminâmes à travers une contrée dont la surface était dure, unie, nue et découverte, dont cependant la monoltonie était # et là rompue par de larges et vastes ondulations. Mais pas une herbe verte ne récréait l'œil; pas un oiseau ne traversait l'air : tou{é la création se bornait pour nous à la terre et au ciel. Nous fÎmes halte, après le coucher du soleil, sur les bords de la rivière Brakke ou Sawmätre par 31° 16"et 14" de latitude. Dans la matinée nos chasseurs tuèrent un quakka communément appelé cheval siuvage, qu'ils mangèrent ensuite, et blessèrent un lion.
Lorsque notre caravane se remit en marche, les Bosjesmans nous quittèrent, à l'exception de trois d'entre eux que nous décidâämes, en leur promettant quelques moutons et du tabac, à nous accompagner jusqu’à la Grande-Rivière, pour qu'ils nous guidassent le long de la route vers Jes endroits où il y avait de l'eau. Dans la soirée nous alteignimes Klip-Fontein, et nos charriots se rassemblèrent sur une espianade pierreuse qui dominait la source. Le lendemain, quand se leva le soleil, la contrée ne nous offrit qu'un aspect désolé, sauvage, bizarre. De notre station au faîle d’une descente rapide, les Karreebergen ou montagnes sèches apparaissaient devant nous.
Lorsque nous poursuivimes notre route, le pays à mesure que nous avançâmes devint plus montueux, et indiqua que’ nous étions entrés dans l'espèce de ceinture que forment les Karreebergen. Le mot karree, dans la langue hottentote, signifie sec ou aride, et ne saurait être mieux appliqué qu'en celte occasion. Toujours tournant entre les montagnes, nous n'avions presque jamais ni à monter ni à descendre beaucoup.
:Quelquefois entourée de toutes parts par des monta-
gnes, s'étendait une très vaste plaine. Ce fut au milieu d'une plaine de ce genre que nous rencontrâmes Schiet-Fontein, ou la source de l'Escarmouche, ainsi nommée parce que jadis les fermiers avaient sur ses bords livré bataille aux Bosjesmans.
Le 10, peu après nous être remis en marche , nous commençämes à gravir les flanes nus de la principale chaîne des Karreebergen, et pendant deux heures nous suivimes une roule pierreuse sur un plateau élevé entre les montagnes. Quand nous arrivâmes à l'extrémité seplentrionale de ce passage qui porte les noms de Schiet-Fontein-Poort, où Karreebergen-Poort, nous pûmes tout d'un coup contempler au loin la contrée. C'était une plaine immense qui, commencant au bas de la chaîne que nous venions de traverser, n'était bornée devant nous qu'à l'h:°rizon par une autrechaine. Nous la parcourûmes le reste du jour, et nous ditelâmes à neuf heures et demie du soir près d'Eland's- Valley, en d'autres termes près de la mare de l'Elan.
Le 41, la route que nous eûmes à suivre traversait
une immense plaine , bordée à droite et à gauche par
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les montagnes à sommels plats des Karreebergen. Comme nos bœufs allèrent presque au trot, el qu'ils firent quatre milles.et demi par heure, nous atleignimes bien avant le coucher du soleil l'extrémité de cette plaine. Nous comptions y camper pour la nuit dans un endroit qui est distant d'Eland’s-Valley de dix-sept milles, et qui s'appelle le {fombeau de Carel-KXrieger, parce qu’un infatigable chasseur de ce nom y fut étouffé par un éléphant. Mais on s'aperçut au bout de quelques instants que ce lieu manquait absolument d'eau. Nécessité fut done de continuer à marcher. Nous continuâmes notre route, et nous renconträmes une nouvelle chaîne de montagnes, lesquelles différaient essentiellement de toutes celles que nous avions vues depuis notre entrée dans le Roggeveld, en ce que la ligne de leurs sommets ne présentait plus cette surface uniformément horizontale qui distinguait toutes les autres. Pendant que nous les traversions par un défilé qui s'appelle Hoddert-Gat-Poort, leur hauteur nous parut être de six à huit cents pieds. A notre
sortie de la gorge, la nuit nous surprenant, nous ne:
tardâmes guère à perdre de nouveau notre chemin. Toutefois après plusieurs marches et eontre-marches, nous parvinmes à dix heures et demie au lieu de halte que nous avions fixé le matin; et là, malgré l'obscurilé, s'offrit à nos regards le plus délicieux spectacle
ue nous eussions vu depuis une semaine... un vaste ss nommé Zand-F'alley; où abondait uné eau claire et excellente. Nous avions tellement souffert, hommes et bêtes pendant les dernières journées, que nous consacrâmes au repos celle du lendemain.
Comme nous étions parvenus à une distance de Klaarwater, jusqu'où les habitants de ce village étendent souvent leurs chasses, mes compagnons de voyage se regardèrent presque comme chez eux ; aussi le léndemain 16 , en moins de deux heures, plusieurs huttes temporaires, ou mieux plusieurs tentes, construites selon le véritable style hottentot en forme hémisphérique et recouvertes de natles, donnèrent au lieu où nous étions campés l'aspect d'un kraal. Quoique nous fussions stationnés sur le bord même du fleuve, nous n'en apercevions aucunement l'eau, attendu qu eile coulait à une profondeur de soixantedix pieds plus bas, cachée par les grands arbres qui en garnissent les rives ; Cependant, à cette hauteur même, les traces de débordement sont évidentes et permettent au voyageur de se représenter la grandeur et la magnificence du Gariep lorsqu'il se déborde ; mais de si vastes inondations sont rares; et il s'écoule quelquefois sept années sans que son lit ait à contenir un volume d’eau si considérable.
Impalient de voir la rivière elle-même, je descendis la berge rapide à travers un bois épais de grands acacias et de saules, dont la brûlante chaleur du jour rendait l'ombre doublement délicieuse, et bientôt j'eus à contempler un spectacle ravissant. Le Gariep avait en cet endroit neuf cent trente pieds de large ; mais, comme j'ai ensuile pu le remarquer, il n'est peut-être pulle autre part aussi étroit , et sa largeur moyenne, dans cette partie de son cours, doit être au moins évaluée à trois cent cinquante verges dans la saison même où ses eaux sont les plus basses ; quand au contraire il inonde ses rives, j'ose affirmer qu'il ne couvre pas moins d'un mille tout entier du pays. Si du lieu où j'étais, et qui est situé par 29° 40° 52° de latitude septentrionale, on remontait le cours du Gariep à une distance de cinq cents milles, on ne rencontrerait aucun affluent qui sans cesse lui versât le tribut de ses ondes; mais au-delà il reçoit trois grandes rivières, le Ky-Gariep ou rivière Jaune , venant du nord-est, le
Maap ou rivière Bourbeuse, dont le cours et la source
sont inconnus ; enfin le Nu-Gariep ou riviere Noire, dont plusieurs branches sortent des montagnes au nord de la Cafrerie, et d’autres de la contrée sans doute qui avoisine celle des Tainbu ou Tambukis. De ces trois affluents le Nu-Gariep est le plus considérable. Une partie des eaux que le Gariep décharge dans l'O-
céan parcourt dans son lit un espace qui n'est pas beaucoup moindre de quatre cents lieues. Ce beau fleuve traverse le continent de l'est à l'ouest, ce qui prouve que la plus haute terre de l'Afrique méridionale en dehors du tropique est située vers la côte orientale. Parmi les rivières africaines, si le Gariep ne doit indiquer que le quatrième rang pour la longueur, il occupe à coup sûr le premier pour la beauté.
Comme à l'endroit de son cours auquel nous étions parvenus il n’était pas guéable, nous fimes la recherche d'un gué, et on en trouva un neuf milles plus haut. Le 17, la caravane se remit en route pour l'atteindre, et l'alteignit en trois heures de marche.
Le Gariep, en ce lieu, avait une largeur d'un quart de mille. Nous n'eûmes cependant besoin que d'une couple d'heures pour parvenir lous sains et saufs avec nos charriots, nos bœufs et nos moulons, sur la rive septentrionale ; alors nous pénétrâmes pour ainsi dire dans une contrée nouvelle. En effet, sans parler des différences d'aspect et de climat, comme celte rivière est infranchissable pour beaucoup d'animaux, elle forme la limite la plus méridionale de quelques-uns, la plus septentrionale de quelques autres , et est aussi une ligne de démareation pour un grand nombre de végétaux. Après avoir gravi la berge qui était couverte de grosses pierres délachées, nous fimes halte sous des groupes d'acacias , lesquels poussaient dans un sol sablonneux.
Le 18, la chaleur était si grande dès le malin , que nous ne voyageâmes pas dans la journée, et que pour nous remeltre en marche nous altendimes le coucher du soleil. La première partie de notre route nous conduisit à travers des sables mouvants, qui toutefois cessèrent aussilôt que nous quittâmes la région des Acacias. Nous cheminâmes ensuite le reste de la nuit sur un sol ferme et dur, ne rencontrant qu'à d'énormes distances quelques arbres solitaires ; et, le 49, au point du jour, nous vimes s'élever devant nous les monts Albestos. Dès que notre caravane entra dans le défilé qui les traverse, les Hottentots qui en faisaient partie se mirent à tirer des coups de mousquet, tant pour saluer les amis qu'ils avaient au village du Kloof, que pour les avertir de leur propre arrivée. Au bout de quelques instants nous aperçûmes le village. Romantiquement situé au milieu des montagnes, qui l’entouraient de toutes parts, il consistait en vingt-six huttes rondes de naltes, et en cinq petiles maisons carrées à toit de chaume , séparées les unes des autres par des champs de blé peu étendus , mais dont la fraîche verdure récréait délicieusement la vue. Les basanés habitants du lieu, hommes, femmes et enfants, tous sortirent avec précipitation de leurs demeures pour nous voir arriver, et pour féliciter leurs amis et les missionnaires de leur heureux retour.
C'était non loin de là, dans un endroit que les Hottentots appellent Aakaap, et les Hollandais Riet- Fontein, c'est-à-dire sources des Roseauæ, que les missionnaires s'étaient d'abord établis en 1804. Ils avaient ensuite habité le Kloof, mais enfin ils étaient allés fixer leur quartier général à Klaarwater, parce que ce dernier village est situé plus au centre des diverses bourgades formées par les Hottentots de cette race.
Le lendemain, tandis que je travaillais dans mon charriot, je reçus les visites successives de la majeure partie des habitants. Tous, à leur arrivée, commencaieni par me dire en hollandais : « Bonjour, monsieur! » après quoi ils se mettaient à admirer la facture et la solidité de mon charriot, qu'ils ébranlaient sans cérémonie , bien que je fusse dedans et occupé à écrire, pour voir s'il élait lourd ou léger.
Le kraal, ou village du Kloof, est situé par 39o 44 32” de Jatitude septentrionale, et par 230 45° 40" de longitude orientale, sur la pente et presque au bas de la montagne , du côté seplentrional ou plutôt à la tête d'une étroite vallée qui à trois issues: une au sudouest, par laquelle nous arrivâmes; une autre au
nord-est, conduisant à Klaarwater; et la troisième qui, ouvrant au sud, mène directement au Gariep par une route longue d'environ quatorze milles. Cette vallée s'étend du village vers le sud , et est traversée par un ruisseau qui va entre les montagnes se jeter dans la Grande-Rivière. Sur les bords de ce ruisseau, quelques pièces de terre sont cultivées en froment, et de petites rigoles ont été ouvertes de manière à les arroser au besoin.
Sortis des monts Albestos, nous entrâmes dans une vaste plaine généralement couverte de buissons bas, dont le sol rougeâtre était composé tantôt de sable, tantôt d'argile, tantôt d'un mélange de l'un et de l'autre. Aucun terrain ne saurait paraître mieux Convenir à l’agriculture que cette plaine, qui, ensemencée avant l’époque des pluies, produirait infailliblement d'abondantes moissons; mais par malheur on n'y a encore découvert aucune source permanente qui puisse permettre aux habitants d'y résider pendant l'année entière. Une chaine noire et sourcilleuse qui prenait naissance au Kloof bordait à notre droite, mais à une énorme distance, la plaine que nous parcourions. Après sept milles et demi de marche, nous nous arrêlâmes dix minutes à la source nommée Aakaap ou Aiet-Fontein.
La lune brillait avec éclat, et c'était plaisir que de cheminer; mais, de l'instant où le soleil avait disparu, l'air était devenu piquant, au point de nous forcer à prendre nos manteaux, quoique la journée eût été d'une chaleur excessive. Vers onze heures nous dételâmes à Gattikamma ou Wittewater, mots qui, l’un dans la langue des Hottentots, et l’autre dans celle des Hollandais, ont le même sens : eau blanche. Cette source, qui, en certaines saisons, alimente un petit ruisseau, est située dans un pays découvert el entourée de quelques arbres. Il y avait des habitants dans cet endroit, mais nous ne nous en aperçûmes que le lendemain au point du jour : c'était une troupe de Koras, ou , comme on les appelle souvent, de Xoronas, qui avec leurs bestiaux y avaient formé un kraal.
Les indigènes d'Afrique, ordinairement appelés Koras, forment une tribu nombreuse et distincte de la race hottentote. Pour les traits, ils ont le caractère commun à toute la race; mais ils sont plus hauts de taille que les Bosjesmans et égaux aux Hottentots proprement dits, dénomination par laquelle j'entends désigner ceux qui sont originaires de la colonie du Cap. Pour les coutumes et les manières, les Koras sont un peu plus civilisés que les Bosjesmans; ils possèdent aussi beaucoup plus de bestiaux, mais leurs armes et leurs vêtements sont de même espèce, quoique de qualité meilleure. On les ragarde généralement comme des gens bons et pacifiques ; leur genre de vie est pastoral, et par conséquent ils n'ont pas de demeures fixes. Leur parler est un dialecte du hottentot; mais il en diffère à tel point que d’abord mes gens ne pouvaient sans peine saisir assez bien le son des mots pour les reconnaître. Cette peine disparut bientôt par l'exercice; néanmoins, d'après tout ce que j'ai ensuite pu apprendre, le dialecte kora paraît posséder un grand nombre de mots qui lui sont propres. Il semble aussi nécessiter un beaucoup plus fréquent usage du coup de langue que celui des Bosjesmans, mais d'autre part l’exiger beaucoup moins que celui des Hotientots du Cap. Le nom par lequel ils se distinguent eux-mêmes est kora ou koraqua. La partiticule qua, laquelle dans la plupart des dialectes hottentots signifie komme au singulier ou au pluriel, est en certains cas, comme dans celui-ci, indifféremment ou employée ou omise. Le mot koraqua veut dire homme qui porte des souliers , par opposition à celui qui ne porte que des sandales, chaussure qui ne couvre pas le dessus du pied, et dont l'usage est plus général parmi les autres nations et tribus. Ce mot, comme beaucoup de ses confrères, a été corrompu par les colons qui en ont fait korana; mais le mot kora n’est pas moins souvent usilé:
Les Koras sont dispersés à travers un immense espace de pays sur la rive septentrionale du Gariep ; mais on n’en trouve pas un seul au sud de ce fleuve. Au nord, ils s'étendent jusqu'à Litakou; à l'est, ils ont un vaste et populeux kraal, appelé le art. Le long des bords de la Grande-Rivière, et à plusieurs jours de marche en remontant la Rivière-Jaune, ou Xy-Gariep, ils possèdent encore plusieurs villages temporaires. Mais si on redescend le Gariep lui-même, on ne les aperçoit plus à deux ou trois journées de l'endroit où nous le franchîmes. Au reste, il est fort difficile de définir les limites de la contrée qu'habite aucune de ces nations errantes de l'Afrique, non-seulement parce qu'elles se transportent continuellement d’un lieu dans un autre, mais parce que les villages de deux et quelquefois de trois nations sont souvent si rapprochés qu’on ne peut savoir à laquelle appartient le territoire. Puis, en fait, de territoire, ces peuples n’ont aucune des idées qu'un Européen peut atlacher à ce mot. Le sol ne leur semble jamais devoir être regardé comme propriété ; jamais il n’a assez de valeur à leurs yeux pour qu'on s’en dispute la possession. L'eau et l'herbe qui peuvent s'y trouver ont seules du prix ; et quand il ne s'y trouve plus ni eau, ni herbe, le sol est abandonné comme inutile, Là où les Hottentots renconlrent une source inoccupée, n'importe le lieu, ils sont toujours parfaitement libres d'y planter leurs tentes; et quand ils s'en vont, d'autres, si bon leur semble, peuvent venir à leur tour y construire leurs huttes. Cette dernière observation, quoique vraie dans beaucoup de cas par rapport à différentes tribus, est néanmoins plus strictement applicable aux kraals ou familles de chaque tribu différente. D'un côté, les stations des Koras sont mêlées à celles des Bachapins; de l’autre, à celles des Bannuchars; au centre, elles le sont aux établissements des Hottentots mêlés ou de Klaarwater, et portent aux kraals des Bosjesmans.
À mesure que nous avançâmes vers l'élablissement, le chemin devint plus rocailleux, et le bruit de nos charriots, qui résonnaient sur les pierres, y annonça notre approche; mais c'était une heure de la nuit ou plutôt du matin, où tous les habitants du lieu étaient plongés dans le sommeil, à l'exception des chiens. Ces fidèles gardiens du logis avertirent à temps leurs maitres par de longs el continuels aboiements, qui nous apprirent aussi que le kraal n'était plus que très peu éloigné. L'instant d'après, du haut de la chaîne, nous distinguâmes une lumière qui partait de l’une des huttes; et à deux heures nous eûmes la satisfaction d'arriver sains et saufs à Klaarwater. Les chiens en troupe se précipitèrent sur nous; mais comme ils nous reconnurent pour la plupart, la furie de leur attaque se changea aussitôt en démonstrations de joie. Cependant tout leur vacarme ne tarda point à réveiller M. Anderson, qui vint me féliciter et m'indiquer l'endroit où devaient stationner mes charriots.
Klaarwater et ses habitants,
Le 4er octobre 1811, dès que je fus levé, je reçus la visite de M. Jansz, le missionnaire qui avait résidé à Klaarvaler et dirigé les affaires spirituelles de cette station pendant la longue absence de ses confrères. J'allai avec lui faire un tour dans le village pour m'en former une idée générale. Partout, landis que nous cheminions ensemble, les Hottentots avançaient la tête hors de leurs huttes pour me voir, et je m'imaginai qu'ils paraissaient contents de posséder un homme blanc de plus parmi eux. Je visitai mes compagnons de voyage, MM. Anderson et Kramer, qui m'avaient prodigué durant la route les attentions les plus amicales, et je les trouvai qui s’occupaient encore à meltre en ordre les différentes provisions qu'ils avaient apportées de la ville du Cap; ils étaient aidés dans ce travail domestique par des Hottentotes très proprement vêtues à l'européenne avec des étoffes fabriquées en Europe. Je
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fus ensuite présenter mes hommages au capitaine Dam, comme s'appelle le chef hottentot de Klaarwater.
Le 6, comme c'était jour de dimanche, je me rendis à l'église pour y assister au service divin. Le bâtiment auquel on donnait ce nom, grossièrement construit avec des pièces de bois brutes et des roseaux, était couvert d’un toit de chaume; ét, pour entretenir toujours en bon état le parquet qui était de terre unie et dure, on y étendait souvent de Ja fiente de vache à la manière des colons. Intérieurement Jes murs, enduits de boue et badigeonnés en blanc avec une espèce de marne qui se trouve près de la rivière, paraissaient tolérablement propres, mais le chaume et les poutres constituaient seuls le plafond. Les solives n'étaient qu'à six pieds du sol; les piliers, les poutres et les solives étaient ou d’acacia ou de saule, et tenaient ensemble au moyen de bandes d’écorce d'acacia. L'intérieur du bâtiment formait un long parallélogramme qui, tout-à-fait rempli, pouvait contenir une assemblée de trois cents personnes, attendu que les Hottentots s’accroupissent à terre, car il n’y avait pas de siéges, si ce n’est une douzaine dont s'étaient pourvus quelques-uns des auditeurs les plus civilisés.
L'église sert aussi d'école. Quelques enfants de l'endroit y viennent, principalement le soir, mais sans le moindre zèle, apprendre à lire et à écrire. Une ou deux fois par semaine, ils s’y réunissent en grand nombre pour réciter le catéchisme, et en écouter une explication proportionnée à leur intelligence. Cette affaire, qui généralement dure une heure, finit d'ordinaire par des actions de grâces impromptues, et par quelques versels d'un psaume ou quelques strophes d'une hymne chantées en chœur. Telle est la routine habituelle que les missionnaires suivent dans leurs travaux, à ce que j'ai pu voir pendant les quatre mois que j'ai en plusieurs fois passés à Klaarwater.
Le village lui-même est situé au bas du versant oriental d’une chaîne de montagnes rocailleuses, mais peu hautes. D'un côté s'étend une longue prairie de forme irrégulière, qui contient plus d'une centaine d'acres. Comme ce lieu est le plus bas, il reçoit les eaux pluviales et tes sourées de toute la vallée, qui le rendent marécageux en quelques parties. I} est couvert d'une herbe épaisse, et sans beaucoup de peine ni d'aménagement pourrait être converti en jardins qu'on distribuerait aux Hottentots, de même qu'à Genadendal. Rien ne serait effectivement plus facile, car le sol, qui consiste en un terreau noir, paraît d'une extrême fertilité, et les sources qui jaillissent en plusieurs endroits forment un courant d’eau qui, pendant toute l'année, ne tarit jamais. Je trouvai cette eau toujours claire et salubre; elle est cependant d’une nature calcaire, comme le prouve la substance qu’elle dépose le long de son cours sur les racines et les tiges des roseaux et des herbes. Toutes ces sources se réunissent en un petit ruisseau qui, se dirigeant à travers les montagnes au sud, baigne successivement les kraals de Leeuwenkuil, ou Tanière du Lion, et de Grootedorn, ou Grande- Epine, puis se jette dans la Grande-Rivière, après avoir
parcouru une distance de quarante milles. Dans toute :
celle partie de la contrée, à plusieurs lieues vers le nord et vers l’est, on trouve à quelques pieds sous terre une couche de dure pierre à chaux.
Le nombre des maisons hottentotes situées dans le voisinage immédiat de l'église n'est que de trente-cinq; mais. à plus ou moins de distance, il y en a dans la même vallée à peu près autant; et on en trouve encore trois ou quatre à Leeuwenkuil, kraal situé entre les montagnes à un mille et demi de Klaarwater. Dans un rayon d'une cinquantaine de milles, on rencontre une douzaine environ d'autres kraals, mais qui ne sont pas toujours habités, et dont le plus considérable est celui du Kloof. La population réunie de Klaarwater et des villages qui en dépendent montait, en l’année 1809, m'a-t-on dit, à sept cent quatre-vingt-quatre âmes, et on peut supposer que depuis lors elle n a ni augmenté ni décru; car, quoique de temps en temps des Hotten-
tots quittent l'établissement pour retourner dans la colonie, d'autres, en proportion toujours égale, abandonnent la colonie pour venir se fixer à l'établissement. Les Koras et les Bosjesmans qui habitent dans le district de Klaarwater ne peuvent être comptés comme s'ils en faisaient partie, puisqu'ils ne témoignent aucun désir de recevoir la moindre instruction des missionpaires, qu'ils ne paraissent pas à leurs réunions, mais que, sauvages et indépendants, ils continuent à errer d'un lieu dans un autre. :
La tribu de Hottentots qui réside actuellement à Klaarwater doit son origine à deux familles de race mêlée, qui portent les noms de Xok et de Berends, et qui, une quarantaine d'années avant l'époque de ma visite, aimant mieux vivre complétement libres sur les bords de la Grande-Rivière que résider sur le territoire de la colonie, où elles avaient acquis quelques moutons au service des fermiers, y émigrèrent avec tous leurs bestiaux et tous leurs amis. À ces gens se réunirent en maintes occasions d’autres individus de la même race qui ne se trouvaient pas, sous la dépendance des e:lons, aussi heureux qu'ils le souhaitaient. C’est ainsi que leur nombre augmentant peu à peu fixa l'attention des missionnaires, dont la station, parmi les Bosjesmans, sur les rives de la Zak, vint à se dissoudre vers l'année 1800. Ces Hottentots paraissant leur offrir une chance plus certaine de réussite, ils s'attachèrent à eux, et les suivirent dans toutes leurs courses le long de la rivière, jusqu'à ce qu'ils leur eussent enfin persuadé de s'établir d'abord au kraal d'Aakaap, et ensuite à celui de Klaarwater, qui, à l'époque où ils en prirent possession, appartenait aux Bosjesmans.
D'après un registre des naissances et des morts, il paraît que le chiffre des premières est plus élevé que celui des secondes ; mais je n'ai pu savoir dans quelle proportion. Les Hottentots prétendent queleurs femmes ne sont jamais dûment obéissantes, jusqu’à ce qu’elles aient reçu ce qu'ils considèrent comme une salutaire castigation, et je me suis laissé dire qu'il n’était pas facile de trouver parmi eux un homme qui ne baltit pas parfois sa compagne.
Le nombre des bœufs, vaches et veaux que possèdent les Hottentots de Klaarwater peut être évalué à trois mille. Le prix d'un bœuf y est de dix risdales , et celui d'un mouton de deux. Contre des grains propres à être mis en colliers et du tabac, ils reçoivent tous les ans des Bachapins, qui en hottentot s'appellent Briquas , ou hommes-boucs, une grande quantité de bœufs dont ils revendent ensuitela plupart dans la colonie à trente risdales pièce. Ils possèdent aussi beaucoup de moutons el de chèvres, mais seulement de quatre-vingts à quatre-vingt-dix chevaux. On voit chez eux un nombre suffisant de chiens, mais ni chats ni cochons. Une ou deux familles seules élèvent quelques volailles, mais les missionnaires ont des poules, des canards, des oies et des pintades. Ce dernier oiseau vit à l'état sauvage dans plusieurs parties de la contrée.
En fait de jardin qui produise des fruits et des légumes, ces Hottentots n’ont rien qui en mérite le nom; mais ceux qui ne sont pas trop indolents cultivent du tabac. Ils aiment l’eau-de-vie avec passion ; mais leur éloignement de la colonie les empêche de satisfaire ce goût autant qu'ils le voudraient, et même le pourraient faire. Tous regardent le thé comme un breuvage délicieux; mais comme ils n'ont pas toujours à leur disposition les fameuses feuilles de la Chine, ils y suppléent par celles de diverses plantes sauvages, et en boivent encore les infusions avec délices. Leur principale nourriture est le lait, le gibier, ainsi que la viande de moulon; car ils ne tuent de bœafs que rarement, et se nourrissent surtoutde la chair des animaux sauvages. Aussi la chasse, qui est la seule occupation où ils montrent un peu d'activité, emploie-t-elle la plus grande partie de leur temps.
Quelques gens du lieu cultivent un peu de grain ; mais telle est leur sottise, leur imprévoyance , que, à peine la moisson est-elle ramassée, ils se mettent à