MAJOR LAING
AL EE De ne
une vallée étendue, en partie cultivée, en partie couverte d'une herbe naturelle, haute de cinq pieds ; des lignes de hauts palmiers, droites comme si l'art les eût tracées ; çà et là un groupe de canmwoods, dont l'ombre opaque faisait ressortir la nuance plus légère de la verdure qui couvrait la terre ; un ruisseau serpentant dans le centre, tout cela donnait l'idée d’un jardin cultivé avec soin et goût, et l’on était loin alors de se souvenir qu'on était au milieu des déserts de l'Afrique : ce beau tableau, enfin, était encadré dans un amphithéâtre de montagnes sur montagnes, entassées avec toute la grandeur et toute la magnificence de la nature.
Après avoir traversé cette vallée de l'ouest à l'est, nous recommençcâmes à monter, et continuâmes pendant deux heures, au bout desquelles nous étions dans une vaste plaine, revêtue d'un court et rare gazon. Après avoir traversé deux rapides sources ou ruisseaux, tributaires de la Rokelle, nous fimes halte à une jolie ville nommée Neta-Kouta, qui est abrilée du nord et de l'est par les montagnes. Nous avions trouvé à un mille de Nyiniah la source d'un beau rui-seau qui se jette dansle Kamaranka. Sa figure représente un bassin de dix verges de diamètre, bordé de masses de granit, et ombragé par de hauts arbres d’un feuillage si épais, qu'ils défient même les rayons pénétrants d'un soleil vertical. ;
Le 27 mai, à midi, nous entrâmes dans la ville de Kama, qui est particulièrement propre et bien tenue. L'extérieur des maisons est blanchi, et les jardins ou clos proprement entourés de treillage. 11 y avait peu
de monde dans la ville ; tous les individus mâles, en
élat de. porter les armes, étaient allés à une guerre de voisinage. Elle fut bientôt terminée, car à deux heures je vis rentrer les soldats.
Il était quatre heures quand nous entrâmes à Kamato : toute la population était alors criante et se lamentant d'une façon très amère : c’étail le commencement des cérémonies funèbres à l'occasion de la mort d'un chef lué à la guerre.
Séjour à Kamato: Mœurs et usages du Kouranko. Position et productions du pays. Départ pour Falaba.
Le Kouranko, que je n'avais fait que côtoyer et que je quittai alors pour un certain temps, occupe une grande étendue de terrain, mais il n’est pas puissant en conséquence de ses petites subdivisions et petits Etats séparés ; il est borné à l'ouest par le Bellom, le Limba et le Timanni ; au nord par le Limba, le Tamisso et le Soulima; à l’est il a pour frontières le Kissi, le fleuve Niger et des contrées encore inconnues : il est limité au sud par des pays qui bordent l'Océan. La capilale du sud-ouest Kouranko est Simera, et celle du nord-ouest est Kolakouka où réside Ballansama, le présent roi. Le royaume Kouranko doit s'étendre au loin dans l'est, et les naturels du district que je traversai ne purent me donner une idée précise de son étendue dans cette direction ; ils attestaient seulement que je ne pourrais en atteindre les limites en moins d'une lune ; mais ils n'avaient aucune information soit personnelle, soit transmise, pour fonder leur assertion ; car je n'ai jamais rencontré personne qui se soit aventuré à voyager dans l'est ; ils en dépeignaient les habitants comme des sauvages, n'ayant point de vêtements, barbares et cruels à l'excès.
La seconde ville en rang et en importance dans le Kouranko nord-ouest, c'est Kamato, qui fut bâti sous le règne du roi foulah Alifa-Solou, il y a quarante ans environ. C'est une grande ville contenant mille habitants à peu près, bâtie sur la cime d'une montagne, et entièrement inaccessible, hormis par deux entrées, lesquelles sont fortement palissadées et gardées par de doubles et massives portes de bois dur.
Les Kourankos ou Kourankoniens ressemblent beaucoup aux Mandingues par la langue et le costume,
mais il s’en faut qu'ilssoient aussi intelligents etsi beaux; ils ne sont pas non plus sectateurs du prophète. On rencontre quelques individus priant la face tournée dans la direction du soleil levant ; mais la plus grande partie de la population est idolâtre et a beaucoup plus de rapport en ce point avec les Timannis qu'avec les Mandingues ; ils ont une foi sans bornes dans les gris-gris, et, comme les Mandingues, possèdent à l'entrée de leurs- villes des maisons qui leur sont consacrées ; mais ils ne poussent pas la superstition jusqu'à habiller des figures pour les représenter. Je n'ai vu qu’un fait de cette nature à Kaniakouta ; ils aiment beaucoup les clochettes dont les gens de tout âge et de tout rang, surtout les danseurs et danseuses, se parent avec profusion. Le costume et la langue les rapprochent des Mandingues ; mais le costume des femmes, avant et après le mariage, est semblable à celui des femmes de Timanni dans l'une et l'autre de ces positions : elles ont beaucoup d'habileté pour se coiffer, et se décorent les unes les autres la tête avec une grande adresse ; le devant de la lêle reste découvert, la chevelure ou la laine étant peignée en arrière el rassemblée en gros nœuds l'un sur chaque tempe, et orné d'un cowrie ou d'un grain de faux corail. De ces nœuds partent plusieurs nattes bien faites qui tombent derrière la têle, et au bout desquelles sont attachés des grains ou des cowries ; chezles danseuses, ce sont des grelots : elles liment leurs dents en pointe, et ont le dos et la poitrine ornés de diverses devises empreintes au moyen du feu, usage qui est en granie estime armi eux. On fait la eour dans le Kouranko absoument comme dans le Timanni ; mais c'est un fait remarquable qu'une jeune femme s'unit rarement à un homme d'un âge proportionné au sien : le mariage est là une affaire, et les hommes riches, qui sont naturellement les notables de la ville, ont le choix non contesté de la beauté et de la jeunesse : alors les jeunes gens sont obligés de compter sur la survivanco à la mort de leurs vieux maris, car bien qu’une femme, lorsqu'elle est sous la puissance de ses parents, soit forcée de s'unir à l'homme qui la paie le mieux, à la mort de ce mari cependant elle devient sa maîtresse, et témoigne de son dégoût pour son premier contrat, en choisissant pour elle-même, comme époux, un jeune homme qu'elle comble alors de soins et d’attentions.
Les femmes filent le coton : les seuls emplois des hommes sont de tisser el de coudre, et ils doivent probablement la connaissance de ces arls aux contrées orientales. Les principaux produits végétaux de Kouranko sont le riz, le plantain, les ignames, épinards sauvages, la noix et la cassave ; ils ont aussi abondance de pins et de délicieuses bananes. Je n'avais
-pas encore rencontré de peuple où l'on prit tant de
soin à cultiver la cassave ; aussi est-il proverbial de dire: Aouranko-Cassave, formant ainsi, pour désigner le pays, un mot composé. Il en est ainsi dans le nord-ouest de l'Afrique, où l'usage donne à une contrée son nom usuel et celui de la production pour laquelle il est célèbre; ainsi on dit Foutha nye cosson, le Foutha et le lait ; Soulima nye figga, le Soulima et la noix ; Tünanni nye korokolo, le Timanni et le riz ; fouroto nye nafola, l'homme blanc et l'argent.
Les Kourankos cultivent beaucoup plus de terre que les Timannis, et sont à tous égards un peuple supérieur et plus industrieux. Chaque maison a son jardin clos. dans lequel sont cultivés la cassave, les épinards, les petits ognons et le rankara, herbe qui, élant séchée et battue, sert à remplacer le tabac pour ceux qui ne peuvent s'en procurer, Car ils sont grands fumeurs : les pipes ont cinq pieds de long à peu près, et le fourneau, fait de terre cuite, a environ trois pouces de profondeur et un pouce de diamètre : celte pipe pose à terre, et ils fument ainsi à leur aise.
Les Africains ont en général une grande volubilité de parole, mais les Finos, qui sont communs aux nalions mandingues, Foulah et Kouranks, sont par-
ph
EE — — (0
Le gri-gri de Ba-Simera.
ticulièrement renommés par leur éloquence, et parleront des heures entières avec la plus grande abondance et en termes assez frappants pour fixer entièrement l'attention de leursauditeurs. Cette éloquence ne consiste pas en beau langage ou en périodes élégamment arrondies, ce sont des expressions familières, des rapprochements qui saisissent et de fines et malicieuses remarques accompagnées aussi d'une action et d'un geste continus et quelquefois véhéments. dé
Les Kourankos enterrent leurs morts le jour qui suit le dernier soupir, et la nuit des funérailles est employée à des danses dont les acteurs brandissent dans leurs mains des haches et des javelots. Si le défunt est une personne importante, on loue des musiciens et des pleureuses : on tue des bœufs et des moutons, et les lamentations à gage et les réjouissances durent plusieurs jours. Ils n'ont aucun culte extérieur, mais ils croient à l'existence d'unedivinité, commele témoignent les fréquentes expressions qui suivent : « Grâce à Dieu pour cela ! — Je le ferai s’il plaît à Dieu ! — Dieu vous en récompense. » Leurs lois sont peu nombreuses et très naturelles : le meurtre est le seul crime punissable de mort, et encore le meurtrier peut échapper à ce châtiment s'il a assez de bien pour satisfaire aux nombreuses demandes des amis du mort qui, suivant leurs lois, sont les seuls qui aient le droit de poursuivre et de demander réparation. Quant au mal fait
à la ‘société, c'est une chose à laquelle ils n’ont pas encore’songé : si un esclave meurt entre les mains d'un homme libre, sa valeur sociale est toute la satisfaction que le propriétaire puisse réclamer, à défaut de quoi l'homme libre est à son tour livré à l’esclavage. Tous les autres délits, procès ou débats, sont réglés suivant l'équité.
Départ de Kamato. Arrivée à Falaba,
Le malin du 6 juin, quoique très faible, je mis mon expédition en mouvement et je montai le cheval que le roi de Soulima m'avait envoyé pour venir dans ses Etats. Une heure après mon départ de Kamato, et dans la direction du nord , nous atteignimes lesommet d’une éminence, à la base de laquelle je vis du côté du nord la Rokelle roulant avec une rapidité et un bruit qui ne lui est pas ordinaire sur un lit rocailleux.
Nous rejoignimes ses rives, et la rivière avait alors pris un aspect tout différent : elle glissait rapidement, mais dans un complet silence, sur le pied de trois milles à l beureenviron. Nous marchâmes pareillement en courant l'espace d’un milleet demi environ , et nous arrivâmes au point où il était convenu que nous la traverserions. Le passage s'effectua au moyen d'un nyankata, construction ingénieuse dont.on fait usage dans