DEUXIÈME SECTION
Description de quelques îles situées dans le voisinage de Taïti. Divers incidents qui nous arrivèrent. Spectacle dramatique et plusieurs particularités relatives aux coutumes et mœurs des habitants.
Après nous être séparés de nos amis de Taïti, nous fimes petites voiles avec de jolies brises et un beau $ pri et Tupia nous dit que quatre des îles voisines,
qu'il distinguait par les noms de Huaheine, Ulietea, Olaha et Bolabola, étaient à un jour ou deux de traversée de Taïti. Il ajouta que nous y trouvérions en grande abondance des cochons, des volailles et d’autres rafraîchissements qui nous avaient un peu manqué sur la fin de notre séjour dans son île; mais comme nous avions découvert au nord, sur les montagnes de Taiïti, une île appelée Theturoa, je dirigeai d'abord ma route de ce côté, afin de la voir de plus près. Elle gît au nord-ouest, à environ huit lieues de l'extrémité seplentrionale de Taïli, sur laquelle nous avions observé le passage de Vénus, et que nous nommäâmes pour cela Pointe Fénus. Nous trouvâmes que c'était une petite
île basse, et Tupia nous apprit qu'elle n'avait point d'habitants fixes, mais que ses compatriotes la visitaient par occasion, et y allaient passer quelquefois deux ou trois jours pour pêcher. Nous résolûmes en conséquence de ne pas employer plus de temps à l’examiner et d'aller tout de suite vers Huaheine et Ulietea, que l'Indien, notre compagnon de voyage, disait être bien peuplées et aussi grandes que Taïti.
Le 14, à six heures du matin, la partie la plus occidentale d'Eimeo ou de l’île d'York nous restait au sudsud-est, et le milieu de Taïti au sud-est à midi; nous avions le milieu de l’île d’York à l’est-sud-est; Ja baie de Port-Royal, dans l’île de Taïti, au sud-est, à soixanteun milles de distance; et au sud-sud-ouest une île ap-
elée par les naturels du pays Tapoamanao, que nous jugeâmes être l’île de Saunders : nous vimes aussi terre au nord-ouest, et Tupia nous dit que c'était Huaheïne.
Le 16, nous étions devant l’île Huaheïine. Quelques pirogues se détachèrent bientôt de la côte; mais les Indiens qu'elles portaient parurent effrayés, jusqu'à l'heure où, ayant aperçu Tupia, ils s’approchèrent de nous. Le roi de l’île et sa femme étaient dans une des po qui s’avancèrent sur le côté du vaisseau.
eurs Majestés et quelques autres insulaires vinrent à bord, après que nous leur eûmes donné à plusieurs reprises des assurances d’amitié.lls furent frappés d'abord d’étonnement, et tout ce qu’on leur montrait leur causait de la surprise; cependant ils ne firent point de questions, et semblaient satisfaits de ce que nous juno à propos de leur montrer; ils ne firent pas même
e recherches sur les objets de curiosité que paraissait devoir leur présenter un bâtiment tel que notre vaisseau, si nouveau et si vaste pour eux : ils se familiarisèrent cependant avec nous. On me fit entendre que: le roi s'appelait Orée, et il me proposa, comme une marque d'amitié, de changer réciproquement de nom. J'y consentis volontiers; et, pendant le reste du temps que nous fûmes ensemble, il prit le nom de Coofee, car il prononçait ainsi Cook, et moi celui d'Orée. Nous trouvâmes que ces insulaires ressemblent beaucoup aux Taïtiens dans la figure, l'habillement, le langage, et toutes les autres circonstances, excepté, si l’on peut en croire Tupia, qu'ils ne sont pas voleurs.
Après diner nous mîimes à l'ancre dans un hâvre peut, mais excellent, situé sur la côte occidentale de ‘île, et que les naturels du pays appellent Owharre,
Le 17, nous visitâmes les collines, où les productions sont exactement les mêmes que celles de Taïli, excepté seulement que les roches et l'argile paraissent y être brûlées. Les habitations sont propres, et les hangars où ils retirent leurs pirogues sont d’une grandeur remarquable. Nous en mesurâmes un qui avait cinquante pas de long, dix de large et vingt-quatre pieds de haut : le tout formait une voûte aiguë par le faîte, comme celles de nos anciennes cathédrales, soutenue d’un côté: par vingt-six, et de l’autre par trente piliers ou poteaux. d'environ deux pieds de haut et d'un pied d'épaisseur, Sur la plupart de ces poteaux on avait sculpté grossièrement des têtes d'hommes et plusieurs figures d'imagination, assez ressemblantes à celles que nous voyons quelquefois imprimées avec des planches de bois au commencement et à la fin des vieux livres. Les arbres à pain et les cocotiers croissent en abondance dans les plaines ou terrains unis; les endroits cependant où il y a des marais d’eau salée et des lagunes ne produisent ni les uns ni les autres,
L'île Huaheine ou Huahene est située au 16e degré: 43" de latitude sud, et au 150€ degré 52’ de longitude: ouest de Greenwich; elle est éloignée de Taïti d’environ trente-une lieues au nord-ouest; elle a à peu près. sept lieues de circonférence; sa surface est inégale et remplie de collines, elle a un port sûr et commode,
Les productions semblent mürir un mois plus tôt à Huabeine qu'à Taïti, car nous y trouvâmes les noix de coco déjà pleines, et quelques fruits à pain de l'année prêls à manger, En mêlant les noix de coco avec des ignames, les habilants composent une nourriture qu'ils
Canards et cochons (île Taïti).
appellent poe. Îls réduisent en poudre ces deux fruits, et, après les avoir broyés ensemble, ils les mettent dans une auge avec des pierres chaudes, et ils en font une espèce de boudin huileux, que nos gens trouvaient très bon, surtout lorsqu'il était grillé.
Ces insulaires semblent être plus vigoureux et d’une stature plus grande que ceux de Taïli : M. Banks en mesura un qui avait six pieds trois pouces et demi de hauteur. Cependant ils sont si paresseux qu'il ne put pas les engager à monter avec lui sur les collines : ils disaient que la fatigue les tuerait s'ils entreprenaient cette course. Les femmes sont très jolies, et en général nous les trouvâmes plus belles que celles de Taïti, quoique nous n’en ayons vu aucune en particulier qui égalât en beauté quelques Taïtiennes. Les deux sexes sont moins timides et moins curieux que les Indiens de l'île que nous venions de quitter. a Nous fimes voile ensuite pour l’île d'Ulietea, qui gît au sud-ouest, à environ sept ou huit lieues d'Huaheine, et à six heures et demie du soir nous étions à trois lieues du rivage, sur la côte orientale. Les naturels du pays nous abordèrent bientôt sur deux pirogues, dont chacune portait une femme et un cochon : nous crûmes que les insulaires voulaient nous donner des marques de confiance en envoyant ces deux femmes, et que les cochons nous étaient apportés en présent. Nous recûmes les uns et les autres d'une manière reconnals-
sante, et nous donnâmes à chacune des femmes un clou de fiche et quelques colifichets, dont elles furent très satisfaites.
Nous n'avions jusqu'alors reçu aucune attaque des farouches habitants de Bolabola, que, malgré les craintes de Tupia, nous élions résolus de visiter. Sur les quatre heures de l'après-midi du 25, nous étions à une lieue d'Otaha , qui nous restait au nord-ouest. 11 y a deux îlots appelés Toahoutu et Hhennuaia, au nord et sur la côte orientale de l'extrémité de cette île. Tupia nous dit qu'entre ces deux îlots on trouve un canal qui conduit dans un très bon hâvre, situé en dedans du récif, et les apparences confirmaient son rapport.
Comme je découvris ce large canal entre Otaha et Bolabola, je me décidai à prendre cette entrée plutôt que de courir au nord de toutes les îles; mais nous avions le vent debout, et je ne fis point de chemin.
Le 27, à midi, le pic de Bolabola nous restait au nord-ouest, et l'extrémité septentrionale d'Otaha à environ trois lieues. Le vent nous fut encore contraire pendant toute cette journée et la nuit suivante. Le 98, sur les six heures du matin, nous étions près de l’entrée du hâvre sur Ja côte orientale d'Otaha. Nous primes terre près de Bolabola.
Les femmes de cette île avaient le cou, les épaules et les bras nus; la gorge était aussi découverte jusqu'à la hauteur de l’aisselle, et revêtue au-dessous d'une étotre
Heppa (fort de la Nouvelle-Zélande).
noire qui leur serrait le corps. Elles avaient placé de chaque côté de la poitrine, près du bras, un petit plumet noir ressemblant aux bouquets de nos femmes. Elles avaient en outre sur les hanches un vêtement plissé qui se relevait sur le ventre, et retombait par le bas en grand jupon qui cachait entièrement leurs pieds, qu'elles remuaient avec autant de dextérité que nos danseurs de l'Opéra. Les plis au-dessus de la ceinture étaient alternalivement bruns et blancs, et ceux du jupon tout blancs.
Dans cet équipage, elles s’avancèrent de côté en faisant des pas mesurés, très bien d'accord avec les tambours, qui battaient avec beaucoup de force et de vitesse. Bientôt après elles se mirent à remuer les hanches , en donnant à leur habillement un mouvement très vif. Elles continuèrent les mêmes mouvements pendant toute la danse, quoique le corps prît différentes attitudes. Elles se tenaient tantôt debout ou assises , et s'appuyaient quelquefois sur leurs genoux ou leurs au: elles remuaient en même temps les doigts avecune promptitude qu'il est presque impos- Sible d'imaginer. 11 faut pourtant convenir que l'habileté des danseuses et le plaisir que goûtèrent les speclaleurs provenaient en grande partie de la lubricité de leurs postures et de leurs gestes, qui surpassaient tout ce que nous pouvons dire.
Entre les danses des femmes, les hommes exécu-
Le Te Panis. — mn, Lacour et C®, rue Soufflot, 46.
taient une espèce de farce dramatique où il y avait du dialogue et des danses ; mais nous ne connaissions pas assez leur langue pour comprendre quel en était le sujet.
Nous passämes la matinée du 9 à commercer avec les pirogues. Nous profitâmes alors d’une brise qui s'éleva de l'est; et, après avoir étanché notre voie d’eau et embarqué les provisions fraîches que nous avions achetées, nous fimes voile pour sortir du hâvre. Tupia me pressa fortement à notre départ de tirer un coup de canon vers Bolabola : il voulait, suivant toute apparence, donner à ses ennemis cette marque de son ressentiment, et leur montrer la force de ses nouveaux alliés. Je crus devoir le contenter, quoique nous fussions à sept lieues de distance de l’île.
Pendant notre séjour aux environs de ces îles, nous consommâmes très peu de provisions du vaisseau; nous eûmes en abondance des cochons, des volailles, des fruits du plane et des ignames. Nous espérions que ces rafraîchissements nous serviraient beaucoup dans le cours de notre navigation vers le sud ; mais Les cochons ne voulurent manger ni son, ni graines, ni légumes d'Europe, de manière que nous ne pûmes pas les conserver vivants. Les volailles furent bientôt attaquées d'une maladie à la tête, qu'elles tenaient entre leurs jambes jusqu’à ce qu’elles expirassent. Il ne faut pas beaucoup compter sur les animaux qu'on embar-
que dans ces parages, à moins qu'on ne découvre quelque nourriture du goût des cochons, et des remèdes contre la maladie des volailles.
J'appelai iles de la Société les six îles Ulietea, Otaha, Bolabola, Huaheine, Tubai, Maurua, qui sont conliguës les unes aux autres: je ne crus pas devoir leur donner à chacune en particulier d'autres noms que ceux qu'elles portent dans le pays.
Elles gisent entre le 16e degré 10’, et le 16e degré 55 de latitude sud , et entre le 150e degré 57, et le 152e degré de longitude ouest du méridien de Greenwich. Ulietea et Otahasont situées à environ deux milles l'une de l'autre; elles sont toutes deux environnées par un récif de rochers de corail, de sorte qu'il n’est pas possible à un vaisseau de passer entre elles. Ce récif forme plusieurs excellents hâvres, dont à la vérité les entrées sont très étroites; mais il n'y a plus rien de dangereux pour un bâtiment lorsqu'il y est arrivé. \
L'île d'Otaha a deux très bons hâvres, l'un sur le côté de l’est, et l’autre sur le côté de l’ouest. Les ineulaires appellent Ohamène le premier dont nous avons déjà parlé ; ils donnent le nom d’Oherurua à l'autre, qui git vers le milieu du côté sud-ouest de l'île, Il est assez large et donne un bon mouillage : on y a la facilité de se procurer de l'eau douce.
L'île de Bolabola gît au nord-ouest d'Otaha, à quatre lieues ; elle est environnée d'un récif de rochers et de plusieurs petites îles : le tout ensemble forme une circonférence d'environ huit lieues. On m'assura que, sur le côté sud-ouest de l'île, on trouve dans le récif un canal qui débouche dans un très bon hâvre. Cette île se fait remarquer par une haute montagne escarpée qui‘paraît presque perpendiculaire, et se termine au sommet en deux pics, dont l'un est plus élevé que l'autre.
Si l'on en excepte les côtes de la mer, la terre d'Ulietea et d'Otaba est montagneuse, entrecoupée et irrégulière; cependant les montagnes nous parurent vertes et agréables, et en plusieurs endroits couvertes de bois.
Nous cominuâmes notre chemin sans qu'il nous arrivât rien de remarquable, jusqu'au 13 sur le midi, où nous vimes terre au sud-est; et Tupia nous dit que c’élait une île appelée Oheteroa. Vers les six heures du soir, nous en étions à deux ou trois lieues; sur quoi je fis petites voiles et louvoyai toute la nuit : le lendemain matin je naviguai vers la terre. Nous courûmes sous le vent de l’île en longeant la côte de près, et nous vimes sur le rivage quelques naturels du pays qui n’étaient pourtant pas en grand nombre.
Cette île gît au 22€ degré 27 de latitude sud, et au 450€ degré 47° de longitude ouest du méridien de Greenwich. Elle a treize milles de circonférence: elle est plutôt élevée que basse, mais elle n’est ni peuplée ni fertile en proportion des autres que nous ayons vues dans ces mers. Il nous parut que l'arbre appelé par les naturels du pays e{oa, et dont ils font leurs armes, est la principale production du pays; nous en vimes plusieurs plantations sur la côte, qui n’est pas environ née d’un récif, comme celle des îles voisines.
Les insulaires sont vigoureux, bien faits, el un peu plus bruns que ceux que nous venions de quitter. Is ont sous les aisselles des marques noires aussi larges que la main, et dont le contour est formé par une ligne dentelée; ils portent aussi autour des bras et des jambes des cercles de la même couleur, mais moins larges : ils n’ont point d’autres marques ou figures sur le reste du corps.
Leur vêtement, ainsi que l’étoffe dont il est composé, élait Lrès différent de ceux que nous avions vus jusqu'alors; la matière première de celle étoffe est la même que celle dont les habitants des autres îles forment leur habillement. La plupart de ces éloffes que virent nos gens du bateau étaient teintes en jaune foncé, brillant, et enduites en dehors d'une espèce de vernis rouge ou couleur de plomb sombre : sur cette
première couche, ils avaient peint avec une régularité étonnante des raies de différents dessins, assez semblables à nos soies rayées. L'étoffe peinte en rouge était rayée de noir, et celle qu'ils avaient peinte en couleur de plomb était rayée de blanc. Leur habit est une jaquette courte qui descend jusqu'aux genoux; il est d'une seule pièce d’étoffe , et n'a d'autre façon qu'un trou au milieu, dont Ja bordure est cousue à grands points : c'est la première fois que nous reconnûümes chez les insulaires de la mer du Sud l'usage d'une espèce d'’aiguille [ls passent leur tête dans ce trou, et les portions d'étoffe qui pendent devant et derrière sont assujéties sur le corps avec une pièce ou ceinture d'étoffe jaune, qui, tournant d'abord autour du cou, se croise sur la poitrine et retombe du côté des reins en forme de ceinture; cette preinière ceinture en couvrait une autre d'étoffe rouge. Get habillement avait quelque .chose d'agréable et de militaire. Quelques-uns des Indiens avaient des bonnets de plumes d'oiseau du tropique, comme nous l'avons déjà dit, et d'autres portaient autour de leur tête une pièce d’étoffe blanche ou couleur de plomb, en forme de petit turban : nos gens jugèrent que c’élait la partie de leurs ajustements qui leur seyait le mieux.
Leurs armes sont de grandes lances faites d'etoa, bois très dur : elles sont bien polies et aiguisées à l'un des bouts; quelques-unes ont près de vingt pieds de long, sans avoir plus de trois pouces de grosseur. Ils portent aussi une autre arme d'environ sept pieds de long, faite du même bois, et qui est tout à la fois un gros bâton et une pique :elle est polie et aiguisée en large pointe, comme lu première. Lorsqu'ils s'attaquent les uns les autres, afin de se mettre à l'abri de ces armes, ils placent sous leurs vêtements, depuis le cou jusqu'à la ceinture, plusieurs naltes qui leur servent de cuirasse. Ces armes ne peuvent pas faire autant de mal que celles de la même espèce que nous avons vues dans les autres îles : ces dernières sont garnies à la pointe d'un os de pastenade, et les piques sont beaucoup plus pesantes. Cependant les autres instruments ou ouvrages que nous avons aperçus dans celte île sont superieurs, dans leur genre, à ceux que nous avions vus ailleurs; la teinture de l'évoffe est d’une meilleure couleur, et elle est peinte avec plus de propreté et de goût; les massues sont mieux taillées et mieux polies. La pirogue qui s’approcha du bateau, quoique petite, élait chargée de plus d'ornements et sa sculpture plus belle; entre autres décorations, nous y remarquâmes un pelit cordon de plumes blanches, qui pendait en dehors de la poupe et de la proue, et qui était enlièrement mouillé par l'écume de la mer.
Passage d'Oteroah À la Nouvelle-Zélande. Baie de Pauvreté.
Nous mîmes à la voile d'Oteroah le 45 août, et le vendredi, 25, nous célébrâmes l'anniversaire de notre départ de l'Angleterre en tirant un fromage de Chester d’un tiroir, où il avait été soigneusement renfermé pour cette occasion, et en même temps nous mÎmes en perce un tonneau de bière forte qui se trouva excellente.
Le 27, étant par 280 59° de latitude, et 1690 5° de longitude, nous vimes un veau marin endormi sur l'eau et plusieurs paquets d'herbes marines ; le lendemain, nous aperçümes encore une plus grande quanlité d'herbes marines, et, le 29, nous vimes un oiseau que nous jugeâmes être un oiseau de terre, et qui ressemblait un peu à une bécassine, mais il avait le bec court, a
Le 4er octobre, nous vimes une quantité innombrable d'oiseaux, et un autre veau marin dormant au-déssus de l’eau. C'est une opinion générale que les veaux marins ne s'éloignent jamais beaucoup de terre, el ne se voient que dans les lieux où la sonde trouve fond; mais ceux que nous vimes dans ces mers prouvent, le contraire. Il est vrai cependant que les herbes marines
étaient une indication sûre que la terre n'était pas éloignée. /
Le lendemain, nous eûmes du calme, et nous mîmes le canot dehors pour sonder s’il y avait un courant, Mais on n'en découvrit aucun. Notre latitude était de 37° 10°, et notre longitude de 1729 54° ouest. Le 3, étint par 56° 36° de latitude et 1730 27° de longitude, nous vimes encore plus de goëmons, et un autre morceau de bois couvert de bernacles. Le lendemain nous aperçûmes deux autres veaux marins et un oiseau brun, à peu près aussi gros qu'un corbeau et ayant sous l'aile quelques plumes blanches. M. Gore nous dit que celle espèce d'oiseau était très nombreuse dans le voisinage des îles Falkland, et nos gens lui donnèrent le nom de port Egmont,
Le 6 octobre, nous vimes {erre de la grande hune à l'ouest-quart-nord-ouest. Nous y courûmes sur-lechamp : vers le soir on pouvait, du tillac, reconnaître celle lerre qui paraissait considérable. L'observation du soleil et de la lune donna pour la longitude du vaisseau 1800 55° ouest.
Le 7, nous eûmes un calme, et nous ne pûmes approcher de la terre que lentement. L'après-midi, il s'éleva une pelite brise lorsque nous en étions encore à sept ou huit lieues. Celte terre nous parut plus grande à mesure que nous la vimes plus distinctement : elle avait quatre ou cinq lignes de collines, s’élevant les unes au-dessus des autres, et, par-dessus, unechaînede montagnes qui nous parurent d'une énorme grandeur. Cette découverte donna lieu à beaucoup de conjectures; mais l'opinion générale était que nous avions trouvé ce qu'on à appelé Terra australis incognita. Vers les cinq heures nous vimes l'ouverture d'une baie qui nous parut s'enfoncer assez loin dans l'intérieur : nous y por'âmes sur-le-champ. Nous aperçcûmes aussi de la fumée qui s'élevait de différentes parties de la côte. La nuit étant veuue, nous louvoyâmes jusqu'à la
pointe du jourdu lendemain, où nous nous trouvâmes
Sous le vent de la baie, le vent étant au nord. Nous remarquâmes alors que les collines étaient couvertes de bois, et qu'il y avait dans les vallées de très gros arbres. À midi, nous voulûmes entrer dans la baie par la finie qui estau sud-est; mais, n'ayant pas pu la dou- )ler, nous virâämes de bord etreprimes le large. Nous aperçcûmes plusieurs pirogues qui se tenaient en travers de la baie, et qui bientôt gagnèrent le rivagesans paraîlre faire aucune attention au vaisseau. Nous découvrimes aussi quelques maisons, petites, mais propres; et, près d'une de ces maisons, un grand nombre d'habitants rassemblés qui étaient assis sur la grève, et qui étaient, à ce que nous crûmes, les mêmes que nous avions vus dans les pirogues. Sur une petite péninsule située à la pointe nord-est, nous aperçcûmes distinctement une palissade haute et régulière qui entourait tout le sommet d’une colline, et qui fut aussi le sujet de beaucoup de raisonnements et de spéculalions : les uns jugeaient que c'était un parc de daims, et les autres un enclos pour des bœufs et des moutons,
Description de la baie de Pauvreté. Aspect du pays adja= cent. Traversée de là au cap Turnagain et à Tolaga. Des- Option du pays et de ses habitants.
Le 11, nous levâmes l'ancre à six heures, et nous
Quitlâmes ce canton misérable, que les naturels du
ass appellent Taoneroa où Grand-Sable, et auquel je onnai le nom de baie de Pauvreté, parce que, de toutes les choses dont nous avions besoin, nous ne
- pümes y trouver qu'un peu de bois. Cette baie est si-
tuée au 38e degré 42 de latitude sud, et au 184e degré 36° de longitude ouest ; elle a la forme d'un fer à cheval, et on peut la reconnaître au moyen d'une île
ui en est {out près, au-dessous de la pointe nord-est. Les deux pointes quien forment l'entrée sont élevées et deroches blanches etescarpées : elles gisent à une licue
et demie ou deux lieues nord-est et sud-ouest l'une de l'autre. La baie présente un bon mouillage, mais elle eat ouverte au vent entre le sud et l’est. Dans un bon temps, les bateaux peuvent y entrer et en sortir à tous les instants dela marée; mais commeil y a une barre à l'entrée, ils ne peuvent ni entrer ni sortir lorsque la mer est grosse. Le côté du nord est le meilleur endroit pour l'attaquer, et il esttoujours possible d'y entrer lorsque cela est impraticable par les autres côtés, La côte de la baie, un peu en dedans de son entrée, est une terre basse ef sablonneuse; la surface du pays, à peu de distance par derrière, est agréablement coupée par des collines et des vallées couvertes partout de bois et de verdure. Ce canton nous parut être bien peuplé, surtout dans les vallées qui sont au haut de la baie. La vue s’étendait fort loin, jusqu'à des montagnes d'une hauteur prodigieuse; et dans tout cet espace, nous aperçcûmes chaque jour une grande quanlité de fumée s'élever en nuages.
J'appelai la pointe sud-ouest de la baie cap du Jeune Nick, du nom de Nicolas Gouny, mousse, qui, le premier, découvrit cette terre. À midi elle nous restait au nord-ouest, à trois ou quatre lieues de distance, et nous étions à environ trois milles de la côte. La grande terre s'étendait du nord-est au sud. et je résolus de suivre la direction de la côte au midi, jusqu’au 40° ou 1e degré de latitude, et ensuite de retourner au nord, si je ne rencontrais rien qui m'encourageât à avancer plus loin.
Quand nous fimes voile nous étions au travers d'une pointe, depuis laquelle la terre court sud-sud-ouest, et que j'appelai cap Table, à raison de sa figure. Cette pointe gît sept lieues au sud de ja baie de Pauvreté, au 39° degré 7 de latitude sud, et au 181° degré 36° de longitude ouest. Elle est d'une élévation considérable ; elle se termine en angle aigu, et semble être entièrement plate au sommet,
En gouvernant le long de la côte, à la distance de deux ou Lrois milles au sud du cap, nos sondes furent de vingt à trente brasses, et nous avions entre nous et la côte une chaîne de rochers qui paraissaient à différentes hauteurs au-dessus de l'eau,
À midi le cap Table nous restait au nord-est, à environ quatre lieues, et nous avions au sud-ouest, à pou près à trois milles de distance, une petite île, qui était la terre la plus méridionale que nous aperçussions. Je donnai à celte île, que les naturels du pays appellent Teahowray, le nom d'ile de Portland, à cause de la grande-ressemblance qu'elle a avec Portland dans le canal de la Manche. Elle gît à environ un mille d'une pointe qui est sur la grande terre; mais il paraît y avoir une chaîne de rochers qui se prolongent d’une île à l’autre, au nord-est.
En longeant la côte nous vimes sur l'ile de Portland, ainsi que sur la côte de la Nouvelle-Zélande, les naturels du pays rassemblés en grand nombre. Nous distinguâmes aussi plusieurs terrains cullivés : quelques-uns semblaient avoir été fraîchement retournés et mis en sillons comme une terre labourée ; d'autres étaient couverts de plantes à différents degrés de végélation. Nous aperçümes en deux endroits, sur le sommet des collines, des palissades élevées, semblables à celles que nous avions vues sur la pointe nord-est de Ja baie de Pauvreté. Comme elles étaient rangées en ligne, sans enclore au°un espace, nous ne pümes pas deviner leur usage, et nous supposâmes qu'elles pouvaient bien être l'ouvrage de la superstition.
Sur le midi nous vimes parailre une autre pirogue montée par quatre hommes; elle s'approcha à environ un quart de mille de nous, et les Indiens qu elle avail à bord nous parurent faire diverses cérémonies. L'un d'eux, qui était sur l'avant, semblait quelquefois demander et offrir la paix, et d’autres fois menacer de la guerre en agitant une arme qu'il tenait à la main; en d'autres instants il se mettait à danser ou à chanter. Tupia lui parla beaucoup, mais il,ne put pas lui persuader de venir sur notre bâtiment,
Lu
Entre une heure et deux nous découvrimes à l'ouest de Portland une terre qui se prolongeait au sud tant que la vue pouvait s'étendre, et le vaisseau, tournant autour de l'extrémité sud de l’île, tomba tout-à-coup sur un bas-fond inégal et raboteux. En peu de temps cependant nous nous tirâmes de danger, et nous eûmes de nouveau une eau profonde.
Quand nous eûmes fait le tour de Portland, nous gouvernâmes au nord-ouest vers la terre, avec une petite brise du nord-est qui tomba sur les cinqheures ; nous fûmesobligés de mouiller ayant vingt-une brasses d'eau, fond de sable fin. La pointe sud de Portland nous restait au sud-est, à environ deux lieues, et nous avions au nord-est une pointe basse de la grande terre. Une baie profonde se prolonge dans la même direction que cette pointe basse; le cap Table est l'extrémité de la terre qui se trouve par derrière cette baie, de manière que, n'y ayant entre elle et la grande terre qu'une langue de terre basse et étroite, elle forme une péninsule. Le cap Table est la pointe nord, et Portland, la pointe sud de cette péninsule, que les naturels du pays appellent Terakaco.
Pendant que nous étions à l’ancre, deux nouvelles pirogues s’approchèrent de nous; l'une d'elles était armée, et l’autre était un petit bateau de pêche qui n'avait que quatre hommes à bord. Ils s’avaucèrent si près, qu'ils entrèrent en conversation avec Tupia. Ils répondirent avec beaucoup de civilité à, toutes les questions qu'il leur fit; mais il ne put pas leur persuader de venir dans notre bâtiment : ils s’avancèrent cependant assez pour recevoir plusieurs présents que nous leur jelâmes du vaisseau, et dont ils parurent fort contents, et ensuile ils s'en allèrent. Les Indiens tinrent pendant la nuit plusieurs feux allumés sur la côte, probablement pour nous montrer qu'ils étaient trop bien sur leurs gardes pour que nous puissions les surprendre.
Le 13, sur les cinq heures du matin, une brise s’élevant du nord, nous appareillâmes et nous gouvernâmes vers la terre. La côte forme une grande baie, dont Portland est la pointe nord-est, et la baie qui se prolonge derrière le cap Table, forme elle-même un bras. J'avais fort envie d'examiner ce bras, parce qu'il semblait y avoir un mouillage sûr; mais comme je n’en élais pas certain, et que le vent était près de sa fin, je ne voulus pas perdre de temps à faire cette tentative.
Je donnai le nom de cap Kidnappers, c'est-à-dire voleur d’enfants, au cap en travers duquel nous fûmes obligés de repousser les agressions des insulaires. II est situé au 39e degré 43 de latitude, et au 182e degré 24° de longitude ouest. IL est très remarquable par deux rochers blancs qui ont la forme de meules de foin et d'autres, élevés et également blancs, qui sont de chaque côté. 11 gît sud-ouest à treize lieues de l'île de Portland. Dans l’espace intermédiaire, se trouve la baie, dont il est la pointe méridionale, et que j'appelai baie de Hawke, en l'honneur de sir Edouard Hawke, alors premier lord de l’amirauté : nous y trouvâmes un bon mouillage. Depuis le cap Kidnappers la terre court sud-sud-ouest, Nous longeâmes la côte dans cette direction, avec une brise forte et un beau temps, en nous tenant à environ une lieue du rivage.
La pointe élevée et ronde qui avait des roches jaunâtres, et en travers de laquelle nous étions à midi, fut appelée cap Turnagain, c'est-à-dire du retour, parce que nous retournâmes en arrière lorsque nous y fûmes arrivés. Il gît au 40e degré 3% de latitude sud, et au 182 degré 55 de longitude ouest, à dix lieues au sud-sud-ouest et sud-ouest-demi-ouest du cap Kidnappers. La terre entre ces deux caps est d’une hauteur très inégale. En quelques endroits elle est élevée près de la mer, et elle a des rochers blanés ; en d'autres elle est basse et remplie de grèves sablonneuses. La surface du pays n’est pas aussi bien couverte de bois que dans les environs de la baie de Hawke, mais elle ressemble plus aux dunes d'Angleterre. Cependant,
suivant toute apparence, elle est bien peuplée, car en longeant la côte nous aperçûmes plusieurs villages, non-seulement dans les vallées, mais encore sur les sommets et les flancs des collines, et de la fumée en plusieurs autres endroits. La chaîne des montagnes s'étendait au sud au-delà de la portée de notre vue,et elle était partout marquée de neige.
Le 10, à quatre heures du matin, le cap Kidnappers nous restait au nord-ouest, à deux lieues de distance. Le soir, étant en travers d'une péninsule de l'île de Portland, appelée Terakako, une pirogue se détacha de cette côte, et atteignit avec beaucoup de peine notre vaisseau. Elle avait à bord cinq Indiens, dont deux semblaient être des chefs, et les trois autres des serviteurs. Les chefs se firent peu presser pour venir à bord , et ils ordonnèrent aux trois autres Indiens de rester dans leurs pirogues. Nous les traitâmes avec beaucoup d'amitié, et ils nous témoignèrent tout le plaisir que leur causait notre accueil.
Sur les trois heures je dépassai un Cap remarquable, que j'appelai Gable-End Foreland, c'est-à-dire promontoire du bord du toit, parce que la roche blanche de la pointe ressemblait extrêmement au bord du toit d'une maison ; mais on peut le reconnaître également au moyen d'un rocher qui s'élève comme une cloche à peu de distance de là: il git au nord-est à environ douze lieues du cap Table. La côte, dans l'espace
* intermédiaire , forme une baie en dedans de laquelle
se trouve la baie de Pauvreté, à quatre lieues du promontoire dont on vient de parler, et à huit du cap. A cet endroit, trois pirogues s’avancèrent vers nous, et un Indien vint à bord : nous lui donnâmes quelques bagatelles, etil retourna bientôt à son canot qui, ainsi que les autres, revira vers la côte. .
Le 20 au matin, je fis voile vers la côte, afin d'examiner deux baies qui paraissaient à environ deux lieues au nord du promontoire; je ne pus pas atteindre la plus méridionale, mais je mouillai dans l’autre sur les onze heures.
Dans notre promenade autour de la baie, nous trouvâmes deux petits courants d’eau douce. Cette découverte, jointe à la conduite amicale des Indiens, m'engagea à rester au moins un jour, afin de pouvoir remplir nos futailles vides, et de donner à M Banks une occasion d'examiner les productions du pays.
Les naturels du pays s’assirent près de nos gens et parurent fort satisfaits de les voir, mais ils ne se mêlèrent point avec eux ; ils firent cependant quelques échanges, particulièrement contre nos étoffes, et, peu de temps après, ils reprirent leurs occupations ordinaires, comme si aucun étranger n’avait été parmi eux. Dans la matinée, plusieurs de leurs pirogues allaient à la pêche, et chacun, au moment du diner, retournait dans son habitation, d'où il sortait de nouveau après un cerlain temps.
Les femmes de cette baie se peignent le visage avec de l'ocre rouge et de l'huile, qui, étant ordinairement sur leurs joues et leur front dans un état d'humidité, se communique aisément à ceux qui jugent à propos de les embrasser : les nez de plusieurs de nos gens démontraient d’une manière évidente qu'elles n'avaient point d'aversion pour cette familiarité. Elles sont aussi coquettes que nos dames d'Europe les plus à la mode, et les jeunes filles aussi folâtres que des poulains qu'on n'a pas encore dressés. Elles portaient toutes un jupon , au-dessous duquel il y avait une ceinture faite de tiges d'herbes bien parfumées, à laquelle était attachée une petite touffe de feuilles de quelque plante odoriférante, qui servait de dernier retranchement à leur modestie. Les visages des hommes n'étaient pas peints aussi généralement ; cependant nous en vimes undont tout le corps et même les vèlements avaient été frottés d'ocre sèche, et il en tenait toujours à la” main un morceau, avec lequel il renouvelait à chaque instant cette parure, dans les endroits où il supposait qu'il en manquait. Ils ne sont pas aussi propres Sur leurs personnes que les Taïtiens, parce que la froidure
du climat ne leur permet pas de se baigner aussi souvent; mais nous avons remarqué qu'ils les surpassaient en un point, dont il n’y a peut-être pas d'exemple dans aucune autre nation d’Indiens. Chaque maison ou hameau, de trois ou quatre habitations, avait déslieux privés, de sorte qu’on ne voyait point d’ordures sur la terre; les restes de leurs repas, la litière et les autres ordures étaient aussi mises en tas de fumier, régulièrement disposés, dont ils se servent probablement comme d'engrais.
Comme il était extrêmement difficile de transporter de l’eau à bord, à cause de la houle, je résolus de ne pas séjourner plus longtemps à cet endroit : le lendemain, 22, à cinq heures du malin, je levai l'ancre et remis en mer.
Cette baie, qui est appelée Tegadoo par les naturels du pays, gît au 38e degré 10° de latitude sud ; mais comme elle n’est recommandable pour les navigateurs à aucun égard, il serait inutile d'en faire la description.
Le 29, nous gagnâmes une autre baie appelée To- .laga par les naturels du pays : elle est médiocrement large, et à l'abri de tous les vents, si l'on en exceple ceux qui soufflent du nord-est. Elle gît au 38e degré 22 de latitude sud, et à quatre lieues et demie au nord du promontoire Gable-End. Sur la pointe méridionale, il y à une petite île assez élevée, et si voisine de la grande terre, qu'au premier coup d'œil elle n’en paraît pas séparée.
. Le peuple de cette île mange les chiens comme le font les Taïtiens, et il pare ses vêtements de leurs peaux, ainsi que nous portons des fourrures.
Je montai sur plusieurs collines dans l'espérance de voir le pays à découvert ; mais quand je fus parvenu au sommet je n'aperçus rien que des collines plus élevées qui s'élendaient à perte de vue. Les sommets de ces hauteurs ne produisent guère de plantes que la fougère; mais les flancs sont couverts de bois très épais et de verdure de différente espèce, entremêlée de quelques plantations. Le pays est abondant en plantes, et les bois sont remplis d'oiseaux d'une variété infinie.
Traversée de la baie de Tolaga à la baie de Mercure dans la Nouvelle-Zélande. Description de plusieurs vues du pays.
Le 30 octobre 1769, à une heure et demie, je remis à la voile et je gouvernai autour d’une petite île qui gît un mille à l’est de la pointe nord-est de la terre. Cette pointe est la partie la plus orientale de toute la côte. Je lui donnai le nom de cap Est, et j'appelai Le Est l'ile qui gît à la même hauteur. Sa circonférence est peu considérable : elle est élevée et ronde, et elle paraît nue et stérile. Le cap est élevé et couvert de roches blanches: il gît au 37e degré 43° 30” de latitude sud, et au 181e degré de longitude ouest. La terre, de la baie de Tolaga au cap Est, est d'une élévation moyenne, mais inégale.
‘Après que nous eûmes tourné le cap nous vimesun grand nombre de villages et beaucoup de terres cultivées. Le pays en général semblait être plus fertile que celui que nous avions vu jusqu'alors : il était bas près de la mer, mais montueux dans l'intérieur. A six heures du soir, élant à quatre lieues à l’ouest du cap Est, mous dépassämes une baie qui fut découverte pour la première fois par le lieutenant Hicks, et que j'appelai pour cela baie de Hicks.
Le 30, nous découvrimes une terre qui ressemblait à une île, et qui nous restait à l’ouest; nous vimes approcher vers nous cinq pirogues montées par plus de quarante hommes, tous armés avec des piques et des haches de bataille de leur pays, et qui poussaient des cris en nous faisant des menaces d'attaque. Ce spectacle nous causa beaucoup de e n , et certainement
nous nenous y attendions pas; car nous espérions que la réputation de nos forces et de notre clémence se serait étendue plus loin. Quand une de ces pirogues eut presque atteint le vaisseau , une autre, d’une grosseur extraordinaire, la plus grande que nous eussions jamais vue, et remplie d'une foule d'Indiens armés aussi, se détacha de la côte et rama vers nous avec beaucoup de vitesse. À mesure qu’elle approchait, la première qui était plus près du vaisseau lui faisait des signes, Nous remarquâmes que cette seconde avait seize rameurs d'un côté, outre les hommes qui étaient assis, et d’autres rangés sur une ligne depuis l'avant jusqu'à la poupe, et qu'en tout elle contenait environ soixante Indiens. Comme ils dirigeaient leur marche précisément sur le vaisseau, nous voulûmes prévenir une attaque en leur montrant ce que nous étions en état de faire. En conséquence je fis tirer devant eux un canon chargé à mitraille, ce qui les fit arrêter; mais ils ne s’en retournèrent pas. On tira ensuite par-dessus leur tête un canon à boulet; et, en le voyant tomber, ils saisirentleurs pagaiesetilsramèrent vers lacôteavec tant de précipitation, qu'ils paraissaient à peine se donner le temps de respirer. Le soir, trois ou quatre autres pirogues, ayant à bord des Indiens sans armes, vinrent au large, maisellesne voulurent pas se hasarder à approcher à la portée du boulet. Le cap à la hauteur duquel nous avions été menacés d'hostilité fut appelé cap Runaway, c'est-à-dire cap de la Fuite, à cause de la retraile précipitée de nos ennemis. Il est situé au 37€ degré 32’ de latitude, et au 181e degré 48° de longitude. Pendant la navigation de ce jour nous reconnüûmes que la terre qui nous restait à l'ouest, et qui le matin ressemblait à une île, en était véritablementune, et nous lui donnâmes le nom de #’hite-Island, c'està-dire ie Blanche.
Nous découvrimes une île que les Indiens de la pirogue nommaient Mowtohora. Quoique élevée, elle avait peu de circonférence, et elle reposait à six milles de la Nouvelle-Zélande. Au sud-ouest de cette île, et, suivant toute apparence, près de la mer, on trouve une montagne élevée que j'appelai mont Edgecomb. Elle est située au 37e degré 59’ de latitude , et au 1936 degré 7’ de longitude, au milieu d’une grande plaine qui la fait apercevoir plus facilement.
À dix heures et demie nous passâmes éntre une île basse et plate et la grande terre : la distance entre l’un et l’autre côté était d'environ quatre milles. La grande terre , entre cette île plate et Mowlohora , est médiocrement élevée, mais unie, sans bois, et remplie de plantations et de villages. Les villages, plus grands que tous ceux que nous avions vus jusqu'alors, étaient situés sur des éminences près de la mer, fortifiés du côté de terre par nn parapet et un fossé, environnés dans l'intérieur d'une haute palissade ; outre le parapet, le fossé et la palissade, il paraissait y avoir des espèces de fortifications. Tupia croyait que les pelits enclos, bordés de palissades et de fossés, étaient des morais ou lieux de culte, mais nous pensâmes que c'étaient des forts , et nous en conclûmes que ces peuples avaient dans leur voisinage des ennemis, aux hostilités desquels ils étaient sans cesse exposés.
À deux heures nous dépassâmes une petite île haute, qui gît à quatre milles d'un cap élevé et rond qui est sur la grande terre. Depuis ce cap, la terre court nordouest aussi loin que peut s'étendre la vue, et elle a un aspect montueux et escarpé. | À
Nous passâmes la nuit au-dessous d’une autre île, que j'ai appelée {he Mayor (le Maire). Le 3, à sept heures du matin, elle nous restait au sud-est, à six lieues, et nous avions au nord-est, à une lieue , un groupe de‘pelites îles et de rochers, auxquels je donnai le nom de Cour des Aldermen : ils gisent dans une étendue d'environ une demi-lieue de chaque côté , et à cinq lieues de la grande terre. Dans l’espace intermédiaire, il y a un grand nombre d’autres îles, dont la plupart ne sont que des rochers stériles. La circonférence de quelques-unes de celles-ci est aussi petite
que celle du monument de Londres (1), mais elles s’élèvent à une beaucoup plus grande hauteur, et quelques-unes sont inhabitées : elles gisent au 36e degré 37 de latitude. Le canton que nous dépassämes le soir de Ja veille semblait être bien peuplé; nous apercümes plusieurs bourgades, et sur la grève des environs plusieurs centaines de grandes pirogues ; mais dès 163, après avoir fait environ quinze lieues, le pays nous parut stérile et désert sur tout le côté que nous avions longé depuis le cap Turnagain. Les Indiens reconnaissaient un chef, qu'ils appelaient Teratu, et dont ils nous indiquaient de la main la résidence.
Après avoir examiné légèrement le pays, et chargé les deux bateaux de céleri, que nous trouvàmes en grande abondance près de la grève, nous revinmes à bord du vaisseau.
Le 15, je fis voile hors de la baie, et il y avait en même temps au côté de notre bâtiment plusieurs pirogues. Je donnai le nom de baie de Mercure à la baie que nous venions de quitter, parce que nous y observâmes le passage de Mercure sur le disque du soleil. Elle gît au 36e degré 4% de latitude sud, et au 1840 4 de longitude ouest : il y a plusieurs îles au sud et au nord, et une petite île ou rocher au milieu de F'entrée. On peut faire très commodément de l'eau et du bois en cet endroit, et il y a dans la rivière une quantité immense d'huîtres et d’autres coquillages : c'est pour cela que je l'ai appelée rivière des Huitres. Cependant un vaisceau qui devrait relâcher ici pendant quelque temps pourrait choisir un endroit meilleur et plus sûr dans la rivière qui est au fond de la baie, et à laquelle je donnai le nom de rivière des Palétuviers (2), à cause du grand nombre de ces arbres qui sont dans les environs. Le sol, sur le côté est de la rivière et de la baie, est très stérile : il ne produit que de la fougère , et un petit nombre d'autres plantes qui croissent dans les mauvais sols. La terre, sur le côté nord-ouest , est couverte de bois , et le sol étant beaucoup plus fertile, il produirail sans doute toutes les denrées nécessaires à la vie s’il était cultivé. Il n'est pourtant pas aussi fécond que les terres que nous avons vues au sud , et les habitants, quoique nombreux, paraissent plus misérables : ils n'ontpointde plantations ; leurs pirogues sont médiocres et sans ornements, et ils couchent en plein air.
Nous trouvâmes en plusieurs parties de cette baie une grande quantité de sable ferrugineux, qui avait été jeté sur la côte par tous les petits ruisseaux d'eau douce qui viennent de l'intérieur-du pays; ce qui démontre qu'on trouverait des mines de fer sans aller bien avant Gans les terres. Cependant les habitants de ce canton, ainsi que ceux des autres parties de la côte que nous avons vus, ne connaissent point l'usage de ce métal, qui n’a pour eux aucune valeur : ils préféraient tous la bagatelle la plus inutile, non-seulement à un clou, mais même à tout autre instrument de fer.
Traversée de la baie de Mercure à la baie des Iles. Expédition le long de la rivière Tamise. Description des In diens qui habitent ses bords. Beau boïs de cliarpente qui y croit. Plusieurs entrevues avec les naturels du pays en différentes parties de la côte,
Je continuai à courir au plus près pendant deux jours, afin de gagner le dessous de Ja {erre, et, le 18, sur les sept heures du matin, nous élions en {ravers d'un promontoire très remarquable, au 36€ degré 36° de latitude, et au nord #%8° ouest de la pointe septentrionale de la baie de Mercure ou de Ja pointe Mercure, qui était éloignée de neuf lieues. Il y avait sur celte pointe plusieurs Indiens qui semblaient faire peu d'attention à nous , mais qui parlaient ensemble avec
(4) Colonné qui a été érigée à Londres en mémoire du fameux incendie de 1666, A: M.
(2) Mangrove’s River. A. M.
beaucoup de vivacité. Environ une demi-heure après, plusieurs pirogues se détachèrent de différents endroits de la côte, el s'avancèrent vers le vaisseau, sur quoi les Indiens de la pointe mirent aussi une pirogue en mer, montée par vingt d'entre eux qui s'approchèrent des autres. Lorsque deux de ces pirogues, ayant enwiron soixante hommes à bord, furent assez près pour se faire entendre , les Indiens entonnèrent leur chanson de guerre; mais, voyant que nous nous embarrassions fort peu de leurs menaces, ils nous jelèrent quelques pierres, et retournèrent ensuite vers le rivage. Nous comptions n'avoir plus rien à démêler avec eux, mais ils revinrent dans peu de temps, Comme s'ils avaient enfin pris la résolution de nous provoquer à un combat, etils s'excitèrent à la fureur en chantant leur chanson de guerre, ainsi qu'ils avaient fait auparavant. ‘
Outre les îles qui étaient en dehors de nous, nous pouvions apercevoir une terre dans le sud-ouest jusqu'au nord-ouest, mais nous ne pûmes pas reconnaître si elle faisait partie de la grande terre où si c'élaient de petites îles : cependant je résolus de suivre . sa direction, dans la crainte de perdre la côte de la Nouvelle-Zélande.
Le 19, à la pointe du jour, le vent étant toujours favorable, nous appareillèmes et nous courûmes à pétiles
. voiles vers une ouverture ou baie, en rangeant le plus
près qu'il nous était possible la côte de l'est. Après avoir fait environ cinq lieues depuis l'endroit où nous avions mouillé le soir de la veille, notre fond diminua par dégrés jnsqu'à dix brasses. Ne voulant pas continuer ma route avec moins d'eau, parce que c'était le moment du flot, et que le vent soufflait debout, je mis à l'ancre au milieu du canal, qui est à peu près de onze milles de large, et j'envoyai ensuite deux bateaux en avant pour faire sonder de chaque côté.
Le 20, à la pointe du jour, je partis accompagné de MM. Banks et Solander, et de Tupia, avec la pinasse et la chaloupe. Nous reconnûmes que la baie abouliseait à une rivière environ à neuf milles au-dessus de l'endroit où était le vaisseau ; nous entrâmes dans celte rivière au montant de la marée, et nous tronvämes qu à trois milles de son embouchure l'eau était parfaitement douce. Avant d'avoir parcouru le tiers de celte distance, nous rencontrâmes un village indien, bâii sur une levée de sable sec, et environné dans tout son contour d'une vase profonde, que peut-être les habitants regardaient comme un moyen de défense. Dès que ces Indiens nous aperçurent, ils accoururent en foule sur le rivage, et ils nous invitèrent à descendre : nous acceplâmes leur invitation, et nous leur rendimes une visite malgré la vase. Ils nous reçurent à bras ouverts; mais notre séjour parmi eux ne pouvait pas être long, parce que nous avions en vue d'autres objets de curiosité.
Comme il y avait beaucoup de marécages, nous ne pénétrâmes pas fort loin; mais nous trouvämes plusieurs grands arbres d'autres espèces, qui nous étaient absolument inconnus.
La rivière que nous découvrimes est aussi large que la Tamise à Greenwich, et le flot de la marée y est aussi fort. Il est vrai qu'elle n'est pas aussi profonde, mais elle a assez d'eau pour des bâtiments au-dessus d'une moyenne grandeur, et un fond de vase si mou, qu'en échouant sur la côte, un navire ne pourrail être endommagé.
Sur les trois heures nous nous rembarquàämes pour retourner au vaisseau ayee le jusant, et nous appelèmes la rivière Tamise, parce qu'elle a quelque ressemblance avec la rivière d'Angleterre qui porte ce nom. Les habitants du village où nous avions débarqué,
voyant que nous nous disposions à les quitter, s'appro-
chèrent de nous dans leurs pirogues, et trafiquèrent d'une manière très amicale jusqu'à ce qu'ils nous eussent vendu la petite quantité de marchandises qu'ils avaient, Quand je quittai léaisseau, qui de nouveau fut conà :
traint de mouiller à cause de la marée, il était environné de plusieurs pirogues, c'est pour cela que M. Banks aima mieux rester à bord et trafiquer avec les naturels du pays. Ils échangèrent leurs vêtements et leurs armes, surtout contre du papier, et ils se comportèrent d'une manière très pacifique et très honnête. À
Le 2%, à cinq heures du matin, nous levâmes l'ancre et nous appareillâmes. Comme le vent ne nous permit pas d'approcher de Ja terre, nous ne l'aperçûmes que légèrement et de fort loin, depuis le temps où nous mîmes à Ja voile jusqu'à midi, pendant une route de douze lieues, mais nous ne la perdîmes pas de vue une seule fois. Notre latitude par observation était de 36° 15° 20”; nous n'élions pas à plus de deux milles d'une pointe de terre de la Nouvelle-Zélande, La pointe de
terre en travers de laquelle nous étions, et que j'ai ap-
pelée pointe Rodney, est l'extrémité nord-ouest de la rivière Tamise, et l'extrémité nord-est est formée par lé promontoire que nous dépassâmes quand nous y entrâmes, et que j'ai nommé cap Colwill, en honneur du lord Colwill.
Le cap Colbwill gît au 36e degré 25’ de latitude, et au 194e de longitude. Il s'élève directement de la mer à une hauleur considérable , et il est remarquable par un rocher très haut qui est situé au sommet de la pointe, et qu'on peut distinguer à une très grande distance.La rivière n à nulle part moins de troislieués de large dans un espace de quatorze lieues au-dessus du cap : elle se resserre ensuile en un lit étroit, mais elle continue à rouler ses eaux dans ia même direction à travers un
ays bas et plat, ou une grande vallée qui est parallèle L la côte de la mer, et dont nous ne püûmes pas apercevoir l'extrémité. La terre est assez élevée et remplie de collines sur le côté oriental de la rivière à l'endroit où elle est large ; mais elle est basse sur le côté occidental. Elle est partout couverte de verdure et de bois, et elle paraissait {rès fertile, quoiqu'il n'y en eût que quelques petites portions de cultivées. A l'entrée de la partie étroite de la Tamise le sol es{ revêtu de palétuviers et d’autres arbrisseaux ; mais plus loin on trouve d'immenses forêts du bois dont j'ai parlé, el qui est peut-être le plus beau qu'il y ait dans le monde. En plusieurs endroits les arbres s'étendent jusqu'au bord de l’eau , et où ils finissent à peu de distance, l'espace intermédiaire est marécageux, comme quelques parties des rives de la Tamise en Angleterre. I est probable que la rivière abonde en poissons , car nous y vimes plusieurs piquets qu'on avait plantés afin d'y attacher des filets pour en attraper, mais nous ne savons pas de quelle espèce ils sont. Nous n'avons jamais trouvé dans celle rivière plus de vingt-six brasses, et celle profondeur diminue par degrés jusqu'à une brasse et demie. A l'embouchure du courant d'eau douce elle est de
ualre à trois brasses ; mais il y a au-devant des bancs
e sable. Malgré ces obstacles, un vaisseau qui tirerait uné médiocre quantité d'eau pourrait remonter fort loin cette rivière ayec le flot, car il s'élève perpendiculairementde près de dix pieds dans les pleines lunes et Les nouvelles ; la marée y est haule sur les neuf heures,
Six lieues en dedans du cap Colwil!, au-dessous de là côte orientale , il y a plusieurs petites îles qui, conjointement avec la grande terre , semblent former plu- Sièeurs bons hâvres; et, vis-à-vis de ces îles; au-dessous de la côte ouest, on en trouve où il est également probable qu'il y a des hâvres sûrs; car on y est défendu contre Ja mer par une chaîne d'îles de différentes grandeurs qui gisent en travers de son embouchure, et que jai appelées pour cela es de Barrière ; elles s'étendent au nord-ouest et au sud-est à dix lieues. L'extrétnité méridionale de cette chaîne est située au nordest, à deux ou trois lieues du cap Colwill , au 36edegré 15° de latitude sud, et au 184€ degré 53 de longitude ouest.
Les nalurels du pays qui habitent Jesenvirons decette rivière ne semblent pas être en grand nombre, proportionnellement à la vaste étendue du pays; mais ils
sont forts, bien faite et actifs, et ils se peignent tout le corps, depuis la tête jusqu'aux pieds, avec de l’ocre rouge et de l'huile, ce que nous n'avions pas encore vu auparavant. Leurs pirogues sont grandes, bien construites et ornées de sculptures d'un aussi bon goût qu'aucune de celles que nous ayons rencontrées sur la côte.
Nous continuâmes à longer la côte jusqu’au soir, ayant la grande terre d'un côté et les îles de l'autre, et alors nous mouillâmes dans une baie , où nous primes près de cent poissons appelés brémes de mer ; ils pesaiént de six à huit livres chacun, et par conséquent ils pouvaient servir à la nourriture de tout l'équipage pendant deux jours. Nous donnâmes à cet endroit le nom de baie des Brémes , à cause du succès de notre pêche.Les deux pointes qui la forment gisentau nord et au sud, à cinq lieues l’une de l'autre. Elle est partout d’une assez grande largeur, et sa profondeur est de trois ou quatre lieues; il paraît y avoir au fond une rivière d'eau douce. La pointe septentrionale de labaie appelée pointe des Brèmes est une terre élevée et remarquable par plusieurs rochers pointus qui sontsitués sur une mêmeligne au sommet de cette terre. On peut aussi la reconnaître au moyen de quelques petiles îles appelées {a Poule et les Poussins (4), qui se trouvent vis-à-vis, et dont l'une est élevée etse termine en deux
ics. Elle gît au 35€ degré 46° de latitude sud, et au nord
{5 ouest, à dix-sept lieues et demie du cap Colwill.
La terre, entre la pointe Rodney et la pointe des Brêmes, dans une étendue de dix lieues, est basse et garnie de bouquets de bois avec des bancs de sable blanc entre la mer et la terre ferme. Nous n'y vimes point d'habitants, mais seulement plusieurs feux pendant la nuit; etily à toujours des hommes partout où il y à des feux.
Le 25, à la pointe du jour, nous quitfâmes la baie, ét nous gouvernâmes au nord le long de la eôle ; nous découvrimes au nord-nord-est quelques petites îles auxquelles je donnaïle nom de Pauvres Chevaliers (2). Nous étions alors à deux milles de la côte.
Le pays semblait être bas, mais bien boisé. Nous apercûmes quelques maisons éparses, trois ou quatre bourgades fortifiées, el dans les environs une grande quantité de terres en culture.
À 3 heures nous dépassâmes une pointe occidentale de la grande terre, pointe que je nommai cap Bret. La terre de ce cap est beaucoup plus élevée qu'aucune partie de la côte adjacente. 11 y a à la pointe un mondrain élevé et rond; et au nord-est-quart-nord, à environ un mille, on trouve une petite île élevée ou un rocher, qui, ainsi que plusieurs autres que j'ai déjà décrils, était percé de part en part, de manière qu'il resseinblait à l'arche d'un pont. Ce cap, ou au moins quelque partie de ce canton, est Appelé Mofugogogo par les naturels du pays, et il gît au 35e degré 40° 30”, et au 185e degré 25° de longitude ouest. On voit au côlé ouest une baie large et assez profonde qui a sa direction sud-ouest-quart-ouest, et dans laquelle il semblait y avoir plusieurs pelites îles. La pointe qui forme l'entrée nord-ouest est située à l'ouest-quartnord-ouest, à trois ou quatre lieues du cap Bret, et je Ja distinguai par le nom de pointe Pococke. Nous apercûmes plusieurs villages au côté occidental de la baie, lant sur les îles que sur la terre de la Nouvelle-Zélande, et plusieurs pirogues très grandes s'avancèrent vers nous. Elles étaient remplies d'Indiens qui avaient meilleur air que tous ceux que nous avions vus auparavant: ils étaient tous vigoureux et bien faits; leurs cheveux noirs étaient allachés en touffes au sommet de la tête, et garnis de plumes blanches.
Dans chacune des pirogues il y avait deux ou trois chefs dont les vêtements étaient de la meilleure espèce d'étoffe, et recouverts de peau de chien, de manière qu'ils présentaient un coup d'œil agréable. La plupart
(4) Hen and Chickens. A. M.
(2) Poor Knights. A M.
Et à chaque instant la mer se préparait à nous engloutir.…….
de ces Indiens étaient marqués d’amoco comme ceux qui étaient venus auparavantau côté du vaisseau. Leur manière de commercer était également frauduleuse ; et*omme nous négligeämes de les punir ou de les effrayer, un des officiers de poupe, qui avait été trompe, eut recours pour se venger à un expédient qui était à la fois cruel et comique: il prit une ligne de pêche, et, quand l'homme qui l'avait friponné eut approché sa piroguc très près du vaisseau, il jeta son plomb avec tant d'adresse, que l'hamecon saisit le voleur par le dos; il tira ensuile la ligne; mais l'Indien se cramponnant sur la pirogue, l'hameçon rompit à la tige, et la barbe resta dans la chair.
Le lendemain au matin, 27, à huit heures, nous étions à un mille d'un groupe d'îles qui gisent audessous et tout près de la grande terre, et notre distance du cap Bret était de vingt-deux milles au nord-ouest. Plusieurs pirogues s’approchèrent de nous elnous vendirent quelques poissons que nous appelons cavalles : c'est pour cette raison que j'ai donné le mème nom aux iles. Ces Indiens étaient très insolents; ils nous faisaient souvent des menaces, même lorsqu'ils nous vendaient leur poisson ; et, quand de nouvelles pirogues les eurent joints, ils se mirent à nous jeter des pierres. Nous tirâmes sur eux à petit plomb, et l'un des assaillants fut blessé pendant qu'il tenait à sa main une pierre qu’il se disposait à lancer dans
le vaisseau. Ils ne cessèrent pourtant pas leur attaque jusqu'à ce que quelques autres eurent été blessés : ils s’en allèrent alors el nous porlâmes au large.
Les vents contraires et les calmes nous retinrent plusieurs jours dans cette baie. Pendant ce temps nous continuâmes à communiquer avec les naturels du pays, sans trouble et sans brouillerie: ils venaient souvent autour du vaisseau, et nous débarquions fréquemment sur la grande terre et sur les îles. En metlant un jour à terre sur la côte de la Nouvelle- Zélande, un vieillard nous montra l'instrument dont ils se servent pour peindre des taches sur leur corps : cet instrument ressemblait en Lout à celui que les Taïtiens emploient au même usage. Nous vimes aussi l'homme qui avait été blessé lorsju'il entreprit de voler notre bouée : la balle, après avoir percé la partie charnue de son bras, lui avait effleuré la poitrine; mais au moyen de la diète, le meilleur de tous les régines, el laissant agir la nature, le meilleur des chirurgiens, l'Indien ne semblait ressentir ni douleur ni crainte sur les suites de sa plaie, qui était en bon état.
Nous trouvâmes dans leurs plantationsle morus papyrifera, avec lequel ces peuples, ainsi que les Taïtiens, fabriquent des étoffes; mais cette plantesemblait y être rare, et nous n'y vimes aucun morceau d'éloffe assez considérable pour pouvoir servir à un autre usage qu'à celui d'orner leurs oreilles.
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Kangourou.
Nous mîimes un jour à lerre dans une partie très éloignée de la baie, et les Indiens prirent sur-le-champ la fuite, excepté un vieillard qui nous accompagna partout où nous allâmes, et qui parut fort satisfait des pelits présents que nous lui fimes. Nous arrivâmes enfin à un petit fort, bâti sur un rocher qui était environné par la mer à la marée haute, et où l'on ne pouvait monter que par une échelle. Nous aperçümes lorsque nous en approchâmes, que le vieillard nous regardait avec inquiétude; et quand nous lui fimes entendre que nous avions envie d'y entrer, il nous dit
ue sa femme y était. Il vit bien que cette réponse ne si pas notre curiosité, el après avoir hésité pendant quelque temps, il nous dit qu'il nous y accompagnerait, si nous promettions de necommettre aucune indécence. Nous le lui promimes de bon cœur, et à l'instant il monta le premier pour nous guider. L'échelle était composée de morceaux de bois attachés à une perche; mais il était difficile et dangereux de s'en servir. En entrant, nous trouvâmes (rois femmes qui, au moment qu'elles nous apercurent, eurent peur et fondirent en larmes. Quelques paroles amicales et des présents eurent bientôt dissipé leur terreur et ramené leur gaîté. Nous examinâmes la maison du vieillard, ainsi que deux autres, les seules qui se trouvassent dans la forteresse; et après avoir fait de nouveaux dons, nous nous séparämes
de ces bons Indiens, très contents les uns des autres.
Le 5 décembre, à quatre heures du matin, nous levâmes l'ancre avec une petite brise; la baie que nous quittions git au côté ouest du cap Bret, et je la nommai la baie des Iles, à cause du grand nombre d'îles qui bordent ses côtes et qui forment plusieurs hâvres également sûrs et commodes, où il y a assez de place et de fond pour contenir toute une flotte. Celui dans lequel nous mouillâmes git au côté sud-ouest de l'île la plus sud-ouest, appelée Matuaro, au côté sudest de la baie. On y trouve un bon mouillage et des rafraichissements de toute espèce. Ce n'était pas alors la saison des racines ; mais nous eûmes en abondance du poisson, que nous achetâmes cependant, pour la plupart, des naturels du pays: car nous ne pûmes en attraper que très peu au filet ou à la ligne. Quand nous montrâmes aux Indiens notre seine telle qu'en ont les vaisseaux du roi, ils s'en moquèrent en riant, etils élalèrent en triomphe la leur, qui était véritablement d'une grandeur énorme et faite d’une espèce d'herbe très forte. Elle avait cinq brasses de protondeur, et à en juger par l'espace qu'elle occupait, elle n'avait pas moins de trois ou quatre cents brasses de long. La pèche semblait être la principale occupation de la vie dans cette partie du pays. Nous vîmes aux envirous de toutes leurs bourgades un grand nombre de filets mis en tas comme des meules de foin et couverts
d'herbes pour les garantir du mauvais temps; et dans presque foules les maisons où nous entrâmes, nous apercûmes quelques insulaires occupés à en fabriquer.
Traversée de la baie des Iles an canal de là Reine Charlotte, en tournant le cap Nord. Description de cette partie de la côte.
Le 7 décembre 1769, notre latitude était de 340 59° sud, et notre longitude de 1850 36° ouest. Nous rangeâmes de près les îles Cavalles, Le lendemain je mis le cap vers la côte, dont nous étions éloignés d'environ cinq lieues. Le 9, nous étions assez près de la terre, à sept lieues à l'ouest des Cavalles, où nous trouvâmes une baie profonde, et la terre semblait y être basse et unie. Je donnai à cette-baie le nom de
baie Doutruse : l'entrée en est formée par deux pointes
éloignées de cinq milles l’une de l’autre,
Pendant le calme, plusieurs pirogues s'avancèren£ vers nous; mais les Indiens ayant entendu parler de nos canons, nous eûmes beaucoup de peine à les engager à venir sous notre poupe. Après avoir acheté quelques-unes de leurs étoffes ainsi que leur poisson, nous fimes quelques demandes sur leur pays; et, à l'aide de Tupia, nous apprimes qu'en paviguant trois jours sur leurs pirogues ils arrivaient à un endroit appelé Moore-F hennua, et que de là Ta terre tournait un peu au sud. Nous conclûmes que ce lieu était la terre découverte par Tasman, et appelée cap Maria-Fun- Diémen.
Le 11, dès le grand matin, nous arrivâmes vers la
terre à sept lieues à l'ouest de la baie Douteuse, dont le fond n’est pas fort éloigné du fond d’une autre grande baie que la côte forme en cet endroit : iln’en est séparé que par une langue de terre assez basse, qui fait une péninsule que j'ai appelée pointe de la Jointure (1). Vers le milieu de cette baie, à laquelle nous avons donné le nom de baie de Sable (2), il ya une haute montagne qui est sur une côté éloignée, et que j'ai nommée on! du Chameau (3). La latitude est de 340 51” sud, et de 186050 de longitude. La terre, dans les environs, est extrêmement stérile, et, excepté le mont du Chameau, elle est très basse. Le sol ne semble être composé que d’un sable blanc, amassé en pelites collines irrégulières, et formant des cordons étroits et parallèles à la côte. Quelque stérile que soit ce canton, il n’est pas sans habitants. Nous vimes un village sur le côté oriental. Nous aperçümes aussi cinq pirogues remplies dIndieus qui ramèrent après le vaisseau, mais qui ne purent pas l’atteindre. Le 16, nous découviimes une terre qui nous restait au sud-sud-ouest, Le 17, nous mimes le cap sur cette terre, dont nous étions éloignés d'environ dix lieues. Jedonnai à cette pointe de terre le nom de cap Nord, parce que c'est Fextrémité septentrionale de 14 Nouvelle-Zelande. H git au 3%e degré 22 de latitude sud, et au 186€ degré 54° de longitude ouest, et à 31 lieues au nord, 639 ouest du cap Bret. I forme la pointe septentrionale de la baie de Sable, et c'est une péninsule qui s'avance ou nord-est, à environ deux milles, et qui se termine en mondrain aplati au sommet. L'isthme qui joint celte pointe à la grande terre est très bas; c'est pour cela que la terre du cap, apereue de différents points de vue, a l'apparence d'une île. Elle est encore plus remarquable quand on Ja voit du sud: on croit découvrir une île élevée et rorrde à la pointe sud-est du cap, mais c’est encore une illusion ; Car ce qui parait une île est seulement une colline arrondie, jointe au cap par upe langue de terre basse el étroite. Nous découvrimes sur lecap un heppah où village et un petit nombre d'habitants.
Nous continuûmes à louvoyer vers le nord-ouest jusqu'au 21 à midi, quand le cap Nord nous restait au
(1) Knuekle-Point. A. M.
(2 Sandy-Bay. À. M.
(3; Camel-Mount, A. M.
sud-est, à trente-huit lieues. Notre situation ne varia que de peu de lieues jusqu'au 23 : alors, vers les sept heures du soir, nous découvrimes une terre qui nous restait au sud-quart-est. A onze heures du lendemain au malin, nous la revimes une seconde fois nous restant au sud-sud-est, à huit lieues de distance. Nous mîimes alors Iè cap au sud-ouest, et à quatre heures nous avions au sud-est-quart-sud, à quatre lieues, celte terre, que nous reconnûmes être une petite île, avec d'autresiles ou rochers encore plus petils, gisant en travers de l'extrémité nord-est de la première, et découvert autrefois par Tasman, qui les appela les Trois Rois. La principale île est située au 34° degré 12’ de latitude sud, et au 187€ degré 48’ de longitude ouest, el elle est éloignée du cap Nord de quatorze ou quinze lieues.
Le 1er janvier 1770, à six heures du matin, nous virâmes vent devant pour porter à l'est, les Trois-Rois nous restant au nord-ouest-quart-nord. Nous arrivâmes à midi, et mîmes le cap a l'ouest, étant au 54e degré 37 dé latitude sud : les Trois-Rois nous restaient au nord-ouest quart-nord, à dix ou onze lieues, et le cap Maria-Van-Diémen au nord-est, à environ quatre lieues et demie.
A ciny heures du soir, ayant une brise fraiche de l'ouest, nous virâmes vent devant et porlâmes au sud : le cap Nord nous restait alors au nord-est, et nous découvrions une pointe qui gît à trois lieues à l'ouestquart-nord-ouest de ce cap.
Ce cap, ainsi que je l'ai déjà fait observer, est l’extrémité la plus septentrionale de ce pays et la pointe la plus orientale d'une péninsule qui se prolonge nordouest.et nord-ouest-quart-nord, à dix-sept où dix-huit lieues, et dont le cap Maria-Van-Diémen forme la pointe la plus occidentale. Le cap Maria git au 34e degré 40° de latitude sud, et au 187e degré 8’ de longitude ouest, et depuis cette pointe laterre Court sud-estquart-sud, et sud-est au-delà du mont du Chameau, et elle forme partout une côte stérile composée de bancs de sable blanc.
Le 4, nous étions à environ cinq lieues de la terre et en travers d'un endroit qui gît au 36€ degré 25° de latitude, et qui avait l'apparence d'une baie ou d’un Canal. Il nous restait à l'est; et, afin d'en apercevoir une plus grande étenduc, nous continuâmes de gouverner sur la même direction jusqu à onze heures, temps où n’en étions plus éloignés que de trois lieues. Nous découvrimes alors que ce n'était ni un Canal ni une baie, mais une étendue de terre basse, bordée de chaque côté par des terres plus hautes, ce qui produisait l'illusion. Nous étions ‘au 36€ degré 31° de latitude sud, et au 185e degré 50° de longitude ouest. Vers le 35e-degré 45° de latitude sud, il y a, tout près de Ia mer, plusieurs monticules élevés au midi desquels la côte est encore haute, et présente l'aspect le plus désert et le plus stérile que l'on puisse imaginer. On n'y aperçoit rien que des collines de sable sans une tache de verdure, et une vaste mér, chassée par les vents d'ouest, y bfisant en lames terribles, donne à cetle côle un air sauvage et effrayant qui jette dans l'esprit des idées de danger et de solitude, et affecte l'âme des seutiments du malheur et dela mort, Depuis cet endroit je gouvernai au nord, déterminé de ne plus approcher à la même distance de la côle, à moins que lé vent ne fût très favorable. J'augmentai de voiles, espérant le lendemain, à midi, me trouver fort avant au large, et nous parcourûmes cent deux milles au nord-ouésl: notre lalitude était de 350 10° sud.
Le 6, à la pointe du jour, nous découvrimes au nord-nord-est, à huit ou neuf lieues, une terre que. nous jugeâmes être le cap Maria; l'après-midi du 7, elle nous restait à l'est. Nous continuâmes notre route au sud-est jusqu'à huit heures du soir, ayant parcouru sept lieues dépuis le midi de la veille, avec un vent du | nord-nord-est el du nord, et élant À {rois ou quatre lieues de la terre qui semblait être basse el siblonneuse.
Le 10, à la pointe du jour, nous nous trouvàmes entre deux et trois lieues de la terre, qui, commençant à . prendre une meilleure apparence, s'élevait en petites pentes et. était couverte d'arbres et de verdure. Nous apercümes de la fumée en un endroit et un certain nombre de maisons, mais le canton parut ètre peu peuplé. À neuf beures nous étions en travers d'une oinlte qui s'élève doucement de la mer jusqu'à une Dlieue considérable, Je donnai le nom de pointe Boisée (4) à cette pointe qui gît au 37° degré 43 de latitude. À onze milles au sud-ouest de cette même pointe, il y a une très pelite île sur laquelle nous vimes un grand nombre de mouelles, el que j'appelai pour cela ile des Mouettes (2). À midi une pointe élevée et escarpée nous restait à l'est-nord-est, à environ une lieue et demie, et je la nommai pointe Albatros: elle git au 38e degré 40” latitude sud, et au484e degré 42 de longitude ouest. La terre la plus méridionale qui fût en vue était une très haute montagne fort ressemblante au pic de Ténériffe.
Le 43, nous découvrimes pendant quelques minutes le sommet d'un pic qui s'élevait au-dessus des nuées, et qui élait cou:ert de neige : il nous restait alors au nord-est. II gil au 39e degré 6° de latitude sud, et au 485e degré 15'-de longitude ouest, et je l'appelai mont Egmont , en l'honneur du comte de ce nom. Il paraît avoir une base fort large, et s'élever par degrés : il avoisine la mer. Le pays qui l'environne est plat et d'un sspect agréable, 11 est aisé de le reconnaître à la verdure et au bois dont il est couvert, et la côte au-dessous forme un grand cap que j'ai nommé cap Egmont. 11 git au sud-sud-ouest-demiouest, à vingi-sept lieues de la pointe Albatros, et sur son côté septentrional il y a deux petites îles situées près d’une pointe remarquable qui est sur la grande terre, et qui s'élève à une hauteur considérable, en forme de pain de sucre. Au sud du eap la terre parait former partout une côte escarpée.
Séjour dans le canal de la Reine Charlotte. Passage à travers le détroit qui sépare les deux iles, et retour au cap Turnagain, Horrible coutume des habitants. Mélodie re marquable des oiseaux. Visite faite à un heppah, et plusieurs autres particularités.
Lorsque nous allâmes à terre, les Indiens étaient occupés à apprèler leurs aliments, et ils faisaient cuire alors un chien dans leur four : il y avait près de là plusieurs paniers de provisions. En jetant par hasard les yeux sur un de ces paniers, à mesure que nous passions, nous aperçümes deux os entièrement rongés, qui ne nous parurent pas être des os de chien, et que nous reconnümes pour des os humains après les avoir examinés de plus près. Ce spectacle nous frappa d'horreur, quoiqu'il ne fit que confirmer ce que nous avions oui dire plusieurs fois depuis notre arrivée sur la côte. Comme il était sûr que c'étaient vérilablemant des os humains, il ne nous fut pas possible de douter que la Chair qui les couvrait n'eût été mangée. On les avait Wouvés dans un panier de provisions, la chair qui restait semblait manifestement avoir été apprètée au feu, et l'on voyait, sur les cartilages, les marques des dents qui y avaient mordu. Cependant, pour co: firmer des conjectures que tout rendait si vraisemblables, nous chargeñmes Tupia de demander ce que c'était que ces os, et les Indie. s répondirent, Sans hé-iter en aueune manière, que c'élaient des os d'homme. On leur demanda ensuite ce qu'était devenue Ja chair, et ils répliquèrent qu'ils l'avaient mangée, « Mais, dit Tupia, Pourquoi n'avez-yous pas mangé le corps de la femme que nous avons vu flotter sur Feau ? Celle femme, répondirent-ils, est morte de maladie; d'ailleurs elle était notre parente, et nous ne mangeons que les corps de
(4) Woody-Point, A. M.
(2) Gall-Istand. A. M:
OOK. 43
nos ennemis qui sont {tués dans une bataille, » En nous informant qui était l'homme dont nous avions trouvé les os, ils nous dirent qu'environ cinq jours auparavant une pirogue, montée par sep£ de leurs ennemis, était vénue dans la baie, et que cet homme était un des sept qu'ils avaient tués.
Nous vimes une femme dont les bras, les jambes et les cuisses avaient été déchirés en plusieurs endroits d'une manière effrayante. On nous dit qu'elle s'était fait elle-même ces blessures, comme un témoignage de la douleur que lui causait la mort de son mari, tué ét mangé depuis peu par d'autres habitants qui étaient venus les attaquer d'un canton de l'île, situé à l’est, et que nos Indiens montraient avec le doigt.
Le vaisseau mouillait à un peu moins d'un quart de mille de la côte, et le matin du 17 nous fümes éveillés par Le chant des oiseaux : leur nombre était incroyable, et ils semblaient se disputer à qui ferait entendre les sons les plus agréables. Cette mélodie ‘sauvage était infiniment supérieure à toutes celles de même espèce que nous avions entendues jusqu'alors : elle ressemblait à celle que produiraiènt de petites cloches parfailement d'accord, et peut être que la distance et l'eau qui se trouvaient entre nous et le lieu du concert ajoutaient à l'agrément de leur ramage. En faisant quelques recherches, nous apprîimes qne dans ce pays les oiseaux commencent toujours à chanter à environ deux heures après miouit, qu'ils continuent leur musique jusqu'au lever du soleil, et qu'ils demeurent en silence pendant le reste du jour, comimne nos rossignols. Parmi les naturels que nous vimes se trouva le vieillard qui vint à bord de notre vaisseau. Tupia le question na sur l'usage de manger la chair humaine, et les Indiens répétèrent ce qu'ils nous avaient déjà dit : « Mais, ajouta Tupia, où sont les tètes? les mangez-vous aussi? — Nous ne mangeons que la cervelle, répondit le vieillard, et demain je vous apporterai quelques têtes pour vous convaincre que nous vous avons dit la vérité. » Après avoir con versé quelque temps avee notre Tailien, ils lui dirent qu'ils s’attendaient à voir dans peu arriver leurs ennemis, pour venger la mort des sept qui avaient été tués et mangés (1).
Le 18, nous nous embarquâmes dans la pinasse pour examiner la baie, qui était d'une vaste étendue et composée d’une infinité de petits hâvres et d'anses dans toutes les directions. Nous bornâmes notre excursion au côlé occidental, et comme le canton où nous débarquâmes élait couvert d'une forêt impénétrable, nous ne pûmes rien voir de remarquable. Nous tuâmes cependant un grand nombre de cormorans, que nous vimes perchés sur leurs nids dans les arbres, et qui, étant rôtis ou cuits à l'étuvée, nous donnèrent un excellent mets. En nous en revenant, nous apercûmes un seul Indien dans une pirogue ; nousramâmes vers lui, et, à notre grande surprise, il ne fit pas la moindre attention à nous; lors même que nous fûmes près de lui, il continua son occupation, s'embarrassant aussi peu de nous que si nous eussions été invisibles : il ne paraissait cependant ui stupide nide mauvaise humeur. Nous le priâmes de tirer son filet hors de l'eau, afin que
(i) Les missionnaires, qui sont parvenus à s'installer sur quelques points de la côte de la Nouvelle-Zélande, ont depuis quelque temps réussi à obtenir des naturels Faboli= tiou partielle de cette coutume barbare. En effet, suivant le voyageur américain Morell, revenu en1831 de son voyage autour au ronde, les Nouveaux-Zélandais d'rahino'mave, qui massacrèrent et dévorèrent l'équipage du Capitaine Marion ét le capitaine lui-même, et qui, en 1609, en firent autant de l'équipage du navire anglais Boyd , sont devenus aujourd'hui bons et humains, ont appris à lire et à écrire en anglais et dans leur propre lingue, à laquelle les missionuaires ont appliqué un système graimmatical. Déjà il existe un commerce d'échange entre les nature!s de cette ile et les établissements anglais de la terre de Van-Di“men et de la Nouvelle-Galles du Sud. 1 faut espérer qu'à mesure que la civilisation pénétrera dans ces contrées, l'anthropophagie et d'autres cotttmies atroces en dispuraitront. A: M.
nous pussions l’examiner, et il fit sur-le-champ ce que nous demandions : ce filet était de forme circulaire, étendu par deux cerceaux, et il avait sept ou huit pieds de diamètre. Le haut en était ouvert, et au fond étaient attachées des oreilles de mer pour servir d’appât. Il faisait lomber ce fond dans la mer, comme s’il l'eût étendu à terre, et quand il croyait avoir attiré assez de poissons, il tirait doucement son filet jusqu’à ce qu'il fût près de la surface de l’eau, de manière que les poissons étaient soulevés sans s'en apercevoir; et alors il donnait tout-à-coup une secousse qui les enveloppait dans le filet : par cette méthode très simple, il avait -pris une grande quantité de poissons. Il est vrai qu'ils sont si abondants dans cette baie que la pêche n’y exige ni beaucoup de travail, ni beaucoup d'adresse.
Ce jour-là même, quelques-uns de nos gens trouvèrent aux bords du bois, près d’un creux ou four, trois os de hanches d'hommes qu'ils rapportèrent à bord : nouvelle preuve que ces peuples mangent la chair humaine. M. Monkhouse, notre chirurgien, rapporta aussi, d’un endroit. où il avait vu plusieurs maisons désertes, les cheveux d’un homme, qu'il avait trouvés parmi plusieurs autres choses suspendues à des branches d'arbres.
Le 49, quelques Indiens vinrent près de nous, d'une autre parlie de la baie, où ils dirent qu'il y avait un bourg que nous n'avions pas vu. Ils apportaient une grande quantité de poissons qu'ils nous vendirent pour des clous, dont ils avaient alors appris à se servir, et, dans ces échanges, ils ne commirent aucune fraude.
Notre vieillard tint sa promesse, le 2 au matin, et nous apporta à bord quatre des sept têtes d'hommes dont nous avons déjà parlé. Les cheveux et la chair y étaient encore en entier, mais nous remarquâmes qu'on en avait tiré la cervelle. La chair était molle et on l'avait préservée de la putréfaction en employant quelque expédient, car elle n'avait point d'odeur désagréable. M. Banks acheta une de ces têtes, mais le vieillard la lui vendit avec beaucoup de répugnance, et nous ne pûmes pas venir à bout de l'engager à nous en céder une seconde : ces peuples les conservent probablement comme des trophées, ainsi que les Américains montrent en triomphe les chevelures, et les insulaires des mers du Sud, les mâchoires de leurs ennemis. En examinant la tête qu'acheta M. Banks, nous remarquâmes qu’elle avait reçu sur les tempes un coup qui avait fracturé le crâne.
Le 29, dans une excursion, je vis la mer sur le côté oriental du pays, et, un peu à l’est de l'entrée du canal où mouillait le vaisseau, un passage qui conduisait au côté de l'ouest. La grande terre qui gît sur le côté oriental de ce golfe semblait être un chemin étroit de collines très hautes, et faire partie du côté sud-ouest du détroit; sur le côté opposé, elle paraissait courir à l'est aussi loin que pouvait s'étendre la vue ; et au sudest, il y avait l'apparence d’une ouverture à la mer qui lavait la côte orientale : à l’est du canal, j'aperçus aussi quelques îles que j'avais prises auparavant pour upe partie de la grande terre.
Après avoir fait cette découverte, je descendis la colline, et ayant pris quelques rafraîchissements, nous retournâmes au vaisseau, Dans notre route, nous examinâmes les hâvres et les anses situés derrière les les que j'avais découvertes de la colline, et nous rencontrâmes un village composé de plusieurs maisons qui nous parurent abandonnées depuis longtemps. Nous vimes aussi un autre village inhabilé; mais le jour étant trop avancé pour pouvoir le visiter, nous nous hâtâmes de regagner le vaisseau, où nous arrivâmes entre huit et neuf heures du soir.
J'employai la journée du 23 à examiner les environs, et sur une des îles où je débarquai, je vis plusieurs maisons qui paraissaient également désertes depuis longtemps, etje n'aperçus aucune trace d'habitants.
Le 24, nous allâmes visiter dans le Leppah ou village bâti sur la pointe de l'île, près du lieu de notre mouillage, ceux qui nous étaient venus voir lors de notre
arrivée dans la baie. Ils nous reçurent avec toute la confiance et la civilité possibles, et nous montrèrent toutes les parties de leurs habitations, qui étaient propres et commodes. L'île ou rocher sur lequel ce bourg est situé est séparé de la grande terre par une brèche ou fissure si étroite qu'un homme pourrait presque sauter d’un bord à l’autre. Les côtés en sont si escarpés, que toute fortification artificielle y est presque inutile; on y avait cependant élevé une légère palissade et une petite plate-forme vers la partie du rocher où l'accès était le moins difficile.
Les Indiens nous apportèrent plusieurs os humains dont ils avaient mangé Ja chair, et qu'ils offrirent de nous vendre; car ces os étaient devenus un article de commerce par la curiosité de ceux d’entre nous qui en avaient acheté, comme des preuves de l’abominable usage que plusieurs personnes ont refusé de croire, malgré le rapport des voyageurs. Nous remarquâmes avec surprise, dans une partie de ce village, une croix exactement semblable à celle d'un crucifix. Elle était ornée de plumes, et quand nous demandâmes pourquoi elle avait été dressée, on nous dit que c'était un monument élevé à un homme qui était mort. Ils nous avaient dit auparavant qu’ils n’enterraient pas leurs morts, et qu'ils les jetaient dans la mer; mais lorsque nous demandâmes ce qu'était devenu le cadavre de cet Indien, en mémoire duquel on avait érigé cette croix, ils ne voulurent pas nous répondre.
Quand nous quittâmes ces insulaires, nous allâmes à l’autre extrémité de l'île, et, après y avoir pris de l'eau, nous nous rendîmes de là sur la grande lerre où nous vimes plusieurs maisons, mais sans habitants, si l’on en excepte un pelit nombre qui étaient sur quelques pirogues dispersées, et qui semblaient pêcher. Dès que nous eûmes examiné ce canton, nous retournâmes diner au vaisseau.
Le 25, en débarquant sur la côte d'une petite anse pour tuer des cormorans, nous renconirâämes une grande famille de ces Indiens qui ont coutume de se disperser parmi les différentes criques el baies, où ils peuvent se procurer une plus grande quantité de poissons, et qui ne laissent qu'un petit nombre de leurs camarades dans le heppab, où ils se réfugient tous en temps de danger. Quelques-uns de ces naturels firent un chemin assez considérable pour venir à notre rencontre, et ils nous invitèrent à aller avec eux vers leurs compagnons; ce à quoi nous consentimes de bon cœur. Nous trouvâmes qu'ils étaient au nombre d’environ trente hommes, femmes et enfants, qui nous recurent tous avec toutes les démonstrations possibles d'amitié. Nous leur distribuâmes quelques rubans et des verroteries, et en retour ils nous embrassèrent, jeunes et vieux, hommes et femmes; ils nous donnèrent aussi des poissons, et, après avoir passé quelque temps avec eux, nous retournâmes au vaisseau, charmés de notre nouvelle connaissance.
Le 26, après avoir débarqué à un endroit convenable, nous gravimes sur une Colline très haute, du sommet de laquelle nous apereûmes distinetement tout le détroit, ainsi que la terre sur la côte opposée que nous jugeâmes être à environ quatre lieues. Je résolus de chercher un passage avec le vaisseau dès que nous remettrions en mer. Nous trouvâmes au haut de cette colline un tas de pierres avec lesquelles nous construisîmes une pyramide, où nous laissâämes quelques balles de fusil, du petit plomb, des verroteries et d'autres choses propres à résister aux injures du temps.
Nous allâmes au bourg dont nous avaient parlé les Indiens qui vinrent nous voir le 19. Ce bourg, ainsi que les autres que nous avions vus auparavant, élait bâti sur une petite île ou rocher d’un accès si difficile que nous courûmes des dangers pour satisfaire notre curiosité. Ces Indiens nousreçurent à bras ouverts ; ils nous conduisirent dans tous les endroits de ce village, et ils nous montrèrent tout ce qu'il contenait. 11 était composé de quatre-vingts à cent maisons , et n'avait qu'une plate-forme de guerre. Nous donnâmes à nos
COCK. [Ps]
hôtes quelques clous, des rubans et du papier: ce qui leur fit tant de plaisir que, lors de notre départ, ils remplirent notre bateau de poissons secs, dont nous nous apercûmes qu'ils avaient rassemblé de grandes quantités.
Le 30, dès le grand matin, j'envoyai un bateau à l'une des îles pour chercher du céleri ; et pendant que nos gens en cueillirent, une vingtaine d'Indiens, hommes, femmes et enfants, débarquèrent près de quelques huttes désertes. Dès qu'ils furent sur la côte, cinq ou six femmes s’assirent ensemble à terre et se mirent à se faire des blessures effrayantes sur les jambes, les bras et le visage, avec des coquilles et des morceaux pointus de tale ou de jaspe. Nous imaginâmes que leurs maris avaient été tués depuis par leurs ennemis. Pendant qu'elles faisaient cette horrible cérémonie, les hommes, sans y faire la moindre attention, et sans être touchés en aucune manière de leur état, travaillaient à réparer les huttes.
Le charpentier ayant préparé deux poteaux, qu'on devait placer comme des monuments de notre arrivée dans cet endroit, j'y fis mettre le nont du vaisseau et la date de l’année et du mois de notre débarquement, L'un d'eux fut dressé au lieu de l'aiguade ; on arbora au sommet le pavillon d'union, et je fis porter l’autre sur l'île la plus voisine, qui est appelée Motuara par les naturels du pays.
Je plaçai le poteau sur la partie la plus élevée de l'île, et j y arborai ensuite le pavillon d'union. Je donnai à ce canal le nom de canal de la Reine Charlotte, et je pris en même temps une possession formelle de ce pays, ainsi que des environs, au nom et pour le service du roi George III. Nous bûmes alors une bouteille de vin au nom de Sa Majesté, et nous donnâmes la bouteille au vieillard qui nous avait accompagnés sur la colline, et qui fut enchanté de ce présent.
Pendant qu'on dressait le poteau, nous fimes au vieillard des questions sur le passage dans Ja mer orientale, et il nous en confirma l'existence : nous lui en fimes ensuite d’autres sur la terre au sud-ouest du détroit où nous étions alors. Celte terre, répondit-il, est composée de whennuas ou îles, dont on peut faire le tour en peu de jours, et on l'appelle Tovy Poemammou : ce mot, traduit littéralement, signifie eau de talc vert:et probablement, si nous avions mieux entendu ce qu'il disait , nous aurions reconnu que Poemammou n'était pas le nom général de tout le district du sud, mais un mot qui désignait quelque endroit particulier, où ils rassemblent le talc vert ou la pierre dont ils font leurs ornements et leurs outils. Il ajouta qu’il y avait aussi un troisième whennua, qu'il appelait £aheinomauve , sur le côté est du détroit, dont on ne peut faire le tour que dans plusieurs lunes, et il donnait le nom de Terra ilte à la terre qui bordait le détroit. Lorsque nous eûmes dressé notre poteau et appris cette particularité, nous retournâmes à bord du vaisseau, et nous emmenâmes avec nous le vieillard, qui était suivi de sa pirogue, sur laquelle il s'en retourna après dîner.
Le 5 septembre 1770, nous appareillâmes ; mais, le vent tombant, nous fûmes obligés de mouiller de nouveau un peu au-dessous de Motuara.
Le 6, sur les six heures du matin, une brise légère s'éleva au nord , et nous remîmes à la voile: mais le vent élant variable, nous ne gagnâmes qu'un peu audelà du travers de Motuara. L'après-midi cependant, un vent plus fort du nord-ouest nous porta hors du canal que je vais décrire.
L'entrée du canal de la Reine Charlotte gît au 41e degré de latitude sud, et au 184e degré 45° de longitude ouest, et à peu près au milieu du côté sudouest du détroit où il est situé. La terre de la pointe sud-est du canal, appelée par les naturels du pays Koamaroo, et à la hauteur de laquelle il y a deux petites îles et quelques rochers , forme la pointe la plus étroite du détroit. De la pointe nord-ouest, un récif de rochers, dont une partie est au-dessus de l'eau
et l’autre au-dessous, se prolonge à environ deux milles
dans la direction du nord-est-quart-nord : ces pointes
suffisent pour faire reconnaître le canal. A l'entrée il a trois lieues de large ; il court sud-ouest dans un espace d’au moins dix lieues, et il contient quelques-uns des plus beaux hâvres qu’il soit possible de trouver. La terre qui fait le hâvre ou l’anse dans laquelle nous mouillâmes est appelée Totarranue par les Indiens : le hâvre lui-même, que j'ai nommé Ship-Cove, c'est-àdire anse du Vaisseau, n'est inférieur, pour la commodité ou la sûreté, à aucun autre du canal; il gît sur le côté ouest du canal ; et c’est la plus méridionale des trois anses qui soient en dedans de l’île de Motuara, qui est à l’est relativement à l’anse. On peut entrer dans l’anse du Vaisseau, ou entre Motuara et une île longue appelée Hamote par les naturels du pays, ou entre Motuara et la côte occidentale. Le flot vient à travers le détroit du sud-est, et porte avec force sur la pointe nord-ouest et sur le récif quigiten son travers, Le jusant courtavec une rapidité encore plus grande au sud-est.
Pans les environs de ce canal, la terre, qui est si élevée que nous l'apercûmes à la distance de vingt lieues, est composée entièrement de hautes collines et de vallées profondes, couvertes d'un grand nombre d'excellents bois, propre pour toutes sortes d'ouvrages, excepté des mâts, car ils sont trop durs et trop pesants pour cela. La mer abonde en poissons de toute espèce, de sorte que , sans sortir de l'anse où nous mouillàmes, nous en primes chaque jour à la seine, à l'hamecon et à la ligne, assez pour en servir à tout l'équipage; et le long de la côte nous trouvâmes une grande quantilé de cormorans et quelques autres oiseaux sauvages, que la longue habitude où nous étions de vivre de provisions salées nous fit trouver excellents.
Le nombre des habitants surpassait à peine quatre cents. Ils vivent dispersés le long des côtes dans les endroits où ils peuventse procurer plus facilement du poisson et de la racine de fougère dont ils font leur nourriture, car nous ne vimes point de terrain cultivé. Lorsqu'ils sont menacés de quelque danger, ils seretirent dans leurs heppahs ou forts. Nous les trouvâmes d’abord dans celte siluation et ils y restèrent encore quelque temps après notre arrivée. Ils sont pauvres en comparaison des autres Indiens de ce pays, et leurs pirogues sont sans ornements. Le peu de trafic que nousfimes avec eux consista entièrement en poissons, et véritablement ils n'avaient guère autre chose qu'ils pussent nous vendre. Ils semblaient cependant avoir quelque connaissance du fer, connaissance que n’avaient par les habitants des autres pays, car ils changèrent volontiers leurs poissons contre des clous, et même ils semblèrent quelquefois les préférer à toutes les autres choses que nous pouvions leur donner; ce qui n'était pas toujours arrivé chez les autres. Ils aimèrent d'abord passionnément le papier, mais quand ils virent qu'il se gâtait s’il venait à se mouiller, ils ne voulurent plusle prendre. Ils ne paraissaient pas altacher beaucoup de valeur à l'étoffe de Taïti, mais ils estimaient fort le gros drap d'Angleterre, et le kersey rouge; ce qui prouve qu'ils avaient assez de bon sens pour apprécier les marchandises que nous leur offrions, éloge qu'on ne peut pas faire de quelques-uns de leurs voisins qui avaient d’ailleurs meilleure mine. Nous avons déjà parlé de leur habillement et surtout de leur coiffure de plumes qui leur seyait assez bien.
Dès que nous eûmes débouqué le canal, je mis le cap à l’est, afin d’être avancé dans le détroit avant l’arrivée du jusant. À sept heures du soir, les deux petites îles qui gisent à la hauteur du cap Koamaroo, pointe sud-est du canal de la Reine Charlotte, nous restaient à l'est à environ quatre milles. Nous avions presque calme alors; mais, à l'aide du jusant qui comméncça bientôt, nous fûmes portés dans peu de temps, par la rapidité du courant, tout près d’une des îles, qui était un rocher s'élevant presque perpendiculairement de la mer. Nous profitämes du jusant, et en peu de
it
temps nous fûmes entraînés à travers la partie la plus étroite du détroit : nous mîmes ensuite le cap vers la terre la plus méridionale qui était en vue. On voyait paraître sur cette terre une montagne d’une hauteur prodigieuse el couve te de neige.
La partie la plus étroite du détroit, à travers laquelle nous avions été poussés avec tant de rapidité, gît entre le cap Tiérawitte, sur la côte d'Eaheinomauwe, et le cap Koamaroo. Je jugeai que la distance entre les deux caps est de quatre ou cinq lieues.
Environ neuf lieues au nord du cap Tiérawitte, et au-dessous de la même côte, il y a une île élevée et remarquable, qu'on peut apercevoir distinctement depuis le canal de la Reine Charlotte, dont elle est éloignée de six ou sept lieues. J'ai appelé ile de l’Entrée (Entry-Istand) cette île que nous reconnûmes lorsque nous la dépassâmes le 44 janvier.
Sur le côté oriental du cap Tiérawitte, la terre court sud-est l'espace d'environ huit lieues: elle se termine en pointe, el c'est la portion la plus méridionale qui soit sur Eaheinomauwe. Je donnai à cette pointe le nom de cap Palliser, en honneur desmon digne ami le capitaine Palliser. 11 gît an 41e degré 34° de latitude sud, et au 183e degré 58° de longitude ouest. Nous nous trouvions à environ trois lieues de la côte, et en travers d’une baie profonde, que je nommai bay Cloudy, c'est-à-dire baie Nébuleuse, et au fond de laquelle paraissait une terre basse et couverte de grands arbres.
‘À trois heures de l'après-midi nous élions vis-à-vis de la pointe la plus méridionale de la terre que nous avions vue à midi, et que j'appelai cap Campbell. I git au sud-quart-sud-ouest, à douze ou treize lieues dn cap Koamaroo, au 41e degré 44 de latitude sud, et au 183e 45° de longitude ouest, et’il forme l'entrée méridionale du détroit avec le cap Palliser, dont ilest éloi-
gué de treize à quatorze lieues.
… Le8, à neuf heures du malin, nous étions en travers du cap Palliser, et nous trouvâmes que là terre courait nord-est vers le cap Turnagain, que je jugeai être éloigné d'eavirou vingt-six lieues : cependant, comme le temps était brumeux et que nous ne pouvions pas apercevoir au-delà de quatre on cinq lieues, je continuaitoujours à porter aunord-est avee une brise légère du sud; et, à midi, le cap Palliser nous restait nordouest à la distance de trois lieues,
Route depuis le cap Turnagain en aliant vers le sud, le long de la côte orientale de Poemammou, autour du cap Sud, et en retournant à l'entrée occidentale du détroit de Cook, ce qui complète la circumnavigation de la Nouvelle-Zélande Description de ja côte et de la baie de l'Amirauté. Départ de la Nouvelle-Zélande, et diverses particularités.
Le 9 février 4770, à quatre heures après midi, nous virâmes de bord pour porter au sud-ouest ,-et nous continuâmes à faire voile vers le sud, jusqu'au coucher
du soleil, le 44, quand une brise fraîche du nord-est -
nous rechassa le long du cap Palliser. Entre çe cap et le cap Turnagain, la terre près de la côte est en plusieurs endroits basse et plate , couverte de verdure el d'un aspect agréable; mais à une plus grande distance de la mer, elle s'élève en collines. La terre située entre le cap Palliser et le cap Tiérawitte est haute et se termine en pointe; il nous parut aussi qu'elle y forme deux baies ; mais nous étions trop éloignés de cette partie de Ja côte pour juger exactement ges apparences.
Le 44, à huit heures du malin , nous n'avions parcouru que \ingt-une lieues sud-ouest, depuis le midi de la weille, et nous eûmes calme. Nous étions alors en travers de la montagne de neige, qui n'est pas éloignée du cap Campbell; et du cap Koamaroo, ainsi
ue du cap Palliser, on voitelairement et la montagne de neige et cette chaîne, Elles sont éloignées du cap
Koamaroo de vingt-deux lieues au sud-sud-ouest, et de trente lieues à l'ouest-sud-ouest du cap Palliser ; elles sont assez hautes pour être apercues à une beaucoup plus grande distance. Le même jour, à midi, nous étions au 42e degré 34 de latitude sud. La terre la plus méridionale que nous vissions nous restait au sud-ouest, et nous avions au nord-nord-ouest, à environ cinq ou six lieues, une terre basse qui semblait être une île, et qui est située sous le pied de la chaîne de montagnes.
Quand les Indiens approchèrent de notre vaissean pour la première fois, les uns s'étaient tenus éloignés par un sentiment mêlé de crainte et d'étonnement ; les autres s'étaient annoncés par des actes d'hostilité , en nous lançant des pierres ; l'Indien que nous avions trouvé seul dans un bateau, oceupé à pêcher, parut nous regarder comme indignes de son attention , et d'autres , presque sans y être invités, étaient venus à bord avec l'air de la plus grande confiance et de l'ami:
tié. D'après la conduite de ces derniers qui nous étaient
venus rendre visite, je donnai le nom de Zookers-on, c'est-à-dire Spectateurs à la terre d'où ils étaient partis, et qui, ainsi que je l'ai déjà fait observer, avait l’apparence d'une île.
Le 16, à la pointe du jour , nous découvrimes une terre qui semblait détachée de la côte sur laquelle nous étions ; nous gouvernâmes dessus. À midi nous élions au 43e degré 19° de latitude sud, et le pic de la montagne de neige nous restait au nord est, à vingt-sept lieues. Nous avions à l’ouest l'extrémité occidentale de la terre que nous pouvions apercevoir , et la terre que nous avions découverte le matin semblait une île.
Cette île, à laquelle je donnai le nom de M Banks, gît à environ cinq lieues de la côte de Toyy-Poemammou ; la pointe méridionale est au sud-ouest du pic le plus élevé de la montagne de neige ; elle est située au 43e degré 32° de latitude sud, etau186e degré 30° de longitude ouest. Elle est d’une forme circulaire, el a environ vingt-quatre lieues de tour; sa hauteur est assez considérable pour qu'on puisse l'apercevoir à douze ou quinze lieues de distance. Sa surface est irrégulière et brisée ; elle paraît être plutôt stérile que féconde : cependant elle était habitée, car nous vimes de la fumée dans un endroit et quelques naturels du pays répandus çà et là dans un aulre.
A midi nous étions au 44° degré 7T'-de latitude sud, et nous avions au nord, à la distance de cinq lieues, la pointe médionale de l'île de Banks. Vers les sept heures du soir nous avions parcouru vingi-huit milles, et ne voyant d'autre terre que celle que nous avions laissée par derrière, nous porlâmes au sud ouest, et nous suivimes cette route jusqu'au lendemain à midi, quand nous nous trouvâmes au 45° degré 16° de latitude , la pointe méridionale de l'île de Banks nous restant au nord-ouest, à vingt-buit lieues. Comme nous n'apercevions encore aucun signe de terre ausud , et que je crus, d'après le récit des Indiens qui habitent le canal de la Reine Charlotie, que nous avions porté assez loin dans cette direction pour doubler toutes les terres que nous avions laissées par derrière, je gouvernai à l'ouest.
Le 23, à midi, notre latitude élait de 440 48° sud, et notre longitude de l'ile de Bauks, 140 31° ouest. Toute la nuit nous longeâmes la côte.
Le 24, nous vimes la terre s'étendre jusqu'au sudouest. Nous étions au 45e degré 22’ de latitude sud ; et la terre parut grossièrement entrecoupée de collines et de vallées. Nous gouvernâmes sud-sud ouest et sudouest avec un vent frais du nord, en tenant le cap vers la terre.
La 25, dès le grand matin, nous fimes voile. La pointe de terre au sud nous restait au nord à trois lieues, et nous trouvâmes que la terre s'élendait au sud-ouest de celle pointe, à laquelle j'ai donné le nom de cap Saunders, en l'honneur de sir Charles Saunders, Notre latitude était de 450 35° sud, et notre longitude de 1890 % ouest.
: | 4 é FATAL #49 a ———————————————— mm
- Le fer mars, nous étions au 48€ degré de latitude sud, et au 488c degré de longitude ouesl: et, ne voyant aucune apparence de terre, nous virämes de bord et mimes le cap au nord, avee de grosses lames du sud-ouest. Le lendemain, 2, à midi, notre latitude était de 460 42° sud , et le cap Saunders nous restait au nord-ouest, à la distance de quatre-vingt-six milles.
Le 6, à midi, nous étions à peu près dans la même situation que le midi de la veille. Le 7, à midi, nous étions au 47e degré 6 de latitude sud , et nous avions fait douze milles à l’est pendant les vingt-quatre dernières heures. Nous portâmes à l'ouest le reste du jour, et le lendemain jusqu’au coucher du soleil; alors les deux terres nous restaient du nord-est à l'ouest à la distance d'environ sept ou huit lieues. Le 9, nous découvrimes à notre avant une bande de rochers, sur lesquels la mer brisait à une hauteur considérable ; le vent nous mit én état de dépasser tous ces rochers. … À environ trois lieues au nord de ce premier banc, il y en a un autre qu'on rencontre à trois lieues de la côte, etsur lequel la mer brise avec une houle furieuse. Je donnai à ces rochers le nom de #raps, c'est-à-dire picges, à cause de leur situation très propre à surprendre les navigateurs peu attentifs. Le 9, à midi, nous étions au 47e degré 26° de latitude sud. La terre que nous voyions , et qui avait l'apparence d’une île , 5 étendait du nord-est au nord-ouest, et semblait être éloignée de la grande terre d'environ cinq lieues. Cette terre est élevée et stérile : nous n'y vimes que quelques arbrisseaux répandus cà el là , et pas uni seul arbre. Elle était cependant remarquable par un grand nombre de taches blanches, que je pris pour du marbre, parce qu'elles réfléchissaient les rayons du soleil. Nous avions observé d’autres taches de même espèce en différentes parties de ce pays, et en particulier dans la baie de Mercure. Nous Continuâmes à porter à l'ouest en serrant le vent. Je donnai le nom de cap Sud à la pointe qui gît au 47e degré 19° de latitude sud, etau 19% degré 42° de longitude ouest. La terre la plus occidentale se trouva être une île située à la hauteur de la pointe de la principale de ces terres,
Nous virämes de bord pour porter au nord , sans apercevoir de terre. Notre latitude était de 470 33 sud, et notre longitude de 590 à ] ouest du cap Sud, Nous gouvernâmes au nord-nord-est, en serrant le vent, ne voyant toujours point de lerre jusqu'à deux heures du lendemain au matin , 41, lorsque nous découvrimes une île qui nous restait au nord-ouest, à la distance d'environ cinq lieues. Environ deux heures après nous vimes une terre à l'avant, sur quoi
nous virâmes et portâmes au large jusqu à six heures , après quoi nous courûmes sur la terre pour l’examiner de plus près. A onze heures nous n'en étions plus qu'à trois lieues ; mais, le vent paraissant{ourner sur la côte, je revirai pour reprendre le large et porter au sud. Nous avions navigué jusqu'alors autour de Ja terre que nous avions découverte le 5, et quine nous paraissait pas être jointe à la Nouvelle-Zélande, qu'elle a au nord. Nous trouvant d'ailleurs de l'autre côté de ce que nous avions Supposé être la mer , une baie ou une lerre basse , la Situation des lieux offrait la même apparence ; mais, quand je me mis à en tracer le plan sur le papier , je me Wrouvai aucune raison de supposer que ce fût une ilésje pensai, au contraire, qu'elle faisait partie de la grande terre. À midi l'extrémité occidentale de la grande terre nous restait au nord-ouest, et nous avions au sud-ouest, à peu près à cinq lieues de distance, l'île que nous avions aperçuele matin. Elle gît au 46e degré M'rde latitude sud, et au 392€ degré 49° de Jongitüde. ouest. Ce n’est qu'un rocher stérile d'environ un
Mmilledecireuit, d’une hauteur remarquable, et situé à cinq lieues de la grande terre. Je 1 appelai le de Solan-
“der , du nom de notre savant naturaliste. La côte de la grande terre court à l'est-sud-est et ouest-nord-ouest de cette Île , et forme une large baie ouverte, où il ne nous parut pas qu'il y eût aucun hâvre ou abri pour les vaisseaux contre les vents du sud-ouest et du sud,
COOK. EN I TX A
La surface du pays est coupée par des montagnes escarpées d'une hauteur considérable, et au sommet desquelles on aperçoit plusieurs endroits couverts de neige. Elle n'est cependant pas entièrement stérile, car nous découvrimes du bois non-seulement dans les vallées , mais même sur les terrains plus élevés; mais nous n'y vies rien qui indiquât qu’elle fût habitée.
Le 13, je courus vers une baie dans laquelle il sem- Dlait y avoir un bon mouillage ; mais, environ une heure après, je trouvai que la distance était trop grande pour y arriver avant la nuit, et, le vent soufflant trop fort pour former cette entreprise en sûreté pendant la nuit, je rangeai Ja côte.
Cette baie, que j'appelai Dusky-Bay, c'est-à-dire baie Sombre, git au 45e degré 47 de latitude sud. Elle a environ trois ou quatre milles de largeur à l'entrée, et elle paraîl être aussi profonde que large, Elle contient plusieurs îles, derrière lesquelles il doit y avoir un abri contre tous les vents, quoique peut-être il n'y ait pas assez d’eau pour y mouiller. Lorsque la pointe septentrionale de cette baie reste sud-sud-est, elle est très remarquable au moyen de cinq rochers élevés et en forme de pie , qui sont situés en son travers, et qui ont l'apparence des qualre doigts et du pouce de la main d'un homme : c'est pour cela que je l'appelai point Five-Fingers, c'est-à-dire {a pointe des Cinqg-Doigts. /
Au soleil couchant, la terre la plus méridionale que nous vissions nous restait précisément au sud, à la distance d'environ cinq ou six lieues; et comme c'est Ja pointe de terre la plus occidentale de toute la côte, je l'appelai cap Ouest. Il git à peu près à trois lieues au sud de la baie Sombre, au 48€ degré 54 de latitude sud, et au 193e degré 17 de longitude ouest. La terre de ce cap est médiocrementélevée près de la mer,et n’a rien de remarquable à l’entour , si ce n’est un rocher très blanc qui est situé à deux ou trois lieues au sud.
Le 44, à quatre heures du matin, nous fimes voile le long de la côte, dans la direction du nord-nord-est, avec une brise modérée. À midi, notre latitude était de 45° 13° sud, Nous venions de dépasser un pelit goulet débouchant dans une terre où il semblait y avoir un hâvre très sûr el très commode, for.ué par une île qui est située au milieu de l'ouverture à l'est. L'ouverture git au 45e degré 16° de latitude sud ; Ja terre par derrière est remplie de montagnes dont les sommets étaient couverts de neige qui paraissait être tombéedepuis peu : et, en effet, le temps avait été très froid pendant les deux derniers jours. De chaque côté de l'ouverture , la terre s'élève presque perpendiculairement de la mer à une hauteur prodigieuse.
Nous rangeâmes Ja côte à l’ouest, en nous tenant à la distance de deux ou trois lieues du rivage. A midi du 14, nousétions au 44e degré 47 de latitude, n'ayant parcouru pendant les vingt-quatre dernières heures que douze lieues dans la direction du nord-est.
Nous continuâmes à gouverner le long de la côte dans cette direction. Le 15, nous portâmes vers laterre, et, lorsque le jour paru!, nous vimes quelque chose qui semblait être un canal; mais, en approchant de plus près, nous reconnümes que @e n'était qu'une vallée profonde entredeux hautesterres. Le 16, la pointe la plus septentrionale de la terre qui fût en vue nous restait au nord-est, à la distance de dix milles ; notre latitude était de 440 5’, et notre longitude du cap Ouest, de 20 8’ est. Nous dépassâmes Ja pointe, et nous trouvâmes qu'elle était formée de rochers élevés et rougeâlres, d'où tombe une cascade qui se partage en quatre petits ruisseaux : je lui donaai pour cela le nom de pointe de la Cascade.De cette pointe, la terre court d'abord nord-est, et ensuile un peu plus au nord, A huit lieues à l’est-nord-est de la pointe de la Cascade, et à peu de distance de la côte, 1l y a une petite île basse.
Nous continuâmes à porter à l'ouest jusqu'à deux heures du matin, du 20, quand nous fimes une bordée à l'est, et ensuite nous remimes le cap à l'ouest jusqu'à
k8 VOYAGES AUTOUR DU MONDE:
Et le feu fit un progrès très rapide...
midi. Nous étions au 42e degré 23’ de latitude , et au 3e degré 55’ de longitude à l'est du cap ouest. Nous virâmes alors , et nous portâmes à l’est avec un vent frais. Le 21, à midi, nous étions au ie degré 37 de latitude, et au 5e degré 42° de longitude à l’est du cap Ouest.
Ayant achevé le tour de ce pays, il fallut penser à le quitter; mais comme j'avais à bord trente pièces d’eau vides, je ne pouvais pas partir sans les remplir, J'entrai dans une baie qui est située entre le canal de la Reine Charlotte et une île ; j'en laissai trois autres qui se trouvent au-dessous de la côte occidentale, à trois ou quatre milles de l'entrée. Le 28, dès qu'il fut jour, je pris un bateau et j’allai à terre pour chercher une aiguade et un lieu convenable pour le vaisseau, et je trouvai l’un et l’autre à ma grande satisfaction.
Le 30 , nos provisions d’eau étant à peu près complètes, je fis touer le vaisseau hors de l’anse, afin d'avoir plus de place pour remettre à la voile, età midi je m'embarquai dans la pinasse pour examiner la baïe autant que le temps me le permettait.
Le 31 mars 4770, nous appareillâmes à la pointe du jour , et nous remimes en mer avec l'avantage d’un vent frais de sud-est et d’un temps clair. Nous prîmes notre point de départ du cap oriental que nous avions vu le 23 à midi, et que j'appelai pour cela cap Farewell, c'est-à-dire cap d'Adieu.
J'appelai baie de l’Anvirauté la baie hors de laquelle nous venions de faire voile, et je donnai le nom de cap Stephens à la pointe nord-est, et celui decap Jackson à la pointe sud-est, en l'honneur des deux officiers qui étaient alors secrétaires de l’amirauté.
On peut reconnaître aisément la baie de l’Amirauté au moyen de l'ile dont on vient de parler. Elle gît à deux milles au nord-est du cap Stephens par 40° 37° de latitude sud, et 485° 6° de longitude ouest, et elle est d'une hauteur considérable. Entre celte île et le cap d'Adieu, qui sont éloignés l’un de l’autre de quatorze ou quinze lieues , dans la direction de l'ouest-nordouest et de l’est-sud-est, la côte forme une grande baie profonde dont nous pouvions à peine apercevoir le fond pendant que nous cinglions en droite ligne d'un cap à l’autre. IL est cependant probable que sa profondeur est moindre qu'elle ne nous paraissait être ; car, comme nous y trouvâmes l’eau plus basse que dans aucun autre endroit situé à la même distance de toute autre partie de la côte, il ya lieu de supposer que la terre, au fond de laquelle elle se trouve placée, est basse , et que par conséquent on ne peut pas la distinguer aisèment. Je l'ai appelée pour cela Blind-# Bay, c'est-à-dire baie des Aveugles, et je pense que c'est la même qui a été nommée par Tasman baie des ASSassins.
. Je vais donner une description de ce pays et de ses
* Ch, Mettais del, Imp. Gerdès, ILES SANDWICH.
(Cook. )
J, BRY aîné, Editeur.