‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 166 sur 179 · VOYAGE AU OUADAY, FAISANT.SUITE AU VOYAGE AU DARFOUR · texte numérisé non relu

VOYAGE AU OUADAY, FAISANT.SUITE AU VOYAGE AU DARFOUR

Avant Burckhardt on ne connaissait en Europe que de nom le vaste royaume du Ouaday, situé à l'ouest du Darfour; au midi du Dar-el-Toubou, que borne

CLOT-BEY. 5

au nord le désert de Libye; à l'est du Baguirmeh, et au nord du Dar-el-Djenakherah, qui s'étend vers le lac Tchad et le pays des Felatahs. Le nom de Ouaday est donné à ce pays par les gens de Bornou et du Fezzan ; celui de Borgou lui est attribué par les gens du Darfour et du Kordofan. Les habitants l'appellent Saley ou Dar-Szaleyh. Le territoire a plus de trente journées de marche en longueur, du nord au sud ; et vingt-quatre de l’est à l'ouest.

La capitale du Ouaday est Oxarah, encaissée dans une sorte d’ellipse formée par trois groupes de montagnes. Elle est plus longue que large ; sa longueur est dans le sens du nord au sud, c’est-à-dire dans le sens des monts qui la ceignent et en font une sorte de citadelle naturelle. La demeure du sultan est toute en maconnerie, et près du palais sont les habitalions des esclaves du prince, ainsi que la maison dela momo ou mère du sultan. À l’ouest, devant le mur extérieur du palais, est une mosquée et la grande place du f&cher , où le souverain, à l'ombre d'un arbre, va le vendredi passer la revue de ses troupes, et rendre la justice.

Le territoire du Ouaday est très fertile, le climat doux , mais le pays exposé à de violents orages. Partout se voient des sources abondantes et des cours d’eau qui entretiennent une riche végétation. Les bestiaux sont très multipliés et les pâturages abondants. Les graines et les fruits également prospèrent à merveille; une grande rivière, le Bahr-Iro, coule au sud et fertilise le sol. Elle appartient au bassin du lac Tchad.

Le Ouaday est plus peuplé que le Darfour ; mais il serait difficile d'évaluer exactement le nombre de ses habitants ; il peut dépasser cinq millions. Ces habitants sont plus généreux, plus ouverts et plus hospitaliers que les Foriens. Les femmes sont également plus belles et plus aimantes, surtout celles de la tribu des Koukah, où se recrute chaque année une centaine de jeunes vierges pour le harem du sultan.

Dans quelques provinces du Ouaday, hommes et femmes dorment couchés dans des lits de cendre faite de bouse de vache séchée au soleil. En sortant du lit, on va se laver dans une flaque d'eau. Le vol sur le grand chemin et la révolte contre le souverain sont punis de mort. La noyade est la punition réservée aux femmes, l’étranglement aux personnes de distinction, et l'empoisonnement à celles dont on peut avoir à redouter l'audace et la puissance.

Le sultan a le droit de vie et de mort sur ses sujets. Quand il prononce la peine de mort, il dit à ses kabartou ou officiers de justice : prenez éet homme et assommez-le. On le conduit aussilôs sur la place du grand fàcher, on lui assène un coup de gourdin sur la nuque ; s'il relève la tête, on lui en décharge un second sur le creux de l'estomac, et il tombe raide mort. Le fouet, aux lanières de cuir de buffle ou de rhinocéros , est aussi en usage pour certains délits.

Une loi d'étiquette et de respect pour le sultan est que personne n'entre habillé, ou chaussé, ou en turban, auprès de lui, dans l'intérieur du palais. Quiconque, fût-ce le premier visir, veut pénétrer jusqu’au souverain doit déposer une pièce de son vêlement à chacune des sept portes des appartements : à Ja première il quitte sa chaussure ; à la seconde, son turban; à la troisième, sa blouse; à la quatrième, le tarbouch; à la cinquième, sa couverture; à la sixième, son dernier vêlement; et à la seplième, la ceinture de ses reins. Il arrive enfin nu devant le prince , qui cependant a gardé son grand voile.

Toutes les fois que le sultan interpelle nn de ses sujets, celui-ci bat des mains, se roule à terre, se couvre Je front de poussière, et répond : J'obéis, mon maître, à buffle de courage! etc. Du reste, le prince à toujours un intermédiaire entre lui et la personne qu'il admet à son audience, et il ne parle que de derrière sa tenture ou son voile.

Les femmes au Ouaday, comme au Darfour, sont

chargées de la plus grande partie des travaux fatigants. Elles vont au marché acheter les objets nécessaires à la maison ; elles portent les marchandises d'un pays à un autre; elles labourent la terre, moissonnent et récoltent les grains; elles vont chercher l’eau et le bois; elles tissent les étoffes et ontsoin du bétail.

Daus l'Ouaday, comme au Darfour, les hommes sont mêlés en toute liberté, nuit et jour, avec les femmes. Le beau sexe ne se fait nul scrupule de passer les nuits avec ceux qui lui plaisent. Les amants se voient complétement au gré de leurs désirs. Le sultan est le seul qui puisse punir une infidélité, parmi les nymphes de son harem, peuplé de plus de mille jeunes: femmes d'une rare beauté, outre environ cinq cents concubines d'élite,

Un des caractères des Ouadayens, c'est qu ils sont jaloux d’une amante, et qu'ils n’ont nul souci d’empêchér les relations des galants avec leurs sœurs ou leurs filles. Il y a même des Ouadayens qui conduisent des étrangers à leurs épouses.

Les Ouadayens sont un peuple guerrier, ayant à peu près les habitudes et les formes de tactique du Darfour. Toutefois, ils ne chantent jamais ni avant ni pendant le combat; ils se contentent du son des trompettes et du bruit des tambours.

De l'Ouaday notre voyageur revint par le désert et le Fezzan à Tunis, et de Tunis il se rendit au Caire, où il s’est fixé.

ALBERT-MONTÉMONT.

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