‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 134 sur 179 · LE · texte numérisé non relu

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manger pour ainsi dire nuit et jour jusqu à ce qu'ils aient dévoré toute la récolle. La devise d'un Hottentot pourrait être : Festin aujourd'hui et famine demain. C'est pour cette raison que, Ja moisson finie, presque personne ne travaille plus. Ceux qui dansle nombre sont économes et prévoyants ont l'avantage d'être pendant le reste de l’année assiégés par des mendiants, des parasites qui, sous le prétexte qu'ils sont leurs parénts, leurs amis, mettent si fort leur sagesse à contribution, qu'ils les dissuadent presque de se montrer encore sages une autre fois. Ils sont souvent obligés de iuer un mouton comme en cachelle, afin de pouvoir en sauver la part de leur propre famille, et éluder les mendiants qui viendraient sans cérémonie, sans même attendre d'invitation , s'asseoir autour de la marmite.

Le blé est le seul grain qu'ils cultivent, On le sème en juin, et il parvient à maturité en décembre. Le bat- {agé , comme dans la colonie, suit immédiatement la moisson, et s'exécute de la même manière par des chevaux qui tournent sur un emplacement où la terre est dre et bien unie, Pour moudre, ils se servaient d'ur petit moulin à bras inventé par un des missionn.res de Glenatendal, Ils labourent avec des bœufs, Lt leur ouvrage ne m'a point paru mal fait. L'étendue des terres labouréesest beaucoup moindrede cequ'’elle devrait être si on considère la nature facile du sol et les besoins des habitants. Le pire, c'est que depuis plusieurs années celte étendue n’augmente pas d'une manière sensible. Toutefois, pour être juste, je dois dire que des tentatives de culture ont démontré que la terre en certains endroits contenait trop de sel.

Le jardin de la mission renfermait une acte et plus d'excellent terrain. Il était séparé du reste de la prairie par une haie de broussailles sèches, et traversé par une rigole qui fournissait de l'eau pour l’arrosement. Tout paraissait dans le jardin plein de sève et de vigueur, J'y remarquai des pêchers, des amandiers, des figuiers, des noyers, quelques ceps de vigne, et un . jeune cranger, arbres qui, tous, à l'exception du dernier, commençaient à porler des fruits. Les pèchers surtout étaient dans le plus bel état et semblaient promeltre une abondante récolte; mais uné gelée blanche qui eut lieu le 6 octobre, tandis que les fruits se formaient, les fit tous tomber.

Quelques graines de colonnier qué j'avais apportées en Afrique, avec l'intention de les semer en divers endroits convenables de l’intérieur, furent plantées dans ce jardin. Il y en eut plusieurs qui levèrent; et comme je les vis en fleurs au mois de janviér 1813, j'ai tout lieu de croire qu'elles auront multiplié.

Entre autres légumes, je vis dans le même jardin des pornmes de terre, des choux, des fèves de France, des pois, des laitues, des ognons , des betteraves, des concombres, des citrouilles, des calebasses, des melons de différentes espèces et du millet. Les missionnaires y élevaient en outre du chanvre commun , que les Hottentots appellent dakhka , pour en faire des cadeaux aux Bosjesmans qui le fument en guise de tabac , de même qu'un grand nombre de Hottentots; mais il passe pour être plus délétère et plus enivrant, Hs élevaient aussi du maïs ou blé indien pour leurs volailles; mais les épis à moitié mûrs, bouillis dans l’eau, font un ragoût très agréable el très sain. Quand leur provision de café commence à baisser, ils y mêlent souvent des grains de maïs parvenus à leur complète maturité , préalablement rôtis et broyés suivant l'usage; mais la boisson qui résulte de ce mélange, quoique flattant assez le goût, est trop échauffante pour convenir à tous les estomacs. Le blé indien, semé dans la première semaine d'octobre, fleurit vers le milieu de décembre.

Les habitations des missionhaires sont siluées sur la même ligne que la grange où se réunissent les fidèles, et forment avec deux autres chaumières parallèlement alignées une espèce de rue, l'unique qui soit dans tout le village. Le seul ouvrage de maçonnerie que j'y remarquai d’ailleurs, c'était les fondations

d'un vaste édifice qui devait comprendre sougle même toit une église et les divers logements des missionnaires, mais ne servait qu'à prouver que du moins on avait tenté autrefois de donner une apparence lant soit peu respectable à l'établissement de la mission. Il avail été, je crois, commencé une huilaine d'années avant ma visite à Klaarwater, et continué avec ardeur par les bras de toute la communauté jusqu'à ce que les murailles eussent atteint cinq ou six pieds de hauteur. Mais depuis ce temps il était toujours resté dans le même état, et aujourd'hui on peut douter qu'il soit jamais terminé. Cette négligence est attribuée au caractère des Hottentots qui, comme des enfants charmés d’un nouveau jouet qu'ils jettent bientôt de côté, se mirent d'abord au travail avec plaisir, etne l’eussent pas abandonné si l'espace de trois ou quatre mois avait suffi pour le finir.

Dans cette région du continent africain, ce qu'on appelle le temps est caractérisé par une pureté merveilleuse de l'atmosphère, par une extrème sécheresse de l'air, qui toutefois n’y est pas plus grande que dans les autres contrées de l'intérieur, par le manque absolu de pluie pendant la plus grande partie de l'année, et par de grosses averses durant le reste loujours accompagnées d’éclairs et de tonnerre. En janvier, mois le plus chaud, la lempérature moyenne d'après le thermomètre centigradé paraît ètre de 30 et quelques degrés au-dessus de zéro. En juillet, au contraire, mois le plus froid, elle se maintient ordinairement aux environs de 430. En octobre, cependant, j'ai vu le thermomètre descendre à 40 audessous de zéro et de la glace épaisse d’un demi-pouce. En juin, la terre fut un matin couverte de neige qui, à la vérité, disparut avant la nuit. Dans les orages, il tombe assez souvent de la grèle dont les grains ont un demi-pouce de diamèlre.

Le district de Klaarwater, de même que toutes les régions que j'ai visitées à une certaine distance de l'Océan, recoit ses pluies en été, tandis que celles qui sont situées de manière à subir l'influence de l'éclair maritime reçoivent les leurs dans la saison contraire de l'année. Dans les premières, les pluies ne sont produites que par dés nuages d'orage: aussi l'époque n'en est-elle ni régulière ni certaine : quelquefois elles totnbent de très bonné heure, et d'autres fois sé prolongéht extraordinairement tard. Août el septembre sont régardés comme les meilleurs mois dans lesquels on puisse entreprendre le voyage de Klaarwater à la ville du Cap, parce que le temps est alors froid et que les bœufs peuyént y arriver, tandis que l'herbe de la colonie est fraiche et verte.

Après le miliéu d'octobre, on n'attend plus de frimas pendant les sept mois qui suivent; mais ils ne manquent jamais de revenir dans les matinées de mai, et les premières gelées blanches sont le signal du retour des chevaux qu'on envoie en janvier dans le Roggeveld pour les sauver de la paardeziekle , fatale maladie à laquelle cés animaux sont sujets pendant les mois les plus chauds. Ceux des habitants qui ne veulent pas les envoyer à une si grande distance, courent la chance de lés tenir sur le Langherg, contrée haute et montagneuse, située dans une direction ouest-nordouëst, et dislanté d'une cinquantaine de milles. Mais comme elle n’est pas si froide que le Roggeveld, on est moins sûr d'y éviter le mal qu'on veut fuir.

Une espèce d'ophthalmie douce règne parmi les Hottentots sur cetle partie de la contrée. Elle revient à deux époques opposées de l'année, en novembre et en mai lé plus souvent, mais quelquefois aussi dans le courant des trois mois qui suivent, Je l'ai appelée douce, parce que je n'ai jamais oui dire, bien qu'elle soit fort douloureuse et fort gènante, qu'elle finisse par priver de la vue ceux quien sont atteints. La rougeole el la pelile-vérole, faisant invasion hors dés limites de la colonie, sont à plusieurs réprisés venues désoler Klaarwatur, De jéunes enfants y meurent souvent de convulsions, Des cas de jaunisse s’y manifestent aussi

de temps en temps. Mais le mal le plus dangereux qu’aient à redouter les habitants, est une espèce de chancre que les colons nomment wlcère hottentot, qui sélend avec une effrayanté rapidité, et qui ronge si profondément les chairs que la mort en résulte bientôt. On dit qu'il se gagne par le contact, et que c'est d'ordinaire à la tête et aux parties hautes du corps qu’il se déclare. Le principal remède par lequel on le combat à Klaarwater et dans quelques districts de la colonie est Je jus d'ognon, qu'il faut appliquer dès qu'on reconnaît l'existence du mal. Telle est la liste à peu près complète des infirmités auxquelles les Hottentots sont soumis , et je crois qu’on peut en inférer avec raison que le climat de l'intérieur est salubre.

Le 20, après avoir visité les alentours de l'établissement, je me décidai à faire une excursion un peu plus vaste dont le but était d'explorer la partie supérieure du cours du Gariep et trois ou quatre branches considérables qui, me disait-on, formaient cette rivière à cerlaine distance, au-dessus de Klaarwater. Cette circonstance m avail été mentionnée par M. Jansz qui, apprenant mon dessein, s'offrit pour m'accompagner. Venant à savoir de son côté que le missionnaire m'accompagnait, Adam Kok, le capitaine, proposa aussi de nous suivre avec son charriot pour chasser les hippopotames qui, à en croire la renommée , abondaient dans cette partie du fleuve.

Excursion de Klaarwater au confluent du Nu-Gariep, et de là jusqu'au Ky-Gariep. Résidence sur les bords de cette rivière. Retour à Klaarwater.

Le 24, après beaucoup de tapage, après beaucoup de temps perdu à nous réunir tous, nous parlîmes à midi et nous marchâmes à l’est. Le nombre des charriots de l'expédition s'élevait à dix, dont, outre les deux miens et celui de M. Jansz, deux appartenaient à Adam Kok, qui emmenait avee lui toute sa famille, un à Willem Berends, et les quatre autres à différents Hottentots parmi lesquels était mon ancien serviteur Magers. Des femmes et des enfants de tôut âge formaient un tiers de notre caravane, que grossissait une multitude de chevaux , de moutons, de chèvres et de chiens mêlés soil avec nous, soit I3s uns avec les autres.

Après avoir fait plus de vingt-deux milles sans trouver d'eau, nous arrivâmes enfin au clair de lune à une petile source agréablement siluée parmi de grands arbres. Les gens de notre caravane qui étaient chargés du soin de conduire les bœufs de rechange et les moutons, avaient atteint cet endroit deux heures avant les charriols, et allumé plusieurs vastes feux, grâce à l'abondance des branches mortes dont la terre élait jonchée, de sorte que nous n'eûmes en y arrivant nousmêmes aucun préparalif à faire pour passer la nuit. Dans .ces régions, après une journée brûlante, la nuit est souvent très froide ; el un bon feu, tandis que le thermomètre*centigrade se tient à 45 où 160, est quelquefois fort agréable , surtout s'il tombe de la rosée.

Cet endroit s'appelait Spuigslang-Fontein, c'est-àdire Source du Serpent Cracheur, d'après une espèce de serpent qui a, dit-on, la faculté de cracher sur la personne qui le poursuit un liquide venimeux, dont la moindre parcelle, sielle pénétrait dans l'œil, occasionnerait sans doute la perle de la vue, à moins d'être aussilôt essuyée. Le voisinage de cette source est ha bité par les Bosjesmans qui, comme nous le vimes le lendemain, avaient de toute part creusé des trous pour prendre du gibier au piége.

Le 25, nous atteignimes les bords du Gariep , aussi appelé Grande-Rivière; Jà tous les charriots firent halte sous un bois d'acacias, un peu au-dessus du confluent du Nu-Gariep, ou ÆAivicre-Noire, et bar 290 4’ 22” de latitude septentrionale,

Nous séjournâmes deux jours en cet endroit. Le lendemain de notre arrivée, lorsque je portai à mon réveil les yeux autour de moi, la première chose qui

me frappa d'une très grande surprise fut l'énorme hauteur à laquelle la rivière s'était élevée au-dessus de son niveau habituel. Nos charriots étaient stationnés au faîle d'une berge très raide, dans une situation semblable à celle décrite lorsque j'atteignis pour la première fois les rives du Gariep ; et cependant à celte élévation l’eau n’était pas de deux verges plus basse que nos pieds. Les acacias et les saules qui garnissaient l'un et l'autre bord ne montraient plus que leurs têtes, et du côté où nous étions l'inondation avait déjà commencé à se répandre sur une partie de la contrée voisine, qui était moins haute que le reste. Quoique les naturels nous assurassent qu'ils ne pensaient pas que le débordement dût devenir plus considérable, je ne pouvais me défendre de la crainte que nos charriots ne fussent emportés.

Le nom de Gariep s'applique seulement à cette partie de la rivière qui est inférieure au confluent, tandis

ue la branche qui vient aboutir à l'endroit où nous

tions alors stationnés est appelée Thy-Gariep, ou Xy- Gariep par les naturels, et F'aal-Rivier par les Hottentots de Klaarwater, c'est-à-dire Rivière-Jaune. De même, le Nu-Gariep se nomme Zwart-Rivier, en d’auires termes Æiviere-Noire. De mème encore, les naturels distinguent le cours d'eau que nous comptions visiter ensuite par le mot Gmaap, ou Muap, que les Hollandais ont traduit par Modder-Rivier, êt que nous traduirons par Aivière-Bourbeuse. Comme ces trois dénominations caractéristiques n’ont dû êlre choisies par les habitants de la contrée que d'après les remarques de plusieurs générations successives, elles sont, je u’en puis douter, tou@s trois parfaitement justes et applicables, quoique les motifs qui ont influé sur leur choix ne w’aient pas semblé fort évidents lorsque je me suis rendu sur les lieux. Le climat sur les bords du Gariep et de ses branehes est en toute saison beaucoup plus chaud que celui de la contrée environnante : c'est ainsi que 1° 27, le thermomètre centigrade s'éleva à 380.

Le 28, je résolus de gagner les rives du Maap ; quand nous fûmes au complet nous poursuivimes notre route en longeant la rivière d'aussi près que les ravins et.les inégalités du sol nous le permettaient,

Parmi les femmes qui nous accompagnaient, celles qui étaient déjà d'un certain âge voyageaient assises dans leurs charriots ; maisles jeunes montaient toutes des bœufs, et le groupe de demoiselles hottentotes qui troltaient ainsi en avant offrait un spectacle aussi curieux el pilloresque que nouveau. Elles étaient placées à califourchon sur leurs montures, qu'elles dirigeaient avec aisance et sans la moindre apparence de peur. Leurs têles étaient soigneusement enveloppées dans un fichu de coton ou dans une pièce de cuir, et leurs pieds garnis de chaussures faites avec de la peau d'animal sauvage ; mais le reste de leur corps était toutà-fait nu, sinon qu'elles portaient altachés à leur ceinture un certain nombre de pelits tabliers en cuir pleins de graisse, qui ramassés sous elles servaient à rendre l'épine dorsale de leurs bœufs un siége moins incommode.

Ces tabliers, qu'elles distinguent en kaross de devant el käross de derrière, el qui se nouent toujours &udessus des hanches, sont le seul vêtement qu'elles ne quittentjamais ; carlegrandkaross, ou narteau, se met et se quitte suivant que la température est plus chaude ou plus froide, suivant qu'il plaît de le mettre ou de le quitter. Le kaross de devant est beaucoup plus court que l'autre, et ne descend guère plus bas que les genoux ; il ne consiste qu'en deux ou trois pelils tabliers, coupés par bandes étroites ou lanières, et qui à force d'être portés finissent par avoir l'air d'un paquet de cordes. Nulle autre espèce de vêtement ne saurait moins gêner que celui-là pour marcher. Ces cordes sont souvent ornées à profusion de grains en verre ou en porcelaine de toutes les couleurs; souvent aussi une ceinture en coquilles d'œufs d'autruche fait plusieurs fois le tour du corps. Le kaross de derrière est

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