‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 174 sur 179 · SECOND VOYAGE AU ROYAUME DE CHOA · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE AU ROYAUME DE CHOA

D'après l'engagement moral qu'ilavait pris envers le roi de Choa, M. Rochet; muni de nombreux cadeaux du gouvernement français pour ce prince, ainsi que d'instrux<nts et d'instructions de l’Académie des sciences,

entreprit un second voyage dansces contréeslointaines. Il quitta Marseille le 4er janvier 1842, et arriva le 45 à Alexandrie, en Egypte. Il était le 4 février au Caire, et le 1% mars à Kench, où il devait abandonner les rives du Nil, et se diriger, par le désert, au port de Kosseir, sur la mer Rouge.

Le 16 , les chameliers chargèrent ses bagages ; il se mit en route et alla prendre sa première étape à Bir- Amba, à 4 lieues à l'est de Keneh. Il y fit sa provision d'eau pour franchir le désert. Le 17, il alla coucher à un endroit nommé Laghitlah, où l'on trouve un puits d'eau saumâtre ; on est ici en plein désert, Le 48, il traversa la chaîne des montagnes qui séparent de la mer Rouge la vallée du Nil, et après treize heures de marche il atteignit Hammamat, le point le plus remarquable de la route de Kench à Kosseir, et où les caravanes trouvent le puits de Joseph. A la sortie du défilé, il arriva au puits de Sedeh, d'où, après huit heures de fatigue, il gagna le point culminant de la chaîne, à l'endroit où se séparent les deux versants, qui descendent l'un vers la mer Rouge, et l'autre vers la vallée du Nil; en quittant ce lieu, la caravane marcha dix heures, et alla camper à 9 lieues de Kosseiïr ; mais notre voyageur prit les devants, et le 22 il foulait le sol de ce port.

Kosseir est la seule issue de l'Egypte sur la côte de la mer Rouge ; la ville est bâtie au bord de la mer, au milieu d'une plage aride et déserte ; elle est cachée par des dunes. La première construction que l'on y aper- Çoit.en arrivant du désert est une mosquée entourée d'une frêle muraille et qu'ombragent quelques palmiers et jujub'ers. La population est d’environ 1,000 habitants, qui vivent de l'exportation des grains de la haute Egypte pour l'Arabie, et du faible commerce de retour qu'alimente cette dernière contrée par quelques envois d'épicerie et de tombac. Toute la défense de Kosseir consiste en une citadelle restaurée par Méhémet-Ali, armée de douze canons, et gardée par une vingtaine de soldats du vice-roi. L’eau douce qu'on boit à Kosseir est apportée du Nil, ce qui la rend chère, et oblige le bas peuple à se contenter d’eau sulfureuse, qu'il va chercher à 12 lieues au sud-ouest.

Après dix-neuf jours de halte à Kosseïr, M. Rochet s'embarqua pour Djeddah ou D'edda, où il arriva le 21 aÿril. Il en repartit le 30 pour Moka ; il était rendu le 8 mai à Hodeida, petite ville d'environ 4,000 âmes, et, comme Djeddah, entourée de. déserts. Le 17 mai, il mouillait dans la rade de Moka, plus sûre que celle d'Hodeïda, et étape nécessaire de la navigation entre l'Inde et la partie supérieure du golfe Arabique. IL remit à la voile le 28, et trois jours après il se trouvait: devant Toujourra, sur la côte d’Adel. Le sullan lui apprit qu'en vertu d'un traité de commerce qu'il venait de conclure avec les Anglais, il ne pouvait plus accorder l'entrée du pays d'Adel à tout autre qu'eux qui voudrait aller au Choa. Quelle que fût la véracité de ce chef, il faliut céder. Il y avait bien un autre chemin au-dessous de Toujourra, celui qui part de Zeyla ou Zeïla, mais il était sous le coup des Bédouins les plus féroces de l’intérieur. M. Rochet revint donc sur ses pas; il écrivit au roi de Choa, par un habitant de Toujourra, pour lui faire part de ces obstacles, ét lui demauder une réponse qui serait attendue à Moka.

M. Rochet était déjà de retour depuis un mois à Moka lorsqu'il reçut la visite d'un habitant du village d'Ambabo, qui avait au pied une plaie jugée incurable. Cet indigène offrit de garder chez lui notre voyageur s’il voulait entreprendre sa guérison, qui devait être longue. L'offre étant acceptée, on repartit de Moka, et l'on débarqua le 4er septembre au petit port de Aahiéla, sur la côte d'Adel, et le 6 on était à Ambabo, où’ venait d'arriver presque en même tempsla réponse du roi Sahlé-Sallassi , qui menacaitde fraiter en ennemi le sultan de Toujourra, et de retenir prisonnière Ja caravane alors dans l'Efate, s'il persistait à refuser le passage au voyageur français. ,

Le sullan, effrayé, obéit, et M. Rochet se mit en

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Marchands d'esclaves.

route, le 45 septembre, pour Efate, province du Choa, voisine du désert d’Adel, et suivit les étapes déjà connues. Il arriva enfin sur les bords de l’Aouache. Le passage du fleuve, dont les eaux étaientalors trèshautes, exigea plusieurs jours à cause du nombre et du poids des présents destinés au roi de Choa. Le fleuve traversé, on passa les petits lacs appelés Léado, peuplés de crocodiles et d'hippopotames ; puis on gagna Dénémali, porte douanière des Etats du prince. C’est là, dit M. Rochet, que les caravanes qui arrivent du pays des Adels voient leurs marchandises visitées, acquittent un droit en nature de 10 pour 100 prélevé sur tout, même sur les talari,

Le 30 octobre, c'est-à-dire un mois et demi après son départ d'Ambabo , M. Rochet se rendit à Farré, qui est le premier village de la province d'Efate. Là ses compagnons de route le quittèrent, et il continua de s’'avancer vers Angolola, escorté de plus de 900 hommes pour le transport de ses bagages. Il arriva au bout de deux jours près de Sahlé-Sallassi, qui lui prodigua mille caresses.

Les cadeaux français étalés devant le prince le comblèrent de joie. On commenca par les armes grossières, savoir : 100 fusils de munition, 58 carabines, 50 paires de pistolets, 50 sabres de cavalerie, 50 sabres d'infanterie; puis vinrent des pièces de drap rouge, des tapis de laine, des étoffes de soie, des casques et des

cuirasses, et enfin deux canons. On ouvrit quatre autres caisses, dont une contenait un orgue de Barbarie qui ravit les yeux et les oreilles du monarque, dont l’exaltation fut à son comble à la vue du portrait du roi des Français. La reine du Choa eut aussi ses cadeaux eten fut enchantée.

M. Rochet se trouvait à Angolola en même temps que l'ambassade anglaise, composée du capitaine Harris, du capitaine Graham et de leur suite. Le premier s'était revêtu de son costume d’ambassadeur; il portait un mauteau de velours cramoisi, garni de riches broderies d'or et doublé d'hermine. Son chapeau était ombragé d’un panache blanc et rouge, et à son cou pendait la croix de l’ordre des Templiers qui remonte aux premiers temps des croisades, en l'an 1118, ordre qui, depuis le supplice de son grand-maître Jacques de Molay, en 1314, s’est conservé jusqu'à nos jours, malgré Philippe-le-Bel et Clément V, et a son siége magistral à Paris, où des chevaliers sont demeurés déposilaires des manuscrits de cette institution célèbre.

Peu de jours après son retour au Choa, M. Rochet eul occasion d'assister à une chasse aux hippopolames sur les bords de la rivière Tchia-Tchia, qui, contrairementaux renseignements donnés dans le premier voyage, fut reconnue couler à l’ouest etse jeter dans l'Abay, nom que donnent au Nil Bleu les habitants du Choa. Les chasseurs étaient au nombre de deux cents, la plu-

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