RAFFENEL
par des pêcheurs. C'est là que les navires qui vont au Galam s'arrêtent pour payer un tribut à l'almamy du Fouta, lequel y est représenté par un agent, Ce village est à égale distance de Saint-Louis à Bakel. L'aspect du pays devient triste, et la végélation assez pauvre.
Le24, on passe devant Kaëdi, grand village de larive gauche occupé par des Foulahset des Sarracolets; les premiers, hardis vagabonds, et les seconds, paisibles marchands. Le pays redevient plus peuplé et la végétation plus belle. Le 25, on atteint le village de Sinthia-Aliourou, nouvellement établi sur la rive gauche ; le 26, on passe deyant un grand nombre de villages, et l'on remarque de jolies troupes d'oiseaux; le 27, on passe devant Modinalla , village de la rive droite, habité par des marabouts de la nation maure des Dowiches. Ces Maures forment une tribu sédentaire adonnée à l’enseignement, et elle fournit des missionnaires qui vont prêcher l'islamisme dans le centre de l’Afrique
Le 29, on atteignit le village de Matam, escale où l'on traite du mil, des peaux et du beurre. Le 30, on était à Garréguel, dont les habitants sont des cultivateurs et dés pêcheurs, souvent hostiles à nos marchands. Le 31, on gagnait Odobéré, village assez considérable : puis Verma, petit village sur la rive
gauche, près duquel le fleuve a un large banc de roches qui rendent le passage très dangereux.
Le 4er septembre, on arrive à Gaudé, premier village du pays de Galam, et l'on s'aperçoit que la nature s’est notablement embellie; on remarque une élégante verdure et des champs très bien cultivés. Enfin, le 2, l'on arrive à Bakel, comptoir formé par une compagnie de marchands, endroit où la baisse des eaux suspend la navigation dans le haut du fleuve. Le village est protégé par un fort garni de dix pièces de canon et défendu par une cinquantaine de soldats noirs, que commande un officier noir venu de Saint- Louis. Bakel est situé au pied des collines ; il a des cases d’une construction soignée, et dont plusieurs sunt exhaussées au-dessus du sol par des piquets, précaution nécessaire contre les inondations annuelles du fleuve. Le soleil de Bakel est très funeste aux Européens : c'est la cause pour laquelle le gouverneur de Saint-Louis n’y envoie que des soldats indigènes. La population de Bakel est très affable, comme celle de Saint-Louis; le costume des deux sexes est à peu près le même que dans cette dernière ville. Le poisson ct le gibier abondent, et les gris-gris sont ici en grande vénération, comme dans les lieux environnants, qui offrent beaucoup de serpents et de lézards, assez incommodes, et contre lesquels les nègres s'imaginent que les gris-gris sont tout puissants : de là les déceptions multipliées et si cruelles des nègres à l'égard de la morsure des serpents. Chaque gris-gris a sa destination particulière : l'un préserve de la fiè.vre, celui-ci des balles, celui-là des caïmans, des lions, des serpents et des coups de poignard; il yen a même qui procurent l'immortalité.
Voyage à Boulébané par le Sénégal er la Falémé,
Après quelques jours de repos à Bakel, l'expédition se remit eu marche pour se rendre à Boulébané par le Sénégal et la Falémé. Le 11 septembre, on atteignit le village de Kounguel, sorte de résidence royale du prince de Galam, du moins de son représentant. Le 42, on parvint à l'embouchure de la Falémé, qui joint la rive gauche du Sénégal au-dessous du village d’Aroundou. Le 14, on remonte la Falémé, et l’on atteint, le 16, le village de Kidira-Taita, puis celui de Nayé, devant lequel la largeur de la Falémé est d'environ 200 mètres comme à son embouchure. Le 18, on séjourne à Sénou-Debou, village peuplé de 500 habitants. Enfin le 22, on arrive a Boulébané, capitale du pays de Bondou et résidence de l'almamy.
Boulébané est un grand village, silué dans une
plaine étendue , limitée vers l'est par des collines et dans les autres directions par des forêts. Une muraille de 3 à 4 mètres de hauteur et d'une assez forte épaisseur entoure la presque totalité des cases; celte enceinte est interrompue de distance en distance par des bastions carrés et fermés par des portes garnies de bonnes serrures. Les cases sont disposées en îlots plutôt qu'en groupes, et, de même qu'à Bakel, ces îlots sont entourés de murs en terre. Les rues sont sales-et torlueuses, et au milieu d’une place s'élève le Tata ou la Kasba de l'almamy, près de laquelle on remarque une mosquée. La physionomie des habitants du Bondou est franche et ouverte; ils sont bons, hospitaliers,
. mais fort laids.
L'almamy de Boulébané fit un accueil empressé à nos voyageurs, et leur procura tout ce qui pouvait leur être nécessaire dans ce gros village, peuplé d’environ 2,300 habitants. Ici les femmes sont mieux que les hommes ; elles sont généralement bien faites et ont de fort belles dents, qui seraient p'us belles encore si elles ne les teignaient , comme leurs gencives , en noir, avec une plante odorante, de la même manière qu'à Madagascar. Ces femmes aiment beaucoup les verroteries, et en portent des colliers étagés quelquefois au nombre de huit à dix. Elles ont des cheveux tressés en nalles qui descendent le long des joues jusqu'au cou; les cheveux des côtés et de la partie postérieure de la tête sont rasés ou coupés court ; le front est garni d'une mince lame d'argent. Les jeunes filles ont plus de simplicité, et ont le sein découvert jusqu'à l'épigastre, nudité qui ne nuit point à la pudeur, laquelle est tuujours relative.
Excursions sur la Falémé,
Le 28 septembre, l'expédition continua de remonter la Falémé. La navigation fut lente à cause des courants et de l'irrégularité des brises. On reconnut que la rive gauche est généralement escarpée , tandis que la rive droite est presque constamment plate et couverte d'une brillante végétation. On revint le 2 octobre à Bakel. Le 8, on reprit l'exploration hydrographique de la Falémé, travail fort important pout la navigation sur cette branche du Sénégal. Nous ne suivrons pas l'expédition dans cette opération technique, et nous reviendrons avec elle à Bakel où elle était de retour le 29 octobre; nous consignerons seulement quelques-unes des observations de M. Raffenel sur la navigation de cette rivière dans le parcours d'environ 30 lieues qu'il venait d'en exécuter.
Depuis l'embouchure de la Falémé jusqu'au village de Sénou-Debou , il y a deux passages difficiles, ceux de Balou et de Paubi. Il existe un barrage entre Debou et Sénou-Debou. Le halage n’est pas absolument impraticable, mais fréquemment interrompu par divers obstacles, La Falémé reçoit un assez grand nombre de cours d’eau, outre qu'elle se grossit du tribut des orages dans la saison pluvieuse. La baisse des eaux arrive dans le milieu de septembre; la navigation est bonne du 15 juin au {er septembre.
Passons maintenant aux détails que fournit M. Raffenel sur les peuples et les gouvernements des contrées qu'il vient de visiter.
Peuples et gouvernements de la Sénégambie occidentale.
Les peuples de la Sénégambie, ou du moins des parties de celte contrée parcourues par nos voyageurs, ou sur lesquelles ils ont recueilli des documents, peuvent, dit M. Raffenel, se diviser en trois catégories j savoir : religieux, indifférents, irréligieux. Les premiers sont des Maures, puis des Foulahs et des Sarracolels; les seconds se composent de Mandingues du Bambouk et de Foulahs du Kasson; les troisièmes, de Bambaras et de quelques Mandingues à l'est de la Falémé.
Les gouvernements sont généralement des monar-
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chics héréditaires; mais l’hérédité, au lieu de s’appuyer, comme chez les peuples européens, sur la descendance par ligne directe, se fonde sur une transmission par ligne collatérale, en suivant toutefois l’ordre de primogéniture : tels sont les gouvernements des Maures, des Sarracolets, des Foulahs du Bondou, des Bambaras, des Mandingues du Woolli ct du Tenda. Il y a aussi des gouvernements théocratiques, comme ceux du Fouta et du Fouta-Djallon , et des gouvernements républicains, comme ceux de quelques Mandingues du Bambouk.
Les Maures sont des Arabes occupant l'extrémité méridionale du désert de Sahara; ils forment différentes nations, notamment les Trarzas, depuis l'Océan jusqu'à la hauteur de Gaé; les Darmakours, tribu enclavée dans le pays des Trarzas, les Braknas, depuis Je village de Bokol jusqu'à celui de Modinalla ; les Dowiches, depuis Modinalla jusqu'à l'embouchure de la Falémé , et diverses autres tribus.
Les Maures sont généralement fourbes et adroits, enclins à guerroyer, et d'un commerce difficile et peu sûr ; ils sont vindicatifs, ambitieux et intrigants. Leur costume se compose d'un coussabe, d'une guinée bleue qui les enveloppe jusqu'aux chevilles, et d'une culotte à grands plis de même étoffe, qu'ils ne lavent jamais, vêlement qu'ils portent ainsi jusqu'à complète usure, ce qui est cause de l'odeur nauséabonde qu'ils répandent autour d’eux. Ils vont la tête nue, mais garnie d'une épaisse chevelure qui les dispense de porter uue coiffure ; leurs jambes et leurs pieds sont également nus.
Les Zoulahs se composent de trois races ou éléments distincts : les Torodos, qui sont les habitants aborigènes ; les Peuls, qui sont un peuple étranger et dont l'origine est encore un problème; les Toucouleurs, qui semblent le produit des deux premières races : néanmoins ces trois races peuvent se confondre en une seule, à laquelle on applique indistinctement les noms de Foulahs, Fellatahs, Fellahs, Foulans, Fellans, Fellamés , Poules et Peuls, dont en géographie on fait des synonymes.
11 paraît cependant que les Peuls forment un peuple à part : leur couleur, d'un brun teinté de rouge, tient le milieu entre celle des Maures et celle des Toucouleurs ; leur nez est moins épaté que celui des nègres ; leurs lèvres sont plus minces et leur front est plus large. Ils ont des mœurs nomades et une vie pastorale. En Sénégambie on donne quelquefois le nom de Peuls à des Toucouleurs tributaires ; mais ceux-ci sont réellement d'une couleur plus foncée.
Les Foulahs habitent surtout le Bondou, pays qui a pour limites, au nord, le Galam ; à l’ouest, le Fouta- Damga ; à l'est, la Falémé ; au sud, le Tenda et le Woolli, à petite distance de la Gambie. Leur gouvernement est une monarchie héréditaire , transmissible de frère à frère comme chez les Maures; la religion est l'islamisme. Ce peuple est agricole et belliqueux tout à la fois. L'almamy a quatre femmes légitimes et plusieurs concubines. Le Bondou peut mettre sur pied 40,000 hommes et 1,000 chevaux.
Les Sarracolets habitent principalement le pays de Galam , borné au nord par le Sénégal et le Fouta- Damga, au sud par le Bondou et le Bambouk, à l'ouest par le Fouta-Damga, et à l'est par le Bambouk et le Kasson. Les Sarracolets sont un peuple industrieux, cultivateur et marchand, adonné surtout au commerce de colportage; ils ont des goûts paisibles et des mœurs douces. Le village de Bakel est habité par des Sarracolets, dont les danses sont assez obscènes ; elles le sont moins dans le Galam, où les jeunes filles ont plus de retenue.
Les Foulahs habitent principalement le pays de Kasson, situé sur les deux rives du Sénégal , et borné, au nord par le Kaarta, au sud par le Bambouk, à l’ouest par le Kamera, et à l’est par les Etats mandingues dépendants du Bambouk. C'était autrefois un puissant
Etat, mais depuis quelque temps il était en proie à l'anarchie.
Les Bambaras habitent le pays de Kaarta ; ils sont guerriers et aventureux; ils sont de même très religieux et ne manquent pas non plus d'industrie, car ils possèdent de belles cultures de mil, de coton et d'indigo. L'islamisme n’est suivi que par un très petit nombre de Bambaras ; la généralité est idolâtre. Leur gouvernement rappelle en quelque sorte la féodalité du moyen-âge. Enfin les Bambaras aiment passionnément la musique ; ils ont, outre le tamtam et la guitare, une espèce de fifre en bambou dont ils tirent des sons mélodieux.
Quant aux Foulahs du Fouta-Djallon, pays gouverné par un chef électif, ce sont de sévères musulmans qui poussent leur culte jusqu'au fanatisme. Ils se piquent, dit M. Raffenel, de haïr profondément les infidèles, excepté toutefois les blancs, dont ils se prétendent les descendants.
Observations générales.
Relativement à ces différents peuples que nous venons de passer en revue, M. Raffenel présente des observations générales dont nous donnerons seulement la substance.
Les nègres, dit notre voyageur, sont très voleurs, particulièrement ceux qui vivent près de nous et avec nous. Pour ces derniers, voler un blanc n’est point mal faire, c'est même quelquefois un mérite, et ils poussent alors la discrétion jusqu’à l'héroïsme, préférant les châtiments les plus énergiques à l’aveu de leur faute. Les esclaves des blancs volent leurs maîtres , et disent à cela que tout est commun entre eux. Les Foulahs du Bondou et les Sarracolets sont, parmi les nègres qui nous approchent, les plus adroits et les plus obstinés voleurs.
Les Maures et tous les nègres sont plus menteurs encore ; ils ne vivent jamais près d'un blanc sans lui demander quelque chose, et aucun refus ne les rebute et ne les arrête, tant qu'ils n’ont pas obtenu ce qu'ils désirent ou qu'ils n’ont pu le dérober. Les nègres sont presque tous autant de Possidonius, ils ont un grand mépris pour la douleur, et pousser un seul cri serait pour eux une honte. Les négresses en couches ne se plaignent jamais, et le lendemain du jour où elles ont mis au monde un enfant, elles vaquent déjà aux soins du ménage,
Il nous reste à parler des autres parties du voyage de M. Raffenel, savoir : des mines d'or de Kéniéba, du voyage de Bakel à Fattatenda, et de celui de Fattatenda à Sainte-Marie par la Gambie, avec relour à Saint-Louis. Nous allons rapidement parcourir ces trois dernières parties.
Voyage aux mines d'or de Kéniéba.
Le 28 novembre 1843, l'expédition partit de Bakel ; elle était le 7 décembre suivant à Boulébané, et le 9 à Samba-Gala, dont les habitants se montrèrent fort peu hospitaliers envers les blancs. Le 11, on traversa Ja Falémé à un gué facile qui se trouve entre les deux villages de Sansandig , dont les habitants furent bons et affables. On les quitta le 43 pour se diriger vers les mines de Kéniéba, devant lesquelles on arriva le 45.
Pour descendre dans la principale de ces mines, on a, dit M. Raffenel, pratiqué un trou profond de 7 à 8 mètres, dont les parois sont dépourvues d'étais, ce qui doit occasionner de fréquents accidents. Au fond de ce trou est une ouverture latérale d'un mètre de hauteur qui conduit dans une galerie souterraine longue d'environ 50 mètres, et tout auteur on aperçoit des trous d'une effrayante profondeur, garnis de traverses servant à recevoir les échelles des mineurs. L'exploitation des mines de Kéniéba est faite par les habitants des villages voisins ; elles ne sont pas d'une
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merveilleuse richesse, mais on pourrait les utiliser davantage.
Après cette visites aux mines d’or, on revint à Sansandig, puis à Sénou-Debou, et le 4er janvier on était de retour à Bakel.
Voyage de Bakel à Fattatenda.
Le 24 janvier, on parlit pour Kounguel et Boulébané, où on arriva le 26. Le 1er février , on atteignit Tiara. Le 3, on était au village de Kouar , et l'on entrait dans le Woolli, c'est-à-dire dans un pays fort peu hospitalier. Le 6, on arrivait à Faudécounda, village habité par des Sarracolets commerçants, et le 7, on entrait à Fattatenda, village sur la Gambie, où les Anglais ont un comptoir, ‘et qui se compose de cases qui servent aux caravanes et aux marchands indigènes. Le comptoir, dirigé par un traitant noir, est établi sur un vieux navire mouillé au milieu du fleuve, et à bord duquel sont placées les marchandises d'échange, ce qui, par là, les met parfaitement à l'abri du pillage.
Nos voyageurs trouvèrent les bords de la Gambie charmants, surtout après dix-huit jours de marche fatigante dans un pays dépourvu d'intérêt et d'une désespérante uniformité. La Gambie est plus large à Failatenda que le Sénégal ne l’est à Bakel: la marée se fait sentir dans la Gambie à plus de 110 lieues de son embouchure, tandis qu’au Sénégal elle ne remonte qu'à 50 lieues. On avait présenté à nos voyageurs Fattatenda comme un village immense, mais leurs regards ne purent se poser que sur les six cases du caravenserail et sur le vieux brick servant de comptoir. Ce brick fut offert comme logement à l'expédition, qui dès le lendemain de son arrivée en ce lieu songea à le quitter.
Voyage de Fattatenda à Sainte-Marie par la Gambie, et retour à Saint-Louis.
. Dèsle 8 février, nos voyageurs quittèrent Fattatenda
pour descendre le fleuve de Gambie. Le 10, ils arrivaient au comptoir de Kantalicounda, l’avant-dernier des établissements anglais dans la Gambie, à partir de son embouchure. Le chef du comptoir fit bon accueil aux voyageurs français, qui repartirent le 12 et arrivèrent le 13 au comptoir de Kaniéby. Ils élaient le 15 à Mac-Carthy's, île de 7 milles de largeur, établissement militaire occupé par 80 soldats noirs. Le 19 on quitta ce poste, et le 25 on arrivait à Sainte-Marie, ville beaucoup plus petite que celle de Saint-Louis, mais d’un aspect très-agréable. Les Anglais accueillirent de la manière la plus gracieuse l'expédition française, et s’acquittèrent parfaitement envers elle de tous les devoirs de l'hospitalité.
Le 2 mars, on s'embarqua à bord d'un brick-goëlelte qui mit à la voile pour Gorée, où l’on arriva le 5, au milieu de la population étonnée, et heureuse de revoir l'expédition, que l’on croyait avoir péri dans le trajet qu’elle avait eu à parcourir. On resta quelques jours à Gorée, puis on repartit pour Saint-Louis, et l’on était de retour le 16 au chef-lieu des établissements français sur la côte occidentale de l'Afrique.
Telle est la succinte mais fidèle analyse de l'ouvrage publié par M. Raffenel. Il a décrit avec vérité sa longue et pénible navigation sur le fleuve , depuis Saint- Louis jusqu'au poste de Bakel. Il donne une très bonne descriplion de ce poste, et il signale avec beaucoup de justesse les inconvénients de sa situation. On aurait pu désirer des notions positives sur l'importance de son commerce et sur les accroissements dont il est susceptible ; mais l’auteur fait preuve d'esprit d’observalion et de jugement dans les notions exactes qu'il donne sur les diverses peuplades de Maures et de nègres qui parcourent ou habitent celte contrée. La portion
du fleuve qui n’a pu être visitée, à cause de ses barrages, était celle qu'on connaissait le moins et qui comportait le plus d'intérêt ; on ne peut que s'associer aux regrets de nos voyageurs, au sujet de la lacune qu'ils ont laissé à remplir à cet égard.
Comme renseignements géographiques , nous n’ajouterons plus qu'un mot sur le pays exploré par M. Raffenel, et qui a reçu le nom de Sénégambie, formé par contraction de ceux du Sénégal et de la Gambie, ses deux principaux fleuves.
Bornée au nord par les sables du Sahara, à l'est par une chaîne de montagnes qui la séparent du Bambara, dépendance du Soudan, à l’ouest par l'océan Atlantique, et au midi par une chaîne de montagnes où naît le Niger, et qui la séparent de la Guinée, dont la limite nord est, vers la côte, la rivière Mesurado, la Sénégambie est comprise entre les 60 — 180 lat. N., el 60 — 200 long. ©. ; elle compte 325 lieues dans sa plus grande longueur, et 275 lieues dans sa plus grande Jargenr , avec une superficie d'environ 55,000 lieues carrées, et une population d'environ 42 millions d'habitants.
Le Sénégal, que nous avons remonté avec le voyageur, naît dans le pays de Fouta-Djallon, coule d'abord au nord-est, dans le Jallon-Kadou, puis au nord, entre les Etats de Fouladou, Brouko et Kasson, et ceux de Woradou, Konkodou et Bambouk, puis traverse le Galam, le Foulah et le Wallo, pour arriver dans l’Atlantique, après un cours de plus de 200 lieues. Ce fleuv: est en partie, pour les plaines qu’il arrose, ce qu'est le Nil pour l'Egypte ; il a ses crues périodiques, dont la principale est en octobre.
C'est sur la côte de la Sénégambie que se trouvent le cap Vert, les îles d'Arguin, de Saint-Louis, de Gorée, el le petit archipel des Bissagos.
Le climat est le plus chaud du globe, à cause du voisinage de l'équateur, et plus encore des vents qui arrivent du Sahara.
ALBERT-MONTÉMONT.