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que x e domination a su depuis complétement paci- Les objets de l'usage le plus commun, et que l'on rencontre dans, toules.les cases, sont, des nattes, des gourdes, des fasses en noix de coco, des berceaux pour les enfants, de petits coffres, des jattes en boïs et des calebasses, Un morceau de bois rond et un battoir leur suffisent pour la fabrication de leurs étoffes. On les confeclionne en les battant d'une main sur la pièce en bois, tandis que de l’autre main on les étend, et on y jette par intervalles quelques gouttes d'eau pour y entretenir l'humidité. Quand l'éloffe se déchire, il suffit de rapprocher les bords de la déchirure et de la battre pour les réunir.
L'ensemble des îles Marquises, situées par 7° 55-100 30° lat. S., 4410-1430 6 long. O.. présente une popus lalion d'environ 20,000 habitants, Le climat est'celui de, tous les pays inlertropicaux , bien que de grandes pluies et des coups de vent, se succèdent de novembre en avril. La température moyenne esi de 25 à 30° centigrades. L'arbre à pain, le cocotier, le bananïier, Ie goyavier, sont les principales richesses de ces îles fortunées, devenues aujourd'hui, ayons-nous dit, possessions françaises,
Le 3 septembre 1838, les corvettes l’Astrolabe et ia Zélée quittent l'archipel des Marquises pour se rendre à Taïti, cette oasis merveilleuse, Située par 18° 10°-160 55 lat, S,, 1520-154° long. O., et aujourd’hui placée sous le protectorat de la France, ainsi que tout l'archipel de la Société, dont Taïli es! la principale île. Elle était, dès le 9 en, vue des deux navires, qui y jetèrent l'ancre le même jour.
Malgré toutes les prédications des missionnaires, la dépravation morale. des. Taitiens et la prostitution des femmes parurent encore à Dumont d'Urville au-dessous de la vérité. Les ehefs, dit-il, sont les premiers à offrir leurs femmes et leurs filles pour un taya ou un dollar, et, leur avidité pour l'argent cherche à se salisfaire par les, moyens. les plus vils et les, plus révoltants. D’un autre côté, les, missionnaires, dont la puissance y était si grande il y a vingt ans, n'ont plus maintenant qu'une ombre d'autorité sur les indigènes, et l'immense église construite en 1823 est presqu'ehtièrement abandonnée. A l'arrivée des corvettes, les belles Taïtiennes renouvelèrent les. scènes, des Noukahi; viennes, auprès des mâtelots français ; le temps de la ferveur évangélique était, déjà, bien loin de leur souvenir.
Taïti n’est donc plus, ce, qu'elle était au siècle de Wallis, de Bougainville el de Cook. Ces rivages toujours verts, çes ruisseaux argentés, cesravins profonds et boisés rappellent. sans doute encore la reine dè l'Océanie; mais. la population innocente, enfantine , douce, naive.et joyeuse, a fait place à une multitude sale, et dégueniilée, astugieuse- et vile, débauchée et vénale. Aïnsi dune, encore une fois, les missiounaires ont toul-à-fait manqué à leur mandat.
Papéiti, capitale de l'ile et de tout l'archipel, à une apparence de, ville. On y trouve un et même plusieurs palais les consulaltsanglais, français ei américain, avec es, pavillons des nations qu'ils représentent; un môle ou. quai. de débarquement, des hôtels, des boutiques, de, enseignes, elc.; en un mol,, tout ce, qui constitue une cité, Cependant le coup d'œil n'embrasse qu'une seule file de maisons ou cases qui bordent la grève. Le nombre de maisons pourvues de portes et de fenè: ires n’est pas considérable. La plupart ne diffèrent en rien des cases. ordinaires , Construiles en paille et en roseaux. Chaque habitation a du côté de la campagne un assez grand enclos ou jardin palissadé, ayaut une issue sur la grande roule de Matavai, celle œuvre des
(4) Cest à Noukahiva qué la France, en 1850, a défini tivement établi son Botany-Bay, ou lieu de: déportation de ses condamnés d'un certain ordre. Au commencement, de 1852, un premier convei est parti de Lorignt pour çeute destination lointaine, 41500 no & Me
24 Gif -
. ° femmes pénitentes, que les missionnaires avaient surprises en conversations criminelles avec leurs galants, et qu'ils condamnaient à des travaux forcés. Papéiti n'est en réalité qu'un gros village de 1,500 habitants. Les ressources du pays consistent en bœufs, cochons, volailles et fruits; il y a une auberge tenue par un Anglais. Le protectorat de la France (4) a déjà introduit de nombreuses améliorations dans cet archipel, ‘en commençant par la suppression des règlements tracassiers des méthodistes anglicans (2).
Dumont d'Urville s'éloigna de Taïti, le 16septembre, pour aller visiter Apia, port de l'éle Opoulou, que La Pérouse désigne sous le nom d'Oyo-Lava. Celte île semble à d'Urville, comme elle avait déjà paru à La Pérouse, bien supérieure à Taïti elle-même pour la beauté et la fertilité des terres. La côte est couverte de beaux arbres d'une admirable verdure, qui a bien plus de développement qu'à Taïli, partout on y distingue de belles plages de sable, de jolies anses, des villages populeux et parfaitement ombragés. Du rivage à l’intérieur, le terrain s'élève en pente assez douce pour pouvoir être habité et cultivé, si les indigènes élaient capables de travailler. C'est sous ce rapport surtout, ajoute d'Upville, que l'île Opoulou est bien supérieure à Taïti, dont les plages de la base sont seules praticables, tandis que l'intérieur est abrupt et si rocailleux que la culture en resterait toujours extrèmement pénible, si toutefois elle n’était pas impossible. Les villages, qui ne sont pas des villes, comme l'avait pensé La Pérouse, à moins qu'elles n'aient depuis disparu, sont généralement placés sur les pointes des terres, entourés d'admirables touffes de cocotiers, et souvent traversés par de jolis ruisseaux qui tombent quelquefois en cascades des montagnes voisines. Des églises ont élé nouvellement bâties par les naturels, sous la direction des missionnaires anglais.
« Nos malelots, dit le chef de l'Astrolübe , habitués aux faciles beautés de Nouka-Hiva et de Taïti, ont voulu ici renouveler leurs galanteries; mais, à leur grande surprise, ils ont élé désappointés. Les femmes, qui d'abord avaient semblé disposées à accepter les propositions des Francais, ont refusé ensuite les provocations sérieuses, et elles paraissent se soumettre avec sincérité aux défenses de leur nouvelle religion. Mais elles indiquaient volontiers à nos howmes le chemin d'une tribu voisine, où ces peuplades, conservant leurs premières croyances, sont encore toutes disposées à fra fiquer des faveurs de leurs femmes, et dès ce moment celle roule a été souvent parcourue par les habitants des corvetles. »
Dumont d'Urville rectifie les noms des îles composant l'archipel des Samoa, dont dépend Opoulou. Il avait dans un autre voyage donné à ce groupe le nom d'Hamoa, d'après les insulaires de Tonga, qui ne prouoncént jamais la lettre s, à laquelle ils substituent ordinairement la lettre k. Opoun s'appelle Olo-Singa ; Leone, To-Hou; Fanfoue, Féli-Houta. Ces trois Îles
(1) Ce protectorat, œuvre de l'amiral Dupetit-Thouars, est un des plus beaux faits de la vie de ce digne marin, qui, à la suite de démélés avec la reine de Taïti, en 1844, suscités par le missionnaire Pritchard, alors prêtre, accoucheur et conseil de cette reine nominale, n'hésita point à prendre, au nom de la France, possession de cette île et de tout l'archipel de la Société. Depuis lors, un gouvernement français a été installé à Taïli, à la grande satisfaction des indigènes, lassés du joug des missionnaires anglais. A. M,
(1) C'est également à la grande satisfaction de la reine Potnaré que ie drapeau tricolore a été arboré à Taiti; aussi ai-je pu lui dire, à cette occasion :
Gloire, 2loire à toi, Pomaré,
De Taïtr superbe reine,
Qui de ton pays rassuré
Rends notre Erance souveraine!
Les jeunes nymphes sans façon,
Que sur ton rivage on adore,
Avec toi vont à l'unisson
Fètér le drapeau tricolore. A M.
portent collectivement le nom de Manoua. Quant à l'archipel véritable de Samoa , l'île Maouna de La Pérouse est réellement Toutou-Ila, l'île des Pêcheurs , Ana-Moua; Oyo-Lava, Opoulou ; puis Manano, Apo lina ; etenfin Sevai, que par erreur La Pérouse nomme Poua. On estime la population de ce groupe à 80.000 habitants ; Sevai et Opoulou en contiendraient 25,000 ; Toutou-Fla, 10,000; Manano, 7,000; Apolina, 3,000. Le groupe de Manoua serait le moins habité. Ces îles ont chacune un chef ou arii, et sont indépendantes les unes des autres. Elles n'avaient pas de culte’avant l’arrivée des missionnaires. De Rà cette facilité qu'ils ont eue à y faire accepter le christianisme. Auparavant les jeunes filles disposaient librement de leurs charmes, et les hommes avaient autant de femmes qu'ils pouvaient en nourrir, Un des chefs actuels, bien que chrétien, en a encore deux.
Les hommes de cet archipel sont en général grands et bien faits, vigoureux et hardis. Aucun des deux sexes n a la figure tatouée, mais leurs cuisses sont couvertes de dessins. Leur corps est aussi tatoué fréquemment par des plaies et des cicatrices qui s'accordent mal avec la réputation quon leur a faite d'hommes pacifiques. On remarque de plus parmi eux, ce qu'on ne voit pas chez les peuples sauvages, des bossus, des boiteux, et surtout des borgnes. Les filles sont bien proportionnées , en général très jolies, mais avec un air décidé camme les hommes, dont elles ont presque les manières.
Ces insulaires ont des communications avec les îles Viti et les habitants de Tonga, Leurs maisons ou cases et leurs pirogues sont d’une construction élégante et légère. Les cochons abondent dans l'archipel et y sont à vil prix; les poules sont plus rares quoique peu chères ; les eoquilles sont très communes. Il existe à Samoa une grande espèee de serpent boa, de 2 à 3 mètres de longueur, mais qui n'est pas dangereux. Une belle espèee de ramier, bônue à manger, fourmille dans les bois.
La partie des naturels d'Opoulou qui ne s'est pas convertie à la religion chrétienne a conservé ses usages primitifs. Elle porte les cheveux longs, quelquefois relevés sur le sommet de la tête par un lien de feuilles ou d écorces de cocotier. Une ceinture élroite sert d’unique vêtement. Le tatouage couvre presque lout le corps. Les convertis ont les cheveux coupés ras ou à la Titus.
De l'île Opoulou les corvettes fi'ent vers l'ile Vavao, dont le groupe entier compte environ 6,000 habitants. De là elles vont faire un séjour aux îles Hapai et aux îles Viri. Les Hapayeus sont de beaux hommes; leurs femmes ont aussi des traits réguliers, une belle poitrine et des seins parfaits ; mais elles tendent de bonne heure à l'obésité. Les Vitiens sont également de beaux hommes, bien qu'avec des formes un peu grêles. Ils ont la peau d'un brun jaunâtré, analogue à la couleur de la suie; leurs cheveux sont crépus, mais moins Jaineux que ceux des nègres. Le lalouage est ordinaire, Le Vitieu, nu de la tête aux pieds, cache seulement les parties génitales avec une étroite bande d'étoffe. Les femmes ont une ceinture en paille. L'huile de coco est employée à lustrer la peau et la préserve de la piqûre des insectes. Les Viliens sont encore cannibales, et n'en font pas mystère; dans leurs guerres, ils mangent impitoyablement leurs morts. Les enfants des deux sexes vont entièrement nus, et les jeunes filles ne mettent la ceinture d'herbe qu'à l'âge de puberté, La coiffure est très ébouriffée , côté unique vers lequel se porte la coquelterie des Vilicunes ; les barbes de la ceinture tombent jusqu'à mi-cuisse, et c'est la seule concession qu'elles fassent à la pudeur. La polygamie est ici générale ; la sullane favorite est seule exempte des durs ouvrages.
L'archipel des îles Viti est un des plus vastes et des
lus nombreux de l'Océanie. La grande quantité des Îles ou ilots qui le composent, el surtout la multiplicité des écueils qui en"ombrent ses mers, et souvent réunis:
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On dirait une grande cité se montrant au milieu des frimas.…..
sent un grand nombre de lerres, naguère séparées par les eaux, en font un des points les plus dangereux pour la navigation. Le Hollandais Tasman le découyrit en 1643. Un siècle après, il fut visité par Cook, puis par Bligh, Barber et Wilson; mais, en 1897, l'Astrolabe en fit seule une reconnaissance suivie et complète. Cet archipel se compose principalement de deux grandes îles, Viti-Lebou, qui en occupe à peu près le centre, et Vanona-Lebou, qui le limite vers le nord. Ensuite viennent un grand nombre d'îles, dont quelques-unes sont encore importantes, et par leur étendue et par leur population. Toutes ces terres sont, du reste, généralement hautes, médiocrement boisées, et paraissent d'une grande fertilité. Sans aucun doute, observe d'Urville , elles doivent leur existence aux feux souterrains, et elles ont dû voir leurs sommets couronnés par plus d'un cratère aujourd'hui éteint. Des sources d'eaux chaudes y paraissent abondantes. Les îles basses y sont rares ét de peu d'étendue. On dirait, ajoute d'Urville, que les polypiers qui en construisent la base ont commencé leur travail tout récemment. La population des îles Viti paraît nombreuse et entreprenante Presque tout l'archipel est habité ; mais les îles voisines des tribus puissantes sont souvent dévastées par .des guerres cruelles et incessantes Les vaincus sont massacrés sans pitié, et ensuite dévorés par les vainqueurs -
Une des croyances des Vitiens, c’est que si un homme ou une fille se livrait à l'acte de la génération avant l'âge de dix-huit ou vingt ans. il mourrail immédiatement. Alors, souvent et malsré leurs désirs. les jeunes gens restent sages jusqu'à l'époque du meriage : et, à son tour, la jeune fille, si elle se marie. n'appartient qu'à son mari. Dans le cas contraire . elle reste libre de ses volontés, et dispose à son gré de ses faveurs. C'est grâce à celte croyance que la race des îles Viti s’est conservée avec toute sa heauté. Les femmes aiment beaucoup leurs enfants: la stérilité est rare, et on Ja regarde comme un grand malheur. La terre ici fournit presque sans travail une nourriture abondante, et les enfants sont une source de richesse en même temps qu'une jouissance vraie pour les parents. On a aux îles Viti un grand respect pour les morts, dont les corps sont déposés dans des moraïs, mais sans aucune prière: seulement on cherche à les placer le plus près possible de la maison de l'Esprit. Il faut ajouter que. malgré ce respect pour les morts, on tue les vieillards infirmes, et qui ne doivent plus trainer qu'une triste existence. Une fosse est préparée, la victime y descend, et son bourreau l'assomme d’un conp de massue.
Lorsqu'un chef meurt. on immole toujours sur sa tombe plusieurs de ses femmes. Les hommes et les femmes se coupent une phalange du pied ou de la main pour témoigner de leur douleur à la mort d'ue
DUMONT D'URVILLE. | ft
Cases des naturels (îles Viti).
chef ou d’un parent, et ils montrent avec honneur ces horribles blessures.
Comme aux iles Tonga , les habitants des îles Viti font usage du kava , breuvage enivrant qui est employé surtout dans les grandes occasions. Le tabou règne aux îles Viti comme aux îles Tonga; et c'est le grand-prêtre qui l'applique, après avoir consulté l'Esprit. :
Dans les cas de maladies, les prêtres on nambetti jouent encore un grand rôle : le malade les fait appeler et les charge d'aller porter une offrande dans la maison de l'Esprit, afin d'en obtenir sa guérison ; au cas de mort, l'offrande appartient à l'envoyé, mais il est rare que le malade attende patiemment la mort à la suite des souffrances. Lorsque le prêtre déclare qu’il ne croit plus à la guérison, le malade prie ses parents de l'aider à quitter la vie. On le porte dans une fosse, on le couvre de terre, en ne laissant visible que la tête, puis on l'étrangle, et on immole avec lui ses femmes , si sa fortune Ini a permis d'en avoir un cerlain nombre.
Ajoutons que les naturels des iles Viti, sous un ciel de feu, aiment le farniente et le pratiquent largement. Les femmes sont chargées de tous les soins domestiques ; elles cherchent et préparent la nourriture d’igname et de taro, sans que les hommes s’en mêlent. Enfin, comme aux îles Tonga, les Vitiens aiment la
musique, ont des tambours et des flûtes, et exécutent des chants qui ne manquent ni d'expression ni d'harmonie. L+ conque leur sert pour appeler les guerriers aux armes.
En quittant l'archipel Viti, le 29 septembre 1838, d'Urville se dirigea vers les îles Salomon, en se livrant, dans sa traversée, à des explorations diverses, telles que la reconnaissance, 10 des terres que Surville appela terres des Arsacides , mais qui duivent conserver le nom de Malaïta, imposé par le premier découvreur Ortega; 20 des terres de Guadalcanar, suivies de la chaîne continue des îles de Sesarga, Florida , Buena- Vista et Galera, etc.
L'archipel des îles Salomon, découvert en 1567, par l'Espagnol Alvaro Mendana ne Neira, qui leur imposa ce nom à cause de l'idée qu'il s'était faite de leur richesse, s'étend du nord-ouest au sud-est, sur un espace de 200 lieues, entre 0-100 latitude S. et 1500-1602 Iongitude KE, Il se compose de huit à dix îles principales, et de beaucoup d'autres moins considérables, dont le nombre n’est pas encore définitivement déterminé. La charpente de ces îles, d'après la relation que nous analysons, est presque partout la même : c'est une lLngue chaine de montagnes souvent fort élevées, laque le en forme le centre en courant dans la direction générale du groupe. De beaux versants viennent, par un plan peu incliné, s'étendre jusqu'au rivage, qui
TC en cparmmes et
généralement se présente bas et souvent garni de palétuviers dont le pied est baigné par l'eau salée. Une végétation active et vigoureuse en COUvEe la totalité, et ce n’est que de distance en distance que l'on apercoit de rares intervalles où le sol n est couvert que de fougères, souvent incendiées par les indigènes. Les principales îles ont de belles plages surmontées au loin de hauts sommets, d'où descendent de, superbes rivières qui fertilisent le sol. à
Dumont d'Urville fait remarquer que les caraclères physiques des Salomoniens sont très diflicites à indique’, parce que, si leur ensemble est le même, il existe de nombreuses nuances, suivant les points de l'archipel où vivent les naturels. Ceux de Christoval sont en général pelits et faibles, bien que parfaitement constitués. Ceux de l'île Isabelle semblent tenir d'une peuplade moins bien partagée. Ils ont la peau noire, sauf quelques-uns qui Sont cuivrés. Les cheveux sont crépus et serrés, SOUvenk éhouriftés à la manière des Papous. Le visage porte toujours UD ait de défiance. Les Salomoniens ne se tatouênt point. Ils mâchent le bétel, ce qui noircitleurs dents, lesquelles aulrementseraient très blanches : témoin les dents des femmes, qui s'abstiennent de ce végélal.
Le beau sexe salomônien n’est pas mieux traité par les hommes que dans les autres axchipels habités par des sauvages. 11 est parqué dans la maison des chefs ou founaki, et sert à leurs plaisirs, El çst chargé des travaux du ménage. Un homme n'est pas riche. s'il n'a pas beaucoup de femmes. Il paraît avoir pour elles assez d'affection ; mais la possession d'une compagne n'est estimée par lui qu'en faison des plaisirs charnels qu'elle lui procure, et un mari, S'il est permis d'employer ce terme en des parages où le mariage n'est qu'un vain mot, s'inquiète peu qu'elle les prodigue à d'autres qu'à lui-même.
Les hommes vont entièrement nus, sauf le maro qui leur entoure les reins; les femmes sont nues aussi, et elles accumulent sur leurs fesses, une si grande a anx tité d'herbes sèches, recouvérle par un morceau d'étoffe, qu’elles ont des postérieurs monstrueux. Voyez jusqu'où va se nicher la, coquetterie! €l que. vont dire nos élégantes dont cértaine, crinoline ox addition postiche trouve ainsi une rivalité dans 16 herbes sèches. des Salomoniennes?
L'industrie des Salomoniens ne brille point dans la construction des cases, mais dans les ornements, les armes et surtout les pirogues, qui sont d'une grande légèreté. Le maro est d'une étoffe grossière qui couvre à peine les parties naturelles. Par compensation à une complète nudité, les Salomoniens se barbouillent la figure et le corps avec de la chaux, etse font des peintures très burlesques. Les armes sont l'arc, les flèches, la lance en bois et le casse-tête. Leurs instruments (le musique sont des flûtes, des bambous et des chalumeaux, et ils sont tellement musiciens que tous leurs mouvements se font en cadence.
Après la reconnaissance pénible et complète des îles Salomon, les deux corvettes poursuivent leur navigation, et vont explorer les îles Monte-Verde ou Nougouor, dont le groupe forme un cercle d'îles, d'ilots et de récifs. Les naturels appartiennent au type brun ou cuivré peu foncé. Leur taille est moyenne, leur visage un peu aplati; le nez est large et peu saillant: le front développé, mais fuyaol; leurs dents sont d'une éclatante blancheur ; enfin leur physionumie est douce et gracieuse. Ils portent les cheveux longs et lisses, flottants sur les épaules ou noués derrière la tête, sur laquelle sont posés de grands chapeaux chinois dont les ailes sont tres relevées sur les côtés, et les bords courbés en are de cercle. Ces insulaires ne se tatouentpas, et un simple maro en lissu de paille est leur unique vêtement, que même, ils cèdent, du reste, volontiers pour une bagatelle, ONE + “En gouvernant vers les îles Hogoleu, on rencontra les îles Dunkins, dont les häbitants out 16 type carolin, le corps régulier, les membres selles, la peau, Cui-
vrée, la bouche petite, les dents belles et la physiono mie assez agréable. Ils portent la barbe à la juive; leurs cheveux longs, noirs et lisses, sont retroussés en chignon. Le haut de la tête est bien fait, le derrière un peu saillant. On trouve ensuite l'île Tsis, petite île volcanique peu élevée, dont le sol est presqu'entièrement couvert de cocotiers, d'arbres à pain, de pandanus et d'une grande variété de plantes. Hlle est entourée d'un récif de corail qui en rend l'abordage difficile. Les naturels sont cuivrés et se teignent la peau.
Les corvettes traversent l'archipel Hogoleu, et après avoir exploré quelques parties des îles Carolines, elles voguent vers les Mariannes pour aller se reposer à Gouahgm, qu'elles atteignent, le 1er janvier 1839. Elles en repartent le 15, passent au milieu des îles Pelew, touchent à Mindanao, puis à Sanguir, et de là se rendent directement à Ternate, où elles jettent l'ancre, le 2 février.
Ternate est, avec Tidor, la plus importante du groupe des îles Moluques, dont Gilolo est la plus &rande. Cette île ne compte qu'environ 5,000 habifauts, et Gilolo en a le double; mais elle est, comme Tidor, la résidence d'un sultan. Le terrain des Moluques, bien qu'essentiellement volcanique, est riche et fécond ; de vastes plaines entourent le pied de ces volcans encore mal éteiuts, et se couvrent d'une riche végétation. Le volcan de Ternate a aujourd'hui le plus d'activité, et la lave en arrive quelquefois jusqu'à la mer. Malgré ce volcan, cest File de Ternate même que les Hollandais ont choisie pour leur principal établissement dans les Moluques proprement dites. Get établissement dépend du gouvernement général des
Moluques, dont lé siége est à Amboine. Ternale, Ma- :
nado, Makassar, Banda, sont les points principaux de ce département, qui embrasse, sous le nom de gouvernement des Moluques, les grandes terres de Célèbes, celles de Céram, de Banda, et les Moluques proprement dites. Le gouverneur est tenu de faire des tournées annuelles dans les diverses parties soumises à sa domination.
Ambaine, où les corvettes mouillèrent, le 5 février 1839, a sa capitale assise sur une plaine peu étendue derrière un fort, appelée fort Victoria. Elle est à peine visible de la mer; pour y pénétrer on traverse le fort sur un pont-levis. Les principales rues offrent de belles maisons, et chaque maison à un jardin avec une cour derrière plantée de beaux arbres fruitiers. Le quartier chinois et le quartier malais sont plus rapprochés de la rivière, dont le lit est très large et qui joint la mer au nord du fort Victoria. Le palais du gouvernement est dans le beau parc de Batou-Cadja, où l'on trouve réunis tous les agréments de la viesous le ciel embrasé des Moluques. La population de Pile est évaluée à 50,000 habitants, répartis entre les deux presqu'îles, qui forment une résidence de gouverneur proprement dite. On compte parmi eux un petit nombre d'Européens et de métis qui habitent presque tous la ville, puis des Chinois et des Malais de diverses îles: le reste est composé de purs Amboinais qui ont en grande partie ernbrassé le christianisme.
Les Amboinais sont naturellement très indolents et très adonnés à leurs plaisirs, comme tous les peuples malais : mais surtout depuis leur conversion à la religion chrétienne, ils satisfont leur goût effréné pour le vin de sagouer, quelîle produit en grande abondance. C'estun suc doux et rafraichissant que l'arbre du même nom donne par incision, et qui par la fermentation se convertit en liqueur âcre et enivrante. La nourriture principale ‘est la moelle du sagoutier, qui, broyée, lavée et séchée, devient une féeule dont on fait des galettes tenant lieu de pain. Le gouvernement hollandais retire des indigènes, outre le bénéfice de son monopole, un impôt personnel, un droit sur la vente du sel, de lopiunr, du vin de sagouer et de Farac. I] les assujélit à loutes les corvées, èt ceux-ci les supportent sans murmure, paree qu'ils sont délivrés de la tyrannie de leurs anciéns chefs natifs appelés Ofang-Kayas,
La garnison d'Amboine n'ést guère que de 500 soldats, dont, 300 Européens et 200 Malais ou nègres, Ces troupes sont casernées dans le fort; chaqué soldat a une femme avec lui et recoit pourelle une ration de riz. Ces sortes. de mariages temporaires sont tolérés par les mœurs très relàchées de ces colonies, ét il est peu d'Européens qui n’aient une, liaison de ce genre, quil peut te à sa guise et sans qu'on y touvé aucunement à redire.
Le 19 février 1839, on s'éloigna de l'île d'Amboine
jour se diriger vers, les îles Banda, que l’on atteignit, @ 22. Rien nest joli, selon la relation, comme le coup d œil du port de Banda, limité par trois îles, Banda- Neira, Gounong-Api et la grande Banda ou île Lon- {hoïr. L'ile de Banda-Neira présente près du port une forêt d'une admirable verdure, qui encadre Ja vue pitloresque des habitations. La végétation de cette petile île contraste avec les flancs brülés de Gounong-Api, qui la touche, et dont le sommet volcanique est sans cesse couronné d’un dôme de fumée.
La petite ville de Banda, bâtie sur l'île de Banda- Neira, dans une plaine élevée seulement de quelques nièlres au-dessus du niveau de la mer, est coupée par deux rues principales paralfèles entre elles et au riyage de la mer. Chacune des maisons, sur le premier plan, a un jardin, et elles sont entretenues ävec un Soin, une propreté admirables, comme toutes les habitations hollandaises. Aux deux extrémités de la ville sont des casernes, des hôpitaux et des magasins. Derrière se trouvent les quartiers malais et Chinois.’ Au centre de Banda-Neira s'élève une petite colline qui domine l'île entière, et sur laquelle est le fort Bel-
ica, qui commande au fort Nassau et à l'île entière.
Delnie maisons de Banda-Neira, surlout celle du résident, rappellent ce que Ternale présente de plus confortable.
Le groupe de. Banda, situé par 40 34° lat. N., 1270 32° 37° long. E., est une excellente position militaire qui pourrait commander toute la mer des Moluques. Ce petit archipel fut conquis en 1621 par les Hollandais ét réparti aux colons pour la culture du muscadier,
ui est confiée à des esclaves malais où javans. On ‘Value, année commune, la récolte des îles Banda à 500,000 livres de muscade et 150,000 livres de macis. Le muscadier produit toute l'année, mais la grande récolte à lieu en août et novembre. Chaque arbre donne, année moyenne, 5 à. 6 livres de muscade, et quelquefois, le double et le triple ;
Bien que le sol des îles Banda soit couvert de cultures, el surtout de forêts de muscadiers, il ne saurait produie toutes les choses nécessaires à la vie : aussi à population, réduite à un petit nombre d'employés ou fermiers et à 5,000 esclaves, tire-t-elle de Batavia le riz et l'arac ou arack. On ne trouvedans le pays que du poisson salé et quelques légumes. ,
Nousavous nommé le muscadier : c’est un joli arbre qui nest jamais grand ; il a la forme d'une pyramide ; sa feuille est petite, ovale et d'un vert tendre: le fruit est jaune, oblong et de la grosseur d'un petit abricot ; fendu dans sa longueur, il laisse voir une pellicule du
lus, beau rouge, laquelle est le macis, qui envelcppe a noix de muscade, |
Les indigènes de ces parages connaissent à fond les dehors deja supplication, mais non la reconnaissance : ils. feront mille cajoleries pour obtenir une bagatelle, et dès qu'ils l'auront obtenue ils oublieront qui la leur à donnée. Les Australiens ont une taille au-dessous de la moyenne et des formes gréles ; ils sont noirs Gomme les Africains, mais leurs cheveux ne sont pas aussi laineux ni leur nez aussi épaté, Tous sont privés d'une deut à la mâchoire supérieure : ils sont tatoués verlicalement sur les, épaules et sur les cuisses, el horizontalemen£ sur la poitrincet le ventre. Ce latouage est fat à l'aide de coquillages el par des incisions profondes sur le corps nu éxposé à ün climat brûlant.
Les, Chingis font à Bauda, comme dans loutes les
Un petit nombre d'agents hollandais suffit à tout cela,
= PENONT DURVILLE, 5
colonies européennes, le commerce de détail avec les îles voisines et Ia côte de la Nouvelle-Guinée ; ils en retirent du tripang, de la nacre et des perles, qu'ils échangent contre des objets d'industrie européenne. Les Malais fournissent les bras nécessaires à l'agriculture. Chaque planteur a ses embarcations avec lesquelles il apporte ses denrées dans les magasins du gouvernement.
Le 25 février 4839, } Astrolabe et la Zélée quittèrent l'archipel de Banda, et, le 4er mars. elles apercevaient les hautes terres de la pointe sud-ouest de la Nouvelle- Guinée, Le 27, elles entraient dans la baie Rafles, vaste et profonde, et don les terres sont décorées dé belles forêts, particulières à ces régions austreliennes. Les arbres ont des feuilles coriaces et glanduleuses, recouvertes d'une poudre blanche résineuse qui leur donne une teinte vert pâle d'une uniformité monotone el triste.
Vers les côtes de la Nouvelle-Guinée on avait rencontré sur le passage des corvettes les {les Arrou, terres basses où la végétation n'est pas moins belle qu'à la Nouvelle-Guinée, que l'on atteignit par la baie du Triton, peuplée d'une race mixte, issue de Malais et de Papous, vigoureuse, avec de grands yeux vifs et perçants. Autant la verdure à la baie Rafles paraissait uniforme, autant le sol était bas et l'aspect monotone, autant la baie ‘Friton se montrait sous les formes les plus pittoresques, avec de hautes montagnes boisées de la base au sommet et séparées par d'étroits vallons. L'expédition quitta cette baie pour aller mouiller au Pobo, formé par les îles de Wama et de Wakan, aux terres basses et uniformes et d'une médiocre grandeur. On vogua ensuite vers l'ile Céram, dont les habitants recherchent les oiseaux de paradis, île dont le meilleur mouillage est à la baie de Warrou, dans laquelle les Hollandais d’Amboine ont une station.
Les habitants du village de Warrou, au nombre d'environ 300, et tous mahométans, ont une extrême horreur pour les cochons, et ils laissent pulluler dans les forêts ces animaux, qui dévastent les plantations non garanties par des clôtures. Le gouvernement des Moluques à pour vassal la partie orientale de Céram,île d'où les corvettes firent voile pour Célèbes, dont la côte forme la rade Makassur, sur laquelle s'étend la ville de ce nom, chef-lieu des possessions hollandaises dans ces parages, et résidence d'un gouverneur particulier.
La ville de Makassar a deux parties distinctes : le quartier malais et le quartier hollandais. La principale rue est un véritable bazar bordé de petites boutiques el d'ateliers. Le Campong-Bouguis s'étend sur la plage, et se compose d'une file de maisons en jones bâties sur pilotis. Le quartier européen a des rues larges, bien alignées, coupées à angles droits. I est protégé parune muraille contre les attaques des indigènes: les rues qui äboulissent au boulevart sont défendues par des postes militaires et fermées par des portes. IL ya un fort avec garnison.
Les Makassars sont ignorants et paresseux; ils n’aiment guère que la pêche et la navigation, qui leur permet de se livrer à la piraterie. Tandis que Je Malais et le Bouguis sommeillent, le Chinois se remue et fait tous les métiers, exploite tous les genres d'industrie, La ville de Makassar compte environ 25,000 habitants, qui, souris à la loi mahométane, ont autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir. Le pays donne une si grandé quantité de riz, de sagou et de fruits, les eaux de la baie sont si poissonneuses, que les plus pauvres ont les moyens de nourrir une nombreuse famille. Tous les naturels mâchent le bétel, qui stimule les organes digestifs énervés par l'excès des chaleurs. L'eau-de-vie de coco et l'arac, autre liqueur forte résullant de la fermentation du riz avce un résidu de Ja canue à sucre el de noix de coco, sont également recherchées, et l'opium est de même en usage. L'arme favorite dés habitants est le kris, sorte de poignard à lame droite, el les guerriers ont 14 Mines, Te sabre et le NOUNOU ,
Les Makasses se livrent aux femmes avec une libidineuse furie ; du reste, les jeunes filles, parfaitement libres de leur corps, comme dans tout l'archipel indien, s’abandonnent à l'amour souvent même avant d'être nubiles : aussi les populations sont-elles chétives et énervées. Après les femmes, viennent le jeu et l'opium ; il y a des maisons tenues par les Chinois pour jouer et fumer. L'usage funeste de l'opium est répandu dans toute la Malaisie ; il rend lourd, hébété et stupide. pè -
On pense que l'île Célèbes contient environ 2,400,000 âmes. Dans la province de Boni, la Hollande a 400,000 sujets dépendants immédiatement de son gouverneur ; les autres habilants sont gouvernés par leurs krains ou sultans. 1
Les productions de Célèbes sont principalement le coton, le café, le riz, le poivre, le bétel, le maïs, le manioc, le benjoin et le tabac. Les chevaux sont très recherchés et les meilleurs de toute l'Inde hollandaise. Nulle part peut-être les végétaux et la volaille ne sont à meilleur comple.
En quittant Makassar les corvettes se rendirent à Batavia,joù elles mouillèrent, le 8 juin 1839,
Cette capitale des possessions hollandaises dans l'Océanie comple environ 60,000 âmes, non compris la garnison. Ce chiffre se divise en 4,000 Européens, 20,000 Javanais ou Malais, 30,000 Chinois, et 6,000 esclaves et Arabes. Batavia comprend la ville basse et la ville haute. La première est la partie commerciale ; un canal la sillonne dans tous les sens; elle est la plus rapprochée de la rade, mais aussi la moins salubre et la moins agréable. La ville haute est composée d'habitations construites avec un grand luxe et enlourées de jardins ; elle s'étend sur une vaste surface, ce qui nécessite l'usage des voitures pour se visiter. En effet, à Batavia on ne rencontre jamais personne dans les rues autrement qu'en équipage; les Malais et les Chinois font seuls exception ; du moins, un Européen ne pourrait, par goût, par fantaisie ou comme besoin hygiénique d'exercice, y employer ses jambes sans être suivi de sa voiture. Nulle part les lois de l'étiquette ne sont observées avec plus de rigidité. $
Les Chinois occupent un quartier entièrement séparé, ou plutôt une ville entière, formée de maisons entassées les unes sur les autres, avec des rues étroites et tortueuses, mais remplies de métiers et d'ateliers 3 ici c'est le travail, l’activité, tandis qu'ailleurs c'est le calme, le faste et l'indolence. Les Chinois sont très pacifiques, et cependant ils se feraient tuer pour une roupie. Les Chinois tiennent à Batavia de nombreux harems pour les Européens; et, dans un climat si brüûlant, les Javanaises trafiquent volontiers de leurs charmes avant de contracter un mariage où elles gar-
deront la foi conjugale. |
La relation que nous analysons renferme de curieux développements sur le mécanisme du gouvernement hollandais à Java. Le gouverneur général, dont le pouvoir est immense, y exercé les fonctions souveraines, assisté par un conseil des Indes, qui n est guère que consultatif. Un directeur général des finances est chargé de l'administration des revenus et des dépenses de la colonie: un général commande les troupes; un amiral est chef de la marine; un procureur-général est placé près de la cour supreme de justice; un directeur de l'intérieur a la police générale, el il existe un secrétaire général du gouvernement pour contresigner les décrets. La cour Supreme approuve, réforme ou casse les jugements des tribunaux ordinaires qui siégent à Batavia, à Samarans et à Sourabayÿa, et qui se parlagent entre eux toutes les provinces de l'ile. Les Européens sont jugés d'après les lois hollandaises ; mais, pour les Javanais, les juges se font assister par le régent du pays et le prêlre Javanals; IS prononcent contre le coupable les peines établies par le Coran et les coutumes locales. # 4
Dans chaque province, le rés‘dent préside une cour de justice, composée du secrélaire de la résidence, du
régent indigène, qui commande sous ses ordres, et du principal prêtre musulman. Le résident remplit les fonctions de gouverneur, et fait exécuter les lois en même temps qu'il surveille les chefs indigènes, qui, du reste, persuadés comme ils le sont qu'ils doivent demeurer tributaires des nations de l'Occident, et habitués à la suprématie hollandaise, la préfèrent à toute autre, car elle est celle avec laquelle ilssympathisent le mieux.
De Batavia les corvettes firent voile (19 juin 1839) pour l'île de Sincapour ou Sincapore, en passant par les détroits de Banca et de Dryon. Déjà le lendemain, la vigie signalait la côte de Sumatra; le soir, on avait rallié l'entrée du détroit de Banca; le 26, on franchissait celui de Dryon; le 27, au malin, on se trouvait dans celui de Malaca, et, le soir, on arrivait à Sincapour, comptoir et halte des bâtiments anglais dans les grandes Indes.
La ville de Sincapour, bâtie sur l’île du même nom, s'élève au fond d'une baie, sur un terrain plat; elle se divise en plusieurs quartiers, séparés par un canal peu profond et d’un mille et demi de large, sur la droite duquel reposent les maisons de campagne des Européens, entourées desjardins. A gauche du canal est le quartier chinois, avec des maisons très rapprochées, ayant des galeries extérieures qui garantissent les magasins et les promeneurs des rayons brülants du soleil. Presque toutes les boutiques sont sur les quais, et la pagode chinoise est un assez beau temple orné de colonnes en granit. Les édifices publics el magasins de l'Etat se trouvent dans le quartier européen, qui offre de belles et larges rues. Au fond du port se voient de petits bateaux dont la réunion forme une espèce de ville flottante habitée par les Malais, qui exercent la profession de pêcheurs et de bateliers.
La population de Sincapour, évaluée à 23,000 habitants, se compose d'Européens, de Chinois, de Malais, d'Arabes, d'Indous, de Malabars et de Siamois : tous font le commerce ; il y a peu d'industrie dans l'île, et l'agriculture est peu avancée. La position de la ville moderne est une des plus favorisées pour le commerce d’entrepôt, entre les mers de l’Inde et celles de la Chine; c'est aujourd hui un des marchés les plus importants du monde, et en même temps une excellente relâche pour les navires.
Le 2 juillet 4839 , les deux corvettes se dirigèrent vers la grande île de Bornéo, qu'elles at‘eignirent le 8, à l'embouchure de la rivière de Sambas, où elles laissèrent tomber l'ancre. Le terrain de la côte de Bornéo est en général très plat; il n'offre dans la rivière de Sambas que quelques hauteurs éparses; le pays est riche en métaux et pierres précieuses; les forêts sont remplies d'arbres fruitiers ; le sagoutier, le bois de fer, le bois d'ébène, abondent, ainsi que les jones et les gommiers. Dans les montagnes et sur les îles se trouvent beaucoup de nids d'hirondelles si recherchés par les Chinois ; la mer fournit des tortues, des holothuries et des perles. La côte occidentale est généralement très riche; mais les habitants sont encore barbares, notamment les Dayaks.
Ces sauvages cultivent la terre et font le commerce de la côte. Ils n'ensemencent jamais au-delà de leurs besoins présumés, et si la récolte est mauvaise, ils ont recours à des racines pour se nourrir. La canne à sucre n’est encore cultivée que par les Chinois. La culture du café n’a été introduite que récemment. Le sagou est très abondant, et il existe des forêts entières qui produisent celte denrée. Le blé de Turquie est un des principaux aliments des Malais et des Dayaks; cette plante s'élève à une très grande hauteur, et les indigènes la nomment jagon. Les Chinois cultivent une espèce de patate appelée ocbie, et dont ils font leur aliment principal. Les Malais recherchent surtout cette patate pour faire des voyages. Le camphre de Bornéo est d'une excellente qualité, de même que le benjoin, que l'on exporte principalement à Java. Le bois de fer croît sur différents points de la côte, mais toujours dans
le voisinage de la mer; ce bois est très lourd et très dur; souvent les outils se brisent avant de l'entamer. L’arbre à beurre, que les indigènes appellent tinkamang, produit une excellente huile, analogue à l'huile de coco ; cet arbre est très grand et atteint des dimensions colossales. Le bois de laque est employé à Bornéo pour la teinture. Le nibong est une plante qui ser! à couvrir les maisons. Le mangoustan croît sur la côte, ainsi que les pamplemousses. Les Chinois ont planté à Bornéo les premiers orangers, et ces arbres fruitiers s’y sont rapidement propagés. L'arbre à pain, nommé soukong, se trouve sur toule la côle occidentale et dans tout l'archipel Indien. L’ananas est très commun et d’un goût très agréable. Le pisang ou bananier fait à Bornéo la principale nourriture des indigènes. Enfin, il existe dans cette île un arbre appelé oupas, dont la gomme est un poison tellement violent qu'elle donne la mort en la touchant avec la main ; les Dayaks l'emploient pour envenimer leurs flèches, armes si terribles dans les mains de ces peuples barbares.
L'île de Bornéo n’est pas moins riche en minéraux
qu'en végétaux. Elle renferme des mines de diamants, que l’on trouve surtout dans le lit des rivières, du côté de Landak. Les Dayaks recueillent aussi de l'or dans les rivières. Le fer abonde sur différents points de la côle voisine de Billiton. On trouve de l’antimoine dans le lit des rivières.
. Les tortues affluent sur la côte; les naturels leur font la chasse pour en avoir l’écaille, qui est très estimée. Lorsqu'ils parviennent à les atteindre , ils les metlent sur le dos au-dessus d’un petit feu jusqu'à ce que l'écaille se soit détachée de leur corps; l'animal en à bientôt repris une nouvelle, et elle peut même donner par année quatre fois des écailles. Il y a dans la partie septentrionale de riches bancs de perles. Enfin on recueille à Bornéo une grande quantité de pierres dites bézoard, qui se trouvent dans la tête de certains animaux , tels que les singes, les porcs-épics et les cerfs ; on emploie cette pierre pour neutraliser les effets du poison. à
Le 15 juillet, les corvettes quittèrent la rivière Sambas et cinglèrent vers la rade Béwan, un des meilleurs mouillages des îles Solo. La ville de Solo est située à l'embouchure d'une rivière qui se jette dans la mer au fond de la baie de Béwan. Toutes les maisons reposent sur l’eau, c'est-à-dire sur des pilotis ; elles communiquent entre elles par des ponts en planches, très étroits, que l'on enlève à volonté. Vers l’est et le sud, ces maisons communiquent à terre ferme par des ponts en bambous. Il y a une petite forteresse à l’extrémité du canal.
Les habitants de Solo sont mahométans : aussi ne les voit-on presque jamais. Les indigènes appartiennent à la grande famille malaise; ils ont le visage large et plat, les yeux un peu bridés comme ceux des Javans, mais beaucoup moins que ceux des Chinois. Ils ont pour arme le coutelas ou criss, à lame droite, qui ne les quitte jamais. C’est dans la beauté et la richesse de ces armes qu'on distingue de la foule les divers chefs, lesquels sont, du reste, aussi sales et aussi déguenillés que le menu peuple. Ces insulaires font
eu le commerce; il est encore dans les mains des hinois.
Les îles Solo sont d’un aspect très pittoresque : la principale est d'une fertilité remarquable ; elle produit tous les fruils et tous les légumes des pays intertropi- Caux, et nourrit une grande quantité de bœufs et de chevaux : on ne rencontre les campagoards que sur des bœufs ou des chevaux, seul moyen de transport dans un pays montagneux el privé de toute espèce de voie de communication. L'ile principale compte environ 60,000 habitants, et la ville environ 6,000. Cetie population est un mélange de Bouguis, de Bi- Say..s et de Malais. Les montagnards sont agriculteurs el méprisent en général les peuplades de la côte ; ils reconuaissent la suzeraineté du sultan de Solo.
Le 25 juillet, on fit voile vers l'île Mindanao, dont
le principal mouillage est celui de Samboangan, qui a une rade assez sûre pendant la mousson de l'est. Le climat de ces parages est très sain, malgré les fièvres qui y règnent à certaines époques de l’année. Les habitants, au nombre d'environ 7,000, sont d’une belle taille, et professent en général le christianisme. La colonie est sous la domination espagnole. La relâche de Samboangar est excellente pour les navires qui, vepant de Manille et des mers de la Chine, se dirigent ensuite vers le détroit de Makassar, pour gagner un des passages des îles de la Sonde.
La traversée de Samboangan à Samarang eut lieu par le détroit de Makassar ; et, le 24 septembre 1839, on atteignait Samarang , port septentrional de la grande île de Java, à l'est de Batavia. On ne fit là qu'une courte relâche ; on se rendit ensuite à la baie de Lampongs, située à l'extrémité orientale de l'île de Sumatra, sur le détroit de la Sonde, qui sépare Sumatra de Java. L'aspect de la terre charme l'œil; sur le bord de la mer on n’aperçoit d’abord que quelques habitations; le village de Lampongs est à quelques pas dans l'intérieur, et ses toituressont dérobées à la vue par un épais feuillage. Là les corveties furent entourées de pirogues, dont les naturels vinrent offrir à l'équipage le poivre récolté dans le district, puis des tortues et autres provisions. On devait rester sur cette rade jusqu'au 41 octobre; mais la dyssenterie ayant altaqué une partie de l'équipage, on dut songer à quitter bien vite un mouillage si funeste.
On en partit, le 10 octobre 1839. Dès lelendemain, douze matelots étaient en proie à de violentes coliques. Le 20, les malades allaient beaucoup mieux et ne devæient pas tarder à reprendre leur service. Le 2 novembre, on était par 280 52° 30° de latitude S. et 92° 52’ de longitude E. La dyssenterie continuait à faire des ravages sur les deux corvettes. Le 7, on perdit plusieurs matelots ; on n'avançait que très lentement vers Hobart-Town, où l’on devait se rendre.
Retour à Hobart-Town.
Enfin, le 12 décembre, on atteignit ce port de la Tasmanie, si vivement désiré. Les équipages descendirent à terre, et dans peu de jours presque tous les malades se trouvèrent guéris.
L'île que Tasman , son premier découvreur, dota, en 1636, du nom de Van-Diémen, alors celui du gouverneur général des possessions hollandaises dans les grandes Indes, est située au sud de l'Australie, par 400 35 40°” — 430 38° 34” latitude S., et de 1490 23 — 4460 17 longitude E., et bornée au nord par le détroit de Bass, à l'est, à l'ouest et au sud par le grand Océan austral ; elle présente une surface de 3,437 lieues carrées. Elle a un climat meilleur encore que celui de l'Australie, el sa capitale, Hobart-Town, située sur le détroit de Bass, réunit environ 15,000 habitants. L'île entière en compte 46,000, et se divise en deux provinces, celle du sud, dont Hobart-Town est le cheflieu, et celle du nord, qui a pour chef-lieu Launceston. La Tasmanie ne renferme plus un seulde ses habitants primitifs; les Anglais les ont fait disparaître, en les traquant comme des bêtes fauves, et ils ont peuplé cette île de condamnés ou déportés de la mère-patrie, Le culte dominant est le protestantisme. Les évasiors des convicts sont fort rares du côté de la terre; il y en a quelques-unes par le détroit d: Bass, pour gagner la Nouvelle-Hollande, au moyen de petites embarcations secrètes.
Retour dans les glaces antarctiques.
Dans son séjour à Hobart-Town, le commandant d'Urville reçut la visite du capitaine Biscoe, qui venait de découvrir la terre d'Enderby, vers les régions australes. Le capitaine anglais ayant assuré d'Urville que plusieurs marins soupçonnaient des terres plus éloignées, celui-ci résolut de tenter une nouvelle expédi-
tion vers le pôle sud. Les équipages acéueillirent êc projet avée, enthousiasme, et, ‘dès le ler janvier 1840, On quittailt Hobart-TOWn pour voguer vêrs le pôle antarctique. |
Le 11, on avait dépassé le 51e parallèle sud; Tes albatros avaient disparu ; les vents Commiéncaient à Souffler avec force; le 15, on fut asSaïlli par dés grains de neige ; le 46, on rencontrait les premières glaces; le 18, on avait atteint le 64e degré dé latitude sud; le 20, les corvêttés élaient entourées de grosses glaces êt d'oisedux de mer, ainsi que de phoques à fourrure. On apereut enfin une terre entièrement couverte de nêige, qui s'étendait de l’est à l’ouést, et semblait s'abaisser par une penté assez douce vers la mer. Celle terre pouvait avoir 4,200 mètres de hauteur, sans offrir nulle part de sommet saillant. Le temps devint d'uné sérénité admirable, et l'on put aborder plusieurs points de cètle terre inconnue , située par 669 30° lat. S.—1380 2’ longitude. E. Elle se déssinait au loin et présentait l'image de la stérilité, mais semblait révéler un contiñent où plusieurs terres s'étendant Vérs le pôle austral. Les embarcations envoyées par le commandant rapportèrent des fragments de roche qui ne laissèrent plus aucun doute, et conslatèrent la nature dé cette térre g'anilique, à laquelle d'Urville donna le nom de terre Adélie, afin de perpétuer le nom d'une épouse dévouée, qui avait consenti trois fois à une longue ét crüélle séparation dans l'intérêt de la Science ‘et de la gloire du pays, et qui devait, deux ans plus tard, dans la paix de nos arts et au sein de nôs plaisirs tranquilles, pérpétuer son nom d'une aütré manière, avec son époux et son fils, dans un horriblé événément.
Après une réconhaissance Jlongüé ét pénible dés côtes accessibles de cette terre, après des luttes désespérées contre les banquises ôu bancs de glaces, lés dénx éorveités appareïllèrent, le 467 février 4840, pour le retour vers dés contrées plus hospitalières. On mit le cap au nord, pour rallier Hobart-Town , où l'on arriva, le 47. N'oublions pas d'ajouter qu'au sortir des glaces, les corvettes avaient découvert une seconde térre, qui fut appelée Clarie, et qu’ellés rapportaient la présque certitude d'avoir surpris la position mystérieuse du pôle magnétique.
Retour des glaces antarctiques.
Le bruit des nouvelles découverles de Dumont d'Urville se répandit rapidement par la presse anglaise dans toute l'Australie. Nos rivaux cherthèrent à les lui contéster; mais efforts impuissants! D'Urville est resté avantsa mort possésseur absolu et découvreuruüniquedes terres Louis Philippe, AdélieetClarie. Les dernières découvertes dé Jamés Ross et de ses compagnons, parvenus ensuite Jusqu'au 78e degré 4’ de latitude S., n'ont rien enlevé au mérite de celles du commandant de T'Astrolabe S'il a été moins heureux que ses successeurS, il n'a montré ni moins de lumièrès, ni moins de résolution; et lorsque le capitaine Ross publiera lui-même sa relation entière, ils’ empresséra sans doute de reconnaître les ava: tages qu'il à tirés de la découverte de la térre Adélie, en cé qu'ellé lui indiquait en quélque Sorte la nécessité de Se rapprocher du pôle austral, ét d'allér Cheréhér dans l'est une route qu'on sävait, Srâce aux découvertes de Dumont d'Urville, ne pas existér Sous le méridien d'Hôobart-Town (1).
La relâche en ce dernier port fut éourte; on en repartit, le 25 février 1840, pour voguer vêrs des îles Auckland, situées au sud-est, par environ 509 lat, S. et 4650 long. E. ; excellent point de relâche pour les baleiuiers et les pêcheurs. Ces îles stériles, où, du réste , aucun intérêt évident et majeur n'appelle une population européenne , seniblent réservées comme
() Le Capitaine Ross, dans la püblicatio de son dernier voyage, s'est émpressé, en effèt, de reconnaitre les déconveftes de Dtfmont d'Urville, A: M.
demeure éternelle aux oiseaux de mer. Elles se composent d'une île principale et de plusieurs petits flots.
RéconñnaïSsances et découvertes nouvelles.
Là ‘traversée des îles Auckland à la Nouvelle-Zélande s'opéra dû 20 mars au 6 avril 1840. On mouilla ‘dans là Paie d'Akaroa. vaste mouillage que l'on ‘quitta, le 42, afin d'aller faire un séjour dans la Baie des Iles, dont l'Anglelerre venait de s'emparer. Dumont d'Ürvilfé avait décrit avec soin ces parages , el même presque toute la Nouvelle-Zélande, dans son précédent voyage, elil ne lui restait plus guère à dire à ce sujét. On repartit de ce port, le 4 mai, pou gagner, à travers l'O: céan, la baie Coupang, de l'ile Timor, en faisant là réconnaissance des îles Lôyalty, dé la Louisiade ét du détroit de Torrès. Le 9 mai, on était dans des eaux tropicales ; 16 12, on avait en vue l’île Britañnnia, la plus méridionale des îles Loyalty; le 13, on releväitlile Chabrol ; le 22, l'île Rossel; le 23 1'île Adèle, pour coms mencer l'exploration de la partie méridionale ‘de la Louisiade, terres qui, depuis leur découverte par Bou: gainville, n'avaient été revués par aucun ‘des mavigateur$ qui avaient sillonné l'océan Pacifique ét marqéé leur passage par dés travaux sérieux. Aussi présentaient-elles un nouveau chap d'eXploration ‘et uñké série de découvertes d'un haut intérêt pour lagéograz phie. Laissons parler un moment notre célèbre mavigateur dans le relevé de ces parages.
& Le 24 mai, nous nous dirigeâmes sur les îlés du Sud-Est, dont les hauts sommets apparaissent de loin ; mais nous trouvâmes la roule barrée par un immense récif continu, que déjà nous avions vu la veille, et qui, suivant toute apparence, relie toutes ces terres entre elles. Les îles du Sud-Est se termivent à l'est par une pointe basse, dont nous ne pümés pas fixer la position: sa partie occidentale est montueuse et très élevée. Au sud elle présente une presqu'ile assez remarquable (presqu'île Condé), sur laquelle nous apercûmes quelques naturels et un petit village, mais noùs ne vimés aucune pirogue et, par suite, nous ne pümes avoir aüeune communication. Dans la soirée, Îles îlés du Sud-Est restaient déjà loin derrière nous. Une lotigué ligne d'ilots (îles du Calvados) se môntrait dans le nord ; le récif qui, jusquelà, s'était présenté à mous compacte et continu, sauf quelques coupures de pêu d'importance, ne laissait plus voir que quelques pâtés isolés. La mér, au-delà de ces écueils, pardissait calme et profonde, mais j'évitai de m'y engager. Je me décidai à prendre le large pour passer la nuit et pour continuer notre exploration le lendemain.
« Nous vinmes attérir de bonne heuré sur quelques îlots bas et boisés (îles Montémont) (1), nous les tro vâmes énclavés dans lerécif, qui s'étendait dans l'ouést à une distance prodigieusé, en s'appuyant Sur quelques îlots épars et couverts de verdure. Le dessin de celle contrée, laissé par Bougainville, était d’un bien faible secours pour guider notre navigation; cépendant nous crûmes, dans là Soirée, reconnaître l'îlot bas ét boisé auquel il imposa 1è nom d'Ouessant. Devant n'ôus s'élevaient plusieurs roches qui fixèrent la Jimite du travail de Ja journée (îles Teste), et qui, lé léndemain, nous servirent d'excellent point de reconfaissance. | “êteà
« La terre nous offrit, le 26, l'aspect le plus varié. Devant nous, et à petite distance, s'élevaient une foule de petites îles, dônt la plupart étaient habitées: dans le lointain on aperéevait de hauts sômmiels, qui sem-
(1) Lès ils anxquèlles Durñétit d'Uréille à bien votli donner môn non reposént ainsi dais le Grand-Oeéan, par 11647 de laitude sûd, et 15° 3° de longitude 6st. J'ai coumposé pour nies sujéts une constitution poétique ; mais J'ai cru devoir, prudemiment différer de la leur notifier en personne , pârce qu'ayant conservé le goût de la chair hiimâine, ils auraient pu, Sans égaid pour ma dignité, quoique nominälé, me mètre aussitôt à là Bioc 4 k
blaient appartenir à une même terre considérablement étendue ; toutefois, à mesure que nous nôus approchions, nous apercevions des canaux nombreux qui semblaient découper la côte, de manière à former une multitude d'îles. 11 serait possible que eette partie de la côte, qui, comme on le verrà plus tard, semble faire corps avec la Nouvelle-Guinée, ne fût composée que d’une réunion d'îles très rapprochées les unes des autres, et qui alors appartiendraient à l'archipel de la Louisiadé. Ce problème ne sera entièrement résolu que lorsque ces terres, toutes françaises, auront été l'objet d'üne reconnaissance spétialé.
«Le 27 mai, nous avions atteint le cul-de-sac de l'Orangerie, ainsi nommé par Bougainville ; et qui limite à l’ouest le champ de ses découvertes. L'aspect que présente la terre en cet endroit répond parfaitement à la description pompeuse que nous en a laissée le découvreur français. Dans le fond de la baie, le terrain s'élève par une pente douce à partir du rivage, ét laisse voir partout une magnifique végétation. Dans la baie, les eaux paraissent parfaitement tranquilles, et, sans aucun doute, on pourra y trouver d'excellents mouillages, à l'abri des hautes terres qui la bornent à l'est et à l’ouest, et qui, Suivant loute probabilité, forment des îles séparées dé la Nouvelle-Guinée par des canaux étroits. J'aurais Yolontiers cherché à mouillèr sur ces lêrres, d'autañt plus qu'elles paraissent habitées par uné population nombreuse et intéressante à éludier ; mais des düuleurs d'éntrailles ne me laissaient plus ateun fépos, € je redoutais à chaque instant d’être forcé dé m'arrèter dans les travaux que j'avais éfilrepris avant de Îes terminer; d'un autre côté, je savais que lés pluies étaient très fréquentes dans ces parages : je pouvais donc, à chäque instant, voir noS travaux inlérrompus par des circonstances indépendanteS de ma volonté.
« Cependant noùs vimes, par le travers du cul-de-. sac de l'Orangerie, deux petités embarcations se diriger sur nous êt Contitiuér à pagayer avéc persistance. Je dontréi l'ordre de méltiélé navire en panhe pour les attendre. La première pirogue qui s’approcha dé nous s'arrêta à une petite distance @e l'Astrolabe ; six hommes la montaient. L'un d'eux, qui probablement était un €hef, se tenait debout au milieù de l’embarcation ; il port@it au bras et au cou des orhëments faits ave des coQüilles Enläcées dans une mêtñé tresse; autour de la” il avait uhe ceinture en écaille de tortue. Tous ces Sauvagtés parlaient entre Eux avec beaucoup de volubilité. La Couleur de leur peau était d'un noir plus foncé que Celui dés habitants dés îles Viti; leurs cheveux étaient érépus, leurs jambes grèlés; aucun d'eux ne portait de barbe. Pour tout vétément ils avaient une ceinture; leur taille était érdinaire ; ils paraissaient vifs et vigoureux. Un seul parmi eux 8e faisait remarquer par une taille assez élevée ; il portait un ornement bizarre qui traversait le cartilage du nez. La curiosité semblait les avoir seule amenés auprès de nous, et ils paraissaient lrès inoffensifs. Arrivés à quelque distance du navire, ils s'arrêtèrent, et alors ils cherchèrent par des signes à nous engager à aller à terre ; ils nous présentaient des Cocos, une häché en pierre et quelques coquilles, en nous désignant avec Ja main l'emplacement de leur village. De notre côté, nous leur montrions des miroirs etdes ojets de toute espèce qui semblaient vivement piquer leur curiosité. A l'aide d'une planche que nous laissâmes dériver jusqu'à eux, nous leur fimes passer quelques-uns de ces objets qui semblaient exciter leur convoitise. Ils les regardèrent longtemps avant de s’en saisir, puisenfin ils les recueillirent avec une défiance extraordinaire, et finirent par témoigner une grande joie. D'autres pirogues s'étaient réunies peu à peu autour de nous; mais Ces Sauvages ne voulurent pas monter à bord, et, las de leurs hésitations, nous reprîimes notre route.
Le 23 mai, les corvettes s'avancèrent vers la Nouvelle-Guinée, à travers des récifs dangereux. Le 29, on découvrit une chaîne de hautes montagnes d'un ef-
fet très piltoresque ; mais la crainte de s'engolfer et de ne pouvoir ensuite accoster les récifs du détroit de Torrès qu'avec beaucoup de difficulté fit abandonner une plus ample reconnaissance.
Le 30 mai, on apercul les récifs de Portlock, plâcés comme une sentinelle avancée en avant de la grande barrière, «Ces récifs, dit le commandant d'Urville, sont fort dangereux sur toute leur longueur ; ils s'élèvent à peine au-dessus du niveau des eaux ; la mer y brise toujours âvec violence, et le navire qui aurait le malheur d'y toucher serait rapidement détruit. On vira de bord, et, le 34, on donna dans la passe de Bligh, qui est vaste et spacieuse et n'offre aucun danger, si l'on est sûr de sa latitude, Un petit îlot de sable, appelé Anchor-Key, la limite vers Ie sud, et sert de point de reconnaissance. Après avoir dépassé cet ilot, on apercut l'île Darnley, que les indigènes désignent sous le nom d’Arroub, et à deux millesde laquelle on laissa tomber l'ancre pour passer la nuit.
Le 1er juin, les deux corvettes reprirent leur course en passant près des îles Atagor, Hougar, Yarmouth et Dalrymple. Elles eurent bientôt devant elles la petite île #/'arior, que les naturels nomment Toud, devant laquelle /a Zélée faillit rester échouée sur un récif. On sait que les récifs de coraux s'élèvent perpendiculairement du fond de la mer comme les murailles d’une maison ; seulement, au lieu d'être polis comme elles, ces rochers de 6oraux présentent de fortes aspérités, et en touchant léurs parois un navire court le risque de se briser et de périr totalement sur place. Les deux bâtiments français eurent ici plus de dangers à courir qu'au milieu des banquises du pôle sud ; après trente-quatre mois de campagne, et après avoir échappé aux périlssans nombre d'une longue navigation et être Sortis victorieux des luttes les plus terribles dans les glacés, il eût été cruel de finir misérablement sur un récif Madréporique sans nom. Enfin, grâce à un redoublement! d'efforts désespérés el au retour d'une marée favorable qui redressa les navires, on put sortir des récifs de l'ile de Toud, non toutefois sans de graves avaries.
L'île Tout est un pâlé de coraux couvêrt d'arbres et entouré d'une belle plage; elle a un mille à peine dans sa plus grânde longueur. On né troûüve sur cette île Saolonneuse hi filet d'eau potablé; ni cocos, ni production végétale propre à servir d'äliment, Pour se jrocurer de l'eau, les naturéls récueillent avec soin, fins des coquilles ou feuilles de pañdants, l’eau des pluies, qui, du reste, soût asséz àbühtantes dans ces parages. Ces naturels Sont vigoureux et d'une taille assez élevée ; mais 1S mènent là vie la plus Miisérable; la pèclie ést léur principale réSsourte ä&liféhlaire. Ils voht Entièrement nus; léur peau est noire, leurs che- Voux sont érépus, leurs formes &rèles; ils se font un
.tatouage en relief sur leurs épaules; ils paraissent doux
et crainlifs, mais devant des armes, et on suppose qu'ils seraient féroces s'ils étaient les plus forts.
La coquetterie ne semble pas étrangère au beau sexe de l'île Toud. Siles hommes y sont complétement nus, les femmes s'y parent des atours qu’elles peuvent rencontrer. Une d'elles vint près de l'4strolabe dans tout l'éclat de ses charmes noirs, ayant au cou une sorte de hausse-col en nacre, les poignets serrés par des bracelets d'écaille, le lobe des oreilles et le nez percés de trous garnis de petites coquilles, les cheveux laineux couverts d'une poudre rouge. Elle s’épuisa en agaceries, en douces mines auprès des malelots français, qui furent assez peu galants pour ne pas y répondre. Honteuse alors de ses frais de toilette perdus et de ses avances inutiles, elle leur tourna le dos et rejoignit sa tribu, où elle trouva sans doute des consolateurs plus empressés, mais qui, peul-être, lui surent peu de gré de sa tentative; car les hommes de l'île Toud passent pour très jaloux de leurs femmes.
h8 VOYAGES AUTOUR DU MONDE.
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Retour en France.
Le 10 juin 4840, on dit adieu.à ces sauvages, et le 19, on apercevait les hautes terres de l'île de Timor; le soir, on jetait l'ancre dans la baie de Coupang, vaste et profonde, où l'équipage put enfin se reposer de ses dernières et longues fatigues éprouvées dans le dangereux détroit de Torrès. On remit à la voile, on vogua de Timor à l'ile Bourbon, et de ce point au cap de Bonne-Espérance el à Sainte-Hélène, d'où l'on reprit la route de France. Enfin, le 6 novembre 1840, les deux corvettes rentraient daus le port de Toulon, après une absence de trenté-huit mois, ayant parcouru la moitié des mers qui couvrent le globe, traversé sept fois l'équateur, et pénétré à deux reprises sous le cercle
polaire austral. Le 31 décembre, le ministre de la marine expédia le brevet de contre-amiral à Dumont d'Urville, capitaine de vaisseau depuis onze années; les of. ficiers furent avancés d'un grade, les matelots d'une classe, et plusieurs décorations de la Légion-d'Honneur furent distribuées. Ce ne fut qu'au printemps de 4841 que l'amiral vint à Paris pour préparer la publication de sa relation et recevoir de la société de géographie sa grande médaille d'or, qui allait être aussi décernée, deux ans plus tard, au capitaine James Ross pour ses découvertes vers le 78€ parallèle sud. L’infortuné Dumont d'Urville devait ignorer cette justice accordée à son heureux émule, auquel il l’eût rendue avec empressement lui-même, si la catastrophe du 8 mai 1842 ne l'eût enlevé à la science, au pays et à
l'amitié.
Ile Céram, vue du village de Warrou.
FIN