‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 15 sur 179 · ESS · texte numérisé non relu

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tion d’une autre île appelée Lamowrsek, et me vit aucun indice de terre, ce qui fait présumer qu'il y a eu erreur d'indication. Enfin, le 2 mai, l’4strolabe laissa tomber l'ancre devant le hâvre de Umata, sur l'ile de Guam.

Ici, d'Urvillé trouva laccueil ie plus affectueux et tous lés moyens dé pourvoir aux divers besoins de la corvette, Dès le lendemain élle était ammarrée à poste fixé et la chaloupé avait porté à terre tous les malades au nombre de quarante-déux. 1IS $e rétablirent lentemént, car au bout dé vingt-huit jours dé repos, il n'y én éut guère que cinq ou six au rémbarqnement qui purent à l'instant mêmé répreéndre tout leur service. Mais avant de quittér Guam, disons que tout l'archipel dég Mariannes obéit à un éeul gouvérnément nommé par lé roi d'Espagne et renouvelé tous les cinq ans. Un magasin général ést établi à Agägna, capitale de l'ilé dé Guam ; ilést pourvu de tous les objets de Findustrié éuropéénne, qui se vendent fort eher aux indigènes. Lé gouvernèur entretient uné ombre de milice dé cent à cent éinquante hommes mal habillés. Lès principaux produits de l'ilé Sont les cochons, lès poulés, le riz, lé tabac, l'arow-roût , les bananes, les patates, le Sagou et quelques autres fruits. Lé Sol est très fertile, mais les indigènes $ônt trop indolents pour le bien cultiver; jamais péüt-être on né yit de population plus äpathiqué ét plus parésséuse. On ne compte guère qu'énviron quâtre mille âmes sur l'ile entière de Guam, dont ün fille pour là seule ville d'Agagna. D'Urville fait observer que cette population n'est point la dixième: partie dé cé que cétte ile pourrait Contenir si elle était bien exploitée. |

Le 30 mai 1828, {’#Stroläbe remit à la voile, et se dirigea de Guam yefs lé tles Pélew; ke 1er juin, on vit une ile basse de deux * trois milles dé Cireuit, laquelle n'est poriéé sûr ameuñé Carte; ët que d'Urville homma {le Astrolabe. Le %, on réconfiut Un £roupe considérable de pétites ites WASSes, Sittrées Sur Un même récit égalément inconnu; on.ÿ Cbthpte JUSQU à quatorze iles couvertes de cocotiers; des habitants, qui vinrent à bord de /’ 4{strolabe, dirent que leur groupe se nommait Ælivi, et se composait d'une vingtaine d'iles. Le 3, on reconnut l'ile d'Yap, et on en leva le plan. Le 5, on prolongea les récifs dangereux qui ceignent dans l'ouest le groupe encore peu connu des Maltelalas. Le 7, on était devant les côtes des iles Pelew, -dont on rangea la partie orientale à trois ou quatre «milles de distance.

Des iles Pelew /’4strolabe vogua vers la Nouvelle- ‘Guinée, et arriva le 20 juin devant les iles Mispalu, -situées au nord de la terre des Papous. De cette terre lAstrolabe se dirigea au nord de l'ile Waigiou, et ‘passa près du groupe peu connu d'Ayou-Bala, dont «Urville fitle relèvement complet, ainsi que du groupe Asia qui en est voisin. Il découvrit; entre Ayou=Bala et Syand, une petite ile basse isolée, et qui n'avait encore été mentionnée par aucun navigateur. F2

Le 93 juin, /’Astrolabe donnait dans le canal formé eetre les iles Guébé et Gilolo pour reconnaitre ensuite des iles Wida et Gourong. Le 27, elle passait dans le élroit de Gass et Kekek, et, le 30, elle louvoyait à Fentrée du détroit de Bourou: Gomme les vents étaient contraires, d'Urville se décida à relâcher au village dé Cayéli pour donner quelque repos à l'équipage, et pour y prendre des vivres frais.

Le 6juillet, on remit älavoile, et, le 10; l’Astrolabe était encore une fois mouillée sous là rade d'Amboine.

De ce point, d'Urville était dans l'intention dé continuer immédiatement sa route vers l'Ile-de-France en passant.de nouveau: par les canaux de Timor et dOmbay ; mais le gouverneur d'Amboine ayant proposé à Dumont d'Erville d'aller avec lui à l'ile Célèbes, et celte Île offrant beaucoup d'intérêt pour les scieitces naturelles, d'Urville accepta l'offre du gouverneur. On partit done, Je 48 juillet, d'Amboine; et l’on dowrblait, le 26, la pointe septentrionale de Célèbes d'une part, et

Gilelo-de l'autre, pour aller mouiller dans la baie Manado, en passant par de détroit de Banka. On jetait l'aneré dans cette baie, le 27.

A peine à Lerre, l’aimable gouverneur des Moluques, empressé de répondre aux désirs de d'Urville, fit àrriver ‘en quelqués jours trois sapi-oulangs où vaches des bois, espèce intermédiaire entre lés antilopes et les buffles, et divers autres änimaux juéqu'alôrs inconnus aux naturalistes français. Ce gouverneur, ‘appelé M. Merkus, parla aussi à d'Urville d'un béau lac situé à une grande hauteur dans l’intéricur des terres, et d'Urville se décida à le visiter. |

Après cëtte promenade dans l'intérieur de l'île, où les savants de l'expédition recueillirent de nombreux matériaux en histoire naturelle, la cavalcade revint à Mañado, où d'Urville fit immédiatement des préparatifs de départ.

Avant de quitter Célèbes, ajoutons sur cette île quélques détails nouveaux, fournis par un jéune voÿâgeur, M. de Rienzi, qui y a fait récemment un long séjour, détails dont mous puisons la SubStance dans un recueil mensuel, la France littéraire de 1833.

« & île de Célèbes se compose dé quatre presqu'îles

allongées ; dirigées à l'ouest ét'au sud , liées par des isthmesétroits et séparées par trois bâies profondes ; Ja première, au nord-est, sé nomme büie de Tomini. où Gronong-Telon; la seconde, à l'ést, porte le nor de Tobo ; et la troisième ; au sud-est, que les naturels appellent Siond, est désignée inexactement, mêmé sur nos meéilleures cartes, sous le nom de Boni.

« Célèbes à cent soixante - quinze lieues francaises en longueur, et qualre-vingt-quatré en largeur : ée qi dui donne une étendue d'énviron quatorze mille sept cents lieues earrées. Les îles qui en dépendent sont nombreuses, mais presque loutes petites et mâl connues.

« Célèbes à une Superficié de quatre mille deux cent quatre-vingts millès carrés de vingt-cinq au degré; elle estrélevée, montagneuse, pritéipalement au centre et au nord, où sont plusiéurs volcans én éruption; on ignore s'il en existe dans le midi.

«Sur da côte, trois rivières se précipitént au pied de rochers gigantesques et bizarres, et au milieu d'arbres rares et siñguliérs. La plus grande est la Chiurana qui sort d’un beau lac d'éau douce, nommé Tapara Carudja, dans le pays d'Ouadjôu, traverse l'Etat de Boni, et se jétte par différentes bouches dans le golfe de Sionà.

« es navires européens s'avancent assez haut dans celte belle rivière, qui coule Sur un fond vaseux, et és pros des indigènes peñvent y naviguer dans l'intérieur jusqu'au Tapara Câradja. La Seconde est Ja rivière Boli; elle termine Son cours à Boli, sur la côte septentrionale, La troisième se jette dans là mer, vers la côte nord-ouest, au sud et à une assez grande distance de Waardingen. |

«Sur toute Ja côte méridionale il y à un grand nombre dévrivières, navigables pendant l'espace d'énviron deux à trois lieues Hans L'intérieur dés terres.

« Quoique l'île Célèbes soit entièrénient située Sous la zone torride, puisqu'elle est coupée par l'équatéur,

Hegouit d’un clinrat tempéré, grâce à ses golfes nomeux, aux pluies abondantes qui y règnent pendant lé milieu dechaque mois, surtout ceux de juin et juillet; gräeé encore aux vents du nord ‘qui ÿ soufflent une grandé partie de l'année. d

« La mousson d'est dure depuis mai jusqt’à novembresret la mousson épposée y règne le resté de l'année. Lés marées y sont fort irrégulières.

«ll existe à célèbes dés mines de cuivre de bônne quahté, el dé l'étain aussi pur que celui de Malaca, et mère de Bankà. Quelques montagnes donnent du cristal, d’äutres du fer. La presqu ile septentrionale est riche én mines d'or. jee

« Les meilleurs ports de Célèliés sont ceux de Palo et ceux de Mänadô; la rade de Manghassar et celle de Béônthain : cette dèruière, située au Süd, a uné grande

baie, où les vaisseaux peuvent mouiller en sûreté peñdant les deux moussons.

« D'épaisses forêts convrent le pied des môntaägnes et inême une partie de l'île. On y exploite le chêne et l'érable, le cèdre et le tek incorruptible Four la construction des navires. C’est à qu'on voit le redoutable ipo où upas. Aucun'oiseau n'embellit son feuilläge perfide:, et l'affreux Hboa même s'enfuit épouvanté qüand il apercôit1és somméêts de la liane et l'arbre de Ta mort, balancant dans l'air ses larges feuilles qui éxhälent un horrible poison. Mais à côté dé Cet arbre maudit des condamnés à mort, croissent le géroflier @t le muüseadier, pour la possession desquels lés Europésns 6nt versé tant de sang; le sagoutier, principale nourrituie des peuples de l'Océanie, et dont le suc fournit là 1iqueur noirâtre et sucréé, nommée goulan ilañ,; le palnier dont on extrait une huile agréablé et enivrante, le poivrier, l’ébénier, le calambung, le noyer et l'odorilérant sandal qui, étant fraîchement coupé, fournit une teinture d’un rouge très beau et très solide. On y trouve aussi le bambou, qui s'y élève jusqu'à quarante pieds de haut sûr deux ôu trois de diamètre. Les natürels en coupent les jéunes branches par tranehés êt les mangent en ragoût où én salade. Lorsque le roseau colossal est arrivé à sa maturité, sôh écorce est très dure, et, quoique le tronc én soit creux, il est tellement solidé qu'on l'emploie à la charpente des maïsons. Dés forêts de cocotiers, l'arbre le plus utile, parcé qu'il sert à la néurriture, au vêtement et.äu lôgement dé plusieurs tribus, forment des colonnadès dont chaqué colonne a son chapiteau couronné d'un élégant parasol. L'île produit le maïs, le riz blanc de rizière, lé délicieux riz noir des coteaux, aînsi qué la canne à sucre et le coton. dar

« Presque tous les arbres des tropiques étalent ici de toutes parts leurs trésors ; leurs fleurs erbellissent ce nouvel Eden, qu'embaument aussi lés rosés, les œillets, les jasmins, les jouquilles et les tubéreuses ; mais c'est surlont la fleur du bougna ghené mauro qui charme la vue et l'odorat par l'éclat de ses couleurs et son parfum délicieux. Gette admirable fleur, particulière au pays de Mangkassar, ressemble un peu au lis; on y trouve une essence fort recherchéc'qui est aussi employée à érubaumer lés morts; s'il faut en croire les naturels, sa racine ligneuse el très amère est un excellent remède contre fes fièvres intermittentes, assez communes dans la saison pluvieuse.

« On ne voit dans les forêts ni lions, ni tigrés, ni éléphants, ni léopards ; mis beaucoup de sangliers, dè cerfs, el mème d élans dont on à en vain nié l'existence dans cette île.

« Parmi les animaux domestiques sont des bœufs à bosse comme ceux de l'Inde, des vacres, des bufiles, des chèvrés, des moutons, des cochons ct quelques chevaux. On y voit un nombre infini de singes plus dangereux qu'en tout autre pays. Le singe blanc se distingue des autres par sa malicé et sa méchancelé. Ou prétend qu'il âttaque la pudeur des fêmmes égarées dans l'île. Les sérpents en dévorent une grande quanlité. On y voit aussi lé caméléon au front fourehu, le dragon où réptile volant, et d'énormes boas qui sont très nombreux à Célèbes. Céux-ci délivrent le pays des taupes, d's rats, des mulots et de scorpions aussi gros que ceux de Tunis et d'Alger. La cobra di capella y est aussi terrible qu'à Ceylan. Une personne mordue par celte couleuvre perd la vie une heure après, sielle n'est secourue à l'instant.

« Parmi les oiseaux on remarque le kakatouà blañe, le Jori, plusieurs espèces de perroquets, le mina, l'oiseau de paradis, el un merveilleux oiseau vert, jaune, bléu et rouge, nommé térau-joulon , dont ôn doit distinguer l'adrcsse à combattre ét à enlever des ‘petits poissons qu'il porte dans son nid. Le fäisan doré, le canard, les oies, les tourterelles, les poules, les pigeons y aboudent et sont à vil prix, ainsi quelle poisson de mer et d'eau douce. Les pluies fréquentés et l'ardeur du soleil équatorial donnent à toute la végé-

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tation une fécondité, une grâce, une verdure, une vigueur inconnues à nos tristes climats; les animaux s'y multiplient plus vite, les oiseaux enchantent les oreilles, les insectes éblouissent les yeux, les poissons tracent leurs cercles d'or, de rubis, de saphir et d'opale sur l'émeraude des flots. »

Tels sont les faits que nous procure la relation de M. de Rienzi sur l'île Célèbes. Nous pourrions bien lui contester d'abord les terribles effets qu'il attribue à l'arbre qui produit l’upas ; ensuite l'existence de l'oiseau de paradis qu'on n’a point encore trouvé hors des terres des Papous, éloignées de plus de cent lieues de Célèbes ; il eût dû en retour citer le babiroussa, espèce de sanglier très rare, dont aucun individu, même en peau préparée, n'était venu en France, et dont d'Urville à rapporté au Muséum d'histoire naturelle du Jardin-des-Plantes deux beaux individus vivants, mâle et femelle.

Le 4 août 1828, la corvette l’Astrolabe remit à la voile de Manado pour se rendre à Baiavia. Elle passa le détroit de Banka, vit. du 7 au 10, Ternate et Tidore, franchit, le 19, le détroit d'Obi, et, le 20, cinglaitentre Bourou et Xulla-Bessy pour arriver, le 29, à larade de Batavia, où , depuis le célèbre Bougainville , aucune expédition scientifique de France ne s'était montrée. Dumont d'Urville y reçut l'accueil le pus distingué, mais ne resta que trois jours dans cette rade. Le 2 septembre, il poursuivit sa route à travers la mer des Indes , et arriva, le-29, à l'Ile-de-France. Il passa de celle île à l'île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance, où il se trouvait à la fin de 1828. L’Astrolabe en repartit, le 2 janvier 1829, s’arrêla trente-six heures à Sainte-Hélène, et huit jours à l'Ascension, et, achevant de sillonner l'Océan Atlantique, rentra dans la Méditerranée, Je 47 mars 4829, et à Marseille, le 25, du même mois, après une absence de près de trois années, et une course d'environ vingt-cinq mille lieues terrestres.

TROISIÈME VOYAGE

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