‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 149 sur 179 · MAJOR LAING · texte numérisé non relu

MAJOR LAING

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. Nous traversämes la Rokelle au moyen d’un nyankata.

les pays mandingues, le Limba et le Kouranko, pour traverser les rivières non guéables.

Nous continuâmes et trouvâmes au bout d'une heure, dans le nord-est, une jolie ville nommée Karnia. C'est

la ville la plus méridionale du domaine de Soulima et.

nous aurions observé la fransilion, ne füt-ce qu'à l'accueil qui nous fut fait, et où tout élait hospitalier.

Kamia occupe plus de terrain que Kamato, mais les maisons étant beaucoup plus épaisses, il s'en faut qu'elle soit aussi populeuse. La véritable latitude de Kamia, que je rectifiai, est de 90 22’.

Le 7 juin, nous nous mîmes en route à sept heures et demie pour Simba, ville, disait-on, grande, peulée et riche. À dix heures, après une marche dans e nord-est par l’est, nous atteignimes Tomba, et dans la même direction nous arrivâmes bientôt à deux villes quise touchent, Sambamba et Laiah. Cette dernière ville nous envoya une députation, accompagnée d'une bande de musiciens, qui venait nous prier de séjourner toule la nuit, disant que l’on tuerait en mon honpeur un taureau; mais je m'excusai, toujours en alléguant que j'étais depuis trop lontemps en route. A deux heures après midi nous étions à Kaniako, et à quatre heures dans Kallakogah, grande ville située au nord-est. À cinq heures enfin nous entrâmes dans Simba, dont l'importance ne nous sembla pas avoir

été exagérée par la renommée. Nous fûmes reçus hors de la ville par une troupe de musiciens ayant deux tambours, un balafou et deux flûtes. Cette escorte nous conduisit à un large terrain d'environ cinquante pas de diamètre, où nous fûmes accueillis par les serrements de mains de sept cents individus bien vêtus ; puis je me retirai bien harassé au logement qu'on m'avait assigné.

Simba, comme Kamato, est située sur une éminence considérable, puisqu'elle est de mille quatre cent quatre-vingt-dix pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle n’a que deux entrées, et est palissadée tout à l’entour, mais ce n’est pas néanmoins une place très forte. Dans le cours de la journée du 8 juin, je reçus des envoyés du roi de Soulima, qui témoignait une grande impatience de me voir.

Nous partimes donc le 9 juin, à sept heures du matin, nous dirigeant vers le nord-est, à travers de vastes prairies couvertes d'une herbe si haute qu’elle dépassait de plusicurs pieds ma tête, moi étant à cheval. À quatre heures après midi nous étions à Konkodongore, ville d'esclaves, appartenant à Falaba. Elle est très vaste et contient de trois à quatre mille habitants. $ ë

A dix heures environ nous étions en vue de Falaba, ville si longtemps désirée. Elle couvre une vaste étendue de terrain dans une vallée, bornée de tous côtés

par de douces déclivités. Nous descendimes dans la ville du côté du sud, mais on nous conduisit à la porte nord, par laquelle on nous introduisit dans Ja capitale de la nation soulima. Nous suivimes une rue ou un défilé de la longueur d'un demi-mille environ, qui aboutit à une vaste place, située à peu près au centre de la ville. Dans un coin de cette place étaient assis deux mille hommes et plus, armés de mousquets, d'arcs et de lances. À mon entrée je fus salué par une vive et irrégulière décharge de mousqueterie, — |

Un signe de tête du roi mit fin à ce cliquetis d'acier et au bruit des tambours, et je me flatiais que bientôt il me serait permis de me retirer dans l'apparlement qui m'était destiné ; mais le roi m’arrêta et me dit que j'avais encore quelque chose à entendre. Je me rassis, et un jellé, ou chanteur élégant, vêtu du costume mandingue, ayant aux coudes et aux poignets des sonnettes , et jouant d'un balafou aux sons suaves dont il parcourait les notes avec rapidité et beancoup de goût, s'avança, et après avoir exécuté une sorte de symphonie en prélude, il commença un dialogue en chant, avec quelques personnes qui d'abord ne. se montrèrent pas, et ensuite vinrent se joindre à lui.

Le Jellé ou Guiriot : «Il y a un homme blanc venu de loin, de l'eau saléeelle-mème, et qu'un Soulima n'a jamais vu. Faisons-lui honneur, car ilest venu pour servir les marins du grand Assana-Yira, le puissant en guerre. Honneur à Assana-Yira, et montrons à l'homme blanc qu'il est grand et que son peuple l'aime parce qu'il est bon. On veut mes femmes pour se joindre à mes chauts. ?» à

( Les voix des femmes qui ne s’étaient pas montrées.)

«Nous voici, maris, nous craignons la peau de l'homme blane ; nous avons peur que ses gris-gris ne nous tuent si nous osons le regarder. Il n'y a que les hommes qui puissent le voir, la femme a trop peur de lui » (4).

Le Jellé: « Sortez, mes femmes, et venez voir homme blanc. Sortez, et venez lui faire honneur. Ses gris-gris sont forts, il est vrai, mais luiilest bon, et est venu dans celte contrée pour nous faire dù bien. »

Femmes entrant : « Alors nous venons, mais il nous faut fermer les yeux, car nous n'avons jamais fixé nos regards sur un homme à la peau blanche. Nous venons pour lui faire honneur ; nous venons pour lui chanter le grand Assana-Yira, renommé en guerre, et Yaradi, son frère vaillant. »

Le jellé fut alors joint par dix femmes, fantastiquement vètues de beaux babils, ayant des bracelets de graines, moitié aux poignets et moilié au-dessus des chevilles du pied. Leur chevelure était ornée de coquillages et de morceaux d'étoffes. Le jellé, passant derrière Yaradi, commença en son honneur un air très vif, auquel prirent part les femmes, qui criaient au poiut que les veines de leurs cous étaient gonflées de sang. De ma vie je n'ai entendu des voix de femmes monter aussi haut ; c'était vraiment terrible, et à tous moments je m'attendais à voir se rompre un vaisseau, surtout quand la mesure était longue. Les efforts qu’elles faisaient alors pour continuer leurs éclats de voix jusqu'au bout sans reprendre haleine, amenaient assez de sang à la gorge pour causer en quelque sorte la suffocation. J'étais fort mal à l'aise, loin de m'amuser, et je ne fus heureux que quand cessèrent les clameurs:

Pendant que le jellé et ses femmes vociféraient des paroles (on peut à peine appeler cela un chant, car bien que l'air joué sur le balafou fût mélodieux et bien rhythiné, les voix n'observaient aucune mesure), Yaradi se posait dans diverses attitudes convenables aux

(A) I faut se souvenir qu» de Soulimana se cachent le visage quand elles gent ou boivent en pré-

sence des hommes, et qu'elles ne se découvrent jamais sans en avoir obtenu la permission expresse. A M.

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expressions et à la conclusion ; il poussa un violent hourra, se précipita en avant, et suivi de ses hommes de guerre en masse, représenta le rôle qu'il avait en réalité joué avec tant de succès parmi les Foulahs quatorze ans auparavant. Celte-partie de la représentation étant finie, il s’avança seul l'épée en main, il s'opposa à douze hommes armés de fusils, qui à plusieurs reprises firent feu sur lui; maisen vain, l’amorce brûlant toujours dans le bassinet : alors Yaradi riait el agitait ses gris-gris en signe de défi. Enfin venu à bout d'eux tous, et les forçant à tomber à genoux à ses pieds, illeur donna l’ordre de tirer en l'air, ce qu'à ma grande surprise ils firent sans qu'aucune arme ratât. Il m'était naturel de penser qu'ils avaient quelque tour de passe-passe pour boucher et ouvrir la lumière à volonté; mais bien que ce tour se füt répété plusieurs fois devant moi, je ne pus jamais les prendre sur le fait, tant ils s'en tiraient avec adresse,

Le 14 juin, je me trouvai mieux, et le matin j'appris du fils du roi que ce jour était un jour de grand gala dans Falaba. Les habitants de la ville sont astreints par les coutumes du pays à donner au roi trois journées d2 travail dans l’année : l'une pour semer son riz, l'autre pour le sarcler, la dernière pour le moissonner. Le jour destiné aux semailles était arrivé, et l'on entendait déjà dans divers quartiers de la ville les tambours des chefs qui convoquaient leurs esclaves et dépendants à se rendre sous leurs bannières respectives. Mon déjeuner de riz fut bientôt fini; et comme j'étais curieux de savoir ce qui se passait, je suisia Soulimana , le fils du roi, à la résidence royale, où je trouvai le roi avec une grande réunion de ses chefs prêts à le recevoir.

Le roi parut bientôt dans un plus humble costume

ue tous les homimnes de sa suite ; il avait à la main folle un arc, et à la gauche une paire de flèches empoisonnées. Il porta sa main à sa bouche en me voyant ( signe de surprise parmi les Mandingues), se mit à rire cordialement, m'appela à lui d'un geste de la main, dont ensuite il serra les miennes, et m exprima le bonheur qu'il éprouvait à me voir, en disant que si je revenais malade, je devais m’attendre à le mellre en colère. Alors en me montrant un cheval élégamment harnaché à la moresqüe, il prit tous ses chefs pour témoins du cadeau qu'il me faisait, et les jellés répondirent immédiatement: Æaase, Kaase, c'est vrai, c'est vrai! Alors ils se mirent à chanter à haute voix les louanges du roi; après quelques hyperboles sur sa puissance, le roi donna le signal du départ, seul à pied , et suivi de tous ses chefs à cheval. Je me joignis au cortége et fus enchanté, au sortir de la ville, de trouver un beau pays. Nous fimes un mille, puis nous arrivâmes à une plaine qui s'élevait graduellement jusqu'à la base d'une montagne qui bornait Ja perspective. On avait ën dernier lieu brûlé les haies, et leurs cendres semées cà et là indiquaient une terre préparée pour recevoir le grain. Des groupes d'hommes, formant un ensemble de trois mille environ , rangés sous des bannières portant différentes devises, étaient là : les tambours, les balla , les flûtes, les guitares et les cornels faits de dents d'éléphants, saluaient l'oreille d'une mélodie sauvage.

Pendant ce temps, des groupes de danseurs s'exerçaient tantôt suivant la mesure d'un air, tantôt celle d'un autre, selon que leur entraînement et leurs mouvenents désordonnés les poussaient: c'était une deces scènes d'extravagances qui ravissent les Africains, et qui, pour les Européens sontun objet de surprise. L'arrivée du roi sur le terrain fut signalée par des décharges répitées de mousqueterie, les acclamations, les sons des cours et les balteries des tambours, et aus:i par des troupes de cavaliers au grand galop et faisant des tours d'adrosse d'une dextérilé presque sans exemple. À un signal du roi, le silence se rétablit, et le Fino royal s'avanca ct harangua la multitude pendant un temps considérable. Il exhorta tout le monde à bien travailler, et à arroser de la sueur de leur front la terre, car leur roi était

“7 MAJOR EAENG: 11.

bon pour eux. Il leur montra alors du doigt Falaba, ville qui les protégeait tous : « Cette ville, leur dit-il, a lé bâtie par le père du présent roi ; » puis il montra trois taureaux gras altachés à l'ombre d'un cotonnier : a Ces taureaux seront tués par le roi pour son peuple, dit-il ;: que ceux qui voudront manger du bœuf travaillent donc. »

À la fin de la harangue les groupes se séparèrent, et en moins d'un quart d'heure ils étaient en ordre de travail et avec une régularité qui m'étonna. Ils étaient rangés sur deux lignes, la première composée de cinq cantis personnes environ, l’autre de plus de deux mille peut-êlre. La besogne du premier rang élait de répandre le grain, et le second rang avait le soin de le recouvrir au, moyen de la houe. De cette sorte ils allaient en ordre et avec une telle rapidité, que le travail paraissait plutôt le résultat de la magie que de l'action de. l'homme. La musique du jellé, hors de la présence duquel rien ne se fait, travail, divertissements ou guerres, accompagnait les travailleurs.

Pendant que les choses se faisaient ainsi, je m'assis:

de même que le roi et une grande quantité de chefs, à l'ombre d'un arbre. Ils paraissaient tous très contents de voir l'intérêt que je prenais à celte scène, et de temps à autre félicitaient le roi sur son grand

. nom qui avait engagé un homme blanc à quitter le

bord de l'eau pour le venir voir. Puis ce furent encore des chants panégyriques. « Les Soulimas, disait le jellé, « travaillent aujourd'hui pour leur roi, mais ils ai- « meraient mieux combattre pour lui. Pourquoi ne les « conduit-il pas à la bataille ? ils sont hommes comme « leurs ancêtres. » Un nuage passa alors sur le front d’Assana-Yira, il fronça le sourcil, se mordit la lèvre etdit: « 4fto, atto (1) ; c'est fait, c'est fait: vous me « rendriez aussi méchant que Yaradi. Vous en avez « fait un fou, et gâté mon nom en lui conseillant de « brûler Maladjia. 4U/ah ! Allah ! mon frère n'a pas « de bon sens ; votre musique lui tourne la tête. Où « est Maladjia ? où est Sannassi ? Vous allez chanter “ la guerre, et par la guerre ternir mon nom: afto! « atto!

Séjour à Falaba. Source de la Rokelle et du Niger. Des Soulimas. Retour à Sierra-Leone.

Le 41 juillet je me trouvai assez bien rétabli pour me rendre à cheval à Sangouya, très grande ville sur les frontières du Foutah-Djallon et à dix milles de Falaba. Après une agréable promenade de quatre heures dans la direction du nord-nuord-ouest, à travers un pays très bien cultivé, d'une agréable diversité de vallons et de collines, nous arrivâmes à Sangouya, Cette ville est située dans une grande plaine environnée de hauteurs qui. s'élèvent par degrés et couvrent un, mille carré deterrain. Nous entrâmes à dix heures du matin

….enwiron , laissant derrière nous la haute muraille de

glaise qui l'entoure. Nous n'avions pasfait dix minutes de chemin dans ses ruelles d'une grande propreté, quand nous arrivâmes dans la cour du chef ou Suttige, qui nous reçut avec l'éliquette d'usage. Dans l'après-midi , je parcourus une grande partie de la ville, quiest construile ayec élégance, mais j'admirai particulièrement la cour du second chef, Edrissa, Elle se compose de deux cercles de maisons l’une dans l’autre ayant des entrées élégamment voûtées ; l'extérieur du rur des maisons est orné avec goût de figures hiéroglyphiques en terre et bien blanchi. Ses portes sont de bois sculpté, et elles sont fermées avec des cadenas. Ses femmes, proprement vêlues de soie ou de coton, se livraient aux divers soins domestiques avec habileté, tandis que les enfants, nus, imilaient leurs mères et jouaient autour d'elles au milieu des moutons, des

(1) Il serait astez curieux de retrouver chez les nègres un mot qui ressemble à l'actus du latin, et à l'alto de l'italien. A. M

chèvres et de la volaille; c'était une. douce scène. de: bonheur domestique. |

Le 18 juillet, mes forces revenaient alors à grands pas , et avec elles redoublait mon désir de pousser à l'est. Je savais que la source du Niger ne pouvait, pas être à une grande distance de Falaba, et je désirais ardemment y arriver, afin de m'assurer , en calculant son élévation au-dessus du niveau de la mer, si cette élévation était telle qu’elle pût lui permettre de porter ses eaux à la Méditerranée par le canal du Nil.

Je reconnus que la latitude de Falaba était de 9e &9° nord, et comme Timbo est seulement à trois courtes journées de cette ville, il en résulte que Timbo doit être placé à trente milles plus loin dans le nord que ne l'indiquent les cartes.

Le 3 août, une caravane de soixante marchands environ , arrivée de Kouïa , ville située sur les rives du Falico, qui est une branche du Niger, apportait une grande quantité d'ivoire et d'or pour échanger contre de la poudre, du tabac, des grains de verre et de corail et des étoffes de coton. Comme ils n'avaient aucune communication avec Falaba depuis quarante ans, ils avaient éprouvé beaucoup de difficulté à se frayer un chemin dans les épais taillis, et s'étaient plusieurs fois égarés dans les grandes herbes. Je recueillis de leur bouche plusieurs renseignements sur la source du Niger, et j'appris d'eux qu'on pouvaitaisément s'y rendre de Falaba en trois jours, si la guerre n'existait pas avec le Kissi, contrée Sauvage et dangereuse à traverser.

24 août. J'avais depuis longtemps regardé d'un œil curieux une haute montagne en pain de sucre, à quatre lieues au sud de Falaba, gominée Konkadongore, j'y montai avec mes guides soulimas , et au bout de trois heures j'en avais atteint le sommet, d'où, grâce à la pureté de l'air, je pus prendre:les gissements de la Loma, haute montagne d'où sort le Niger.

La rivière Mungo, plus connue sous le nom du Petit Scarcies, prend sa source dans trois montagnes où * commence un chemin qui court à l'ouest et sépare le Tamisso et le Djallonkado de Foutah-Djallon; de là cette chaîne traverse le Foufou, et s'étend parallèlement à l'eau.

Le 2 septembre je partis pour voir la source de la* Rokelle, puisque je devais renoncer à voir celles du Niger, et à deux heures de l'après-midi j'arrivai exténué de fatigue à Sacotia, où je couchai.

Mon guide, qui se vantait d'être le seul homme de Falaba qui connût le Sa/ekungo, ou la tête de la Rokelle (4), me réveilla de bonne heure le 3 septembre, et nous fimes route à l'est, tendant un peu vers le nord, l'espace de dix milles à travers un bois très touffu, mêlé de hautes herbes et de broussailles. Nous arrivâmes enfin à la source de la rivière, après avoir traversé un bois presque imnénétrable, encombré de jungles ou broussailles, et où s'entrelaçaient de fortes plantes rampantes et grimpantes. Ce bois avait longtemps été étranger aux pas de l'homme, et nous nous y fîimes difficilement jour jusqu'au pied de la montagne où jaillit la source que je cherchais.

Je la trouvai sous un grand rocher, ombragé par l'épais feuillage des dattiers qui l'entourent. A cent verges environ, l'eau coule sur une largeur d'hn pied, et court rapidement au sud-sud -est. Elle conlinue-ce cours pendant quelques milles, et après un circuit

-coule vers le sud-ouest, entre Sitacolia et Ridjiatamba.

C'est alors que, grossie par des eaux tributaires, Ja rivière prend quelque importance el est à peine guéable. Après ce premier examen, je me couchai sous un abri de feuillage dressé par mes gens, et bien qu'il plût abondamment, je m'endormis bientôt.

Au point du jour, du baut d'une montagne, je considérais encore d'un œil avide la Loma; d'où le Niger descend de seize cetits pieds au-dessus du niveau de l’Atlantique. Qu'il m'était pénible de ne pouvoir, cun-

(4) Salé cst le nom africain de la Rokelle. A. M.

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templer le berceau de ce plus grand des fleuves du.

monde nègre ! Il est, comme les choses grandes et mystérieuses, entouré de traditions. Bien qu’il n'ait qu'un pied et demi de large à sa source, si quelqu'un, diton, voulait essayer de le franchir en sautant , il tomberait dans la source et serait englouti; mais on le peut faire avec sûreté en enjambant posément. Il est, rapporte-t-on, défendu de prendre de l'eau à la source, et si quelqu'un l'essaie, sa calebasse lui est arrachée par un pouvoir invisible, et il peut même avoir le bras cassé. Le fleuve, à sa source, se nomme T'embié , mot qui signifie eau, m'a-t-on dit, dans le dialecte kissi. Il court au nord pendant plusieurs milles vers Kangkang, son cours étant marqué par une chaine de montagnes. En entrant dans le Kangkang, la rivière prend une direction plus à l'est, et perd le nom de Tembie pour prendre celui de Baba et Djoliba, onu Dialiba, c'est-à-dire grande rivière, qu'elle porte jusqu'à Ségo, Djinné et Tombouctou, après quoi le nom de Djoliba se change en une infinité de désignations plus ou moins incertaines (1).

Après plusieurs jours encore de résidence à Falaba, je fusenfin sur le point de repartir pour Sierra-Leone: mais avant de quitter les Soulimas, je veux dire quelque chose de cette nation.

Il semble que les hommes et les femmes ont toutà-fait changé de sexe , en ce qui touche aux travaux domestiques. A l'exceplion des semailles et de Ja moisson, les soins de l'agriculture sont entièrement confiés aux femmes, tandis que les hommes s'occupent de la laiterie et traient les vaches. Les femmes bâissent les maisons, enduisent les murs, font office de barbiers, de chirurgiens, tandis que les hommes, ainsi qu'en Egypte, cousent et souvent lavent le linge.

Les femmes sont très libres dans leurs mœurs, comme dans les autres parties de l'Afrique, et cela peut être attribué au peu d'égards que leur montrent les hommes. Il est à remarquer que l'amour n'entre ja-

“mais pour rien dans leurs chansons.

Le meurtre est le seul crime punissable par la mort, et leur mode de procéder approche beaucoup de notre jugement par le jury. Les autres crimes sont réprimés par des amendes, des coups de fouet ou l'esclavage ; mais, en général, un grand désir de la justice dicte les arrêts.

Les femmes ont un privilége que je n'ai connu que dans le Soulima : elles peuvent quitter leurs maris

our leurs amants, pourvu qu'elles puissent restituer a somme primitivement donnée pour elles à leurs parents. Quand l'infidélité est prouvée, elles ne peuvent remplir la condition ci-dessus; ellés ont la tête rasée et sont tenues en mépris, tandis que l'amant devient l'esciave du mari. Les cérémonies du mariage ressembient à ceiles du Timanni, et il n’y a pas d'autre cour que ie règlement et le versement de la somme que les Res demandent et sur laquelle le roi perçoit sa dine.

Là , comme dans tous les pays à demi civilisés ou barbares, les funérailles sont des occasions de divertissements. Il est très remarquable que dans ces fêtes, et seulement alors, les femmes sont autorisées à faire dans leurs danses des gestes indécents.

La manière de se saluer est très convenable : deux hommes, après avoir appliqué leurs mains droites paume contre paume, les portent au front et de là au

cœur, pour signifier que (ant que la tête est droite, le .

cœur est sincère. Quand ils approchent d'un homme supérieur par le rang ou l’âge, ils ôtent leurs souliers avant de le saluer, et l'on témoigne au roi son respect en lui baisant l'épaule gauche.

Les principaux instruments des jellés sont le kora, qui ressemble par la forme et le son à une guitare, le balafou , des tambours de diverses tailles, et une flûte

(1) Le dernier nom que prend le Niger est Kora ou Quorra, pour déboucher dans le golfe de Benin, sur l'Atantique. A. M.

à trois notes que l'on emploie seulement pour accompagner les auires instruments, et qui produit quelquefois un effet passable. <

Je partis le 47 à midi de Falaba après avoir recu des présents du roi. Il m'accompagna pendant quelques milles, et me quitla en pleurant après m'avoir dit : « Homme blanc, pense à Falaba, car Falaba pensera toujours à toi. Les hommes riaient quand tu vins parmi eux, les femmes et les enfants se cachaient et avaient peur; ils sont maintenant tous la tête dans les mains et les pleurs dans les yeux parce que tu les quittes. Va , et reviens nous voir. » Et il couvrit ses yeux de ses deux mains.

Je restai le 48 à Konkodongore, et le 19 nous partimes pour Simba, ville qu'une grande partie de la Caravane atteignit à six heures; le reste n'arriva qu’à huit heures, d'autres même ne parurent que le lendemain matin : ces relards dans la marche étaient le résultat de la pluie qui avait rendu les chemins glissants, Le 2 octobre, je fus reçu en audience par Ballan-Sama, roi du nord-Kouranko. Il entra dans Ja ville de Kamato où j'étais, avec un déploiement de pompe africaine qui surpassait tout ce que j'avais vu en ce genre. Il était escorté d'environ trois cents hommes armés, el d'à peu près autant de femmes dont la plupart lui appartenaient. La cavalcade était précédée de la plus bizarre bande de musiciens grotesques. Quelques-uns à force de souffler parvenaient à tirer par inlervalles des sons isolés de grandes dents d'éléphants forsées pour cet usage. D'autres s'exerçaient sur des tambours de toutes dimensions, des violons et des balafous, mais les plus remarquables étaient trois hommes batlant du plat de leurs mains des tambours de basque, et vêtus d’uniformes anglais tout neufs, qui leur étaient sans doute arrivés avec d’autres marchandises. Quand la procession fut finie et que tout le monde fut assis dans un lieu à ce destiné, je me présen!ai à Ballan-Sama, qui me recut avec beancoup de grâce et de cordialité, en me mettant dans la main un grand pendant d'oreille en or. 11 me dit qu'il était venu de sa capitale Koulokonko afin de me voir, mais qu'il ne voulait pas de trois jours parler sérieusement, parce qu'il voulait passer ce temps à manger du bœuf, à boire du singin (1), et à laisser danser ses femmes. Il tint parole, car le soir même il y eut deux taureaux de tués, qui furent aussitôt distribués et dont j'eus un quartier. En me l’envoyant avec d'autres présents, le roi m'engagea à regarder ses femmes comme Jes miennes, et à choisir celle qui me conviendrait le mieux.

Le 7 octobre 1822 nous quitlâmes le matin Kamato, et couchâmes à Kamia; le jour suivant nous traver: sâmes Nourrouïiah : le lendemain matin nous allâmes à Nyiah , située sur une rivière de ce nom. Je restai un jour dans cette ville, à la sollicitation du chef, et aussi pour reposer mes gens.

Le 11 octobre, en sortant de Nyiah, nous allâmes pendant quatre milles à l’ouest , et, dans cette courte distance, nous traversâmes trois fois la rivière Nyiah. Nous nous trouvâmes alors sur la rive sud de la Ro. kelle, le long de laquelle nous fimes sept milles , traversant plusieurs courants d’eau et ruisseaux qui vepaient grossir cctie belle rivière. Environ un mille et demi avant d'arriver à Bomboina, nous quittâmes le. cours de la Rokelle, qui tourne à l'ouest par une fertile vallée bornée au loin, à droite par les hautes montagnes du Limba, à gauche par celles de Kouranko. Bomboina, bien que située dans le Kouranko, est entièrement habitée par des Limbas qui ont traversé la Rokelle et se sont établis dans cette ville.

Le 12, nous quittâmes Bomboina à neuf heures, et à midi nous étions dans une ville appelée Yaba, où je fus contraint de laisser mon monde passer le reste du jour, car plusieurs étaient malades.

Le 13, nous étions à Nyiniah, et le 44 à Simera, où

(1) Liqueur fermentéc, faite du jus d'une racine de’ ce nom. A. M,

Je fus parfaitement accueilli par les habitants et le vieillard qui me retint le lendemain.

Le 19, arrivé à Ma-Yerma, ville où quelques mois auparavant j'avais été volé d’un fusil, je fus étonné de la trouver entièrement déserte ; les habitants, sachant que j'arrivais avec une suite considérable, avaient évidemment pris la fuite : j'étais fâché de cet incident qui pouvait avoir un mauvais effet, et je laissai dans la maison du gri-gri, en gage de mes dispositions amies, deux aunes d’étoffe et un peu de tabac.

Le 25 octobre, je descendis la Rokelleen canot après le coucher du soleil, et à deux heures du matin nous touchâmes à Ma-Lollo, ou nous essayâmes en vain de dormir, à cause des mousquites dont les naturels se garantissent au moyen de la fumée d’un feu allumé exprès. Nous nous mîmes en route de bonne heure, et, après avoir suivi les sinuosités de la rivière, nous arrivâämes à Ma-Kouta le lendemain à deux heures après midi, et il nous fallut alors descendre à terre, parce que la navigation jusqu'à Rokon était interrompue.

Nous quittâmes Ma-Kouta à six heures du matin, et, après une marche très fatigante de vingt-cinq milles dans un mauvais sentier timanni, nous arrivâmes à quatre heures de l'après-midi à Rokon, où je rejoignisma troupe ; là je trouvai des amis qui venaient au-devant de moi, et le lendemain matin nous descendîmes la rivière, et allâmes déjeuner à Tombo, où je délivrai ma figure d’un ornement qui avait plus de sept mois de croissance. De Tombo nous partimes après déjeuner , et, descendant toujours la Rokelle, je me trouvai à deux heures, au milieu de mes amis, à Sierra-Leone.

ALBERT-MONTÉMONT.

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