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par une avenut d'arbres entrelacés de ronces qui, montant à leurs sommets et retombant ensuite vers la terre, forment une. épaisse barrière que les serpents seuls parviendraient à traverser, et qui, restant toujours vertes, ne peuvent être brûlées. Adja occupe un très vaste espace de terrain et renferme quatre mille âmes. J'eus dans cette partie de la route occasion de voir la fleur de l'arbre à beurre que je n'avais pas vue lors de mon premier voyage en Afrique. Cet arbre, lorsqu'il fleurit, et jusqu’à ce que la saison des pluies soit à peu près passée , est pour ainsi dire nu de feuilles ; mais il se revêt ensuite d'un abondant feuillage. La fleur, qui a huit pétales et autant de feuilles, est d'un jaune-pâle, Après une courte halte dans celle des villes de Salou qui est la plus orientale, car il y en a trois de ce nom les unes après des autres, el qui toutes trois paraissentégalement considérables, nous atteignimes Laydou et nous y passâmes la nuit.
Le 20, nous gagnâmes lewillage de Leogalla, habité par des Felatahs, qui nous apportèrent charilablement du lait nouveau à boire. Nous atteignimes ensuite un autre village, ceint de murs et nommé Bongbong, et nous fimes halte dans la ville d'Atepa. Elle est large et populeuse, contenant plus de six mille âmes, et entourée d’une rangée d'arbres que des plantes grimpantes et épineuses rendaient impénétrable. Il n'y avait à celte barrière naturelle qu'une entrée par où l'on pût approcher des portes de la ville.
Le 21 ,avant le lever du soleil, heure qui dans cette contrée comme dans toutes les autres du monde est, je crois, la plus froide, notre thermomètre de Fareinheit descendit à 559 au-dessous de zéro. Le cabocier d'Atepa, et celui d’une autre ville nommée Namah que nous atteignimes dans la matinée de ce jour, traversèrent avec nous une rivière dite Juffie ou Moussa, qui se jette dans la Quorra, sur la limite du Niffé, et nous accompagnèrent avec toute leur suite jusqu'à Ja ville voisine de Leobadda, pour nous défendre contre les voleurs du Borgou qui infestent souvent Ja route. La capitale du roi de cette contrée n'est en effet distante que d’un jour de marche à cheval. Leobadda est située sur le flanc oriental d'une chaîne de granit, dont le faite est brisé en larges masses, et présente les plus grotesques figures imaginables. Elle court dans la direction du nord-est et au sud-ouest, à cinquante ou soixante pieds d'élévation au-dessus de la plaine, et joint les montagnes au sud et à l’est. La ville en question renferme à peu près cent cinquante maisons avec de trente à quarante âmes dans chacune; elle est ceinte de murs. Les habitants sont pauvres, mais fort honnètes. Le cabocier nous dit également que la capitale du Borgou n'était que peu distante ; que les naturels de cette contrée, qui était petile mais indépendante, ne formaient tous qu'une bande de brigands, et qu'ils infestaient les routes de l'Yourriba, volant tout ce qu'ils pouvaient saisir. |
Le lendemain 22, nous arrivâmes à la ville de Tshow, ét nous y trouvâmes une escorte dé fantassins et de cavaliers que le roi de Katunga ou Eÿro, instruit de la visite que nous allions lui rendre, avait envoyée.
Enfin, à midi, nous entrâmes à Kalunga, capitale de l'Yourriba, remarquant plusieurs petits bâtiments consacrés aux fétiches en dehors et en dedans des murs, et nous fimes halte dans une des maisons de l'officier qui nous accompagnait. Vers deux heures nous recûmes un message du roi qui nous invitait à nous rendre près de sa personne. Nous obéîmes sur-le - champ, précédés d’une troupe de musiciens, suivis de notre escorte , et accompagnés par une immense multitude d'hommes , de femmes et d'enfants que notre vue faisait trépigner de plaisir. Aussi comme il y avait dans l'enceinte de la ville beaucoup de terrains livrés à la cullure , leurs élans de joie soulevaient des flots de poussière qui nous suffoquaient, Ce ne fut qu'après avoir parcouru un espace de pui milles que nous arrivâmes à l'endroit où s élevait la demeure du souverain, qu'indiquaient deux vastes parasols d'étoffe bleue et
rouge, dont les longs manches appuyés à terre étaient tenus par des esclaves. Le souverain lui-même était assis sous le porche de sa maison. ‘
Le grand personnage auquel nous présentämes nos respects était vêtu de deux larges chemises, une bleue en dessous et une blanche par-dessus. 11 portait trois colliers de gros grains de verre bien taillé, et sur sa tête une couronne faite à limitation de celle des princes d'Europe , mais de coton bleu collé sur du carton, probablement fabriquée par quelque Européen, et qui lui avait été envoyée de la côte. Ses femmes étaient derrière lui, mais si nombreuses, si pressées, qu'il me fut impossible de les compter , même approximativement. si d'ailleurs j'en juge par les gracieux sourires qu'elles nous envoyaient, elles ne paraissaient pas moins contentes de nous voir que leur seigneur et maître. Après que celui-ci nous eut queslionnés pendant une demi-heure environ sur notre santé et sur les fatigues de notre voyage, il nous congédia en donnant ordre à son principal eunuque de nous conduire dans ceux des appartements de sa maison qu'il nous avait destinés.
Le royaume d'Yarriba s'étend au sud depuis Puka, qui est à cinq milles de la mer, jusqu'à Lagos et à Whidah ; au nord, environ jusqu’au 10e degré de latitude septentrionale. Il est borné au nord-ouest par le Dahomey, au nord par les contrées de Kelto et de Maha, au nord-est par le Borgou, à l’est par la Quorra ou Niger, au sud-est par l'Accoura qui est une province du Bénin à cinq jours de Katunga, au sud et à l'ouest par le Jabou., Il à pour tributaires les provinces de Dahomey, d'Alladah, de Badagry, et de Maha. Depuis la côte de la mer jusqu à Chocho, ville qui est située sous 80 8’ de latitude nord, et sous 40 2 de longitude est, le pays s'élève graduellement ; le sol esi un mélange d'argile rougeâtre et de terre forte; et dans les lieux où les bois n'ont pas été éclaircis, on peut les regarder comme impénétrables. Les arbres y'atteignent des dimensions gigantesques et sont chargés d’un magnifique feuillage. De Chocho à Kouso est une chaîne de montagnes en granit, qui court de l’ouestnord-ouest à l’est - sud-est. Ces montagnes sont de granit gris, nues de végétation , et présentent partout des masses solides. Elles ont de quatre à huit cents pieds d'élévation au-dessus du niveau des vallées qui sont étroites, sinueuses, bien cultivées et arrosées par d'innombrables petits ruisseaux. Le sol est une terre légéere et noire. De Kouso à Katunga, la contrée est moins montagneuse ; les montagnes qu'on y rencontre forment des chaînes irrégulières et interrompues, qui courent principalement du nord-est au sud ouest, et dont de larges masses disséminées çà et là semblent avoir été détachées comme par quelque grande con vulsion de la nature. Le granit dont elles sont for< mées est d'une espèce assez tendre qui s'émielle avec le temps. Les vallées entre ces montagnes s'élargissent en plaines à mesure qu'elles avancent vers le nord. Dans la région montagneuse, les arbres sont peu nombreux, bas et rabougris. Les animaux domestiques sont des chevaux de tiès petite race, et encore
‘sont-ils rares. Les bestiaux à cornes sont aussi d'une
taille peu élevée près de la côte ; mais aux environs de la capitale ils ne sont pas moins grands que ceux d'Angleterre. La plupart des taureaux ant des bosses sur le dos, de même que dans l’Abyssinie et aux In= des nrientales. Les peuples de l'Yarriba out encore, outre la brebis d'espèce commune, toutes les espèces de brebis qu'on trouve dans les autres parties de l'Afrique, ainsi que des “o‘hons, des canards muscoviens, des volailles, des pigeons, et quelques coqs-d'Inle. Quant aux animaux sauvages el à la race émplumée, je n'ai que peu ds chose à dire, car chemin faisant je n'ai vu que des singes et pas un seul oiseau ; maisles naturels disent que la hyène et le léopard sont fort communs. Le lion aussi fréquente certaines parties de la contrée. Les yams, le blé, le millet et les ognons; les oranges, les poires, les citrons, les pom-
mes et plusieurs autres sortes de fruits abondent dans toute l'étendue du royaume. Le coton y est aussi cultivé en grande quantité, et sert à la fabrication de l'étoffe dont se vêlissent les habitants. Le. commerce du pays est presque entièrement fait par des esclaves, guoiqu'on y fabrique un nombre immense de pièces d'étoffes qui sont vendues aux peuples de la côte contre du rhum , du tabac, des tissus européens et d'autres denrées.
Le gouvernement d'Yarriba est héréditaire el aussi despotique que possible, puisque tous les sujets sont regardés comme esclaves du roi, mais l'administration en est douce et humaine, et paraît n'avoir pas été au: tre depuis longtemps. La seule distinction de rang qui existe est celle de cabocier,nom que porte d'habitude legouverneur d’une ville ou d’une province éloignée.
La ville d'Eeyo, appelée Xatunga par les peuples de l'Haussa, capitale de l'Yarriba , est située sous 80 59’ de latitude nord et sous 6° 12’ de longitude est. Elle est bâtie sur le penchant et au pied d'une petite chaîne de montagnes, qui pour ainsi dire forment la citadelle de la ville. Elles consistent en blocs énormes de granit gris de l'espèce la plus molle, les uns suspendus en l'air de la plus effrayante façon, les autres reposant sur une base si étroite qu'il semble que pour les précipiter à fond de la vallée il n’y aurait besoin ue de les toucher du doigt.
BISTOIRE DES VOYAGES.
Les maisons du roi et celles de ses femmes, qui couvrent à peu près un mille carré, sont situées sur le flanc méridional des montagnes, et ont deux vastes pares, l'un par-devant, l’autre regardant le nord. Elles sont toutes bâlies et ont des toits de chaume pareils à ceux qu'on voit plus près de la côte. Les différents piliers et les portes des maisons du roi et des cabociers sont généralement sculptés avec soin et représentent soil un boa qui tue une gazelle ou un cochon, soit une bande de guerriers que précède un tanrbour. Les bas-reliefs où l'on voit ce dernier sujet sont surtout exécutés avec une habileté rare, puisqu'on distingue sur la figure du commandant une expression d'orgueil , et sur celle du tambour , le plaisir qu'il éprouve à faire retentir les airs de son étourdissante musiqne. I y a dans la ville sept différents marchés, qui se tiennent chaque soir et qui durent de trois à quatre heures. Les principaux objets qu'on y peut acheter sont des yams, du grain, des plantains et des bananes, du beurre végétal, des graines d'alycynthe, qui forment la nourriture la plus ordinaire des habitants, des confitures, des volailles , des chèvres, des moutons et des agneaux ; enfin, des éloffes indigènes el divers instruments d'agriculture. Une petile chèvre s'y vend de 4,500 à 2,000 cowries; un gros mouton, de 3 à 5,000 ; une volaille, de 450 à 200; un cheval, de 80 à 100,000; une vache, de 20 à 30,000 ; ct un es-
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Mort de Clapperton à Sackaton.
clave bien constitué, de 40 à 60,000. 2,000 cowries équivalent à un dollar espagnol.
La religion des Yarribaniens consiste, autant que j'ai pu le découvrir, en l'adoration d'un seul Dieu, auquel ils offrent des sacrifices de chevaux, de vaches, de moutons, de chèvres et de volailles. Il y a chaque année une grande fête, lors de laquelle plusieurs de tous ces animaux sont immolés dans les maisons consacrées aux fétiches, où l’on verse un peu de sang à terre. On fait ensuite cuire les viandes, que le roi et tout son peuple, hommes et f:mmes, sont contents de se partager. On dit qu'alors tous mangent de cumpagnie et dans un état de nudité absolue, faisant de copieuses libations avec une espèce de boisson appelée pitto; mais on ajoute que le moindre acte indécent, commis en pareille circonstance, serait aussitôt puni de mort. On m'a d’ailleurs assuré qu'il dépendait de la seule volonté du prêtre que ce fût une créature humaine qu’on immolât en place d’une vache ou de tout autre animal. Daæns le cas où la victime doit être un homme, c'est toujours un criminel qu'on choisit, et jamais on n'en sacrifie plus d'un par fête, L'endroit or-
dinaire où de telles solennités ont lieu est une vaste’
plaine en face de la demeure du roi, ombragée d'arbres magnifiques, sous lesquels s'élèvent deux ou trois bàtiments en l'honneur des fétiches.
Quand un homme veut épouser une femme, il Jui
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faut l'acheter des père et mère, qui la lui vendent proportionnément à sa fortune. Trois jours après Ja conclusion du marché, il va avec ses amis la chercher chez ses parents, la ramène dans sa propre maison, où il régale ses connaissances de quelques coups de pitto, et toute Ja cérémonie nuptiale se termine là.
Pendant notre séjour à Katunga, un grand nombre de cabociers du royaume y furent attirés par le désir de voir les hommes blancs. Toutes les fois qu'ils visitent la capitale, ils sont obligés d'offrir leurs respects au souverain, de se prosterner devant lui, et d’abord devant l'eunuque favori, avec de la poussière sur leurs têtes. Lorsque l’un d'eux désire parler au roi, il est obligé de se coucher à terre tout de son long, et d'employer l'intermédiaire de l'eunuque, qui est aussi étendu à côlé de lui. Lorsque deux égaux se rencontrent, ils plient up genou pour se saluer; les femmes s’'agenouillent tout-à-fait, et même appuient leurs coudes contre terre.
Le roi nous dit un jour qu'il ne savait ni combien de femmes ni combien d'enfants il avait eus, mais qu’il était sûr que les premières seules, en se donnant la main , atteindraient d'Eyeo à Jannah. Ses filles peuvent prendre qui bon leur semble pour mari ou pour amant; mais il y à peine de moit pour quiconque touche à une de ses femmes. Le fils, à la mort du père, est obligé de pourvoir aux besoins des veuves royales,
PS
Je me hâtai de faire mes préparatifs de départ, et le 5 au soir je fus prêt à partir le lendemain.
Itinéraire de Katunga à la ville de Boussa sur le Niger, près de laquelle périt Mungo-Park.
Le 6 mars, les adieux et les remerciments qu'il me fallut faire au roi et aux principaux habitants m'empêchèrent de quitter Katunga avant trois heures de f'après-midi. Dans la soirée je fis halte pour la nuit au village d'Assina. Le 8 vers midi j'arrivai à la ville d'Algi, où se terminent les possessions du roi d'Yarriba : elle appartient au chef ou sultan de Kiama, petit Etat tributaire du royaume de Borgou. Algi consiste en trois villages ceints de murs; et avant qu'il fût brûlé il était d'une grandeur considérable. On me montra du côté méridional de la ville un rocher d'où les Felatahs avaient lancé des pigeons pour y mettre le feu. La manière dont ils s'y prirent fut d’attacher des matières combustibles aux queucs de ces oiseaux qui, dès qu'on les lâcha, allèrent aussitôt se percher sur les toits de chaume des maisons, tandis que les Felatahs lancèrent aux habitants une grêle de flèches pour les empêcher d’éteindre les flammes. Il y avait encore dans les environs, lors de mon passage, un grand nombre de Felatahs, qui étaient presque blancs, mais paiens.
Le 11, je traversai la rivière de Moussa, qui autrefois divisait les royaumes d'Yarriba et de Borgou. Elle était alors à sec ou du moins ne présentait que de loin en loin des mares d'eau stagnante, etson lit était fort rocailleux. Dans la saison des pluies, elle a trente verges de largeur et doit couler avec une grande rapidité. Mes compagnons de route me dirent que, lorsqu'elle étaitgrande, les hippopotames et les crocodiles y abondaient, et qu'elle se jetait dans la Quorra, sur les confins du Niffé près la ville de Raka. Après avoir franchi cette rivière, nous cheminâmes quelque temps à travers des bois épais, et nous fimes halte sur la rive septentrionale à une petite réunion de huttes nommée Bari. Sur le haut de ces huttes, qui avaient absolument la forme de celles du Bornou , mais qui étaient les premières en ce genre que j'eusse vues depuis mou retour en Afrique, on voyait fichés un grand nombre d'œufs de crocodile, qui sont regardés par les naturels comine une protection contre cet animal. Le soir, nous campâmes dans la forêt, sur le bord d’un petit ruisseau.
Après avoir traversé deux villages, j'entrai dans la cité de Kiuma, et je me dirigeai sur-le-champ vers la demeure du souverain, homme de moyen âge, mais encore robuste et de bonne mine, habillé d’une large chemise blanche et portant sur sa tête un bonnet rouge à la moresque.
Le sultan montait en cette occasion un superbe coursier ; il était accompagné d’un grand nombre de gens armés, les uns à pied, les autres à cheval, et de six jolies esclaves de quinze ou seize ans, nues comme à l'instant de leur naissance, sinon qu'elles avaient une bande étroite d'éloffe blanche nouée autour de la tête, dont les deux extrémités pendaient de six pouces par-derrière, et portant chacune dans leur main droite une lance légère pour le cas où leur maître en aurait besoin. Celui-ci mit pied à terre tandis que son escorte se rangeait sur une seule ligne en face de ma maison, et entra seul avec les six jeunes filles, qui toutefois avant de le suivre déposèrent leurs lances et s'altachèrent autour de la ceinture une écharpe bleue. Lorsqu'il se fut assis, qu'il meut demandé des nouvelles du roi d'Yarriba, et que je lui eusditl'avoir laissé bien portant, je le priai d'accepter un léger cadeau. Il consistait en un vaste parasol de soie bleue, une grande épée, trois aunes de drap bleu, trois de drap rouge , quelques grains de verre et de corail, une chaîne de chrysocolle, deux bouteilles de rhum, deux briquets phosphoriques, quatre couteaux, six paires de
ciseaux, et plusieurs gravures. Je puis dire que jamais homme ne fut à ma connaissance plus enchanté d'un présent que mon augusle visiteur.
Kiama, capitale de la province de ce nom dans le royaume de Borgou, est située sous 90 37° 33” de latilude nord, et sous 5° 22’ 56” de longitude est, méridien de Greenwich. Elleest gouvernée par un sultan dont le nom, Yarro, signifie le jeune garcon; el cette dénomination , comme il arrive souvent en Afrique, est quelquefois donnée à la province et à la capitale. La province ne renferme qu'une population peu nombreuse, et la ville, qui occupe un vaste espace de terrain, est mal bâtie. Les maisons ne consistent toutes qu'en huttes de forme ronde, construites en terre et recouvertes en chaume. Un certain nombre de ces huttes, situées au milieu d’une enceinte carrée de nattes , ne forme ordinairement qu’une seule maison. La ville repose sur le côté méridional d’une chaîne rocailleuse , et est entourée d'une muraille d'argile, basse mais fort étendue, que le temps a fait écrouler en beaucoup d'endroits. Dans l'intérieur des murs il y a des plantations de grain et d'yams. La contrée environnante est couverte d'épaisses forêts, et peu cullivée, mais abonde en gibier de toute sorte.
Kiama est une des villes par lesquelles passent les caravanes de l'Haussa et du Bornou qui se rendent dans la contrée de Gonja, et vers les limites de l'Ashanty, ou qui en reviennent. Elle commerce aussi d'une manière directe avec le Dahomey , l'Youri, le Niffé et l'Yarriba.
La ville, et je crois ne point exagérer, renferme au moins trente mille âmes. Les habitants sont réputés
ar tous ceux qui les connaissent comme les plus inâmes brigands de l'Afrique ; et il suffit de dire d'un homme qu’il est né dans le Borgou pour désigner en lui un voleur et un assassin. Leur gouvernement est despotique , el, à ce qu'il semble, n'accorde aucune protection aux sujets, puisqu'une ville ne manque jamais de piller la ville voisine lorsque l’occasion sen présente. Pour saluer un supérieur l'usage est de se coucher à terre de toute la longueur du corps, mais sans se couvrir de poussière, si c'est un homme qui salue ; mais si c'est une femme, elle se met à gencux et s'appuie sur les coudes, en montrant l'intérieur de ses deux mains.
Le lendemain 21, à la pointe du jour, arriva une escorte de quatre cavaliers qui devaient me conduire à Wawa. Je me mis aussitôt en marche, et j'entrai vers dix heures dans cette ville. Dès mon arrivée, j'allai droit à la maison du gouverneur.
Il me fit mener au logement qu'il me deslinait. La maison était vasle et commode, mais excessivement chaude : le thermomètre de Fahrenheit y marquait à l'ombre 1030. Or jamais il n’est monté plus haut pendant la durée de ma seconde expédition en Afrique. Dans l'après-midi, le gouverneur m'enyoya une chèvre, des yams, du miel et des œufs.
On me montra, dans les environs de Wawa, un arbre appelé kongkonie, dont la graine, me dit-on, fournit aux indigènes le fameux poison qui rend mortelle la blessure de leurs flèches. Cet arbre n'est peut-être, à proprement parler, qu'une plante grimpante, jpuisqu'il s'attache comme le lierre à d'autres arbres ; mais il est lui-même près de sa racine gros comme la cuisse d'un homme, et projette une infinité de pelits rameaux qui envahissent et enterrent le tronc et les branches de l'arbre au bas duquel il pousse. L'écorce des jeunes rameaux du kongkonie est comme la plus brune du noisetier ; celle des tiges plus anciennes est douce et blanchâtre comme l'écorce du frène. Les feuilles sont dures et épaisses, exsudant une sorte de gomme qui tient aux doigls. Du milieu des fleurs, qui ressemblent à nos primevères, sinon qu'elles sont d'un jaune plus foncé, sort une fibre de deux pouces ; lorsqu'elles se fanent, cette fibre prend un grand développement et forme une gousse qui n'a guère moins dun pied et demi de longueur et un pouce et demi
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ou deux pouces de circonférence, laquelle renferme les graines. Celles-ci ressemblent à du carvi.
.La maison dans laquelle je logeais était située par 9° 53 54” de latitude nord, et par 50 56° de longitude est.
Wawa est la capitale d'une province de même nom dans’ le royaume de Borgou : elle a la forme d'un carré, et peut contenir de dix-huit à vingt mille âmes; elle est entourée par un grand mur d'argile en bon état, et par un fossé sans eau. C’est assurément la plus jolie, la plus compacte et la mieux fortifiée des villes qui se trouvent sur la route que j'ai suivie
our y arriver. Les rnes sont larges, propres, régu- Le et bien aérées. Chaque maison se compose d'un plus ou moins grand nombre de huttes encloses dans une muraille de terre et ombragées de beaux arbres, servant les unes de chambres à coucher ou de salles de réception, les autres d'étables et d'écuries, celles-ci de granges pour serrer le grain, celles-là d'appartements pour les esclaves. Une des hutles, située sur la rue , est percée de deux portes, el donne ainsi accès dans la cour intérieure sur laquelle ouvrent toutes les autres huttes,
Les mariages des Wawaniens sont fort simples. Païens, ils conviennent de la chose avec la jeune fille d'abord, puis font au père ou à la mère un cadeau, et tout est dit. Musulmans, ils lisent-le premier chapitre du Koran , et cohabitent ensemble ; ils le relisent et se quittent quand ils sont ennuyés l’un de l’autre, La vertu de chasteté n'existe pas, je crois, à Wawa. La veuve Zumaelle-même,chezquije logeais, comme toutes les autres personnes de la ville, loue à tant la nuit ses plus jolies esclaves. La sobriété n’est pas non plus mise au rang des vertus. Je n’ai jamais dans ma vie rencontré de lieu où l’ivrognerie fût si générale. Le gouverneur, les prêtres, les laïques, et même certaines dames, boivent avec le plus dégoûtant excès. La fille du gouverneur vint trois ou quatre jours de suite et trois ou quatre fois chaque jour, peinte et badigeonnée avec toute l'élégance wawanienne, mais chaque fois à moitié ivre, me solliciter soit de boire, soit de coucher avec elle.
Les habitants de Wawa sont prèts à échanger tous les produits de leur province contre des grains de corail ou de verre, des bracelets de cuivre et des ornements de jambes du mème métal, des plats d'étain et de terre, des cotons à brillantes couleurs et des calicots de Manchester. Leurs armes sont l'arc avec des flèches empoisonnées , et une légère lance. Ils disent ne pas aimer la guerre, mais paraissent désirer que les autres peuples visitent le moins possible leur territoire, et préfèrent les Felatahs à leurs voisins de Kiama, dont ils sont fort jaloux. Ils jouissent d'une bonne réputation d'honnêleté ; sont gais, affables, hospitaliers ; enfin les plus disposés de tous les naturels de l'Afrique à donner sur leur pays les renseignements de tout genre qu'on leur demande ; et, ce qui est le plus extraordinaire, je n'ai pas aperçu le moindre mendiant parmi eux.
On me montra à Boussa l'endroit où avait échoué la chaloupe et où le malheureux équipage de Mungo-Park avait péri ; mais ce ne fut qu'avec précaution et pour ainsi dire en cachelte ; néanmoins les habitants, pour tout ce qui n'avait point rapport à cette affaire, s'empressèrent de répondre d'une façon nette et précise à chacune de mes questions, el je puis dire à leur louange que jamais je n’ai été de ma vie traité avee plus de bienveillance et d hospitalité.
L'endroit fatal , s'il faut croire à l'exactitude de l'indication qui me fut donnée, est dans la branche orientale de la Quorra : cette rivière se divisant ici en trois branches, dont aucune n'a plus d'une portée de pistolet de largeur. Une île plate et basse, large d’'environ un quart de mille, repose entre la ville de Boussa et l'endroit en question , qui de la maison du sultan se trouve en droite ligne avec un arbre à double tronc, revêtu d'écorce blanche, lequel pousse solitai-
rement sur l'île. Cette île, à l'époque où je l'examinai, ne s'élevait que d'une dizaine de pieds au-dessus du niveau de la branche orientale, dont le cours est presque entièrement barré dans cette partie par une longue roche grisâtre.
La cité de Boussa est située sur une île, au milieu de la Quorra, que nous appelons Niger, par 10014 de latitude nord et par 60 41’ de longitude est. La Quorra, qui coule ici du nord-nord-ouest au sud-sud-est, a son lit, au dire des habitants, rempli d'iles et de rocs audessus et au-dessous de Boussa, aussi loin qu'ils l'ont jamais remontée ou descendue.. Boussa est située fort près de la branche la plus occidentale, que les naturels nomment Menai ; les deux autres branches n'ont pas d'autre nom que celui de Quorra. Le cours du Menai est lent et imperceptible, tandis que celui des deux autres canaux s'élance avec impétuosité à travers des rocs qui, en différentes places, dépassent la surface de l'eau.
L'île Boussa, comme j'appellerai celle qui porte la ville de ce nom, a trois milles de long du nord au sud, et un mille et demi dans sa plus grande largeur. Une chaîne de rochers, entièrement d’ardoise grise, court d'uue extrémité à l'autre de l'île, formant un précipice, haut de vingt à trente pieds du côté oriental, tandis qu'elle s'incline par une pente fort douce vers l'ouest. Au bas de ce précipice, une magnifique prairie, occupant presque toute la longueur et large d'environ trois cents verges, s'étend jusqu’aux bords de la rivière, où sont plusieurs éminences rocailleuses, sur lesquelles des villages, au nombre de quatre, ont été bâtis. La muraille de Boussa est à environ un quart de mille des rives de Menai ; elle se termine aux deux extrémités de la chaîne de rochers là où celles-ci viennent aboutir à la rivière, et peut avoir trois quarts de mille à un mille de long. Les maisons des habitants sont bâties par groupes, ou forment de petits villages intérieurs à la muraille d'enceinte, mais ne couvrent pas un dixième de l'espace enclos. Hors des murs, et sur la même île, sont plusieurs vi lages, avec des plantations de grain, d'yams et de coton. La langue de Ja province de Boussa est la mème que celle des autres Etats du Borgou , et paraît être un dialecte de l'yarribanien ; mais celle de l'Haussa est comprise par toutes les classes, même par les Cambries.. Je ne crois pas que le nombre des habitants qui ont élu domicile entre les murailles et la rivière s'élève à plus de dix ou douze mille; mais on m'a affirmé que le Boussa était plus populeux que toutes les autres provinces du Borgou, et que le sultan de ce premier pays pouvait lever sur son territoire seulement plus de cavalerie qu'aucun prince entre l'Haussa et la mer, si toutefois on exceptait celui de l'Haussa.
Les habitants sont en général païens, de même que le sultan, quoiqu'il se nomme Mahomet. Je lait est son fétiche, et en conséquence il n'en boit jamais une seule goutte. J'eus lieu de m'en apercevoir un jour qu'il prit du thé avec moi. Les indigènes mangent des singes, des chiens, des chats, des rats, du poisson, du bœuf et du mouton ; mais de cette dernière viande aux grandes occasions seulement, ou quand ils sacrifient. Un matin, comme j'étais chez le sullan, son déjeuner lui fut servi, et il me pria de le partager. Il consistait en un gros rat d’eau grillé, non dépouillé de sa peau, en une jatte de très beau riz bouilli, en plusieurs poissons secs cuits dans de l'huile de palmier, en œufs de crocodile, préparés de diverses manières, et en une cruche d'eau fraîche puisée dans la Quorra. Je mangeai un peu de poisson et de riz ; mais je fis beaucoup rire les assistants pour ne vouloir goûter ni au rat ui aux œufs. Les armes dont les habitants se servent pour l'attaque sont l'are, l'épév, la lances et un pesant gourdin long de deux pieds et demi, recuurbé par Je bout el muni de ‘fer. Leur armure défensive est un bouclier de cuir de forme cireulaire, outre les plis nombreux que leur large chemise forme autour de leur corps ct qu'ils retiennent au moyen d'une ceinture,
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En face de la maison du sultan, c’est-à-dire dans la direction du nord-nord-est, et à vingt-cinq ou trente miiles de distance, on me montra une haute montagne dont le faîte était plat. Du côté sud-ouest de cette montagne est, dit-on, la ville d'Youri, non loin de laquelle passe la Quorra.
Je quittai Boussa le 2 avril.
Itinéraire de Boussa à Kano, par le Guari et le Zegzeg.
À la date indiquée plushaut, j'abandonnai vers dix heures du «matin les bords de cette branche de la Quorra qui s'appelle Menai, et je rétrogradai par la route de Wawa jusqu'aux villages cambries que j'avais traversés en me rendant à Boussa. Je tournai ensuite au sud-sud-ouest demi-ouest, et cheminant jusqu’à cinq heures de l'après-midi, j’allai faire halte à un village nommé Songa, qui était encore habité par des Cambries. Les habitants me donnèrent la meilleure de leurs huttes; mais la meilleure était bie® mauvaise, puisque des rats, des scorpions et des centipèdes l'infestaient, et que pour tout ameublement elle ne renfermait que de vieux filets, du bois pourri et des gourdes brisées. Je me hâtai donc d'en sortir, et je passai la nuit en plein air. Ces Cambries sont une race de nègres qui semblent êlre paresseux , mais inoffensifs. On dit qu'ils occupent tous les villages situés au milieu des bois, le long de la Quorra, dans les provinces de Boussa, de Wawa et d'Youri. Ils plantent un peu de grain et d'yams, élèvent quelques moutons et quelques chèvres. Les hommes emploient leur temps à chasser, à pêcher et à dormir, tandis que les travaux les plus rudes sont dévolus aux femmes. Ce sont des gens d’une grande douceur de caractère, autant que ma courle résidence parmi eux m'a pu permettre d'en juger. Ils onten général la taille haute, et l'air plutôt stupide que sauvage. Leurs vêtements sont toujours fort légers, et ne consistent le plus souvent qu'en une peau attachée autour de la ceinture. Les jeunes garçons et les jeunes filles restent entièrement nus, jusqu'à ce qu'ils aient cohabité : alors, suivant qu'ils en ont les moyens, ils prennent, ou une simple peau, ou une tunique. Comme ils ne sont nullement guerriers de leur naturel, on abuse souvent de leurs dispositions pacifiques pour les maltraiter d'une manière indigne.
Le 3, je quittai Songa de bon matin, et à dix heures et demie j'arrivai au village de Comie, ou de Wonjerque, ainsi qu'on l'appelle plus communément, mot qui signifie /e qué du roi. En ce lieu, la Quorra ne forme qu'un seul courant, et c'est à ce gué que la franchissent toutes les caravanes qui se dirigent vers les côtes de l'Océan, ou qui reviennent dans l'intérieur de l'Afrique. Le village en question est situé sur la partie la plus haute de la rive, qui s'élève presque insensiblement , et à certaine distance de l’eau ; mais le plan incliné qui sépare le village de la rivière est couvert de huttes qu habitent momentanément les marchands, Là, et dans le village, tout était bruit et confusion, car une Caravane qui allait vers le Gonja était arrêtée sur le bord oriental, et il y en avait une autre campée sur le bord opposé qui revenait de la même province. Partout on ne voyait que des hommes et des chevaux, les uns vêtus de leurs beaux habits, les autres garnis de leurs plus riches harnais. Là, les marchands offraient des chevaux à vendre; ici, des esclaves, des grains de verre, des cordons de soie, de la soie non travaillée, des tuniques et des habillements de femme. Plus loin c'étaient des gens qui dansaient ou qui battaient du tambour ; tandis que d'autres, faisant un pire emploi de leur lemps, buvaient et se querellaient. On me donna une bonne maison ; et dès que mon arrivée fut connue, on m'apporta de toute part du lait, du miel, des œufs, des canards, des moutons et des chèvres.
Le 4, je fus obligé de retourner à Wawa, parce que
le gouverneur de cette ville, qui, comme je l’ai dit, s'était engagé à faire porter mon bagage jusqu'à Roulfa, sur la route du Rano, ne paraissait nullement pressé de tenir sa promesse. là. :.;1 retour je me rendis auprès de ce personnage, et je lui reprochai son manque de parole. IL m'expliqua quel motif l'avait forcé d'agir de la sorle: c'était que la veuve Zama avait quitté Wawa une demi-heure après mon départ, précédée de plusieurs tambours, et suivie d'un nombreux cortége ; enfin déclarant qu'elle avait l'intention de m’accompagner à Rano, et de revenir ensuite faire la guerre au gouverneur comme elle la luiavait déjà faite plusieurs fois. J'eus beau protester que je ne devais pas être responsable des actions de la veuve, à toutes mes raisons celui-ci répondait : « Que la veuve revienne, et je vous rendrai votre bagage, mais pas auparavant, » Le lendemain, à toutes mes objections même réponse. Je me désespérais. Heureusement, le 6, la maudite veuve, renonçant à ses belliqueux projets, rentra dans la ville, montée sur un coursier superbe, et commandant une forle troupe d'esclaves armés d’arcs, d'épées et de lances. Elle avait un large pantalon de soie rouge, des bottes de maroquin de pareille couleur, sur sa tête un turhan d'une blancheur éclatante, et sur ses épaules un manteau de soie brochée d'or. Réellement, si elle eût été plus jeune et moins corpulente, on aurait pu être tenté d'enibrasser son parti contre le gouverneur. Dès que ce dernier fut instruit de sou retour, il m'envoya dire que j'étais libre de partir. Je revins en conséquence le 7 au village de Gomie, où je séjournai trois jours, par suite d'une légère indisposition.
Le 10, traversant la Quorra avec effets et mes gens, je poursuivis ma route vers Kano. Après six milles de marche, je rencontrai un village ceint de murs et
- appelé Dallu. Cinq milles plus loin, je trouvai celui
d'Él-Wata, qui paraissait n'être habité que par des forgerons ; car, quoiqu'il fût très petit, je comptai, en me rendant à la maison qui m'était destinée, plus de vingt forges. Les habitants furent très polis envers moi ; ils me logèrent le mieux qu'ils purent, et m'envoyèrent une chèvre, des yams et du grain pour mes chevaux.
Le royaume de Borgou se divise en plusieurs petits Etats qui sont le Niki, la Kiama, le Wawa et le Boussa, dont ce dernier peut être regardé comme le principal. Les gouverneurs ou sultans de ces Etats sont tous héréditaires aussi longtemps qu'ils peuvent se maintenir sur la terre ; ils se font quelquefois la guerre les uns aux autres, mais toujours celui de Boussa intervient et force les deux partis belligérants à payer son intervention. Le royaume est borné à l'est par la Quorra, au sud par l'Yarriba , à l’ouest par le Dahomey, et au nord par une vaste contrée appelée Gourma, habitée suivant les Borgowiens par des sauvages nus, mais, selon les musulmans, par des peuples civilisés que gouverne un sultan redoutable. Le Borgou a onze journées de marche du nord au sud, et trente de l'est à l’ouest, ses montagnes sont la chaine qui traverse également l'Yarriba, l'Youri, le Zamfra, le Guari et le Zegzeg. Il est arrosé par la Quorra, la Moussa et l'Oli. La contrée, dont la surface est en partie plane et en partie montagneuse, abonde en gibier de toutes les espèces communes à l'Afrique, et les habitants passent pour de fameux chasseurs ; ils possèdent peu de bestiaux, mais beaucoup de grains, d'yams, de plantains et de limons. Leur religion est le
aganisme, mais ils ne sacrifient pas de victimes aumaines.
Le 11, je quittai El-Wata, dont les alentours sont bien cultivés. Chemin faisant je rencontrai les plus hautes fourmilières que j'eusse jamais vues : elles avaient de quinze à vingt pieds de hauteur, et ressemblaient à autant de cathédrales en miniature. Je fis halte pour la nuit dans un autre village qui, comme celui d'El- Wala, ne paraissait habité que par des forgerons. Dans tous les villages que je traversai ce jour-là , il y avait
une maison consacrée aux fétiches, c’est-à-dire au culte païen , en bon état de réparation ; ce qui montrait que les chefs et la majorité des habitants, quoique adonnés au paganisme, ne se croyaient pas en droit de négliger toute religion. Des figures d'êtres humains, comme aussi de boas, de crocodiles et de tortues, étaient peintes sur les maisons.
Dans l'après-midi du jour suivant, je parvins à la ville de Tabra, au milieu de laquelle coule une rivière appelée Mag-Yarrow. On traverse cette rivière sur un pont grossièrement construit avec de grosses branches recouvertes de terre, fort long et si peu large, que deux chevaux ne peuvent y passer à la fois. C’est le premier que j'aie vuen Afrique. La ville est entourée de murs, peut renfermer de seize à vingt mille âmes, etsert quelquefois de résidence, à la famille royale de Niffé. Les habitants, à peu d’exceptions près, sont païens, et ont tous, .hommes et femmes, la réputation d'être de grands ivrognes. Il y a peu de forgerons parmi eux, mais beaucoup de tisserands. Le May-Yarrow, qui est ombragé de grands arbres, peut avoir vingt verges de largeur ; ses rives, qui nes’élèvent qu'insensiblement, sont couvertes de belles plantations d’yams et de millet.
Je passai toute la journée du 13 dans l'attente qu'il me fût permis de rendre visite à la reine du Niffé, qui, lors de mon passage, résidait à Tabra. Mais vers le soir on m'envoya dire qu'elle ne pourrait me recevoir, à cause de l'absence de son illustre époux, qui était alors à Raba, ville distante de deux journées de marche. Le messager ajoula néanmoins que la mère du roi, qui remplaçait momentanément son fils dans le gouvernement de Tabra, me donnerait audience le lendemain dans la matinée, pour m'apprendre de quelle manière je devrais continuer ma route vers Kano. En conséquence, le 14, après déjeuner, je pris avec moi un châle de crêpe de Chine, des grains de corail, une chaîne de chrysocolle , et quelques aunes d'étoffe de soie, que je voulais offrir en présent à la reine-mère, et je me rendis à sa demeure. Dans la hutte extérieure de sa maison, je trouvai une peau de mouton étendue pour elle, et une simple natte pour moi. La butte rentermait plusieurs de ses officiers mâles, qui tous était extrêmement vieux et privés de leurs dents. Ils me tinrent compagnie pendant à peu près un quartd'heure, et alors arriva un certain nombre de femmes, déjà sur le retour, qui s’assirent sur des nattes disposées vis-àvis de la mienne. Après que nous nous fûmes naturellement considérés quelque temps, et dans un profond silence, entra la mère du roi, habillée d'une large chemise blanche, et coiffée d’un bonnet de gros drap vert que bordait un ruban rouge. Elle était fort vieille, marchait en s'appuyant sur un bâton, et n'avait qu'un œil. Lorsqu'elle eut pris place sur sa peau de mouton, je lui présentai mon cadeau, dont elle fut enchantée,
Le 21, je quittai Tabra, accompagné d'un eunuque noir et d’un habitant de Mourzouk, qui devait me servir d'interprète et de domestique, et après une marche de vingt-sept milles je campai, pour une partie de la nuit, au village de Kitako. Peu après nous traversâmes une ville en ruine, appelée Jinne ou Janne, autour de laquelle des plantations de coton et d'indigo étaient presque élouffées par les mauvaises herbes.
Avant midi nous parvinmes au camp que les naturels nomment Sanson daus leur langue. Le camp, de forme carrée, consistait en une multitude de petites huttes couvertes en paille et semblables à des ruches d'abeilles. Il était coupé par quatre vastes rues, et renfermait, en outre, une place immense.
Sans le grand nombre des courriers qui passaient autour des huttes, d'hommes qu'on rencontrait munis d'armes et de tambours qui retentissaient aux oreilles, on se serait cru dans un village ou plutôt dans une ville ordinaire; car on voyait de tous côtés, là, des tisserands, ici, des tailleurs, plus loin, des femmes qui filaient du coton, d'autres qui le dévidaient, ou qui préparaient des yams et de la pâte, ou qui les criaient
par les rues; puis, sous chaque bouquet d'arbres, c'élaient de petits marchés, ou de pieuses gens qui y récitaient leur chapelet, ou des esclaves dissolus qui buvaient des liqueurs fortes.
Je quittai Sanson le lendemain 24, et je regagnai Tabra le 25 ; mais, en dépit de toute la bonne volonté que m'avait témoignée le roi, je ne pus repartir que le 2 mai. Ce jour-là même, cheminant le long des bords du May-Yarrow, je rencontrai un village ceint de murs, qui porte le nom de Gonda, et après avoir traversé un ruisseau qui vient du nord et se jette dans la rivière mentionnée ci-dessus, j’entrai dans la ville de Koolfu, où le mauvais état de ma santé et de celle de Richard nous relint plus de quinze jours.
Koolfu, ou comme on l'appelle souvent, Xool/fe, est la ville la plus commerçante, non-seulement du Niffé, mais encore de toute cette partie de l’Afrique centrale. Elle est située sur la rive septentrionale du May-Yarrow, et entourée d'un mur de terre haut de vingt pieds. Elle a quatre portes : sa forme est celle d’un carré long, qui a son plus grand diamètre de l'est à l'ouest, et une rue irrégulière à laquelle vient aboutir une multitude de rues plus petites qui la traversent dans cette direction. Il y a, vers les extrémités orientale et occidentale de la ville, deux vastes places, où sont des boutiques fou les marchands, et des grands arbres dont l’om-
rage protége contre la chaleur du soleilles personnes qui vont chercher leurs provisions. Outre ces marchés, qui se tiennent tous les jours, il y en a deux autres, les lundi et samedi de chaque semaine, où de nombreuses caravanes, parties des différents points de la côte, viennent vendre ou échanger toutes sortes de marchandises.
Les habitants de Koolfu sont au nombre de douze à quinze mille, en y comprenant toutes les classes, les esclaves et les gens libres ; et la plupart d’entre eux, quoiqu'ils soient d'ailleurs teinturiers, tailleurs, serruriers ou tisserands, se livrent au commerce. Mais il est rare que pour vendre ou pour acheter, ils entreprennent de kngs voyages, plus rare encore qu'ils aillent à la guerre, à moins que ce ne soit pour devenir acquéreurs des prisonniers que fait le parti victorieux.
Les habitants de cette ville sont fort polis, mais de grands menteurs; et loin de se voir obligés d'en rougir quand on les surprend en mensonge, ils ne font qu'en rire. Les hommes, sans qu'on doive excepter les mahométans, sont tous adonnés à l'ivrognerie; et les femmes passent pour être généralement d'une vertu facile. Voici à peu près quel est l'emploi de leur journée : dès que le soleil paraît, toute la famille se lève; les femmes commencent par nettoyer la maison, les hommes par se laver de la tête aux pieds ; après quoi les femmes et les enfants se lavent aussi, mais avec de l'eau dans laquelle a bouilli la feuille d’un arbuste appelé bambarnia. On déjeune ensuite, el chaque homme a son plat séparé, tandis que les femmes et les enfants mangent à un plat commun. Quand elles ont fini leur premier repas, celles-ci, de même que les enfants, se frottent le corps avec la poudre d’un certain bois rouge mêlée à de la graisse, pour donner à leur peau noire une teinte moins brune, se noircissent les yeux avec de l’antimoine cru, et se teignent en jaune les dents et la partie inférieure des lèvres, ainsi que la partie extérieure, les cheveux et les sourcils ; alors, ceux des esclaves qui doivent aller veadre quelques marchandises les préparent et les portent au marché. Ce sont, d'ordinaire, les plus jeunes qui sont chargés de ce soin. Les vieilles demeurent à la maison, qu'elles tiennent propre et bien rangée, filent du coton, et font cuire les aliments. Quant aux hommes, les chefs de famille s’en vont d'habitude promener sur la place publique, ou s'asseient à l'ombre devant leur porte, écoutent les nouvelles ou causent du cours des différentes denrées.
Le 19, je continuai ma route, et je fis halte à un village ceint de murs et appelé Aufu,qui n’est situé qu'à deux outrois portées de fusil du précédent. L'espace
qui les sépare est toujours occupé par les tentes des caravanes qui se dirigent à l'est. Le lendemain, après avoir cheminé une grande partie du jour au milieu d'un pays boisé, je m'arrêtai pour la nuit au village d'Ekibli, le dernier qui appartienne à la province d'Youri. Le 21, nous rencontrâmes sur notre chemin une multitude de villes et de villages, et nous arvinmes à une ville ceinte de murs nommée Bullaulla, en dehors de laquelle nous campâmes. Aussi- (Ôl que ma tente fut dressée, je fus environné d’habitanis. Le chapeau que je portais pour coiffure leur sembla extraordinaire ; et les femmes, quand elles reconnurent qu'elles avaient affaire à un étranger qui n'était pas musulman , me vendirent ce que j'eus besoin d'acheter à un prix triple de celui qu'elles auraient exigé de toute autre personne. Chaque deux ou trois femmes étaient accompagnées d'un homme armé qui véillait à ce que leurs marchandises leur fussent exactement payées. Le 22, nous parvinmes, à lravers une campagne couverte de belles plantations, à la ville te Rajadawa ou Radagowa. Les habitants sont de la race des Combries et paiens, à l'exception du gouverneur et d'une douzaine d'autresindividus qui se disent mahométans. La ville, qui est ceinte d'une muraille de terre et d'un fossé, renferme une population de sept à huit mille âmes; les alentours sont bien cultivés. Le 2%, après avoir dépassé de nombreux villages, nous parvinmes à Washu, la première ville de la province de Kotonkora, où les marchands de la caravane que j'accompagnais toujours eurent à payer un droit.
Le 16, nous dépassâmes successivement deux autres villes nommées #/az0 et H'ormzo, puis nous campâmes sur la tive orientale d'un petit ruisseau qui coulait vers le sud.
Le 28, aps avoir cheminé lescinq jours précédents à travers une riche vallée et parmi des collines couvertes de bois, nous atteignimes Womba, une des plus fortes villes de la province dont Kotonkora est la capitale. Cette dernière en est éloignée de trente milles dans la direction du nord. Toutes les caravanes venant de l'est et de l'ouests’arrêtent un jour ou deux à Womba. La ville est située par 10° 35° de latitude, et par 70 22’ de longitude. Elle s'élève sur une éminence entre trois montagnes de granit, une à l’est, l'autre au sud, et la troisième au nord, toutes à peu près nues de végétation ; à l'ouest s'étend une large vallée. Un petit courant d'eau, qui approvisionne la ville, coule à petite distance de la porte orientale. Les vallées environnantes, sur un rayon de deux milles, sont entièrement défrichées, cultivées avec soin et plantées de millet, de maïs, d'yams et de coton, de même que tous les terrains qui, dans l'enceinte des murs, ne sont pas occupés par des maisons. Les murs ont de vingt à trente pieds de hauteur el sont entourés d’un fossé sans eau. On entre par quatre portes dans la ville, dont la population peut s'élever à dix ou douze mille âmes.
Le 30, nous dépassâmes déux villes nommées Gi/ma, et bâlies l'une au faîte d'un mont rocailleux, l’autre à quelques cents verges de sa base.
Le 1er juillet, nous longeâmes, dans la matinée, Ja partie méridionale d’une ville nommée Ahkingie, qui était ceinte de murs, considérable et bien peuplée. A midi nous atteignimes la ville de Curigie, où je fis halle. Les murs sont étendus, mais les maisons peu nombreuses, en partie construites sur une colline, et en
artie dans la vallée. Le lendemain, à une heure de Genet nous parvinmes à une autre ville, également ceinte de murs, et appelée Sabonque, nom que portent un grand nombre de villes dans la province de Koshna. Dans la soirée, nous dressâmes nos tentes en dehors de Gubez-in-Dushie. Cette ville, dont le nom signifie Le Roc sans égal, est située sur une éminence, et renferme dans ses murs plusieurs blocs de granit. On y voit peu de maisons, excepté celles qui sant perchées sur ces blocs.
Le 3, lorsque nous commençâmes à approcher de Guari, la contrée devint fort muntagneuse : les vallées
néanmoins étaient soigneusement cultivées. De nombreux voyageurs couvraient la route qui formait beaucoup de sinuosités, tandis qu'elle était, à droite et à gauche, bordée de camps oceupés par les marchands des caravanes qui se dirigent vers l'est, À quatre heures du soir, nous arrivâmes aux murs de la vieille ville, et en entrant par la porte occidentale nous franchimes la haute colline dont elle occupe le sommet par un sentier qui à bien deux milles de longueur. Nous pénétrâmes ensuite dans la ville neuve par la porte orientale, et là, je rencontrai quarante cavaliers que le chef de la province, qui a pour capitale la ville en question, m'avait fait l'honneur d’envoyer au-devant de moi. Je me rendis sur-le-champ, accompagné de cette escorte, à la résidence du chef qui vint me recevoir sur le seuil, m'accabla’de politesses, me fit conduire par son premier eunuque à une maison qui avait été d'avance préparée, et m'envoya peu après d'abondantes provisions de bouche.
La ville de Guari, capitale du district du même nom, est située par 40° 54’ de latitude nord, et par 80 1’ de longitude est. Elle repose en partie sur le côté nord-est d'une colline, en partie dans une étroite vallée, à travers laquelle coule un ruisseau bourbeux qui est à sec pendant les mois d'élé. Ce ruisseau prend sa source à un jour seulement de marche, dans les montagnes au sud, parcourt un coin du Zanfra, sépare sur une certaine étendue les Etals de Kotonkora et de Guari, et se joint à la Kodoma dans le Niffé. La capitale a deux murailles, la vieille et la neuve : la première, beaucoup plus vaste que la seconde, tombe en ruines; mais celle-ci est encore trop vaste pour que les habitants puissent la défendre et enclôt quelques maisons disséminées, quelques villages, non une ville.
Je quittai Guari le 7. Dans l'après-midi, je traversai la ville de Makundi, où faisait halte unenombreuse caravane venant de l’est. La plupart des marchands qui m'avaient vu dans l'Yarriba et le Borgou accoururent à mon passage me souhaiter mille prospérités, lorsque j'étais si près de leur pays. Dans la soirée j'atteignis une autre ville ceinte de murs appelée Cazigie, où je passai la nuit.
Le 8, j'atteignis Falika, dont les murs sont fort étendus; mais je campai en dehors, parce que les portes étaient trop étroites pour que les bêtes de somme y entrassent chargées. Le lendemain je fis halte à Moray ; et le jour suivant, à deux heures après midi, j'entrai dans Zaria, capitale du Zegzeg, par une des portes qui regardent l'ouest; mais au lieu de trouver des maisons, je n’aperçus d'abord que des faites de toits au bout d'immenses champs de grains, car ils s’étendaient à distance d'un quart de mille dans toutes les directions.
La ville de Zaria est entourée par une haute muraille d'argile, qui a plusieurs milles de circonférence, et au milieu de laquelle est disséminée une multitude de petits villages. La maison où je logeai est située sous 400 59° de latitude nord, et sous 80 42° de longitude est. Au centre de l'enceinte des murs s'élève la principale mosquée, bâtie en terre, qui a un minaret de quarante ou cinquante pieds. La place du marché, sur laquelle campent aussi les caravanes, est vers l'extrémité méridionale et dans l'intérieur de la ville. Quant aux habitants, qui sont presque tous Felatahs, je ne saurais rien dire de certain. Je sais seulement que la population de Zaria passe pour être plus considérable que celle de Kano, qui renferme de quarante à cinquante mille âmes au moins. Ces habitants sont, pour la plupart, armés de fusils français, qu'ils préfèrent à ceux de fabrique anglaise, tandis que la poudre d'Angleterre leur semble meilleure que celle de France. 11 y a dans la ville une très grande quantité de beaux arbres qui poussent droits, et qui, taillés tous les ans pour faire du bois de chauffage, ressemblent de loin à de gigantesques peupliers. Des marais, des champs eultivés et des prairies occupent le reste de l'enceinte qua ne couvrent pas les maisons. Le Zegzeg, province dont Zaria est Ja capitale, produit en abondance des dattes,
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de l'huile de palmier, des melons, des plantains, du maïs, du millet, des yams, des pommes de terre, et surtout du riz. Les naturels prétendent même qu'ils récoltent, en plus grande quantilé que tout le reste de l'Haussa, uu riz meilleur. Chevaux, moutons et bêles à cornes sont également nombreux dans chaque * partie de la province, habitée par les Felatahs. On y rencontre aussi beaucoup de gibier, particulièrement des gazelles de toutes les différentes espèces. Les pintades et les perdrix y sont innombrables. Enfin, l’éléphant et le buffle fréquentent le sud de la contrée, qui s'étend, dit-on, à douze jours de marche de Zaria, et qui ne se termine qu'à l’eau salée. Le Zegzeg est borné à l'est par la province de Kano ; au sud-est par le Jacoba; au sud par les montagnes qui servent de retraite à des paiens, et au-delà desquelles est la mer; au sud-ouest par le Niffé; au nord et à l’ouest par le Guari et le Kashna. Les environs de la capitale sont fort beaux ; on voit çà et là de magnifiques bouquets de bois et de petits ruisseaux ; enfin les montagnes rocailleuses au nord et au sud ajoutent beaucoup à la grandeur de la scène,
Le 44, poursuivant ma route, j’alleignis la ville de Léokoro, à l’est de laquelle je campai pour la nuit, Cette ville est considérable et ceinte de murs; mais les murs sont en très mauvais état. Les maisons, au contraire, sont bien entretenus, et les habitants nombreux. Le 15, je parvins à la ville de Roma, dont le nom dans la langue de la contrée signifie soupe, et j'y passai la nuit. À en juger par l'étendue des murailles et le grand nombre de beaux arbres qu’elle renferme, la ville doit avoir été très populeuse; mais aujourd'hui, par suite de la guerre, les habitants, pauvres et misérables, ne sont plus qu'au nombre de quarante. Le 16, je fis halle à la ville d'Aushin, où je fus
logé dans la meilleure maison de l'endroit. Comme .
c'élait la fête de l’Aid-Kébir, les habitants avaient tué un taureau, et leur chef m'en envoya ma part. Le 47, auprès avoir dépassé plusieurs autres villes, j'entrai à midi dans celle de Dunchow, qui est la première à l’ouest dans la province de Kano.
La ville de Baebaegie, où j'arrivaiensuite, estsiluée par 41° 34 de latitude nord, et par 9 13° de longitude est. Elle s'élève, pour ainsi dire, au milieu d’une vaste plaine; et d'un mont de granit situé à une portée de mousqnet environ de la porte méridionale, on distingue, à dix milles vers l’est, les montagnes de Nova, à trente-cinq milles vers le sud, celles qui avoisinent Aushin dans le Zegzeg ; vers le nord, c’est une vaste plaine qui n’est bornée que par l'horizon, enfin, au nord-est, on aperçoit au-dessus de la ligne horizontale les deux monts que renferme la ville de Kano.
Je restai un jour à Baebaegie. Le 20, poursuivant ma route, je franchis dans la matinée nu petit ruissean qui coule vers le sud et se réunit à la rivière de Girkwa. Peu après je dépassai la ville de Madagie, qui est entourée de murs, et qui paraît bien peuplée. A midi, j'arrivai sur le bord de Ja rivière qui baigne la ville de Girkwa, d'où elle tire son nom, et qui prend sa source dans les montagnes avoisinant Aushin, Elle est à sec dans toute la longueur de son cours pendant six mois. Lors de mon passage elle avait de cent à cent vingt verges de large et cinq pieds de profondeur, de sorte que mon cheval qui était fort petit fut obligé de nager, et que je fus mouillé jusqu'au milieu du corps. Après une courte halle sur la rive opposée pour sécher un peu mes vêtements, je poursuivis ma route, et j'arrivai à cinq heures du soir aux portes de Kano,
Itinéraire de Kano au camp de Bello, et de là à Sackatou. Résidence dans cette ville.
Dès mon arrivée à Kano j'allai directement À la demeure de mon ancienne connaissance Hadje-Hat-Salah. Le 21, je visilai le gouverneur, qui fut très poli, très causant avec moi, el me dit que le gadado était en
route pour venir à Kano, mais que si je ne jugeais pas convenable de l’attendre, j'étais libre de poursuivre mon chemin vers le camp de Bello. Ce camp était situé à quelque distance de Sackatou. Je profitai de la permission qui m'était donnée au bout de quelques Jours. Le 24, au lever du soleil, je partis, et à quatre heures du soir je fis halte à Toffa, ville ceinte de murs, mais en si mauvais état, qu'à moins d'être réparés ou même reconstruits, ils auront entièrement disparu dans une année ou deux. Les maisons qu'ils entourent ne sont pas fort nombreuses, car la population ne s'élève qu'à deux mille âmes; mais il y a dans l'intérieur de la ville des champs immenses de grain. Les habitants m'apportèrent du lait et une espèce de pouding qui n’était autre chose que de la farine de millet bouillie dans de l’eau sans aucun accommodement. Ce ragoût fait généralement le second repas des naturels dans toute la contrée qui s'étend entre la Quorra et le Bornou, et mème dans les parties de ce royaume où on récolte du millet.
Le 25, après avoir rencontré sur mon passage les villes de Kiawa et de Gageai, je fis halte à celle de Gongodi. Le jour suivant je cheminai à travers de belles plantations, et je franchis plusieurs cours d'eau qui se dirigeaient à l'est. Vers deux heures de l'aprèsmidi, un violent orage qui se déclara tout-à-coup m'obligea de m'arrêter dans la ville de Koki, dont les murs, comme ceux des villes précédentes, étaient dans un délabrement complet. On me donna la meilleure maison de l'endroit, et les provisions ne me manquèrent pas. Le lendemain, je dépassai, à onze heures, la ville de Duncamie.
Le 13, je fis halte, avec l’armée, sur les bords d'un vaste lac qui est formé par les rivières de Zirmie et de Zarrie, ou, à plus proprement parler, d'une chaîne de lacs et de marais qui s'élendait à travers la plus grande Eee des plaines de Gondamie, presque jusqu’à Sac-
atou. Ces endroits marécageux servaient de retraite à une multitude d'éléphants et autres animaux sauvages. Le soir, je fus, pour la première fois depuis mon départ de Kano, averti par le premier ministre qu'avant de gagner Sackatou, nous aurions à nous rendre près de Counia, capitale du Gouber, près de laquelle était campé le sultan avec une partie de ses forces, et qu'il comptait prendre avant derevenir à Sackatou.
Je me dirigeai donc, le 14, vers Counia, à la suite de la division que commandait le gadado, et le surlendemain 15, à midi, nous atteignimes l'endroit où Bello avait établi son camp. Dès mon arrivée, sans me laisser même le temps de réparer le désordre de ma toilette, celui-ci m'envoya l’ordre de venir à sa résidence. Elle consistait en un grand nombre de huttes, qui à elles seules et entourées d'une pièce d'étoffe suspendue à des piquets formaient un petit village. Son accueil fut des plus bienveillants. Je revins passer la nuit «u camp avec le sultan et le gadado, et le 47, au lever du soleil, je les suivis vers Magaria, ville située parmi les montagnes, au sud-est de Sackatou, à laquelle nous parvinmes le 19. Cette ville n’est, à pro-
rement parler, qu’un Sanson, ou lieu de réunion pour es armées. Les principaux habitants de la capilale y ont bien tous des maisons, mais ils les font habiter par leurs esclaves, qui s'occupent à labourer la {erre, à recueillir les moissons et à faire paître leurs troupeaux dans les environs. Le soir, le sultan m'envoya dire que, comme il désirait rester quelques jours à Magaria pour voir si l'ennemi ne viendrait. pas l'attaquer, j'étais libre, si bon me semblait, de gazner Sackatou et d'y demeurer jusqu'à ce qu'il me rejoignit.
J'usai de la permission et me mis en route dans la malinée du 20. Chemin faisant, je remarquai avec plaisir que tous les lieux susceptibles de culture étaient plantés de grains, et je rentrai à trois heures de l'après-midi dans Sackatou, où je repris possession de mon ancien logement. Quoique cette ville, à laquelle les rebelles du Goub?r avaient mis le feu l'hiver précédent, me dit-on, eût lé aux deux tiers brûlée, tou-
SUTAUN.
Des marchands et pélerins qui, pour leur sûreté mutuelle, voyageaient de compagnie.
tes les maisons en avaient été si pareillement rebâties aux mêmes places et de la même forme, que je la retrouvai absolument {elle que je l’avais vue deux années auparavant. La seule différence était que, depuis l'insurrection du Gouber, elle avait onze portes.
Lorsque le sultan quitte la capitale, dix cadis ou juges, ainsi que notre vieux ami Gomsou, gardent chacun une de ces portes avec leurs gens, jusqu’à son retour. Tant que dure l'absence du monarque, chaque gardien demeure dans une petite maison construite en nattes, près de la porte qui lui est confiée, en dedans des murs. Gomsou m’envoya dire de quel côté il était posté pour que j'allasse lui faire visite, car il ne s’agissait de rien moins que de la peine capitale pour lui, au cas où il eût quitté son poste pour venir lui-même me voir. Je me rendis donc auprès de lui, et le trouvai assis sur le seuil de sa hutte. Il avait avec lui sept méchants fusils arabes, les uns sans pierre, les autres sans baguette; mais, malgré tout, sa porte, à cause de ses mousquets, était réputée imprenable.
Le 30, le ministre de Bello me dit que, soupçonné
d’être un espion, j'étais invité à me rendre près de son maître. Quoique fort malade, je le suivis, et nous fûmes aussitôt introduits dans l'appartement du sultan, qui état occupé à lire: mais quand nous entrâmes, il mit son livre de côté, et commenca lui-même à me parler de la lettre, Comme je le pressais de me la mon-
trer, après toute sorte de subterfuges, il finit par m'avouer qu'il avait effectivement reçu une lettre, mais qu’elle n'était pas signée du sheik ; que cependant elle avait été écrite avec sa sanction par un saint homme de ses sujets, et que la teneur en était qu'il fallait, sinon me tuer, du moins ne pas me laisser franchir Sackatou, attendu ‘que je n'étais qu'un espion. Telle fut, j'imagine, la voie détournée par laquelle Bello voulut d’abord s'approprier les présents que je destinais au sheik de Bornou. On verra plus tard qu’il chercha par la suite à satisfaire plus ouvertement sa honteuse cupidité,
Je relournai le 6 à Sackatou avec le sultan et son premier ministre. Le lendemain je visitai Bello, et sur sa requête, je montrai à un de ses gens comment on montait la pendule. Dans l'après-midi je reçus la visite de trois Felatahs : le premier, natif de Foota- Torra; le second, de Tombouctou, et le troisième, d'une ville voisine de la précédente. Le premier, Hadje- Omar, qui était un homme intelligent, me dit que quarante personnes étaient arrivées à Ségo avec Mungo- Park; que, sur ce nownbre, trente-cinq étaient mortes de maladie, et que cinq seulement s'étaient embarquées avec lui sur la chaloupe que lui avait donnée le sultan de Ségo, et qu'ils avaient été sans cesse attaqués par les Tu:ricks, auxquelsils tuèrent beaucoup d'hommes, Le second de mes visiteurs, appelé Malem-Maho-
Il Qi |
On les poussait en avant, presque au pas de course,
med, m’apprit que tout le district de Tombouctou était alors sous la domination des Tuariks; que la principale ville de ce district portait le même nom; que le pays où elle est située ne produit pas d'or, et que celui dont les habitants sont bien pourvus leur vient d'Ashantie, de Conga et de Bambarra, où ils l’échangent contre du sel avec les Tuaricks, contre des vêtements avec les indigènes de Fez, de Ghadamis et de Tripoli ; enfin, que le Tombouctou n'était qu'un grand marché où toutes les caravanes de l'est et du nord rencontrent celles de l'ouest et du sud. Le troisième, qui était allé en pèlerinage à la Mecque, put m'indiquer la route qu'il avait suivie de Sackatou à Sennaar. Après avoir passé par Kano, il avait successivement traversé l'Adamowa, le Baghermé, le Runza, le pays des Kaffins, le Darfour et le Kordofan. Il m'assura que le Bahr-el-Abiad (1) n'est profond que de quatre pieds pendant l'été, de mème que le Shary, au-dessus de Logan, avant qu'il reçoive la rivière d’Ashu qui vient du sud-est à travers le Baghermé. C'est le seul cours d'eau qui, pendant les mois de sécheresse, ne soit pas guéable entre la Quorra et le Bahr-el-Azreh.
(1) On sait que le Bahr-el-Abiad descend des montagnes de la Lune, et forme le grand Nil en se réunissant au Bahr-el-Azreh ou Nil bleu, qui a ses sources dans l’Abyssinie. A. M.
Du 8 novembre au 18 décembre, espace de temps que je passai soit à Sackatou soit à Magaria, il ne m'arriva rien qui mérite d'être mentionné. Mais le 48, étant dans la première de ces deux villes, j'appris d’un voyageur qui arrivait de Kano, où j'avais laissé mes domestiques et ceux de mes effets et bagages dont je n'avais pas besoin, qu'ils s'étaient mis en route par ordre du sultan pour venir me rejoindre, et qu'ils avaient déjà atteint la frontière de Zamfra. La seule explication que je pus d'abord trouver à cette étrange conduite du sultan qui ne m'avait prévenu de rien fut qu'il avait pensé que mes bagages seraient plus en sûreté près de moi. Plusieurs jours s'écoulèrent sans m'apporter aucun éclaircissement. Le 21, je me rendis chez le gadado, et après l'échange des compliments ordinaires, je le priai de me dire pourquoi son maître avait cru devoir donner un pareil ordre. Il me répondit qu'il n'en avait pas eu la moindre connaissance jusqu'à ce que mes gens fussent arrivés à Magaria, et qu'alors le sultan lui avait confié qu'il désirait voir la lettre que le gouvernement britanniqne envoyait au sheik de Bornou. Je répliquai qu'on me couperait plutôt la tête que de me faire consentir à laisser ouvrir celte lettre, et je sortis. Le même jour, à trois heures de l’après-midi, mon domestique Richard Lander arriva avec toutes mes malles et Pascoe. Richard avait été fort malade en route; mais les habitants des diffé-
rentes villes où il s'était arrêté, ainsi que le guide que lui avait donné le gouverneur de Kano, n'avaient cessé de lui prodiguer toute sorte de soins. Le lendemain Bello me fit prier de me rendre près de lui avec Richard, disant qu'il n'avait pas encore vu d'autre chrétien que moi, et d'apporter la leltre écrite au sheik, non qu'il voulût me la prendre ou la lire, mais simplement parcé qu'il désirait connaître la rédaction de l'adresse. J'obéis. Je lui montrai cette lettre; et, sans presque m'écouter, il brisa le cachet, et me fit signe de sortir.
Le 23, Gomsou, qui avait été témoin de la scène rapportée ci-dessus, vint me trouver, et m'engagea, pour couper court à tout différend avec Bello, de remettre volontairement à ce dernier les cadeaux que je réservais au sheik, sans quoi ils me seraient tôt ou tard pris de force. « Eh! que m'importe, après l'injure d'hier? répondis-je. On a violé hier en ma personne tous les droits les plus saints : il ne peut maintenant m'arriver rien de pire. Qu'on vienne me prendre tout ce qu'on voudra; qu'on me prenne la viel je suis seul au milieu d’une nation d'étrangers, et incapable de lutter contre cette nation entière, ma mort sera facile. Mais je le déclare, la mort ne m'épouvante pas après l'outrage que j'ai déjà reçu. » Malgré mes protestalions, le gadado et ses gens me prirent tous les
présents que Sa Majesté Britannique avait destinés à
El-Kanemy.
{Ici se termine le Journal de Clapperton, interrompu par la muladie qui peu après le conduisit au tombeau. Aucune note postérieure à la dernière date mentionnée ci-dessus n'a été trouvée parmi les papiers de l'illustre voyageur. Pour y suppléer, nous ferons du Journal tenu après sa mort par son fidèle domestique Richard Lander, dont le nom est devenu si célèbre, la matière du paragraphe suivant.)