EXCURSION DANS LE PAYS DES BUSHIMEN, DES KORANNAS ET DES NAMAQUAS
Le 24 juin 1824, je partis de la ville du Cap dans l'intention d'explorer la contrée déserte qui se trouve sur les bords de la rivière de Gariep ou d'Orange, et le vérifier par moi-même si la partie inférieure de son cours peut offrir quelques facilités pour établir des relations commerciales avec les tribus de l’intérieur.
Cette partie du sud de l'Afrique n’a encore été visitée par aucun voyageur européen, si ce n’est par le révérend M. Campbell. Mais son ouvrage ne traitant que des objets qui intéressent les missions, il renferme peu de renseignements propres à éclairer sur la conformation géographique ou sur les ressources commerciales de ce pays. Je ne veux point par-là rabaisser le mérite du livre de ce vertueux et modeste philanthrope, mais je veux montrer que ne m'étant pas
proposé le même objet que lui, n'ayant pas suivi la même route, j'arrive maintenant sur un terrain entièrement neuf pour les Européens, et qui n’a été visité que par d'audacieux contrebandiers et par quelques missionnaires qui s'étaient dévoués à la propagation du christianisme parmi les tribus errantes de ces régions désolées.
Equipé aussi simplement que pour mon excursion dans le pays des Betchouanas, et muni, par la protection de Son Excellence le gouverneur, d'une injonction officielle aux habitants de Ja colonie de me rendre tous les services dont je pourrais avoir besoin , je voyageai sans m'arrêter avec des chevaux que je louais de village en village jusqu’à Bloem Fonteyn, résidence du weld-commandant Nel, dans le Roggeveld , où j'avais l'intention de prendre les arrangements nécessaires pour m'avancer au-delà de la frontière de la colonie. J'avais traversé jusque-là une contrée dont le caractère a été minutieusement décrit par Lichtenstein; je ne me suis pas aperçu qu'il soit survenu de changements importants dans la condition ou les mœurs des habitants depuis qu'il les a visités il y a trente ans. Les planteurs du Roggeveld sont toujours, comme les autres colons de la frontière, des hommes francs, hospitaliers, mais sans culture, affectueux pour les voyageurs, mais perpétuellement en querelle les uns contre les autres ou engagés contre les misérables
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On eût dit que cette gorge avait été creusée à travers le roc,
Bushimen dans une guerre barbare, qui n’est qu'une suite d'incursions réciproques.
Le weld-commandant, dans la demeure duquel je me trouvais, était un riche fermier propriétaire de troupeaux considérables. Les cultivateurs, dans celte partie de la colonie, s'occupent exclusivement des pâturages , auxquels véritablement la nature du sol est singulièrement favorable. Je visitai avec Nel et un autre planteur le pic le plus élevé des montagnes voisines, appelé Uitkyk (observatoire), d'où ma vue planait sur le pays dans toutes les directions avec une netteté extraordinaire, puisque j'apercevais distinctement le sommet des montagnes de Hex-River couronnées de neige, à environ quatre-vingts milles de distance, tandis que le pays des Bushimen , entrecoupé seulement par des lits de torrents desséchés, s'étendait sous mes pieds bien loin au nord. Du hautde ce pic je terminai avec le compas la situation de plusieurs points remarquables, les montagnes de Bokkeveld, Cedarberg, Hantam et de Niewveld, situation qui a été indiquée d’une manière inexacte sur les anciennes cartes.
Le 4er mai, ayant l'intention de pénétrer dans le Bushman vers le nord, et de reconnaître , s'il était possible , la jonction de la rivière de Zak ou plutôt de Hartebeest avec le Gariep, j'avais déterminé le weldcommandant à expédier des exprès dans différents villages des environs pour me procurer des chevaux et
une escorte; mais, comme il fut impossible de trouver dans le voisinage un seul Hottentot qui consentit à m'accompagner, je fus obligé de côtoyer encore la frontière de la colonie vers l'ouest, dans l'espérance de pouvoir compléter les arrangements nécessaires à mon voyage dans le Hantam. En conséquence, dans la matinée je partis de la maison du vieux Ne], homme qui, quels que soient ses défauts, possède assurément la vertu de l'hospitalité à un éminent degré. Malgré la rudesse et la grossièrelé de leurs manières, malgré leurs préjugés cruels et anti-chrétiens à l'égard des pauvres indigènes, ces planteurs conservent au fond une grande simplicité patriarcale, et beaucoup de bienveillance et de franchise.
. Nel m'avait procuré des chevaux frais et un guide; je m'avançai à travers un pays élevé, d’où je découvrais de temps à autre dans le lointain les montagnes de Cédar. La nature était âpre et sauvage, Ja température vigoureuse. Cependant j'aperçcus dans les montagnes quelques expositions propices, où les fruits de la colonie atleignaient une maturité parfaite. J'arrivai le soir à Downs, résidence de Schalk-van-der-Merwe située à l'extrémité nord des Roggeveld-Bergen qui se terminent en ce lieu en collines à pic et détachées. Je trouvai la maîtresse de la maison qui faisait paitre les vaches et les brebis pendant l'absence de son mari; elle me dit que je ne pourrais me procurer en