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PRÉLIMINAIRE
La France a vu, dans la seconde moitié du xvinre siè le, s'effectuer les glorieuses cireumnavigations de Bougainville, de La Pérouse, d'Entrecasteaux et Marchand ; elle a de même, en ce genre de voyages, marqué dignement sa place à l'aurore du xixe siècle. En effet, pendant que Napoléon triomphait dans les champs de Marengo et soumeltait | Ilulie à ses armes, une expédilion qu'il avait envoyée dans le Grand-Ocféan, Sous le commandement du capitaine Baudin. explorait les rivages de la Nouvelle-Hollande, ce cinquième continent dont | étendue égale au moins celle de | Europe. Plus tard, le capitaine de Freycinet, qui avait fait partie de cette première expédition, en dirigeait une lui-même sur une plus grande échelle encore; après lui est venu M. le capitaine Duperrey. dont le Voyage a eu l'inappréciable avantage de fixer d'une manière certaine la position des milliers d'iles près desquelles avaient passé Roggewein el tant d'autres navigateurs qui tous, croyant les avoir apercues les premiers, leur avaient tour-à-tour imposé des noms différents, lesquels en rendaient la reconnaissance confuse et difficile, pour ne pas dire problématique. A. Duperrey a succédé Dumont d Urville, auquel la science doit un si beau travail sur la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Guinée, et l'humanité la découverle des débris des vaisseaux de La Pérouse, puis un voyage au pôle sud, que «léjà nous avons fait connaître. Enfin, quelques autres, sans ajouter aux découvertes
EL, Panis, — mn. Lacour et C®, rue Souffot, 46.
antérieures, ont complété beaucoup de notions qui n'avaient pu l'être par leurs devanciers.
Nous allons offrir l'analyse des principales de ces explorations, toutes exécutées dans l'intérêt des sciences et pour la gloire du nom français ; nous comimencerous par celle du capitaine Baudin.
Les corvettes le Géographe et le Naturaliste, chargées par l'empereur Napoléon de faire des découvertes dans les régions australes, partirent du Havre le 17 octobre 1800, sous le commandement du capitaine Baudin. Elles se rendirent à l'Ile-de-France, et de là aux Moluques, à l'île de Timor, où elles mouillèrent le 21 sep'embre 1801, après avoir exploré quelques parties des côtes sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, notamment la terre de Leuwin jusqu'alors inconnue, la terre d'Erdracht et la terre deWitt. De Timor on passa vers le sud-est dla Nouvelle-Hollande, c'est-à-dire au port Jackson, et l'on fit une assez longue relâche en ce lieu principal des établissements anglais à la Nouvelle- Galles du sud, AA
En partant de e2 point où ils s'étaient ravitai!lés, les deux navires français se dirigèrent vers la terre de Diémen, en vue de laquelle ils arrivèrent le 13 janvier 4802. Ils doublèrent le cap sud de cette grande île pour aller mouiller dans l’est de l'île aux Perdrix, à l'entrée du canal d'Entrecasteaux. Ils découvrirent le port Buache et acquirent la certitude que la portion de terre désignée sousle nom d’ile Tasman n'était qu'une presqu'île unie à la grande lerre, et que dès lors il
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n'existait aucune communication directe entre la baie du Noïd et la baie Marion.
Où quit'a le eanal d Entrecasteaux le 17 févri:r, et, ap-ès avoir doublé le eap Raoul et le cap Lillar, on jeta l'ancre à Fenhiée de Ja baie des liuitres sur lîle Maria. Pendant le séjour des corveltes, on reconnut le port Frédériek-Heudrik de Tasman, pris Iggroupe d'îles connu sous le nomd'îles Schouten. On découvrit Ja. baie Fleurieu et le part Montbazin, puis l'île Maurouard qui offritun abri salutaire coutre les fureurs de l'Océan. site rible dans ees parages.
Eu s'en éloignant on prit la route du fameux délr it de Bs< qui sépare la Nouvel’e-Hlollande de la terre de Van-D émen, détroit qui fut découvert. en 1798, par un capilaine anglais, et qui acinquante lieues (de large du nord au sud, sur une longueur presque égale du l'ouest à l'est. Après l'avoir franchi de l'est à l'onest, les vaisseaux français commencèrent la recunnaissance de la côte sud-ouest de la Nouvelle-'lallande, côte à Jaquelle fut donné le nem de terre Napoléon, mais que par jalousie les Anglais n ont pas voulu lui confirmer.
Après ces périlleuses et magnifiques explaralions sux lesquelles nous reviendrons tout à l'heure, il fallut, le & juin 4802, par suite de l'épuisement de l'équipage, aller prendre une nouvelle relâche au port Jackson dans la haie Botanique, non pas en repassant lc détroit de Bass, comine c'eût élé le chemin le plus court, mais en cherchant l'extrémité méridionale de la terre de Van-Diémen. Le 20 mai, on reconnut l'entrée de la baie de l'Aventure et les hautes colonnes du cap Cannelé en avant duquel se projelte lile aux Pinrouins. lei de superbes vallées aboutissent à la mer, d'innombrables ruisseaux descendent des montagnes que d épaisses forêts tapissent jusque sur leurs derniers sommets, tandis que les contours du rivage sont agréablement dessinés par une superbe lisière d'arbres et d'arbrisseaux toujours verts : le calme de l'Océan au fond de la baie, la verdure et la fraicheur des bois formaient un doux contraste avec l'aspect sauvage et sombre du cap Cannelé, et le tumulte des vagues qui mugissaient dans le lointain. Le 22 mai, on atteignit l'île Maria, que l'on doubla par. le sud pour altaquer lesiles Schouten. Ici les équipages eurent beaucoup à souffrir du mauvais temps ei des maladies, et l’on se hâta de gagner lé nord en faisant voile pour le port Jackson, où l'on arriva heureusement, le 20 juin, pour ÿ faire un séjour de cinq mois, espace de {emps pendant lequel on radouba les vaisseaux et renouvela les provisions, landis que les matelots recouvraient la santé qui les avait abandonnés.
Le 2 janvier 1803, les deux vaisseaux français repartirent pour la terre Napoléon qui fut derechef explorée. On imposa des noms français aux nouvelles découvertes; et après qu'elles furent accomplies on fit voile, le 6 mars, pour la terre de Nuylts et le port du Roi Georges. On prolongea ensuile la terre de Leuwin et la bate du Gévgraphe pour aller reconpailre le port Leschenault situé dans le voisinage; puis on visila la terre d'Edels et celle de Wiu, où l'on fit une reconnaissance de Farchipel Bonaparte. On mouilla, le 24 mars. auprès de l'ile Cassini, île où s'étaient arrêtés les relèvements de l'année précédente, el lon suspendit encore une fois les opérations pour aller faire un second séjour à Timor, et y chercher des rafraîchissements, On se retrouva, Le 6 mai, 1803 devaur celte île, dans la baie de Coupang, qui est aussi le nom de son port princi, al.
Le 3 juin suivant, les Français remirent à la voile et vinrent faire leurs dernières exploralions à la lerre de Witt. Pauvenu, le 14 juin, à 130 26° de latitude sud , et 1240 de lougilude est, on cingla direciement vers la côte, et l'on aperçut bieniôt le çoulineut; mais on ne découvrit vulle part un lieu prapre au débarquement. H fut d'ailleurs impossible de prolonger la terre au sud-est, 1 mousson ré:nante se trouvant contraire à celle direction, On empioya six juurs €n-
licrs à s'avancer de vingt-cinq lieues dans le sens de la côte, :
Le 21 juin, on ap-reut de nouveau la terre entre le cap Dusséjour et le cap Donibey, espace d'environ trente lieues.
Le 26, on parvint à la hauteur du cap-Faureray, el le 98. à l'extrémité du cap Leuben, limite orientale de la terre de Mit.
lei le cap taine Baudin. voyanthien qu'il ne pourrait entreprendre. en allant de l'ouest à les, la reronnaissance de la terre d'Aruheim, contiguë à celle de Witt, se décida à gagner le large, pour tâcher d'atteindre l'extrémité sud-ouest de la Nouvelle-Guinée. I restait à explorer cinq cents lieues de côte, lant à la terre de Capentarie qu'à la terre d'Arnheim, et le désir du commandant était de le faire; mais lui-même gravement incommodé d'un erachementde sang, lorsque les équipages n'avaient plus de vivres que pou” vingietun
jours, ét qu'il en eût fallu pour trois fois plus de
lemps, il y eut nécessité de renoncer à de plus longs {ravaux el de presser le retour des bâiments vers le seul port où Lon pût trouver les ressuurces dont on avait un si impérieux besoin.
C'est dans celte déplorable situation que les denx corveties, abandonnant les côtes de la Nouvelle-Hollande, voguèrentuve {roisième. fois verslile de Timor, qu'elles révirent ke #3 juillet 41803. Le 14, elles doublèrent au sud Like Savu, et rentrèrent, le % août, au port de l'île de France.
Ici se termine réellement le voyage du capitaine Baudin; ce marin distingué mourut dans eetle n ême île, après une cruelle malailie, le 2 septembre 1803, et eut pour remplaçant le capitaine Mihus, qui ramena en Europe les deux corvettes, lesquelles revirent les côtes de France, et rentrèrent dans le port de Lorient, le 25 mars 1804, après une absence de quarante-un mois et demi. Elles avaient parcouru dans cet intervalle plus de dix-sept mille lieues marines, ou vinglun wiile lieues moyennes de France.
Le savant naturaliste Péron, qui avait fait partie de l'expéditon, fut chargé par le ministre de Fintérieur de rédiger la relation du voyage et de mettre en ordre tout ce qui concernait les sciences naturelles ; il s'acquilla de celte tâche avec zèle jusqu'à sa mort, qui arriva le 44 décembre 1810. Quant aux détails nautiques et géographiques, la rédaction en fut confiée par le ministre de.la marine à M. de Freycinet, qui avait aussi fait le voyage comme enseigne de vaisseau , et qui depuis à lui-même commandé en chef une Cxpédition que nous ferons bientôt connaître.
Celle de Baudin mérite que nous reyenions sur les découvertes qu'eile a obtenues et les principaux lieux qui s’y trouvent mentionnés,
Ces lieux sont la terre de Van-Diémen, la terre Napoléon, la lerre de Nuyts, celle de Leuwin, celle d'Edels, celle de Wiut, la Nouvelle-Galles du sud, l'île de Timor et quelques autres.
La terre de Yan-Diémen, découverte, le 24 novembre 1642, par Abel Tasman, qui l'appela ainsi du nom du gouverneur des, possessions hollandaises dans les gran des Indes, ne fut bien connue qu'en 1797, à la suite des savantes explorations du capitaine Bass, dout le nom fut donné au détmoit qui sépare celle terre du grand continent auslral auquel on la croyait upie.
Elle s'étend de 400 75° 40° à 430 4S° 34” de lautude eud, et de 1400 23 à 1469 17 de longitude orientale du méridien de Paris. Elle est bornée au nord par le détroit de Bass et celui de Banks: à l'est, à l'ouest et au sud par le Grand-Ogéan. Sa surface équivaut à lrois mille quatre cent lrente-sepl lieues moyennesde France. Deux grandes rivières, l'une au nord et l'autre au sud, portent leurs eaux dans FO. éan. La côle méridionale est assez élevée; c'est là que se trouve le bras de mer connu saus le nom de canal d Entrecasteauæ, lequel a douze lieues de longueur, et deux ports très commodes au fond de la baie, dite de la Recherche, Daus la parle sud-est, on voit le port
Le
Buache, qui ést très vaste et entouré de hauteurs inégales : il réunit la presqu'îte Tasman à la presqu Île Forestier, et e«t séparé par un isthme de la bate Monge, Ce détroit consere une largeur d'une à deux licues, jusqu'à sa sortie dans loc an méridional de la pointe Tasman. 11 est libre de dangers et parfaitement sûr. Les rivages en sont de reehes et ses vaux profondes,
Dans le nord-est de la Eae Marion, est située l'île Maria, longue de sept milles et demi. sur une larzeur ben moindre. À la côté oriertale de la terre de Van- Hiimen se trouve l'ile Maurouard, 21 au nord 6e la Mème terre le port Dalrymple, sur la rivière Tamur, qui se jelle dans le détroit ile Bass. À la par ie nordouest sont les îles Eunter, découvertes en 1798 par le cäpitaine Flinders, et dans le voisinage desquelles le capilai 1e Baudin découvrit l'île Fleurieu. Un peu plus haut, vers le nord des îles Hunter, se voit l'île King, la plus grande du détroit de Bass.
Le naturaliste Péron raconte que le fameux air de la Manseillaise fut cranté aux sauvages de la terre de VYan-Diémen, qui prirent un extrème plaisir à l'entendre; ils manifestaient leur salisfiction par des gesles et des conlorsions bizarres; à peine une strophe était finie que ce grands cris d'admiralion parlaient de toutes les bouches à la fois. Ces sauvages étaient dans une nudité absolue ; une jeune fille vint s'offrir au naturaliste, et ne voulait plus le quitter. En géueral, ces insulaires montraient une grande confiance el une naïvelé touchante.
En pénétrant dans l'intérieur du pays, ies Français admirèrent le singulier spectacle de forêts profondes, où la hache ne relentit jamais, où la végélalion se développe sans obstacle, où règne une ombre élernellemient mystérieuse, une grande fraîcheur 6t une kumidité pénétrante ; où croulent de vétusté ces arbres gisantesques, dont les vieux troncs se couvrent de lichens parasites, et dont l'intérieur recèle de froids reptiles et des milliers d'insectes; ces arbres qui forment quelquefois par leur chute des entassements naturels de trente pieds de haut, ou que l'on voit renversés sur le lit des torrents , et établis-ent ainsi des ponts tout prêts, mais dont le voyayevr doit se défier. lei les bauksias se développent comme une charmante bordure à la lisière des bois; là se dessine le casuarina, aux feuillages si remarquables, aux rameaux si solides et si élégants; plus loin se montrent les xanthorrhées, dont la tige solitaire s'élève à douze ou quinze pieds au-dessus d'un tronc rabougri, d'ou s'échappe une résine odorante; près de là des evcas, dont les noix, enveloppées d'un épiierme écarlate, renferment un venin dangereux.
En géneral, le sol est aussi fertile qu'abondant en pâturages. Partout où la eulture à pénétré, toutes les espèces de grains d'Europe out réussi. Mais, il faut le dire, ayec un sol aussi riche, sous ua elimal aussi beau, iln'est peut-èle aucun pays aussi pauvre en productions indigènes. Le principal des animaux est le kangarou. Le seul animal carnassier de quelque grandeur est une variété d'opossum, appelée hyene-opussun, paree qu'ila de la ressemblance avee la hyène: il at. teint une grandeur de huit à neuf pieds, el la vue de Phomime ne le fait point fuir. Paruwi les oiseaux on distingue Fému, qui se rapproc @ de l'autruehe Les cignes noirs sont nombreux dans les riviéres eb les baies ; et les îles du détroit de Bass nouriissent une e-pèce d'oie. La terre de Van-Diémen fournit à peine un légume on un fruit indigène qui soil mangeable ; Mais, en revanche, tous ceux d Europe sont excellents. Les chevaux qu'on y a introduits ont donné une race vemarquable par la faculté de suy porter la fatigue d'un long voyage. Des colons peuvent faire trente à quarante milles sans s'arrêter pour fa re rafraîchir leurs chevaux. Cette qualité parait être due à ce que ces animaux vivent en plein air le jour el la nuit, el ne Sunt pas énervés par la chaleur de l'écurie.
Cest au canal d'Entrecasieaux que Péron à révni différentes notions sur les uauurels, daus une relàche
qui dura trenle-six jaurs ; il en reeueïlit d'autres dans l'ile Maria, et il v trouva les hommes encore plus ins trailables. I en fut de même à l'ile Schoulen, un des points Les plus remarquables de la côte ovicn'ale de Ja terre de Vau-Liémen, Ceile île Schouten se compose eulièrement de hautes montagnes noires, q i laisseut entre elles plusie:rs vallées profontes et à pente ras pide et glissante. Le revers oriental est absolument nu, saus ançuue trace de verdure; une mer profonde bai gue celle côte affreuse au regard.
Nous n'endisons pas davantage sur la terre de Van- Diémeu, parce que les iclations pos'éreures à ce les de Péron seront plus lardanalysées, el parce que d'a lleurs ce saxant s est plus attaché à des détails d bistuire naturelle, qui formai nt la speciale de sou lravaul. Nous «lons done passer à la Nouvelle-Hôllaade, cetie terre qui à plus de neuf centslieu:s moyeunes de longueur, de vingt-cinq au degre, et de plus de sept cents lieues de largeur, avec une superlicie de trente huit mille quatre cent milles carrés, de quinze au degré, et uue population d'à peine soixante nülle habilanis, car ici |'indigène se retrouve dans l'état le plus hileux de la nature inculle.
L'ensemble des côtes de la Nouvelle-Hollande, seules parties de ce terriloire que l'on connais-e exact: ment, si l’on exceple la contrée sud-est appelée Nouvelle. Galles méridionale, est partagé en neuf différents ess paces principaux, nommés, SAVOIE :
4° Au sud, la terre appelée par les Français de l'ex, pédilion Baudin terre Napoleon, commerçant à | extréz mité méridionale du promontoire du capitaine Wilson, situé sur le détroit de Bass, vers le 144e degré de longilude o1iei tale, el se prolongeant jusqu an cap des Adieuar, vers le 130 cegré dela même longitude; espace depuis partagé en terre de Grant à l'est, terre Baudin au centre, et terre Elinders à l'ouest;
20 La terre de Nuyts, qui part du cap des Adieux el s'étend à l'ouest jusqu à la terre de Leuwin, y compris le port du Roi Georges, lequel fut découvert par Vancouver en 4791;
30 La lerre de Lenwin, qui vient ensuite et qui sé: tend jusqu à la rivière des Cygnes, terre dans laquelle se trouve la baie du Géographe, premier théâtre des travaux du capitaine Baudin ;
40 La terre d Edels, qui comprend la rivière des Cygnes ei qui se prolonge au nord jusqu à la baie des Chiens-Marius:
50 La terre d'Endracht, au nora de la précédente, et qui, en comprenaut la baie des Chiens-Marins au sud, ya se Lerminier \eis le nord aux îles Forestier ;
60 La terre de Witt, au uord de celle d'Endracht ex qui s'étend jusqu'au golfe de Van-Diémen, terre qui fut découverte, en 1623, par Île navigateur hollandais Guillaume de Witt, ebsur la côte de laquelle débarqua le navigateur Dampier en 1699 ;
30. La terre d'Arnheim, au nord de celle de Witt, et comprenant celle de Diémen siluée sur le golfe du même NOM ; :
80 La terre de Carpentarie, se développant le long du golfe de ce nom ;
90 Enfin la terre dite Nouvelle-Galles du sud, eommenant au cap York sur le détroit de Torrès au næd, el finissant au sud à la poiute Wilson, sur le détroit de Bass.
La terre Napoléon, qui comprend, comme mous lavons expliqué, la terre Flinders, de Baudin et de Graut, fut exploree par L'expédition française, avec un soin aupulieux, d'autant plusqueles Anglais n'avaient pas poussé leurs recherches plus loin que ie port Wesern, situé sur la partie nord-ouest du détroit de Bass, el à l'ouest du cap Wilson; d'où résullail que toute la portion comprise entre ce port el la terre de Nuyts elait encore Hiconnue au moment où les Français se présentaient dans ces parages ; ils ewientainsi la gloire de resuudie par celle reconnaissance le problèine de L'unité de la Nouvelle-Hoflande,
Uue baie à l'ouest du port Western fut appelée baie
Talleyrand, en l'honneur du célèbre diplomate francais. Vers le 35e degré de latitude sud, et le 135€ degré de longitude orientale, existe un golfe, qui fut appelé golfe Bonaparte, et que les Anglais ont depuis nommé golfe Spencer. À l'est de ce même golfe il en existe un autre, qui recut le nom de golfe J'séphine, alors femme du premier consul; et entre ces deux golfes on voitau sud une île d'environ deux cent dix milles de lour, et que l'on nomma le Decrès, en l'honneur du ministre de la marine française de ce temps.
Le golfe Bonaparte ou Spencer s'enfonce de plus de deux cent milles dans le continent, et comporte plus de six cent milles dans le développement de ses côtes ; il ressemble à l'embouchure d'un grand fleuve et se termine en se rétrécissant insensiblement vers le fond par des banes de sable qui l'obstruent. Sur la côle occidentale de ce fond et tout près de sa pointe d'entrée, se voit un très beau port que les Français dotèrent du nom de Champagny. ministre alors de France, depuis duc de Cadore, et que les Anglais ont ensuite appelé port Lincoln. De là jusqu'au cap des Adieux, le rivage du continent offre beaucoup de petites baies sans importance, et où la nature est d’une grande monolonie.
L'île Decrès que nous venons de citer a une baie spacieuse, qui fut nommée baie Bougainville, propre à rerevoir des flottes nombreuses. et offrant plus de vingt milles d'ouverture. Le cap Delambre la termine à l'est. Quant à l'île même, elle ne présente, malgré son élendue considérable, aucune espèce de montagnes proprement dites. La côte méridionale se développe en collines à pentes unies et lerminées à pic au bord de la mer, où elles s'élèvent presque partout comme un rempart; elles ont un aspect triste el sauvage. Cependant les rivages de la baie Bougainville sont tap ssés de verdure et les collines revêtues de forêts, qui donnent à cette partie de l'île un air plus riant el plus agréable,
La côte du nord est aride et nue. L'île Decrès, la plus grande île de la Nouvelle-Hollaude, étant, comme nous venons de le dire, dépourvue de montagnes et étrangère par conséquent à celte végélation aclive qui entretient l'humidité, paraît manquer généralement d’eau douce.
Nulle trace du séjour de l'homme ne se montre sur ces rivages, et l'expédition française n’y aperçul guère queles kangarous. Plusieurs de cesqtadrupèdes étaient de la hauteur d'un homme, lorsque, assis sur les jambes de derrière et sur la queue, ils tenaient leur corps perpendiculaire. Favorisés par l'absence de lout ennemi, ilsont pu se multiplier dans celte île où ils formentde nombreux troupeaux. Les endroils qu'ils fréquentent sont tellement foulés, qu'on n'y peul découvrir un brin d'herbe. De larges sentiers ouverts au milieu des bois arrivent de l'intérieur au bord de Ia mer; is se croisent en lout sens, el sont fortement ballus; on dirail, en les voyant, qu'une peuplide nombreuse el active visite le voisina e. Cette abondance de kangarous est une 1e-soutce précivuse pour les vaisseaux qui relächeront à l'ile Decrès; car Ja chair de ces animaux est ris salutaire. La mère île compte parmi les viseaux qu'elle possède beaucoup de casoar: ; ils sont très agiles à la course. Enfin l'île Decrcs a ses rivages très poissonneux ; on y trouve surtout une grande abondance dhuitres excellentes.
Dans. la terre de Nuyts se trouve le port du Roi Georges, qui n'est éloigné du cap de Nuyts que d'une vinglaine de lieues 11 à été souvent visité depuis l'expédition Baudin; sa position à l'extrémité sud-ouest de la Nouxelle-Hlollande, ses ressources nombreuses sur un continent où elles sont rares, lui donnent une importance qu'on apprécie chaque jour davantage. Trois bassins principaux le composeut : le premier, qui est le plus en dehors, se nomme port du Roi Gvorges, proprement dit; 1l sert de rade aux deux autres qui sont, Le hâvre aux Huitres el le hâvre de la Frincesse Royale. Larade offre partout un abri assuré et un bon mouillage : il y a cependant par-ci par-là quelques
bancs de sable On aperçoit plusieurs étangs d'eau douce sur la presqu'île qui sépare la rade du port de la Princesse. Les marées sont ici fort irrégulières; la plus haute dans le jour est de trois pieds, ct dans la nuit de sept à huit pieds.
Je consignerai ici qaelques délails que j'ai traduits en 4832, d'une description donnée de ce port par un voyageur anglais, M. Scolt-Nind, dans le journal de la Société royale de géographie de Londres.
La terre du Roi Georges, dont la baie ou le port, qu'on appelléen anglais Xing Georges sound, se lrouve par 350 6° 20° latitude sud, et 118° 1° longitude est du méridien de Greenwich, est située sur la cûle méridionale, et peu loin de l'extrémité sud-est de la Nouvelle-Hollande. Elle est convenablement placée pour le radoub et les approvisionnements des narviresallant de la Nouvelle-Galles du sud, colonie sud-est de l'Australie, à la nouvelle colonie de la rivière des C\gnes (Swan river, fondée vers le sud-ouest; elle présente un bâvre excellent, peut-être même le seul bon port du voisinage de cette dernière colonie. La belle situation de ce hâvre que Vancouver visita le premier en 1792, que Flinders, Baudin, Freycinet, virent ensuite, dont l'expédition de d'Entrecasteaux a levé tous les plans, et où débouche la rivière des Français, détermina le gouvernement britannique à y former un établissement particulier en 1826.
L'aspect général de la contrée est trisie, mais piltoresque. Les colonies qui s'élèvent derrière l'établissement sont couvertes d’arbustes assez beaux, mais la plupart frappés au cœur et impropres aux bâlisses; plus loin cependant, les montagnes ont des bois de bonne qualité.
Il serait difficile d'indiquer ici la succession des vents et des saisons, parce qu’elle n'est point uniforme. Les vents d'est commencent d'ordinaire à souffler en décembre, pour continuer de régner jusqu'à la fin de mars; celte période peut être considérée comme formant l'été. Ces vents d'est sont d abord assez vivlents et accompagnés de piuie; à mesure que la saison avance, les vents du nord se montrent, el la chaleur au thermomètre de Fahrenheit marque jusqu'à 98° (1), pour persister ainsi pendant les mois de mars el d'aviil, où dominent les ventsd'ouest, qui durent jusqu à latin de juillet. Les vents sud-est règnenten aoûlel septembre; les mois d'octobre et de novembre sont généralement beaux et signalés par des pluies fréquentes. Le vent chaud du nord qui se fait sentir à Sydney brûle aussi de temps à autre la terre du roi Georges, et pendant l'été il y a beaucoup de tonnerre et d'éclairs. Au total, le climat est beau, et il tonbe assez de pluie pour les hesoins de la végétation qui, dans la plaine, c:l, au surplus, un peu grossière. Venons aux habitants.
Les naturels de la terre du Roi Gewrges ont une taille moyenne, des membres grêles, et la plupart un abdomen protubérant. Leur seul habillement est une pean de kangarou, descendant jusque près du genou, jetée comme un manteau sur les épaules, et altichée à l'épaule droite avec un jone, de nauière à laisser la main droite libre de ses mouvements. Lorsqu'il pleut, la fourrure est en dehors. Quelques-uns de ces manteaux sont si étroits el si miuces, que ceux qui les revèlent semblent marcher tout nus, él en particulier les enfants dont le mantelet n'est guère qu'une simple bande de peau. Les peaux plus larges sont pour les femmes. Les autres articles d habillement sont la ceiuture, les bracelets et la coiffe. La ceinture est une longue bande filée ou tissue de la fourrure de l'opossum, el lournée autour de la peau de kangarou, plusieurs centaines de louis. Une bande analogue est aussi quelquefois portée autour du bras gauche el de Ja tête, à laquelle encore ceriains chefs placent des plumes et des queues de chiens, ou bien ils roulent autour de leur tête leur longue chevelure; les femmes n'ont au-
(1) Environ 29 degrés 172 de Réaumur, et près de 37 de grés centigrade. A. M.
eun ornement et portent les cheveux courts; mais les filles ont parfois autour du cou un petit « ordon de laine filée. Les deux sexes se frottent le visage et la partie supérieure du corps avec un fard rouge, mêlé de graisse, qui leur donne une odeur désagréable. Is l'emploient, disent-ils, comme moyen de propreté et pour se garantir du soleil et de la pluie. Leur chevelure est souvent empreinte du même fard. Au moment où ils viennent de s’en frotter, ils ont ure couleur de poussière de brique, el une singulière apparence.
En signe de deuil ils se peignent une bande blanche sur le front, en travers et en descendant sur les pommelles des joues. Les femmes s’oppliquent la couleur blanche en larges taches.
Se peindre le corps m'est pas ici un signe de guerre, comme dans la Nouvelle-Galles du sud : cela n'est regardé que comme un ornement qu'on ne néglige presque jamais dans les danses ou lorsque les tribus se visitent réciproquement; onle pratique surtout dans les saisons de l'année où l’on peut se procurer dé la graisse de poisson ou d'animaux. Cependant, il est quelques individus qui y ont bien rarement recours. Ici existe le même usage qu'à Sidney, celui de se faire des entailles ou balafres sur le corps, et de maintenir une profonde cicatrice, en forme de saillie, ce qui a lieu principalement sur les épaules et sur la poitrine, et ce qui est tout à la fois une marque propre à différentes tribus, ainsi qu'une honorable distinction personnelle. On se perfore également la cloison nasale pour y suspendre une plume ou quelque autre objet. Les ornements du costume, néanmoins. ne désignent pas un homme revêtu de quelque autorité, car les jeunes gens seuls les portent. Les blessures cicatrisées sur le corps sont aussi des marques de distinction plus relatives aux tribus qu'aux personnes.
Chaque homme de la tribu, lorsqu'il voyage ou va seulement à une certaine distance du campement, porte un bâton enflammé par un hout, afin de pouvoir allumer des feux, eten hiver tous en ont un sous leur manteau pour mieux se préserver du froid. C'est généralement un cône du banksia grandis. lequel a la propriété de rester allumé un Lemps considérable. Une écorce pourrie ou une espèce de bois vermoulu est aussi employée au même usage. Les naturels ont grand soin de conserver ce luminaire, el ils allumeront même un feu (par friction ou autrement) exprès pour le raviver.
Ils ont pour armss, soit des lances de deux ou trois espèces, qu ils poussent avec nn bâton approprié à ce dessein, soit un couteau (1), puis un marteau de pierre, elun curl ou arme courbée, unie, analogue au boumerang des naturels de la Nouvelle-Galles du sud. Les larces sont faites d'un long et mince bâton, épais d'un doigt, et d'un bois dur, poli avec soin, bien dressé et affermi encore dans le feu. L!'y a de ces lances qui servent pour la pêche, en y adaptant un nerf de kangarou; elies ont huit pieds de longueur. Les lances de guerre sont plus longues et plus lourdes, étant à cinq ou six pouces de leur bout armées de pierres aiguës fixées avec de la gomme et analogues aux dents d'une scie. Chaque homme porte de deux à cinq lances.
Leurs huttes (2) consistent en quelques Laguettes
plantéesdansle sol et formant un berceau de quatre pieds.
de hauteur sur cinq ou s x de largeur. On en réunit quelqnefois deux en, une. On les couvre légèrement de feuilles vertes. Lors des pluies on y ajoute des morceaux d'écorce sur lesquels on place des pierres, afin que le vent ne puisse les emporter. Ces huttes se voient généralement dans les lieux abrités près des eaux, le derrière opposé au vent régnant, et avec un feu qui brûle constamment sur le devant. Chaque
(1) Bâton armé de pierres aiguës fixées sur un lit de gomme à l'extrémité. A. M.
(2) Les hnttes des Anstraliens diffèrent considérablement
entre les diverses tribus ; en général, elles sont d’une sim. ple et grossière construction partout, A. M.
hutle renferme plusieurs individus qui y reposent enveluppés de leurs manteaux, pêle-mêle et par tas; on y voit également les chiens, admis à partager leurs couches.
Un campement se compose rarement de plus de sept ou huit huiles, car, excepté dans ls temps de pêche et durant les chaleurs, où une multitnde considérable: se rassemble, le nombre des individus est d'ordinaire petit, et peu de huttes suffisent. Ce nombre excède rarement cinquante personnes. Les hutltes sont disposées demanière à ce qu'on ne voie pas de l'une dans l'autre. Les hommes se tiennent seuls dans une; les enfants reposent avec les femmes dans une plus grande près des maris. Ces sortes de campements constituent plutôt des familles que des.tribus. Elles quittent la côte en hiver et se retirent dans l'intérieur. Les naturels de l'intérieur viennent à leur tour sur la côte dans la sai= son de la pêche. Comme le pays n'abonde pas en aliments, ces naturels ne sont point stationnaires; ils vont d'un lieu à l'autre, suivant les provisions qu'ils peuvent s'y procurer. C'est en hiver et au printemps qu'ils sont le plus disséminés; mais à mesure que l'été approche, ils se réunissent en plus grande affluence. C'est pendant celte saison qu'ils amassent le plus de gibier, et ils y réussissent à merveille en mettant le feu tout autour des lieux où ils chassent, et en enveloppant ainsi leur proie sans leur laisser aucune issne. Les chasseurs, cachés par la fumée dans les sentiers les plus fréquentés des animaux, les tuent alors à leur passage, et ils en détruisent une quantilé considérable. L'incendie quelquefois s'étend à plusieurs milles de distance.
Dès que le feu a passé quelque part, les indigènes se mettent à chercher parmi les cendres les lézards er les serpents détruits par milliers, et ils prennent aisément aussi dans leurs trous ceux qui ont échappé aux flammes.
A la chasse les chasseurs sont aidés de leurs chiens, qu'ils ont pris jeunes et élevés dans ce dessein, toutefois sans se ‘donner beaucoup de peine et sans leur enseigner un mode de chasse par iculier. Ces chiens paraissent avoir un flair très sublil, el ils s'élancent vers le gibier en le saisissant ou le faisant lever avec une étonnante dextérité, principalement les baudicouts, les petits kangarous et les opossums; mais pour chasser l'ému et le grand kangarou ils ne sont point assez agiles (1). Ces chiens vivent de végélaux, de racines, d'entrailles et d'os d'animaux. A certaines époques de disette, le chien est forcé de quitter son maître et de pourvoir à sa propre subsistance ; mais il revient généralement au bout de quelques jours. Il aboie rarement (2), mais il mord ferme en happaut à la manière du renard. C’est un très bon gardien domestique, et il attaque hardiment les étrangers Dans l'état sauvage les naturels le tuent pour en manger la chair, Ils mangent plus habituellement de la chair du kangarou, moins souvent de celle de l'ému, oiseau qu'ils
(1) On sait que l’opossum est nn quadrupède qui sante d'arbre en arbre, en se donnant l’élin au moven de sa queue, qu'il entortille à une branche; que le bandicout est une espèce de gros rat sans quene qui se blaitit dans la
terre ou dan: le creux des arbres; qu'enfin le kangourou
ou kanzarou est un guadrupède tout-à-fait particulier à la Nouveile-Hollande, et tou:nant Sur sa queue, qui lui sert à la fois de sie et de trépied : un seul de ses bonds le transpor’e à plus de trente pieds L'éinu est nn oiseau de six pieds de hauteur, et qui n'a ni langue, ni plumes, ni ailes : il est couvert d’une fourrure qui tient le initien entre les poils et les plumes, et il a quelqne chose sur les côtes qui ressemble à deux ailes, mais dont il ne peut jamais se servir pour voler; 1l court très vite. A. M.
(2) : unningham, dans son Voyage à la Nouvelle-Galles du sud (Two years in New-South-Wales), dit que le chicn de cette contrée n'aboje pas, mais hurle d’une façon la= n'entable er cherchant sa proie. A ce sujet, le tome VI de mon Voyage dans les cinq pirties du monde présente re plus amples dévils extraits du meme ouvrage. publié en 1527, A. M.