‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 164 sur 179 · VOYAGE AU DARFOUR, EFFECTUÉ DE 4803 A 1890, ET PUBLIÉ EN · texte numérisé non relu

VOYAGE AU DARFOUR, EFFECTUÉ DE 4803 A 1890, ET PUBLIÉ EN

Ce voyage a été traduit de l'arabe par le docteur Perron, directeur de l'Ecole de médecine du Caire, et publié par les soins de M. Jomard, membre de l'Institut, conservateur-administrateur de la Bibliothèque Impériale, ancien directeur de la mission égyptienne de France, etc. Une préface rédigée par cet illustre savant fait connaître : 40 l'état actuel des connaissances sur le Darfour; 20 la personne du voyageur arabe ; 30 leclimat, les animaux et les productions du pays, avec des détails sur les habitants. Nous almar reproduire sommairement quelques-uns de ces alls.

Depuis l'année 1793, aucun voyageur européen connu n'a pénétré dans Je royaume du Darfour, et l’an-

IT, Panis. Impr, Lacoun et C*, rue Soufflot, 18.

née 1799 est la première et la dernière qui ait vu paraitre un voyage spécial effectué dans celte contrée. La relation de Browne fut comme une révélation de ce pays, connu de nom seulement, car avant ce voyageur anglais on ignorait encore la position exacte du Darfour; encore, cet intrépide explorateur, ayant été malade et prisonnier pendant la plus grande partie de son séjour de trois ans à Kobeyh, ne put-il mettre à profit tout le talent d'observation dont il était doué. Son voyage fut suivi de près par l'expédition française en Egypte, et Bonaparte allait envoyer des agents français au Darfour, lorsque le désastre maritime d'Aboukir dut faire renoncer à ce projet.

Le peu d'étendue des observations de Browne, seul témoin oculaire, le manque de développement dans les récits donnés par d’autres voyageurs, et surtout l'importance de ce pays vaste, riche et très peuplé; enfin ses relations naturelles avec la vallée du Nil et son ancien commerce avec l'Egypte faisaient désirer depuis longtemps une relation nouvelle et plus complète que Ja précédente.

Tels ont été les motifs de la traduction, exécutée et publiée en 1845, du voyage du cheik Mohammed-Ebn- Omar-el-Tounsy, voyage exécuté il y a une vingtaine d'années, et qui est de nature à salisfaire le lecteur désireux de nolions précises sur le Darfour, pays où il est si difficile de pénétrer lorsque l’on n’est point musulman. De grands dangers menacent, en effet, tout Européen qui aura atteint Kobeyh ou Tendelty, les deux principales villes de ce royaume, habité par un

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peuple aveugle et barbare, et gouverné par un prince quelquefois plus barbare encore. »

Le cheik Mohammed-el-Tounsy, originaire de Tunis, comme l'indique son surnom, est né l'an 1204 de l'hégire, ou l'an 1789. Après avoir étudié les sciences arabes dans les meilleures écoles, il partit en 1792 pour aller rejoindre son père qui habitait le Caire ; à son arrivée il ne le trouva plus, il s'élait rendu au Soudan, et il occupait déjà un beau poste auprès du souverain du Darfour. Le fils alla retrouver le père en 1803, etil oblint toutes les facilités désirables pour explorer à son aise le pays, et notamment la chaîne des monts Marrah, qui troverse le Darfour dans toute sa longueur. Mohammed resta près de dix années au Soudan, puis il revint à Tunis, et de Tunis au Caire, où il s'engagea comme aumônier d'un régiment égyplien qui se rendait en Morée. À son retour de la Grèce, il fut nommé réviseur et correcteur à l'Ecole de médecine du Caire; et c'est alors que, sur les instances du docteur Perron, il mit en ordre son manuscrit sur le Darfour.

Dans ce pays, les saisons ne sont pas seulement très différentes des nôtres, elles le sont aussi beaucoup de celles d'Egypte. I n’y a probablement au Darfour que lrois saisons, le printemps, l'été et l'automne; la première correspond à l'automne et à l'hiver d'Egypte, l'été à son printemps, l'automne à son été; en d'autres termes, les saisons au Darfour sont en avance de trois mois sur les saisons d'Egypte, mais l'automne n'a que deux mois environ. L'été du Darfour tombe en mars, avril, mai et juin ; l'automne en juillet, août et septembre; suit l'hiver, qui semble se confondre avec l'automne: le printemps est en décembre, janvier et février. L'automne du Darfour est la saison des pluies, qui dure près de soixante-quinze jours, pendant iesquels on remarque parfois quatre ou cinq ares-en-ciel tout ensemble, I y a dans les plaines d'immenses miages en été, etlepaysabonde en productions végétales el en bestiaux ; il y a notamment un si grand nombre de vaches laitières qu'on est obligé de verser le lait superflu, d'où résultent à la lettre des étangs et des ruisseaux de lait.

Les principaux animaux du Darfour sont: la girafe, l'autruche, la gazelle, le teytel, l'éléphant, le buffle, l'hyène, le rhinocéros, le lion et autres bèles fauves, qui occupent une multitude de chasseurs. Il y a une immense quantité de grains, de légumes, de plantes utiles, d'arbres fruitiers, de plantes médicinales et tinctoriales. I y a aussi des végétaux à vertus singulières,

‘comme le chalaub, arbre dont on mâche la feuille pour faire disparaître l'odeur du vin du pays, c'est-à-dire du mèryceh, boisson fermentée dont les grands font surtout usage, mais dontils n'oseraient pas exhaler l'odeur lorsqu'ilsse présentent devantlesultan. Il y a une plante appelée le kyly, dont le fruit sert pour les épreuves judiciaires. On fait boire à l'accusé de l'eau de kyly : s’il ést innocent, on dit qu'il la vomit incontinent; coupable, il peut la boire impunément. Le dagarah remédie sur-le champ à l'inflammation des yeux et calme les ophthalmies les plus violentes. ILy a un suc de plante, autre que le henneh, à l’aide duquel on peut faire changer de couleur le poil dun cheval, moyen dont les voleurs profitent souvent. On retrouve dans le Darfour la licorne, animal que l’on croyait chimérique, et qui a sa corne sur le front.

Le voyage du cheik Mohammed contient de curieux détails sur les usages et les coutumes des Foriens. C'est surtout dans cette partie de sa relation, écrite avec simplicité, que brille le talent d'observation de notre voyageur. Nous ÿ voyons que les indigènes ont des mœurs très relâchées et souvent fort bizarres. En fait. de mariage, par exemple, lorsqu'une demande est formée et que le fiancé est agréé, les parents des deux parties ne se voient plus; fussent-ils amis auparavant, ils doivent désormais s'éviler et s: fuir, non-seulement Jes deux pères, les deux mères, mais les autres parents. Chacun des deux fiancés doit aussi éviter le père et Ja mère l'un de l'autre, et ceux-ci doivent également fuir les fiancés

réciproquement: celte contrainte cesse après la cérémonie. La femine ne mange jamais devant son mari; le faire serait inconvenant. Il y a un officier de la couronne qui, s'il survit au sultan tué à la guerre, doit être étranglé immédiatement; cette dignité n'en est as moins recherchée, et c'est une des plus élevées de ‘Etat, Le sultan a des bouffons et des fous comme il y eu avait chez nous au moyen-âge, et même sous Francois Jer,

Quant à la position géographique du Darfour, le voyageur Browne en place la capitale Kobeyh par 140 14” lat. N. et 280 8’ long. E. de Greenwich, ce qui répond à 250 48’ long. E. de Paris, puisque la différence entre les deux méridiens est 20 20’. Cette ville, selon lui, était en 1794 Ja capitale du Darfour; cependant, quatre années auparavant, Tendelty étail déjà la résidence impériale et il paraît qu'elle l’est encore actuellement. On ne connaît pas exactement l'étendue du Darfour ni la situation précise des lieux; on sail seulement que pour le traverser dans toute sa longueur, c’est-à-dire du nordsau sud, il faut environ cinquante journées de marche; on arrive ainsi à la limite nord du vaste pays nommé Fertyt. La largeur du Darfour, de l’est à l’ouest, est de quinze journées jusqu'à la partie déserte, sans parler du territoire occupé par de. nombreuses tribus arabes établies aux frontières, surtout du côté du Kordofan.

Nous avons tout à l'heure indiqué une longue chaîne de montagnes, les monts Marrah, s'élendant du nord au sud : cet accident géograp'ique explique pourquoi le Darfour n'est traversé par aucune rivière importante; cependant on ne sait pas encore bien ce que devient le grand courant appelé Baré, qui sort des monts Marrah, longe la chaîne à l'ouest et disparaît ensuite. On prétend qu'il existe un autre courant qui se dirige vers le Nil Blanc. M. Jomard cite de vastes marécages qui auraient dix journées d'étendue, et qui durant les pluies versent probablement leurs eaux dans le bassin du grand fleuve. D'après la version qui a généralement cours dans le pays, la source du Nil Blanc serait à trois ou quatre mois de marche au sud du Darfour; et, à cet égard, le savant et vénérable M. Jomard p'nse que la description succincte des Arabes et celle de Ptolémée demeurent vraies dans leur ensemble.

Enfin la population du Darfour, d'après le cheik Mohammed et les recherches de son traducteur, doit être de 3 à 4 millions d'habitants, qui parlent un idiome émané de la langue arabe. Cela dit, nous passerons à l'ouvrage même du cheik Mohammed-el-Tounsy.

Le cheik Mohammed partit du Caire pour le Darfour avec une caravane qui retournait dans ce pays. Il remonta le Nil, et au bout de quinze jours il se trouvait à El-Cheb, d’où il se rendit à Selymeh, en quatre jours ; de là à Laguyeh, en cinq jours; de là à Zaghaouy, en cinq jours encore ; puis de là aux frontières du Darfour, en dix jours : en lout, trente-neuf à quarante jours pour atteindre aux limites du pays désiré, non compris les jours de halte ou de repos.

Une fois à Mazroub, qui est un puits situé à l'entrée du premier distriet du Darfour, le cheik Mohammed expédia un courrier à son père, qui lui envaya une escorle, outre que notre voyageur était protégé dans sa marche par le chef de la caravane. Enfin on arriva à Kobeyh, puis à Djoultou, résidence du père de Mohammed, d'où l'on repartit pour Tendelty, qui était alors la demeure du sultan. Le souverain fit bon accueil au cheik, et lui donna une jeune esclave pour compagne, ainsi qu'une mullitude d'objets de luxe.

Nous passcrons sous silence les différents détails de la réception qui fut faite à notre voyageur, et nous arriverons sans aucun préambule à la descriplion du pays.

Le Darfour, dit Mohammed, est la troisième contrée du Soudan en allant de l'est à l'ouest. La première est le Sennàr, que les Arabes et les-nègres considèrent comme une partie du Soudan, à cause de la couleur de ses habitants; la seconde est le Kordofan ; nous venons

EL-TOUNSY.

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