‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 157 sur 179 · rames ne · texte numérisé non relu

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cet endroit ni chevaux ni guides; mais ayant appris que quelques Hottentots mélis libres résidaient à environ six milles, je me remis en roule à pied, au clair de la lune, dans l'intention d'en prendre un ou deux pour guides, et de me procurer des renseignements sur mon voyage projeté. Un vieux Hottentot, dômestique de la famille, m'accompagna.

En arrivant au village hottentot, j'appris que Îles hommes étaient tous absents, et qu’il n'y avait dans le kraal que les femmes et les enfants, avec un peu de gros et de menu bétail. Je me dirigeai avec mon vieux guide vers l'habitation la plus'voisine, c'était celle du vieux Hans Cœtzee, entre le Hatamberg et le Paardenberg. Toute la famille était couchée, et nous éûmes de la peine à nous faire ouvrir. Je ne trouvai pas le logis très commode lorsque j'y fus entré. La vieillé hôtesse s’excusa en bâillant de n'avoir aucune nourriture à m'offrir. Je n’obtins qu'un verre d'eau et une espèce de natte pour étendre mes membres fatigués, et j'oubliai bientôt, au sein d'un sommeil profond, tout autre besoin.

Le 2 août, m'étant procuré des chevaux frais et un guide, je me mis en route immédiatément après déjeuner. Je continuai mon voyage à travers une contrée aride, et en apparence extrêmement stérile. A ma gauche était le Hantamberg , montagne isolée et d'une grande étendue, puisqu'il faudrait deux jours pour en faire le tour à cheval. Le sommiët de cette montagne, qui est uni et médioerement élevé , est regardé comme un pâluragé extrêmement salubre pour les chevaux à de certaines époques de l’année, où des maladies périodiques règnént dans les plaines voisines.

Dans un défilé étroit entre deux montagnes, qui se nomme Morderaar's Poort (la porte des meurtriers), parce que plusieurs colons ont été assassiiés dans cet endroit par des Bashimen, mon guide me 1hontra six énormes tas de pierres, qu'il me dit avoir été amoncelées par des Hottent"ts, en mémoire d'une bataille

sanglante qui fut livrée dans ce lieu par deux tribus :

de leurs compatriotes, avant l'époque où les Européens arrivèrent dans le pays et les réduisirent toutes en esclavage.

Je trouvai dans un village appelé #’elleagd, où je m'arrêtai, un colon anglais du clan William. C'était un charpentier qui travaillait de son état pour les fermiers. 1] ya maintenant des hommes aventureux de celte espèce , disséminés dans les parties les plus reculées de la colonie ; et ils introduisent insensiblement parmi les planteurs africains, non-seulement des perfectionnements relatifs à l'agricullure et aux arts mécaniques, mais encore un esprit d'indépendance qui avant peu effacera celte docilité servile qui, par l'effet d'une longue soumission aux moindres volontés des autorités provinciales , a défiguré le caractère naturellement opiniâtre et. peu flexible des Hol- Jandais.

J'arrivai le soir fort tard au veld-cornet de Louw, à Tee-Fonteyn, jouissant par avance du plaisir dé soupér en famille à l'abri, dans on appartement bien chaud, du souffle glicé du vent et de la bruine. Mon désappointement fat d'autant plus grand quand je trou vai là maison fermée, el seulement {rois ou quatre esclaves et Hottentots qu'on avait laissés pour la garder, et qui deméuraient dans une misérable hulle en paîlle. Après un instant de conférence avec eux, j'a doptai le plan que me suggéra un esclave, en enfoncant la porte de Ia maison. On prépara pour moi un petit souper, et j'entendis, au sein du repos et du bienêtre, Ja tempête gronder au dehors. I est à remarquer que ces grandes pluies, qui sont poussées jusque-là par les vents de l'Atlantique, ne s'étendent pas plus luin dans l'intérieur.

Le 3 août, il Lomba loute la journée des torrents d'une pluie bienfaisante pour la campagne desséchée, mais peu favorable pour mon voyage. Le propriétaire dé l'habitation auquel j'avais envoyé un exprès arriva

vers midi. Il agréa mes excuses pour m'être introduit de force dans sa maison, et ne pouvant lui-même me procurer tout ce qui m'était nécessaire pour mon voyage, il m'accompagna à la Groote-Toren (grande tour), résidence de William -Louw. Louw lui-même élait à Ja ville du Cap, mais sa femme et ses gens me rendirent tous les services qui dépendaient d'eux , et l’on expédia sur-le chämp des messagers à la recherche d'une couple dé Hottentots pour m'accompagner dans le Bushimen,

Le 7 août, le matin de bonne heure, je partis à cheval avec mes deux guidés. Nous avions deux chevaux en laisse pour portér nos effets, et pour servir de temps en temps de rechange à ceux que nous montions.

Nous arrivâmes vers midi à Slinger-Fonteyn, le dernier endroit habité par les colons. Un vieil Allemand notumé Aichert y demeure dans une misérable hutle rouge. Nous descendimes de cheval, et après nous être reposés pendant une couple d'heures, nous nous rémimés én route, laissant derrière nous l’homme civilisé et ses demeures, et je me trouvai encore une fois aec un mélange dé terreur et de joie au milieu de l'immense solitude du désert.

À mesure que nous avancions , le pays devenait de plus en plus aride et désolé. Nous traversâmes les lits de divers torrents desséthés , et nous vimes à notre droite plusieurs lits dé sel appelés les Brackpans ; nous franchîmes une vallée large d'environ six milles, entièrement composée dé sable nu, qui paraissait avoir été couvert d'eau à divérsés époques, mais il n'y en avait pas alors une seule goutte. Nous n'avions pas rencontré d'eau de toute la journée, et pour augmenter notre soif, un vent desséchant (lu nord-ouest nous soufflait avec violence dans la figure. Cependant, à la fin, nous atteignimes un endroit connu de mes guides appelé ÆAwil ou Parterre, et nous y trouvâmes un petit réservoir naturel contenant d'assez bonne eau, mais si profondément encaissé entre deux rochers que nous ne parviumes qu'avec beaucoup de peine à en tirer une petite quantité d'eau, à l’aide d'une coque d'œuf d’autruche; mais nous ne pümes nous en procurer pour nos chevaux. Le thermomètre marquail 83v à l'ombre, et 1100 au soleil. C'était un énorme changement, en peu d'espace, depuis les sommets glacés du Roggeveld.

Le 9 août, nous franchîmes une montagne trèsélevée,

couverte d'une herbe touffue et’ desséchée, et après:

avoir marché environ deux heures, nous arrivämes à la rivière de Kat's-Kop (têle du chat), comme mes Hottentots l'appelaieut; mais à mon grand désappointeinent je la trouvai entièrement à sec; nous mimes pied à terre, mais nos chevaux étaient si altérés qu'ils refusèrent de manger. Après avoir longtempscherché, Witleboy fut assez heureux pour découvrir un trou creusé depuis peu par les Bushimen, et qui contenait de l'eau d’un goût très saumâtre, Nous nôus y rendimes aussitôt avec les chevaux et eûmes de la peine à les faire boire les uns après les autres.

Nous étions convaineus, par des indices certains, que les Bushimen nous observaient d’une hauteur voisine, et noùs ne lardâmes pas à en voir une petite

troupe s’avancer d'un air pacifique et amical; elle se

composait d'un vieillard, de deux femmes et de deux enfants. Lés enfants semblaientvigoureux et bien portanis; mais les personnes plus âgées avaient la plus chétive apparence; le vieillard était d'une affreuse maigreur, et la peau d'une des femmes pendait en plis flottants sur ses flanes comme un morecau de cuir. Als venaient pour nous démander du tabac; nous leur en donnâmes une petite quantité qui parut les rendre extrèmement heureux. Ils entrèrent volontiers en conversation avec mes Hottentots, mais ils ne purent faire aucune réponse satisfaisante aux questions que nous leur fimes pour savoir s'il existait de l'eau dans la diréclion où nous voyagions. Ces malheureuses créatures subsistaient alors presque exclusivement d'œufs de fourmis qu'ils tirent de terre avec un bâton pointu

durei au feu, et dont Ja Lête est chargée d’une pierre; nous vimes dans la plaine beaucoup d’endroits pleins de trous qu'ils avaient faits en cherchant ces insectes. Ils se nourrissent principalement de deux espèces de fourmis, l’une noire, l’autre blanche. Cette dernière est regardée par eux comme un mets délicieux, et son apparence l’a fait appeler par les planteurs riz bushimen. Ce riz a un goût acide et qui n'est pas désagréable , mais il doit en falloir une grande quantité pour rassasier un homme affamé; pour se remplir l'estomac et peut-être pour corriger la trop grande acidité de cet aliment, les Bushimen mangent en mème temps dé la gommé de mimosa, qui n'est qu'une variélé de la gomme arabique.

En causant avec ces sauvages je remarquai qu'il manquait une jointure à l'un des pelits doigts du vieillard. Je lui-en demandai la cause, et il me répondit que sa mère, ayant perdu ses précédents enfants presque aussitôt après leur naissance , lui avait coupé celle jointure pour le préserver d'un semblable malheur. Des superstilions extravagantes de celle espèce semblent constituer toute la religion des Bushimen.

Après avoir pris un repos également nécessaire à nous et à nos chevaux affamés, nous nous remîmes en roulé un peu après midi; un vent nord-est nous soufflait avec violence daus la figure et nous desséchait la peau à un point extraordinaire, et de fréquentes frictions avec un peu de graisse dont je m'étais muui à cet eflet né m'en garantissaient qu'imparfaitement. Nous voyagions dans une plaine sans borne; à droite, nous avions la chaîne des monts Kat's-Kop : à notre gauche et en face, une de ces vues immenses qui sont particulières aux environs de la Grande-Rivière. En général, on peut se représenter le pays des Bushimen, entre la colonie et lé Gariep, comme un grand plan incliné qui s'abaisse graduellement du sommet des monts Nieuwveld jusqu'au bord de cette rivière.

Nous passâämes auprès d’une montagne isolée de forme conique, située près de la jonction de la rivière de Gamka avec celle d'Hartebeest. Je lui donnai, en l'honneur d'un de mes amis , le nom de Aavenhill; plusieurs lits de torrents, qui doivent en certaines occasions contenir une masse d'eau considérable, joignént dans cet endroit le Gamka Le pays paraissait en général extrèmement maigre ét aride , quoiqu'il y eût cà et là des endroits couverts d'herbe flétrie.

Au coucher du soleil nous traversâmes le canal du Gamka pour la dernière fois, el nous tournâmes droit au nord vers la rivière d Hartebeest, où nous espérions trouver de l'eau et probablement du gibier. Sur les neuf heures, après une course fastidieuse de neuf heures, pendant laquelle nous avions à peine fail trentecinq milles, nous arrivâämes au lit de cette rivière dans ulieu appelé Camels Mouth ; mais, à notre extrême chagrin, nous la trouvâmes entièrement à sec. Nous n'ediues d'autres ressourcesque d’atlacher nos chevaux à un arbre, et, après avoir allumé du feu, nous nous couchâmes à côté, espérant trouver dans le sommeil l'oubli de nos maux. Pendant la nuit nous fûmes troublés par les hyènes qui s'approchaient à quelques pas, mais qui n'osèrent pas nous allaquer.

Le 41 août, nous apercûmes le lendemain malin que ñous avions bivouaqué dans le lit de la rivière qui doit à certaines époques contenirun Cours d'eat, d'üne violence et d'un volume considérables. C'est, en effet, le canal par lequel toutes les eaux du versant nord des monts Nicuwveld s'écoulent après les grands orages où déluges périodiques dans le Gariep. On peut imaginer combien ces déluges sont rares et irréguliers, d'après ce fait que celle rivière n'a pas chassé d'eau depuis cinq ans.

Les Korannas qui habitent les bords de Ja rivière d'Hartebeest n'ont aucun troupeau, et vivent exactement de la même manière que les Bushimen, c'està-dire de gibier quand ils peuvent en tuer, el de racines farineusés quand le pays en produit; mais lorsque ces ressources viennent à manquer, ils Se nourrissent

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comme ils peuvent de fourmis, de gomme et des bour. geons d'une certaine espèce de buisson ; ils tuent le gibier de la même manière que les Bushimen, avec des flèches empoisonnées ou des fossesau milieu desquelles ils placent un bâton pointu. Ces fosses sont si nombreuses sur les bords et dans le Hit de la rivière d'Har-° tebeest, qu'il est surprenant que nous n'y Soyons pas tombés. À cette époque l'extrême sécheresse, en faisant périr toute espèce de racines nourrissantes à la surface du pays, avait réduit cette peuplade à la plus affreuse détresse. Les Korannas sont en général plus grands que les Bushimen : ils diffèrent d'eux par le langage el sous quelques autres rapports d'une importance secondaire : comme ils ont possédé précédemment du bétail ainsi que le resté de leur nation , et qu'ils ont été réduits à cette existence misérable par suite des déprédations de quelques-uns de leurs voisins, leur situation présente montre par un exemplesensible par quel degré ies Bushimen ont primitivement passé de la condition de pasteurs à celle de chasseurs et de brigands.

Retour de Witteboy. Arrivée sur les bords du Gariep. Les hyènes et les lions. Voyage le long de cette rivière. Troupe de chasseurs korannas. Excursion pour visiter ue cataracte remarquable.

Le 143 août, nous nous mimes en route de bonne heure, et nous marchâmes vers le nord-est pendant environ six milles, à travers un labyrinthe de collines basses et rocailleuses, parsemées de buissons de wagteenbeetje. Nous y trouvâines les Korannas qui gardaient les restes d’un zèbre. Lesassauts désespérés livrés à la carcasse et l’excessive protubérance de la panse très visible Chez ces gardiens affamés, attestaient qu'ils avaient tiré bon parti de leur temps et de leurs dents. Cependant nous réservâmes pour notre usage les deux quartiers de derrière et la tête de la bêle, et nous les suspendimes aussitôt sur les chevaux qui portaient notre bagage. Nous donnâmes le reste aux Korannas pour leur peine.

Nous nous remîmes en marche avec toute la promptitude possible vers le Gariep, que nous alteignimes, à notre grande satisfaction, au bout d'une couple d'heures environ. Après avoir souffert aussi cruellement que nous avions fait du manque d'eau, quel ravissant speclacle pour nous que ce flcuve roulant majestueusement ses flots rapides et profonds dans un lit de cinq cents pieds de largeur ! Nous nous hâtâmes de descendre vers le canal, nous nous plongeäñmes les mains et la figure dans l'eau fraich®, et nous assouvimes enfin une soif que chaque verre de l'eau saumâtre des Korannas semblait redoubler. Nous laissâmes nos chevaux paître dans la prairie sur les bords du fleuve , pendant que nous nous occupions à l'ombre des saules à couper la chair de notre zèbre en tranches minces pour les faire rôtir au soleil. Ayant main: tenant de la viande en abondance et tonte une rivière d'eau fraîche à notre disposition, nous ffmes un repas de prince, quoique sans sel, Sans sauce el Sans aucune espèce de légumes. Nous trouvämces la chair du zèbre tendre et savoureuse ; mais rien ne semblait pouvoir apaiser notre faim ; à peine avions-nous fini un morceau que nous étions prêts à recommencer avec un autre.

Après tant de privations, cé n'était pas une médiocre satisfaction pour moi d'avoir enfin accompli un des objets de mon voyage. J'étais arrivé au bord du Gariep par une roule qu'aucun voyageur n'avait parcourue avant moi, ét j'avais acquis les tesins d'ajouter à la carte du sud de l'Afrique la fopagruphie exacte du pays intermédiaire qui, quelque aride &l désolé qu'il puisse être, n'en est pas moins digne du plus vif intérêt aux yeux du naturaliste et du philanthroÿe.

Le Gariep doit, à certaines époaurs, Yersér dans TOcéan un énorme volume d'eau : ii était alors aussi bas qué jamais, ©t large seulement Wénviron cinq cents pieds; mais les nombreux vestiges de ses débordements

s'étendaient sur l’une et l'autre rive, à un mille au moins du bord de l’eau, et en plusieurs endroits, trois ou quatre fois plus loin. Sur le bord opposé, une chaîne de montagnes court parallèlement à la rivière; cette chaîne , ainsi que je l’ai vérifié, la suit depuis un peu au-dessous de la ville de Griqua jusqu'à l'Océan pendant un trajet d'environ cinq cents milles. Je lui ai donné le nom de Mur gariépin. On dit qu’un peu audessus de notre station, le mur gariépin, en s’approchant de la chaîne connue sous le nom de Hontagnes du duc d’York, forme une écluse très curieuse. La rivière qui, dans cet endroit, se fraie un passage entre les montagnes, coule pendant un espace considérable sous une voûte immense creusée dans le roc et suspendue entre deux rochers. Nous entendions distinctement à plusieurs milles de distance le mugissement des eaux se précipitant dans cet étroit canal; quand la rivière a atteint sa plus grande hauteur la scène doit être bien plus imposante encore, l'énorme masse d'eau accumulée au-dessus de l'écluse, et qui forme alors un lac majestueux parsemé d'îles, doit offrir un admirable coup d'œil à l'habitant du désert. Le Gariep est sujet dans tous les temps aux crues les plus subites par suite des pluies abondantes qui tombent dans la partie supérieure de son cours, et pour cette raison les naturels ont la précaution de ne jamais se coucher trop près des bords de son cours.

Le 15 août, nous étions à cheval dès le point du jour. Nous avions déjà fait environ cinquante milles en descendant le cours du fleuve, et nous n'avions pas encorerencontré un seul naturel. Sachant que ces bords étaient beaucoup plus peuplés qu'aucune autre partie du Bushmann ou du Koranna, et remarquant un grand nombre de huttes abandonnées, nous ne pouvions nous expliquer pourquoi les habitants de celte contrée favorite l'avaient désertée. Enfin, dans l'après-midi, au moment où nous traversions un bois épais sur le bord de la rivière, nous tombâmes brusquement sur une {roupe d'environ trente Korannas qui étaient assis à l'ombre; notre première sensation fut celle d'un vif plais‘r, en nous retrouvant en contact avec ces hommes pacifiques et bienveillants, car depuis notre départ de la colonie nous avions fait un triste voyage. Mais notre joie s’évanouit bientôt, en voyant les Korannas, dès qu'ils nous eurent aperçus, se dresser sur leurs pieds et courir à leurs armes; je n’attendais que le moment de voir une volée de flèches empoisonnées lancées contre nous, mais Wilteboy, avec une présence d'esprit admirable, se précipita à bas de son cheval, jeta san fusil à terre, et courut à eux les bras étendus, leur criant dans leur langue que nous élions des amis. Ils entrèrent aussitôt en pourparler, et un instant après nous nous serrions les mains avec une satisfaction mutuelle.

J'interrogeai les Korannas sur une grande cataracte qu'on m'avait dit exister dans le voisinage. J'appris avec un vif plaisir qu'elle n'était pas siluée à plus de sept ou huit milles en descendant la rivière, el comme il n'était guère plus de midi, je me déterminai à l'aller visiter sur-le-champ, de manière à revenir au camp des Korannas pour y passer la nuit.

Laissant nos deux chevaux les plus fatigués, nous partîimes, Witteboy et moi, escorlés de cinq Korannas que j'avais décidés à nous accompagner à pied. Lorsque nous approchâmes de la cataracte, sa voix commença à se faire entendre comme le bruit du tonnerre dans le lointain. Cependant nous avions encore un pénible trajet à franchir avant d'arriver au but de notre voyage, car nous en étions séparés par un bras de la rivière , et au-delà par plusieurs milles d'un terrain sauvage et couvert de bois: Le bras principal et intermédiaire du Gariep qui forme la cataracte traverse une espèce d'île d'une étendue considérable, couverte de rochers et de bois, et bornée de tous côlés par des courants d'eau. Lorsque nous eûmes passé le bras sud de la rivière, qui n’est à cette époque qu'un faible ruis-

seau, nous continuâmes de suivre les Korannas pen-

dant plusieurs milles à travers uue forêt épaisse d'aeacias. Le bruit terrible de la cataracte croissait à chaque pas. Nous arrivâmes enfin à une chaîne de rochers. el nous fûmes forcés de descendre de cheval pour suivre nos guides à pied. On eût dit que nous entrions sous le portique mystérieux de l'un des plus magnifiques temples de la nature, et les sauvages ignorants qui nous conduisaient témoignaient par le recueillement et la circonspection avec laquelle ils marchaient, qu'eux aussi cédaient à l'empire du genius loci, Is m'invitèrent à plusieurs reprises à me tenir derrière et à les suivre lentement, parce que les précipices étaient dangereux pour les pas des hommes, el la vue ainsi que le bruit de la cataracte étaient si terribles, qu'eux-mêmes n'envisageaient ce lieu qu'avec effroi et ne se hasardaient que rarement à le visiter. Enfin ils s’arrêtèrent tous, c! m'invitèrent à en faire autant. Un d'eux s’avança vers le bord du précipice, et après l'avoir examiné avec précaution, il me fit signe d'avancer. J'obéis, et j'eus sous les yeux une scène aussi curieuse qu'imposante. Cependant ce n’était pas encore la cataracte. C'étai: une écluse formée par le volume presque entier des eaux de la rivière, resserrées dans un canal étroit d’à peine cinquante pieds, où elles descendaient en décrivant un angle de près de 450, et se précipilant en tumulte à travers un saupirail noir el tortueux creus‘ au milieu des rochers et d’une effrayante profondeur, elles s'échappaient en torrents d'écume. Quoique ce füt incontestablement la première fois que mes noirs conducteurs amenaient un étranger admirer cette beauté de leur pays, ils faisaient preuve d'un fact particulier comme ciceroni, et d'un sentiment naturel du pittoresque dont j'étais également charmé et surpris. Ils m'avaient prévenu que ce n'était pas encore la cataracte : maintenant ils me guidèrent pendant un mille environ le long des rocs : quelques-uns se tenant à mes côtés, et m'avertissant continuellement de regarder à mts pieds, parce qu'un seul faux pas m’eût précipité dans des abîmes où l'eau s'eugouffrait avec un fracas qui semblait faire trembler sur leurs bases les rochers qui nous entouraient. Enfin, nous nous arrêtâmes comme la première fois, et l'instant d'après je fus conduit sur un rocher en saillie d’où j'aperçus une scène bien supérieure à tout ce que j'avais pu me représenter. Toutes les eaux de la rivière (à l'exception de ce qui s’en échappe par le canal secondaire que nous avions traversé, et par un autre canal semblable sur la rive nord), après avoir été resserrées dans un lit de cent pieds de

‘ largeur environ, se précipitent à la fois en magnifiques

cascades de plus de cent pieds de haut. J'étais placé sur un rocher presque de niveau avec le sommet de la cataracte et exactement en face. Les rayons du soleil couchant tombaient en plein sur la cascade, et occasionnaient le plus magnifique arc-en-ciel ; les nuages de vapeurs que les eaux formaient en se brisant, la riche verdure des bois suspendus sur les collines environnantes, le fracas assourdissant de la cataracte, et au bas le bouillonnement tumultueux du courant qui tournoyait en s'échappant par un canal profond, noir el élroit, formaient un ensemble de beauté et de grandeur tel que je n’en avais jamais vu. La majesté de la nature rendait inaccessible à la crainte du danger, et après une courte jause je me hâtai de quiller ma position pour voir de plus près, de dessus un rocher qui s'élevait plus directement au-dessus du gouffre écumant. À peine y élais-je arrivé que je me sentis saisir par quatre Korannas qui m'enlevèrent en mème temps par les bras et par lès jambes. Ma première pensée fut qu'ils allaient me lancer dans le précipice; cette idée ne dura qu'un instant ; mais elle affligea les bons sauvages. Ils appartenaient à une race timide, et ils avaient craint que ma témériié ne m'exposàât à quelques dangers. Après m'avoir éloigné du précipice, ils m'expliquèrent leurs motifs et me demandèrent pardon. Je fus touché de leur intention. Quoique j'eusse volontiers maudit leur zèle officieux, je revins à mon poste pour prendre une vue de celle scène extraordinaire ;

mais mon esquisse, ébauchée à la hâte, était trop audessous de la réalité pour me satisfaire et pour mériter d'être mise sous les yeux du lecteur. Le caractère de loute la contrée environnante, hérissée de rocs, de cavernes et de bois impénétrables, et l'aspect désolé des mont Gariépins sur le dernier plan, s'accordaient bien avec la grandeur sauvage de la cataracte, qui excita en moi une impression qui ne s'effacera jamais.

Au sortir de cette cascade magnifique, la rivière coule dans un canal étroit d'environ deux milles de longueur, profond d'environ cinq cents pieds, et qui parait avoir été creusé dans le roc depuis des siècles par la force du courant.

Dans l'automne, quand la rivière est haute, la chute doit être beaucoup plus belle; mais dans celte saison elle est probablement inaccessible. En effet, il est évident que la masse des eaux qui ne peut s'échapper par ce passage, se précipite alors avec impétuosité dans les deux canaux secondaires que nous trouvâmes presque à sec, et même qu’elle déborde sur le pays boisé qui les sépare, pays qui forme dans les autres saisons une espèce d'île, ainsi que nous le vimes : je donnai à ce lieu le nom de Cataracte du roi Georges, en l'honneur de nolre gracieux souverain.

En causant avec les sauvages de la cataracte du roi Georges, j'appris d’eux que la rivière de Kuruman, qui prend sa source dans le pays des Betchouanas, se jette dans le Gariep un peu au-dessous de cette cataracte, mais que dans la partie inférieure de son cours elle est souvent à sec pendant plusieurs années conséculives, comme le torrent d'Hartebeest du côté du sud.

En examinant les bords du Gariep, je me convainquis à regret de l'impossibilité d'employer ses eaux à l'irrigation des campagnes voisines, au moyen d’écluses et de fossés, suivant la méthode usitée et la seule praticable pour la culture des terres de l’intérieur du sud de l'Afrique. La grande élévation des bords du Gariep, au-dessus du niveau ordinaire de ses eaux, ne semble permettre aucune espérance de succès pour toute entreprise de cette espèce qui serait dirigée d'après les procédés ordinaires. Quant à la question de savoir si l'on pourrait tirer parti de ses débordements naturels pour atteindre jusqu'à un certain point le même objet, Ou si quelque mécanisme peu compliqué, semblable au puits d'Egypte, ne pourrait pas être employé avec succès pour les irrigations, je me reconnais incompétent pour la décider, et c’est, selon toute apparence, un problème qui ne sera pas résolu de si tôt.

Aucune des tribus de l'Afrique du sud, dans l'intérieur ou sur la côte, ne possède rien qui ait forme de barque ou de canot. Le moyen qu’ils emploient pour traverser une large rivière , et que j'ai vu mettre en usage, est fort simple : chaque homme à une poutre de bois, à l'une des extrémités de laquelle se trouve une cheville; tenant cette cheville d'une main, il s’assied jambe de-ci, jambe de-là , ou s'étend tout de son long sur la poutre et rame contre le courant avec ses pieds et son autre main. C’est un procédé bien grossier, mais qui paraît suffire aux besoins de ces indolents enfants de la nature.

Les Korannas sont de purs Hottentots qui se sont établis dans le voisinage de la grande rivière et qui s’écartent très rarement à une distance considérable de ses principaux bras; on en trouve tout le long de son cours en remontant du lieu où nous nous trouvions vers ses sources, aussi loin qu'ont pénétré les explorateurs européens. Les Korannas se divisent en un grand nombre de clans indépendants ou kraals, suivant l'expression usitée dans la colonie.

Chaque clan ou kraal est gouverné par un chef ou capitaine ; c’est ordinairement l'individu le plus riche; mais son autorité est extrêmement limitée, et on ne lui obéit qu'autant que les ordres ont l'approbation générale, Dans les cas pour lesquels il n’existe pas d'anciens usages, chaque homme agit suivant ce qui est juste à ses yeux. C’est un peuple de pasteurs , et plusieurs de leurs kraals possèdent des troupeaux consi-

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dérables de gros bétail, ainsi que quelques chèvres et brebis. Les troupeaux de cette espèce sont peu nombreux, quoiqu’ils réussissent à merveille et qu'ils parviennent à une grosseur extraordinaire. La difficulté de les protéger contre les bêtes féroces et de les conduire d’un lieu à un autre dans leurs fréquentes migrations ont probablement empêché les Korannas de les augmenter d'une manière considérable. Beaucoup de kraals n’ont ni chèvres ni brebis, mais seulement des vaches. Nous en avons vu qui, ayant perdu leurs troupeaux, ont rétrogradé de la vie pastorale à la condition de chasseurs ou de Bushimen.

Les Korannas voyagent sans cesse de place en place, suivant le besoin de pâturage ou leur caprice. Quant à leurs huttes mobiles, qui ne se composent que de quelques perches et d’une couverture en natle, ils les transportent avec eux au moyen de leurs bœufs de charge, qui sont merveilleusement dociles et bien dressés.

Leur langue diffère considérablement de celle des Bushimen; mais elle est presque semblable aux dialectes que parlent les Hottentots de la colonie et les Namaquas; aussi mes guides les comprenaient-ils facilement, tandis qu'ils n'entendaient parfaitement que ceux des Bushimen qui avaient fréquenté la colonie. Leur habillement est fait de peau de mouton, auquel les femmes ajoutent un tablier de peau et les hommes une espèce de poche qui ne satisfait qu'imparfaitement au vœu de la pudeur. Tel est, du reste, le costume primitif de toutes les tribus hottentotes.

Au physique, les Korannas sont supérieurs à toute autre race de Hottentots. Beaucoup d’entre eux sont grands, ont la figure bien coupée, les traits saillants, et un air d'aisance et de bonne humeur répandu sur toute leur personne prévient singulièrement en leur faveur. C’est en effet une race douce, apathique, peu entreprenante, bienveillante envers les étrangers et disposée à vivre en paix avec toutes les tribus qui l'entourent, à l'exception des Bushimen, auxquels ils portent une haine invétérée à cause des déprédations continuelles de ces derniers contre leurs troupeaux de gros et de menu bétail. On dit qu’une si grande animosité préside à leurs guerres avec les Bushimen, qu'on fait rarement quartier de l'un et de l’autre côté, soit aux jeunes gens, soil aux vieillards. Ces deux tribus font usage des mêmes armes, si ce n’est que celles des Korannas sont plus grandes et mieux travaillées, et que leurs flèches empoisonnées sont quelquefois garnies de plumes.

Ils ne fabriquent, indépendamment de leurs nattes, de leurs armes et de leurs vêtements, qu'une espèce de faïence grossière et quelques vases de bois, qu'ils creusent avec beaucoup de peine dans des blocs de bois massif. Ils achètent leurs couteaux et leurs haches aux Betchouanas et aux Boers, car ils ne travaillent point le fer. :

Les femmes korannas ont rarement plus de quatre ou cinq enfants; s’il leur arrive d’avoir deux jumeaux. ce qui est rare, on en détruit un de la même manière que chez les Bushimen.

Les Korannas sont très sujets à la consomption, ce qui du reste leur est commun avec toutes les tribus hottentotes, et surtout à une maladie appelée fièvre de sang, qui en fait périr un grand nombre. Quelques personnes pensent que cette maladie provient de leur habitude de se plonger fréquemment et sans précaution dans leur rivière favorite, au retour de la chasse et couverts de sueur. D'autres l’attribuent aux propriétés malfaisantes de l’eau à certaines époques. La fièvre de sang se manifeste ordinairement à l'extérieurpar des clous sur quelques parties du corps; dans ce cas on pratique une incision autour de la partie attaquée et on y applique avec succès le fiel et la graisse de certains animaux, Mais s' ellese porte à l'intérieur, il n’y a point de remède , le malade succombe. Cette fièvre ne s'étend pas au-delà des bords du Gariep; elle exerce ses plus grands ravages dans les mois de février et de mars. Pour les coupures et les contusions

ils font usage des feuilles du buku, ainsi que d'une ou deux autres plantes eLils s'en trouvent bien,

Ils sont fort adonnés à une espèce de magie ou sorccllerie malfaisante qui ne diffère pas beaucoup de celle des tribus cafres, dontils se servent souventpour se tourmenter cruelle: ent entre ceux. On. dit que quelquefois ils ne s'en tiennent pas aux charmes imaginaires, et qu'ils ont recours aux philtres et aux poisons.

Les clans korannas, dans la partie supérieure du Gariep et sur les bras du fleuve, sont tous amis ou alliés des Griquas auxquels ils se réunissent contre les Bushimen, qui sont regardés comme les Ismaélites du sud de l'Afrique. Par suite de cette intimité, quelquesuns se sont procuré des armes à feu. Plusieurs clans sont aussi étroitement alliés à la tribu matclbapi des Betchouanas, avec lesquelsils se marient souvent,

Départ de la station de la cataracte. La chaleur, la soif et la faim. Vengeance des Bushimen. Pella.

En quittant les rives boisées du Gariep, nous passâmes sur quelques collines d'un roc nu et poli qui paraissaient être chacune d'un seul bloc de pierre. En face et sur la gauche, les plaines sans bornes du désert s'élendaient de nouveau devant nous, tandis qu'à droite la chaîne sauvage des monts Gariep, bordée par la rivière etles bois qui couvrent ses rives, se prolongeait à l'ouest aussi loin que l'œil pouvait apercevoir. Au bout de quelque temps, le pays voisin de la rivière devint si rocailleux el si impraticable, que mes guides crurent nécessaire de nous diriger un peu plus au sud-est de manière à rejoindre le Gariep à Pella, station des missionnaires dans le Namaqua, à environ deux jours de marche : nous comptions nous procurer dans cet endroit les vivres frais qui seraient nécessaires pour le reste de notre excursion projetée.

Sur les quatre heures de l'après-midi, après un long et fastidieux trajet. d'environ quarante milles, nous arrivâmes au lit d'une rivière située à peu près au centre d'une chaîne de montagnes secondaires. N'ayant aucun moyen d'apprendre comment les na- Lurels appelaien£ Ja rivière et la montagne, j'imposai à la première le nom de Comte de Morpeth, el à la seconde celui de mon digne ami 41. Pillans. Nous lrouvâmes une troupe de Korannas campés près de la rivière de Pillans ; mais ils étaient venus des bords du Gariep uniquement pour chasser, et n'avaient appurlé avec eux d’autres provisions, qu'un peu d'eau dans des calebasses qu'ils ne purent partager avec nous.

Le 48 août, ne pouvant dormir, nous nous lerâmes vers quatre heures du matin, et nous continuâmes notre route au clair de la lune. Mais au bout d'une heure de marche, les Hotienltots avaient si froid aux extrémités qu ils déclarèreut qu'il leur élait impossible d'aller plus ioin, En conséquence, nous nousarrèlâmes, ct après avoir allumé du feu nous atlendimes le lever du soleil. Les Africains de loutles les classes sont moins capable: de supporter le froid et la pluie que les Européens,

Nousavions passé les monts Morpeth avant de nous arrêter. Cette chaîne court du sud-est au nord-est, el se termine à environ vingt-cinq milles à droite du Gariep. Le mur Gariépin élait Loujours le point le plus élevé de notre droite. Une autre plaine immense s'éteudait devant nous, bornée dans le lointain par une chaîne de montagnes semblables à celles que nous venions de franchir; je les appelai #onts Carlisle, en l'honneur du vénérable seigneur qui porle ce nom. À notre gauche, dans la direction de la colonie, les plaines du désert n'élaient bornées que par l'horizon.

Au lever du soleil, nous nous renimes én marche. La chaleur devint bientôt aussi insupportable dans la plaine que le froid l'avait été quelques heures auparavanl : telles sont les brusques trausitions de Ja température di ns ce pays: peut-être la présence d’une grade

"A en PT RP UT.

ss

quantité de nitre ne contribue-t-elle pas médiocrement à la fraîcheur des nuits. Nous nous arrêlâmes après lrois heures de marche et nous déjeunâmes avec notre dernière tranche de zèbre.

Au coucher du soleil nous arrivâmes au pied des monts Carlisle. Ils nous parureut avoir environ deux cents pieds de hauteur. Les Korannas avaient signalé à mes guides l'existence d'un passage étroit au milieu de ces montagnes. Nous le lrouyâmes sans peine, et il nous conduisit de l'autre côté de la chaîne sans que

nous eussions monté un seul pas. C'était lune des

gorges les plus escarpées et les plus pittoresques que j'eusse jamais vues. k Mais avant de clore ce voyage, disons encore quelques mois des Namaquas.

Les Namaquas. Etendue et aspect de leur. pays. Leurs mœurs et leur manière de vivre.

Les Namaquas sont une race de Hotteultots qui babitent le.pays voisin de la côte sur les deux rives du Gariep. C’est un peuple pasteur chez lequel on retrouve les principaux (rails caractéristiques des Korannas et des tribus aborigènes de la colonie. En effel ils se nourrissent principalement de lait, ils mènent une vie errante, et sont d'un naturel doux, apathique et peu entreprenant, |

Le pays oceupé par celte tribu est ordinairement distingué sur les cartes par les noms de pelit et grand Namaqua. Cetie dernière contrée, quelle que puisse avoir élé son étendue primilive, est maintenant réduile à l'angle aigu comprisentre la côte dela mer el le Gariep, et bornée au sud et à l’est par la rivière de Koussie et les montagnes Carlisle. Le grand Namaqua est un pays plus vaste et bien moins circonseril.Il s'étend à environ deux milles au nord depuis les bords du Gariep, eLà la même distance environ à l'est de la côte de la mer vers l'intérieur.

Il est séparé du Bclchouana par un vaste désert entièrement inhabitable parce qu il manque. d'eau ; ik est borné au nord par le pays des Damaras, Une grande partie de ce territoire consisle en une immense plaine ou vallée arrosée ou plutôt traversée par un cours d'eau appelé Æish-River par Vaillant et mal à propos représenlé sur sa carle, et d'après son autorité sur celle de Burchell, comme se jetant dans la mer au nord de Ja baie d'Angra Pequina. J'ai reconnu cette rivière pour un des bras du Gariep et je lui ai donné le nom de mon ami et mon compagnon, M. A. Borradaile, Elle se jette dans le Gariep à peu de distance de son embouchure, et on dit qu'après de grandes pluies elle charrie un volume d'eau considérable; mais à l'exemple des autres rivière intermillentes, son canal est à sec dans presque toute son étendue, el il ne se reconnait que çà et là à des flaques d'eaustagnante.Ce n'en est pas moins, après le Gariep, la principale rivière du Namaqua, et pendant la sécheresse ses bords sont le reridez-vous d’un grand nombre de naturels. Une autre rivière de quelque importance, appelée Kooëisip, est représentée comme tombant dans la mer plus au nord. Mais n'ayant pu me procurer aucune donnée précise sur son cours el sur son importance, je l'ai omise dans ma carte. Au demeurant le Namaqua est un pays aride et désolé, qui ne possède qu'un petit nombre de fontaines permanentes disséminées çà et là, qui fournissent aux besoins des habitants ei de leurs troupeaux pendant les périodes de sécheresse qui sont longues et fréquentes. La grande vallée de Borradaile est séparce de la côte de la mer par une chaine de montagnes rocailleuses médiocrement élevées, et qui semble rejoindre la chaîne que j ai nommée le mur Gariépin.

Le sol du Namaqua est en général léger el sablonneux ; il est couvert d’une couche Jégère d’une espèce d'herbe qui pousse rapidement à la suite des pluies accidentelles particulières au climat de ce pays, el qui suffit à la nourriture de nombreux troupeaux de bétail el d'animaux sauvages. On dit que les plaines situées

nn dé ttes at nn Ÿ

- vérs és sources de la rivière de Borradaile fournissent un pâturage plus fertile que le reste du pays, et qu'on y réncontre çà et là quelques fontaines abondantes que les missionnaires considèrent comme des emplacements favorables pour y établir des villages permanents.

Les Namaquas , comme toutes les autres tribus hottentotes, sont divisés en un graud nombre de clans, gouvernés {s'il est permis d'appliquer ce mot à des sociélés si imparfailes) par un chef dont l'autorité est limitée et temporaire. Les kraals limitrophes de la colonie on! été dépuis longtemps détruits ou réduils en esclavage. Les vastes plaines qui s'étendent entre le Gariep et le Kamiesberg sont représentées par les anciens auteurs comme habitées par une peuplade nombréuse, possédant de grands troupeaux de vaches et debrebis, et vivant au sein de la paix et de l'abondance. De cette peuplade il ne subsiste plus maintenant que la tribu qui réside à Pella et dans les environs. On l'a appelée Obseses, du nom d'une espèce de bœuf qui s'associe volontairement au bœuf domestique, probablement parce que cette horde s’est formée par la réunion de plusieurs autres petites peuplades. Dans le grand Namaqua la population décroît rapidement,

Les Namaquas habitent des huttes mobiles qui ressemblent sous tous les rapports à celles des Korannas, si ce n'est qu'elles sont plus grandes, et que le terrain y est ordinairement creusé d’un pied ou d'un pied et demi au-dessous du niveau du sol environnant, Ïs n’ont pas à proprement parler de résidence permanenle ; mais ils errent de place en place avec leurs lroupeaux de vaches et de brebis, ainsi que leurs ustensiles de ménage, suivant que le besoin d'eau et de pâlurage l'exige.

Le climat du Namaqua est beaucoup plus chaud et plus sec que celui de la côte sur les bords du’Gariep, quisont béaucoup plusbas'que la contrée environnante ; la chaleur est très forte pendantl'été; le thermomètre s y élève souvent à 420°. Cette’ tempéralure est insupportable pour les naturels, et à plus forte raison pour les Européens. , |

Les Damaras sont réunis en communautés plus nombreuses que les Korannas et les Namaquas ; ils sont gouvernés par des chefs héréditaires, praliquent la circoncision , et demeurent dans des villages solidement bâtis à l'instar de ceux des Betchouanas. Les elans les plus voisins de la colonie sont connus sous les noms de Ghoup, de Nevis, de Gamaquas et de Xuras ; ilest évident que ce ne sont pas là leurs noms primitifs, mais bien ceux qui leur ont été imposés par les Hottenlots, À l'exemple des Matclhapis ils font usage d'arcs et de flèches, ainsi que de sagaies. Il est vraisemblable

ue les Matclhapis et eux ont emprunté l'arc et les

èches empoisonnées aux Hottentols, par suite de leurs fréquentes relations avec les tribus de celle race; car ni les Eelchouanas, qui résident plus au nord, ni aucune des tribus des Cafres du sud, ne font usage de l'arc et n'empoisonnent leurs armes.

Les Damaras sont séparés des tribus betchouanas à l'est par un ‘asle désert sans eau, et par conséquent inhabité. Ce endant il est quelquefois traversé après la saison des pluies par des bandes appartenant aux clans matclhapis ét barrikarris qui, n'étant pas occupés de guerres plus voisines de leurs pays, Sen vont, pour secouer Ja monolonie de leur existence, piller leurs voisins. Quelques chefs damaras ont dit aux missionnaires qui les ont visités, qu'il existait sur leur côte une île où les bâtiments. mouillent quelquelois, et où ils échangent du fer contre du bétail. En 1824, le ca. pitaine Chapman, commandant l'Espiègle, corvelte de guerre, découvrit par le 22e degré de latitude (qui correspond au pays des Damaras, où à celui de quelque autre tribu de la même famille) une rivière considérable , à laquelle il a donné le nom. de Nowrse, en l'honneur de fu l'honorable commecdore de ee nom: Il dit que cette rivière a environ trois milles de largeur à son embouchy- -, et quoique son entrée, comme celle

Er

de’ loutes les autres rivières d'Afrique, soit fermée par une baie, cependant à l'époque où il l'a examinée elle était facilement accessible pour des bâtiments légers, puisqu'il y avait neufpieds d'eau au-dessous de la baie sans aucun ressac. Il se pourrait donc que l’embouchure de la rivière de Nourse fût un mouillage plus favorable pour commercer avec les naturels qué celle du Gariep qui, ainsi que je l'ai vérifié, est à peine praticable pour des barques, et dont le cours à plusieurs centaines de milles est intercepté par quantité de cataractes et d'écluses, de sorte qu'on ne peut considérer ce fleuve comme présentant aucune facilité pour la navigation intérieure.

Départ de T'Kams. Fontaine Goubus. Arrivée au Kamiesberg. Clam William Baie Sainte-Hélène. Baie Saldanha. Ferme Groote-Port. Etablissement de Groene-Kloof Ars rivée à Cap-Town.

Le 21 août, après avoir franchi les montagnes qui se dirigent à l'ouest de T'Kams, uous entrâmes dans une plaine immense couverte de louffes d'herbes sèches, mais dépourvue d'eau. Quelques rocs et quelques collines isolées s'élevaient devant nous ; au bout de deux heures de marche sur un sol plat et stérile, nous passâmes un défilé entré deux montagnes, audelà duquel les plaines d'herbes sèches s'étendaient au suit et à l'ouest, bornées seulement par l'horizon, Nous nous arrètâämes sur les dix heures du soir.

Nous nous levâmes le lendemain au point du jour. La plaine immense s'élendait encore autour de nous dans toutes les directions, toujours couverte de touffes de gazon desséché, Je nommai ce lieu S/ation désolée.

Au bout de quatre heures de marche nous atteignimes un endroit nommé Goubus, où existe une singulière masse de rochers nus qui s'élèvent à vingt ou trente pieds au-dessus des plaines environnantes, sur une largeur de trois ou quatre cents pieds. Nous parvinmes avec peine à tirer de l'eau de plusieurs vieux puils encaissés dans les rochers qui forment une espèce de bassin ou d’auge dans laquelle s'’amassent les eaux pluviales, C'est de là que ce lieu tire son nom : Goubus signifie en langue bushimen auge - fontaine.

Nous ne tardâmes pas à nous remelltre en marche, La plaine déserte s'étendait toujours devant nous, animée seulement de temps à autre par quelques autruches errantes, Enfin, deux heures avant le coucher du soleil, nous vimes les pics du mont Kamies se dessiner à l'horizon, vis-à-vis de nous, à cinquante ou soixante milles. Une ou. deux heures de marche nous conduisirent à quelques collines secondaires qui se dirigent vers le Kamicsberg, et dans la soirée nous alteignîimes au milieu de ces collines un endroit nommé Biet.l'onteyn, occupé par un Griqua ou Hottentot bâtard. N

Le 23 août après déjeuner, nous repartimes de Biet- Fonteyn : depuis Pella jusque-là, le pays avait été, quoique impercepliblement, en s'élevant; de sorte que, avant même (le quitter la plaine, nous devions être à plusieurs mille pieds au-dessus du niveau de la mer, Après avoir voyagé environ une heure, nous traversâämes le Koussie, ou rivière du Buffle, limite actuelle de la colonie. Quatre heures après nous passâmes au milieu de montagnes détachées qui font partie de la chaine du Kamiesberg. Nous nous arrètâmes vers midi dans un défilé pittoresque appelé Pieter’s-Kloof, où nous trouvâmes d'excellente eau. L'aspect du pays élait bien différent des soliludes desséchées que je venais de traverser ; il avait plu en abondance, et les versants des montagnes élaient couverts d’une herbe haute et verdoyante qui fournit un excellent pâturage aux chevaux et aux vaches.

Le soleil se couchait au moment où nous atteignimes la cime du Kamiesberg et le village hottentot de Lily-Fountaia fondé par les missionnaires wesleyens. M. Shaw, le missionnaire, était parti pour Cap-Town ; mais je fus reçu avec empressement par deux prédis

cateurs indigènes qui étaient chargés pendant son absence de la direction de l'établissement. Je fus logé dans l’une des maisons des missionnaires , et l'on me prépara un bon feu et des rafraichissements.

Le village de Lily-Fountain a été fondé il ÿ a huit ou dix ans. Le nombre actuel des habitants se monte à environ quatre cents, composés principalement de Namaquas-Hottentots mêlés de quelques familles de métis ou Hottentots bâtards. Ces derniers sont en général les plus riches et les plus actifs. Beaucoup d'habitants ont des troupeaux considérables. Les deux prédicateurs indigènes me dirent que cette petile communauté ne possédait pas moins de quatre mille têtes de bétail.

Le Kamiesberg est à environ quarante milles de la côte ouest; on suppose qu'il s'élève quatre à cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer. L'établissement des missionnaires est situé à trois cents pieds au-dessous du principal pic de la montagne : le climat y est par conséquent bien différent de celui des plaines inférieures; il y tombe souvent de la neige pendant l'hiver, et la gelée y est quelquefois assez forte pour endommager les moissons naissantes : ce lieu n’en réunit pas moins de grands avantages. el la salubrité de son climat est passée en proverbe. En somme cette mission est favorablement située, dirigée avec intelligence : elle fait honneur à ceux qui l'ont fondée, et répand d'inappréciables bienfaits sur les naturels qui l'habitent.

Le 2%, du sommet de la montagne je découvris une vue beaucoup plus étendue, mais une vue sauvage el triste sur laquelle aucune habitation, aucune trace de l'activité humaine ne répandait la vie : nous descendîmes par un sentier raide et rocailleux , et après l'avoir suivi pendant quarante milles environ, nous arrivâmes à la résidence du weld - cornet Engelbregt. C'était la première maison de planteur que je voyais depuis mon retour dans la colonie. Le propriétaire demeurait dans une hutte de Namaqua, quoiqu'il eût l'air d’un homme fort à son aise. Les pluies abondantes qui étaient tombées depuis peu avaient répandu sur toute la nature un air de vie et de fraîcheur qui me ravissait, après avoir erré si longtemps dans les solitudes arides du Bushman et du Namaqua. Des ruisseaux descendaient de chaque montagne, mais ces eaux rafraîchissantes ne s'étendent pas dans tous les temps au-delà de Kamiesberg. Le manque d’eau se fait vivement sentir depuis l'endroit où nous étions alors jusqu'au bord de la rivière d'Oliphan, sur une étendue d'environ cent milles. Ce pays ne peut, par conséquent, être occupé que momentanément après la saison des pluies. Cependant, tout stérile el inhospitalier qu'il est, il a tenté la convoitise des chrétiens, et il en est résullé l'expulsion, et plus tard la destructin complète de la tribu hottentote appelée les 4maquas, qui occupait primitivement celte contrée.

Le boor Engelbregt m'accompagna à la ferme de Coetzec, son plus proche voisin, appelée Bufjfels-Fonteyn. et située à environ vingt milles. Cette résidence est établie dans la situation la plus pittoresque, au milieu d'énormes blocs de granit nus, dont chacun ressemble à une petite montagne d'un seul bloc. Le Paark-Rock , dont le village ainsi appelé a tiré son nom , est loin d'être comparable à aucune’de ces masses, quoiqu'il ait été regardé par quelques voyageurs comme le roc détaché le plus considérable qui existe dans le monde.

Le 25 août, ayant pris un guide et trois bons chevaux pour me conduire à la rivière d'Oliphan, je continuai mon voyage à travers une contrée solitaire et

inculte, J'arrivai dans la soirée à Eland's- Fonteyn

après avoir fait plus de soixante milles. C'est un lieu de refuge qui n’est occupé que pendant l'hiver. L'unique fermier qui y résidait habitait avec sa famille une hutte de Namaqua.

Je me remis en route le lendemain au point du jour, je traversai le lit à sec de la rivière d'Hantan , près du lieu où elle se jette dans la rivière d'Oliphan. Une heure après j'arrivai à Friedensdal, demeure du weldcornet Vanzyl, sur les bords de l'Oliphan.

J'appris que celte rivière inonde ses rives en certains lieux, ordinairement avant l'époque des semailles , et que quand le sol couvert par les débordements est labouré et ensemencé, lorsqu'il est encore saturé d'humidité, il produit des récoltes abondantes sans avoir besoin d'autres irrigations. Je pensai qu'il serait peut-être possible de cultiver avec succès les bords du Gariep en certains endroits d'après le même système.

Le 27 août, j'arrivai le soir au clan William. Ce clan fait partie du ci-devant district de Tulbagh, maintenant de Worcester. Le village est situé sur un cours d'eau auquel on à donné dans l’origine le nom de rivière de Jan Distet. | ne se compose que d'une demi-douzaine de maisons et est dominé par le mont Cédar. Les oranges et une foule d'autres fruits y atleignent une maturité parfaite; mais les ressources de ce lieu et de la contrée environnante sont fort restreintes. L'Olipban, qui est la principale rivière du district, n’est pas accessible même pour des bâtiments légers à cause de la barre qui en ferme l'embouchure. La baie de Lambert, le mouillage Le plus voisin, pour le débarquement des marchandises, est ouverte et exposée au vent du nord-ouest. Cependant si on faisait de ce village le chef-lieu d'un district indépendant, il pourrait à la longue se peupler et acquérir quelque importance. Il est à environ deux cents milles de Cap-Town.

Le 30 août, ayant l'intention de visiter la baie de Sainte-Hélène et celle de Saldanha, je me détournai considérablement de la rouie directe, et j'arrivai à la première dans le courant de la journée. ,

La baie de Sainte-Hélène est bien abritée du côté du sud, mais elle est ouverte du côté du nord. Elle offre un bon mouillage, et je pense qu'une petite anse située au sud serait un port très sûr pour les petits bâliments côtiers. Mais la stérilité de la contrée environnante rend cette baie beaucoup moins importante qu’elle ne le serait sur la côte sud-est de la colonie. La rivière de Berg, qui s’y jette, est considérable, mais les barques peuvent seules passer par-dessus sa barre.

Le 31 août, j'arrivai de bonne heure à la baie de Saldanha , qui est connue pour le meilleur ou plutôt le seul bon port du sud de l'Afrique. Mais à peine existe-t-il aux environs assez d'eau fraîche pour la consommation d'une famille.

J'arrivai le soir à Grootepost, ferme établie par le gouvernement pour l'encouragement de l'agriculture et le perfectionnement du bétail dans la colonie. Je passai la nuit à Klaiver-Vallei, résidence de M. Duekest, agriculteur entreprenant, dont je trouvai la vaste exploitation montée sur le même pied qu'une ferme anglaise.

Le 4er septembre, après avoir visité l'établissement morave de Groene-Kloof, j'arrivai vers midi chez M. Van Beenen , à Brak-Fonteyn, où je trouvai deux personnes de ma connaissance qui étaient venues en visite de la ville du Cap. J'acceptai avec plaisir une place dans leur voiture, et je rentrai le soir chez moi, après une courte et pénible excursion d'environ cinq mois.

ALBERT-MONTÉMONT.

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