TROISIÈME SECTION
Traversée de la Nouvelle-Zélande à la baie de Botanique, sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande , appelée aujourd'hui Nouvelle-Galles méridivnale.
Après avoir fait voile, le 31 mars 1770, du cap Farewell, situé au 40e degré 33° de latitude sud et au 186€ degré de longitude occidentale, nous portâmes à l'ouest, et, le 2 avril à midi, nous reconnûmes par des observalions que nous étions au 40e degré de latitude, et que notre longitude du cap Farewell était de 20 31’ ouest.
Dans le courant de la journée du 13, étant par 390 93' de latitude sud, 2040 2’ de longitude ouest, nous vimes quelques poissons volants. Nous aperçümes, le 45, un œuf et une mouette, et, comme ces uiseaux ne s'éloignent jamais beaucoup de terre, nous conlinuâmes à sonder toute la nuit sans trouver de fond,
Le 18, dans la matinée, nous vimes deux poules de port Egmont et une pintade, signes cerlains du voisinage de la terre: en effet, notre longitude n'élait qu'un degré à l'ouest du côté oriental de la Lerre de Van-Diémen, d'après la position que lui a assignée Tasman, que nous ne pouvons pas ageuser d'erreur dans upe trayersée aussi courte que celle qui se trouve de celte terre à
. Ja Nouvelle-Zélande; et, suivant notre latitude, nous n'élions pas à plus de einquanle ou cinquanle-cinq lieues du lieu d'où il partit.
‘Le 19. nous élions au 37° degré 58’ de latitude sud, et au 210€ degré 39° de longitude ouest. Je jugeai que la pointe la plus sud de la terre qui fût en vue, et qui nous restait à l'ouest-sud-ouest, étail située au 38€ degré de latitude, et au 2116 degré 7 de longitude. Jelui donnai le nom de pointe Hicks, parce que M. Hicks, mon premier lieutenant, la découvrit le premier.
A midi, nous étions au 37€ degré 50’de latitude, et au 210€ degré 29° de longitude onest. Les dernières terres s'étendaient du nord-ouestàl'est-nord-est, el une pointe qu'on y remarque aisément nous reslait au nord-est, à environ quatre lieues. Celle pointe s'élève en mondrain rond qui ressemble beaucoup au Aam-Head (Téte du Bélier), située à l'entrée du goulet de Ply: mouth : c'est pour eela que je lui donnai le même nom, Ce que nous avions vy de la terre nous parut être bas et uni; la côte de la mer était d'un sable blanc, mais le pays dans l’intérieur était couyert de verdure et de bois.
À six heures du soir, la terre la plus septentrionale que nous eussions en vue nous restait nord-est, et nous avions à l'ouest, à deux lieues de distance, une ile qui est tout près d'une pointe sur la grande terre. On peut reconnaître celle pointe, que J'appelai cap Howe ; par le gisement de la côte, qui est nord d'un côté et sud-ouest de l'antre,
Le 20, à quatre heures du matin, nous fimes voile le long de la côte au nord. Nous nous trouyâmes à midi au 36e degré 51° de latitude sud, au 2096 degré 53 de longitude ouest et à environ trois lieues de la côte. Le temps étant clair nous vimes distinctement le pays : il présente un coup d'œil agréable. La terre est médiocrement élevée et entrecoupée par des collines et des vallées, des hauteurs et des plaines; il y à un petit nombre de prairies de peu d'étendue, et qui sont en général couvertes de bois. La pente des collines et des hauteursest douce, et les sommels n'en sont pas très hauts. Nous continuâmes à porter au nord le long de Ja côte avec un vent du sud, Dans l'après-midi nous vimes de la fumée en plusieurs endroils, ce qui nous
-permit de ne pas douter que le pays ne fût habité.
= Nous remimes à la voile le 21, à quatre heures du malin, étant éloignés de terre d'environ cinq lieues. À six heures nous étions en travers d'une haute montagne, siluée près de la côle, et que j'appelai mont Dromadaire, à cause de sa figure. Au-dessous de cette montagne la côte foime une pointe à laquelle je donnai le nom de pointe Dromadaire. On trouve au-dessus de cette pointe un mondrain qui se termine en pic. Nous étions alors au 36€ degré 18° de latitude sud, et au 209e degré 55° de longitude ouest.
Le 22 à midi, notre latitude était de 350 27° sud, et
notre longitude de 2090 23° ouest. Le cap Dromadaire
nous restait au sud-ouest, à dix-neuf lieues, et nous:
avions au nord-ouest une montagne à pic, facile à distinguer, qui ressemble à un colombier carré avec un dôme au sommet, et à laquelle je donnai pour cela le nom de Figean House (Colombier) Une petite île basse, située au-dessous de la côte tout près du rivage, nous restait aussi au nord-ouest, à deux ou {rois lieues de distance,
Le 25, nous fimes voile vers le nord. À midi nous étions au 31e degré 22° de latitude sud, et au 208e degré 36 de longitude ouest, à trois ou quatre lieues de la côte. Depuis le midi de la veille et dans le courant de la journée, nous. avancâmes de quaranteeinq milles au nord-est, el nous vimes près de la grève de la fumée en plusieurs endroits. A environ deux lieues au nord du cap George, la côte semblait former une baie. Je donnai à la pointe septentrionale de celte baie, à raison de sa figure, le nom de Long-Nose, c'està dire Long-Nez : elle est sitnée au 35e degré 6 de latitude, et à environ huit lieues au nord de celle-ci, il y à une autre pointe, que j'appelai Red-Point ou pointe Rouge, eu égard à la couleur de la terre : elle est située au 34° degré 29° de latitude, et au 208e 45° de longitude ouest.
La grande quantité de plantes que MM. Banks et Solander rassemblèrent dans la baie de la Nouvelle- Galles du Sud, où nous atterrimes, m'engagea à lui donner le nom de baie de Botanique (1). Elle est située au 34e degré de latitude sud, et au 208° degré 37 de longitude ouest. Elle est étendue, sûre et commode ; on peut la reconnaître à l'aspect de la terre, qui, sur les bords de la mer, est presque unie et médiocrement élevée. En général, la côte est plus haute que dans l'intérieur du pays, etil y a près de la mer des rochers escarpés qui ont l'apparence d'une longue île située au-dessous de la côte. Le hâvre se trouve à peu près au milieu de cette terre, et, lorsqu'on en approche en venant du sud, on le découvre avant que le vaisseau arrive en face; mais on ne l’aperçoit pas sitôt en vepant du nord. L'entrée a un peu plus d'un quart de mille de large, et sa direction est ouest-nord-ouest. Nous moyillâmes près de la côle méridionale, à environ un mille au-delà de l'entrée, afin de pouvoir mettre à la voile avee un vent du sud, et parce que je pensai que c'était la meilleure station pour faire de l’eau; mais je trouvai par la suite un très beau courant sur la côte du nord, dans la première anse sablonneuse qui est en dedans de l’île, devant laquelle un vaisseau pourrait mouiller presque entièrement environné de la terre, et s’y procurer de l'eau et du bois en grande abondance. Il y à partout beaucoup de bois, mais je n'ai vu que deux espèces d'arbres qui puissent êlre
regardés comme bois de construction. Les arbres sont
pour le moins aussi grands que le chêne d'Angleterre, et j'en vis un qui y ressemblait assez. C'est le même qui distille la gomme rouge, pareille au sang de dragon; le bois en est pesant, dur et brun, comme le /ignum vitæ. L'autre a la tige grande et droite, à peu près comme le pin, et le bois, qui a de la ressemblance avee le chône d'Amérique, en est dur el pesant aussi, Il y a quelques arbrisseaux et plusieurs sortes de palmiers ; les palétuviers croissent en grande abondance près du fond de la baie.
Le pays, autant que nous avons pu le découvrir, est en général uni, bas et couvert de bois. Les bois sont remplis d'oiseaux d'une très grande beauté, surtout de perroquets; nous y avons vu des corneilles exactement les mêmes que celles d'Angleterre. Autour du fond du hâvre, où sont de grands bancs de sable et de vase, il y a beaucoup d'oiseaux aquatiques, dont la plupaÿt nous étaient entièrement inconnus; un des plus remarquables était noir et blanc, plus gros qu'un cygne, et d’une figure un peu ressemblante à celle du pélican. On trouve sur ces bancs de sable ei de vase de grandes quantités d'huîtres, de moules, de pétoncles et d'autres coquillages: ils semblent être la principale
(4; elle est l'origine de Botany- Bay, lieu où les Anglais commencèrent à envoyer leurs déportés , en ° 1780, après l'émancipation de leurs colonies dans l'Amérique du Nord. Botany-Bay, plus connue aujourd'hui sons le nom de Nouvelle-Galies du Sud, n'avait pas un seul Européen à l'époque où le capitaie Cook y aborda; on v en compte à présent 1852) plus de 60,000. F1 y en à en outre près de 30,000 dans la terre de Van-Diémen, qui dépend de la même colonie. A. M.
subsistance des habitants, qui vont dans les bas-fonds avec leurs pirogues, et les pêchent à la main. Nous n'avons pas remarqué qu'ils les mangeassent crus; mais ils ne vont pas toujours à terre pour les faire cuire, et ils font souvent pour cela du feu dans leurs pirogues, Ils ont cependant d'autres moyens de subsistance; ils prennent quantité de poissons, qu'ils harponnent avec des fouènes, ou qu'ils pêchent à l'hamecon et à la ligne, Tous les habitants que nous ayons vus élaient entièrement nus. Ils ne paraissent pas être en grand nombre, ni vivre en société; mais, comme les animaux, ils sont dispersés le long de la côte et dans les bois. Nous n'avons acquis que très peu de connaissances sur leur manière de vivre, parce que nous n'avons jamais pu établir le moindre commerce avec eux. Après la première contestation, lors de notre débarquement, ils ne voulurent plus nous approcher d'assez près pour nous parler; et ils n’ont pas touché à un seul des présents que nous leur avions laissés dans les huttes et dans les aütres endroits qu'ils fréquentaient.
Pendant mon séjour dans ce hâvre, je fis graver sur un des arbres, près du lieu de l'aiguade, le nom de notre vaisseau avec la date du jour et de l’année où nous arrivâmes.
La marée y est haute sur les huit heures, dans les pleines lunes et les nouvelles, et le flot s'élève et retombe perpendiculairement de quatre à cinq pieds.
Traversée de la baie de Botanique à Ja baie de la Trinité. Description du pays, de ses habitants et de ses productions.
A la pointe du jour, le 6 mai 4770, nous partimes de la baie de Botanique, et gouvernâmes le long de la côle nord-nord-est ; à midi notre latitude était de 330 50' sud, Nous étions alors à deux ou trois milles de distance de la terre, et en travers d'une baie ou hâvre, où il nous sembla qu’il yavait un bon mouillage, et que j'appelai port Jackson (1). Ce hâvre gît à trois lieues au nord de Ja baie de Botanique. Au coucher du soleil, la terre la plus septentrionale que nous eussions en vue nous restait nord-est, et nous ayions au nordouest, à quatre lieues, quelques terres rompues qui semblaient former une baie. Je donnai le nom de Broken Bay, ou baie Rompue, à celle baie, qui est située au 33€ degré 42’. Nous rangeâmes la côte nordnord-est toute la nuit, à la distance d'enyiron lrois lieues de terre.
Le 7, notre latitude était de 33° 22’ sud; nous élions à environ trois lieues de Ja côte, Ja terre la plus septentrionale que nous eussions en vue nous reslait au nord-est, et ous avions au sud-ouest, à cinq lieues de distance, quelques terres qui s'avançaient en trois pointes arrondies, et que j'appelai pour cela cap des Trois-Pointes. Notre longitude de la baie de Botanique était de 49’ est. Dans l'après-midi, nous vimes de la fumée en plusieurs endroits de Ja côle,
Le vent souffla Loujours du nord jusqu'au malin du 10, et nous continuâmes de louvoyer avec très peu de changement dans notre situation à d'autres égards; mais un vent s'étant élevé alors du sud-ouest, nous avancâmes le long de la côte du nord le plus qu'il nous fut possible. Au lever du soleil, notre latitude était de 380 ? sul. A neuf heures du malin, nous dépassâmes une montagne remarquable, siluée un peu avant dans l'intérieur du pays, et qui ressemble assez à la forme d'un chapeau; à midi, noire latitude était de 320 53 sud, et notre longitude de 208° ouest, Nous élions éluignés d'environ deux lieues de la terre qui s'élendait du normi-est au sud-ouest, et un petit rocher ou île rouQe, qui git au-dessous de la terre, près de la côte, nous restait au sud-ouest, à trois ou quatre lieues. A
(1) C'est anjourd'hui le port de Sidney, capitale de l'Australie, et un des plus vivants de la Fauyelle-Hollende. A. -
quatre heures de l'après-midi, nous dépassâmes, à la distance d'environ un mille, une pointe basse de rocher que j'appelai pointe Slephens, et sur le côté septentrional de laquelle il y a une anse que je nommai port Stephens. En examinant de la grande hune cette anse, elle me parut être à l'abri de tous les vents : elle git au 32e degré 40° de lalitude, et au 207e degré 51! de longitude. A l'entrée, on trouve lrois petites îles dont deux sont élevées; et, sur la grande terre, près de la côte, il y a quelques montagnes hautes et rondes qui de loin semblent être des îles. Nous vimes à peu de distance, dans l'intérieur des terres, de la fumée en plusieurs endroits; à cinq heurcs el demie, la terre la plus septentrionale que nous eussions en vue nous restait au nord-est, et la pointe Slephens, au sudouest, à quatre licues. Nous étions alors à trois ou quatre lieues de la côte où s'élèvent deux mondrains. J'appelai cette poirte cap Hawke. Elle gît au 32e degré 14 de latitude sud, et au 207e degré 30° de longitude ouest. L'après-midi, pendant notre navigation le long de la terre, à peu de distance du rivage, nous aperçcûmes de la fumée en plusieurs endroits, et même sur le sommet d'une montagne : c'était la première fois que nous en voyions sortir d'un lieu élevé depuis notre arrivée vers la côte. Nous apercümes trois montagnes élevées qui avaient quelque ressemblance entre elles ; nous les appelâmes /es Trois-Fréres. Elles gisent par le 31e degré 40’ de latitude, et on peut les découvrir à la distance de quatorze ou seize livues.
Le 13, à midi, notre latitude était de 30° 45° ouest. Nous étions à trois ou quatre lieues de la cô'e, dont la partie la plus septentrionale nous restait au nordouést, et nous avions à l'ouest, à quatre lieues de distance, une pointe ou cap sur lequel nous vimes des feux qui produisaient beaucoup dé fumée. Je donnai à cette pointe le nom de cap Smokyy on cap de la Fumée. Il est d’une hauteur conSidérable, et sur le sommet de la pointe il y à un mondrain rond; derrière celui-ci on en voit deux autres beaucoup plus élevés et: plus gros, et plus avant dans l'intérieur, la lerre est très basse. Nous étions au 30° degré 31’ de latitude sud, et au 206e degré 54’ de longitude ouest. La latitude mesurée ce jour-là par observation n'était que de cinq milles plus au sud que celle que nous donnait le loch. Outre la fumée que nous vimés sur le cap Smoky, nous en aperçûmes encore en plusieurs endroits le long de la côle,
À mesure que nous avancions au nord de Ja baie de Botanique, la terre s'élevait par degrés, de sorte qu'à la latitude de 30° 22° on peut la regarder comme un pays montueux. Entre celte latitude el la baie, elle présente une variété agréable de hauteurs, de collines, de vallées et de plaines toutes couvertes de bois, et semblables à celle dont j'ai donné une description particulière. La terre près de la côl: est en général basse et sablonneuse, exceplé les pointes qui sont de rocher, et sur plusieurs desquelles il y à de hautes montagnes qui, dans l'endroit où elles commencent à s'élever audessus de la surface de l’eau, semblent être des îles. L'après-midi nous avions entre nous et la terre quelques pelites îles de rochers, dont la plus méridionale git au 80e degré 10° de latitude, et la plus septentrionale au 29e degré 58’, à un pen plus de deux lieues de Ja côte,
Le 15, notre latitude était de 28° 39° sud, et notre longitude de 206° 27° ouest. Une pointe élevée de terre, que je nommai cap Byron, nous restait au nord-ouest, à trois milles de distance. Elle gît par 280 37 30” de latitude sud, 206 30° de longitude ouest, et on peut Ja reconnaîlre au moyen d'une montagne remarquable, terminée en pic aigu, qui est siluce dans l'intérieur ct qui court au nord-ouést-quart-cuycst du cap. Depuis celte pointe, la terre est élevée et imonlneuse dans l'intérieur, et basse près de la côte: cile est encore basse et unie aussi au sud de Ja pointe.
Continuant à avancer, nous vies une montagne à pic que j'appelai pour cela Wount-H”arning où mont
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d’ Avis. Elle gît à sept ou huit lieues dans l'intérieur des terres, au 28* degré 22’ de latitude sud. La terfe, dans les environs, est élevée et montueuse; mais le pic la domine assez pour être distingué d'abord de tout autre objet. J'ei nommé pointe du Danger la pointe à la hauteur de laquelle on rencontre des brisants. Au nord de cette pointe, la terre est basse et court nord-ouestquart-nord; mais un peu plus loin elle court plus au nord,
Nous continuâmes notre route le long de la côte, et pous découvrimes des brisants à babord. Au 27e degré 6’ de latitude sud la terre fait une pointe. Sur le côté septentrional de cette pointe, la côte forme une baie large et ouverte que j'appelai baie de Moreton, au fond de laquelle la terre est si basse, que je pouvais à peine l'apercevoir du haut de la grande hune. Les brisanls sont situés à trois ou quatre milles de la pointe.
Le 47, la terre qui était restée le plus au nord, la veille, nous restait alors au sud-sud-ouest, à six lieues de distance, et je lui donnai le nom de cap Moreton, parce que c'est la pointe septentrionale de la baie de Moreton. Sa latitude est de 269 56", et sa longitude de 2060 28’ du cap Moreton : la terre s'étend à l'ouest audelà de la portée de la vue. Il y avait un pelit espace où nous n’apercevions point alors de terre, et quelques personnes à bord ayant observé d’ailleurs que la mer avait une couleur plus pâle qu’à l'ordinaire, elles pensèrent que le fond de la baie de Moreton se terminait à une rivière. Trois montagnes sont siluées au nord de ce lieu, au 26e degré 53° de latitude. Ces montagnes ne sont ni avancées dans l'intérieur de la terre, ni éloignées l’une de l'autre. Elles sont remarquables par la forme singulière e leur élévation qui ressemble beaucoup à une verrerie, et que j'appelai pour cela Glass-Houses ou les J'erreries. La plus septentrionale des trois est la plus élevée et la plus grosse : il y a aussi derrière ces montagnes au nord d’autres collines à pic; mais elles ne sont pas, à beaucoup près, si remarquables.
Le 49, à midi, notre latitude était de 250 4, et la terre la plus septentrionale que nous vissions nous restait au nord-ouest, à la distance de huit milles. Nous dépassâmes alors un cap ou pointe de terre noire et de forme ronde, sur laquelle un grand nombre de naturels du pays étaient assemblés, et que j'appelai pour cela Indian-Head , où pointe des Indiens. Elle git au 25e degré 3’ de latitude. À environ quatre milles au nord-quart-nord-ouest de cette pointe, il y en à une autresemblable d’où la terre s’étendun peu plusà l'ouest. Près de la mer elle est basse et sablonneuse. On n’apercoitrien par derrière, mêmeen l'examinant dela grande hune. Nous vimes plusieurs insulaires près de la pointe des Indiens. Il y eut pendant la nuit des feux sur la côte voisine, et de la fumée pendant le jour.
Le 20, notre latitude était de 20026 Nous avions au sud-ouest la pointe de laquelle un banc semblait partir. Je donnai à celte pointe le nom de cap Sandy, ou cap sablonneux, à cause de deux grands monceaux de sable blanc dont elle est couverte. Elle gît au 24€ degré 43 de latitude, et au 206€ degré 51” de Jongitude, et elle est assez élevée pour que dans un temps clair on l’aperçoive à la distance de douze lieues.
Nous nous tîinmes le long du côté oriental du banc, jusqu'à deux heures après-midi; alors jugeant que l'eau était assez profonde pour que le vaisseau pût passer, j'envoyai le bateau en avant afin de sonder ; et comme il nous fit le signal que la sonde rapporlait plusde cinq brasses, nous serrâmes le vent et porlâämes sur la queue du banc par six brasses. Nous étions alors au 24e degré 22’ de latitude. J appelai ce banc Break- Sea-Spit où Brise-Mer, parce que nous avions alors une eau tranquille, tandis qu'au sud de ce banc, nous eûmes toujours une grosse mer du sud-est. Nous avions trouvé pendant les derniers jours plusieurs oiseaux de mer appelés boubies, ce qui ne nous était pas encore arrivé. Nous donnâmes au fond d'une baie pro-
fonde qui était au sud de nous et que j'appelai baie d’Hervey, en l'honneur du capitaine Hervey.
Le 29, en poursuivant notre route, nous découvrimes avec nos lunettes que la terre était couverte de palmiers, arbres que nous n'avions pas vus depuis que nous avions quitté les îles situées entre les tropiques ; nous vimes aussi deux Indiens qui se promenaient le long dé la côte, et qui ne daignèrent pas faire la moindre attention à nous. Le soir, après avoir serré de près le vent, nous mîmes à l'ancre sur les huit heures.
Le lendemain, 23, j'allai à terre dès le grand malin, accompagné de MM. Banks et Solander, de nos officiers, de Tupia et d'un détachement de matelots, dans la vue d'examiner le pays.
Nous rencontrâmes sur la côte des espèces d'outardes ; nous en tirâmes une qui élait aussi grosse qu'un coq d'Inde, et qui pesait dix-sept livres et demie. Nous convinmes tous que c'élail le meilleur oiseau que nous eussions mangé depuis notre départ d'Angleterre, et, à cette occasion, nous donnâmes à l'anse le nom de Bustard-Bay ou baie de l’Outarde. Elle gît au 24° degré 4 de latitude, et au 208e degré 16° de longitude. La mer semblait abonder en poisson, mais malheureusement nous déchirâmes entièrement notre seine au premier jet. Nous trouvâmes sur les bancs de vase, et au-dessous des palétuviers, une quantiléinnombrable d'huîtres de toute espèce, et entre autres, le marteau el beaucoup de petites huîtres perlières.
Le 24, nous fimes voile hors de la baie avec une petite brise. A midi notre latitude était de 230 52° ; la partie septentrionale de la baie de l'Outarde nous restait à dix milles, au sud-est, et nous avions au nordouest la terre la plus septentrionale qui fût en vue. Notre longitude élail de 2080 37, et nous étions éloignés de six milles de la côte la plus voisine.
Nous reconnûmes au nord-nord-ouest de nouvelles terres qui semblaient être des îles. A neuf heures, nous étions en travers de la pointe, à la distance d'un mille. J'ai trouvé que cette pointe gisait directement sous le tropique du Capricorne , et je lui donnai pour cela le nom de cap du Capricorne. Sa longitude est de 2080 bS’ ouest; elle est d’une élévation considérable ; elle
‘ paraît blanche et stérile; on peut la reconnaître au
moyen de quelques îles situées au nord-ouest d'elle, et de quelques petits rochers quisont à la distance d'environ une lieue au sud-est. Il nous sembla qu'il y avait un lagon sur le côté ouest du cap, el nous vimessur les deux bancs de sable qui formaient l'entrée un nombre incroyable de grands oiseaux ressemblant à des pélicans. A midi, notre latitude était de 230 24 sud ; le cap du Capricorne nous restait au sud-est, à la distance de deux lieues, etnous avions au nord-est, à deux milles, une petite île. Nous étions éloiznés d'environ quatre milles de la côte de la Nouvelle-Galles, qui, en cet endroit , près de la mer , est basse et sablonneuse , si l'on excepte les pointes qui sont élevées et de roche. L'intérieur du pays est montueux, etne forme point un coup d'œil agréable.
En naviguant au nord-ouest nous vimes bientôt une nouvelle terre dont la pointe la plus septentrionale qui fût en vue nous restait alors au nord-nord-ouest, à dix milles de distance. Je lui donnai le nom de cap Manifold (4), à cause de plusieurs hautes collines qu'on y aperçoit : il git au 22e degré 43° de latitude sud, à environ dix-sept lieues au nord-ouest du cap du Capricorne. La côte forme, entre ces cups, une grande baie, que j'appelai baie de Keppel, et je nommai les iles i/es de Keppel. 1 y a un bon mouillage dans celte baie. Comme les îles et la grande terre sont habitées , il y a probablement de l'eau douce en plusieurs endroits. Nous vimes de la fumée et des feux sur la grande terre, et nousapercûmes des habitants sur les îles. #7
Le 28, à la pointe du jour, nous fimes voile. La pointe visible la plus éloignée de la Nouvelle-Galles
(1) Manifold est un mot anglais qui signifie plusieurs ou beaucoup. A. M
nous restait aussi au nord-ouest, à vingt-deux milles de distance ; mais nous pouvions découvrir plusieurs îles au nord de cette direction. À neuf heures du matin nous étions en travers de la pointe, que j'appelai le cap Townshend. W git au 22e degré 15° de latitude, et au 209€ degré 43° de longitude : la terre est élevée et unie, et plutôt nue que boisée. Il y a au nord de ce cap plusieurs îles , à quatre ou cinq milles en mer.
Bientôt nous découvrimes un golfe auquel je donnai le nom de Thirsty-Sound, ou canal de la Soif, parce que nous ne pûmes pas nous y procurer de r'eau douce. 11 gît au 22e degré 10’ de latitude sud, et au 210e degré 18° de longitude ouest. On peut le reconnaître au moyen d'un groupe de petites îles situées au-dessous de la côte, à la distance de deux à cinq lieues au nordouest, et par un autre groupe d'îles qui sont droit en face, à trois ou quatre lieues en mer. Sur chacune des pointes qui forment l'entrée, il y a une colline élevée et ronde qui, au nord-ouest, est une péninsule environnée par la mer à la marée haute. Elles sont toutes deux escarpées et éloignées entre elles d'environ deux milles. Ce golfe présente un bon mouillage, et il offre en outre, pour mettre un vaisseau à la bande, des endroits commodes, où, dans les hautes marées, l’eau s'élève jusqu’à seize ou dix-huit pieds. Le flot commence vers les onze heures, aux pleines lunes et aux nouvelles. J'ai déjà remarqué qu'il n’y a point d'eau douce, et que nous ne pûmes nous y procurer aucun rafraichissement. Nous vimes deux tortues, mais il nous fut impossible de les prendre, et nous n’attrapâmes ni poissons ni oiseaux, à l'exception de quelques petits oiseaux de terre. Nous y aperçûmes, il est vrai, les mêmes oiseaux aquatiques que dans la baie de Botanique, mais ils étaient si sauvages, que nous n'en tuâmes pas un seul.
Comme je n’ava's aucune raison de rester en cet endroit, le 31 mai, à six heures du matin, je levai l'ancre et je remis en mer. Nous porlâmes au nord-ouest, et nous nous tinmes en dehors du groupe d'îles situées le long de la côte et au nord-ouest du canal Thirsty, parce qu'il ne paraissait pas y avoir un passage sûr entre ces îles et la Nouvelle-Galles. Nous avions en même temps au large un certain nombre d'îles qui s'étendaient aussi loin que la portée de la vue. A midi, la pointe ouest du canal Thirsty, que j'ai appelée Pier- Head, ou pointe Pier (1), nous restait au sud-est, à cinq lieues. Notre lalitude était de 210 53. +
Nous appareillâmes et nous portâmes au nord-ouest. Nous voyions encore la grande terre, ainsi qu’un certain nombre d'îles tout autour de nous, dont quelquesunes sont situées au large aussi loin que l'œil pouvait atteindre. Nous apercevions entièrement le canal occidental qui est distingué dans la carte par le nom de Broad-Sound, où large Canal : il a au moins neuf ou dix lieues de largeur à l'entrée. 11 y a plusieurs îles à l'entrée et en dedans, et probablement aussi des bancs de sable. A midi, notre latitude était de 210 29° sud. Une pointe de terre, située au 21e degré 30° de latitude, et au 210€ degré 5% de longitude ouest, qui forme l'entrée nord-ouest du large Canal, et que j'ai nommée cap Palmerston, nous restait à l'ouest-nordouest, à la distance de trois lieues. Notre latitude était de 219 27’, et notre longitude de 2100 57. Entre ce cap et le cap Townshend il y a une baie que j'ai appelée bay of Inlets, où baie des Canaux. Nous continuâmes à porter à petites voiles au nord-ouest et nord-nordouest, suivant la direction de la terre, et nous avions un bateau en avant pour sonder.
À midi nous élions éloignés d'environ deux lieues de la grande terre, et de quatre des îles que nous avions au large. Notre latitude élait de 200 56’, et un promontoire élevé, que je nommai cap Hillsborouga, uous restait au nord-ouest, à sept milles de distance. La terre y est entrecoupée de montagnes, de collines, de plaines et de vallées, et paraît être bien couverte de
(1) Ou tête du Port. A. M.
verdure et de bois. Les îles situées parallèlement à la côte, à la distance de cinq à huit ou neuf milles, diffèrent beaucoup par l'élévation et l'étendue : à peine y en a-t-il une qui ait cinq lieues de circonférence, et la plupart n’ont pas plus de quatre milles. Outre cette chaîne d'îles qui sont à une certaine distance de la côte, il y en a beaucoup d’autres moindres au-dessous de la terre, et sur lesquelles nous aperçûmes de la fumée en plusieurs endroits. Nous continuâmes à ranger la côte.
Le 3 juin, nous mîmes à la voile pour porter à l'ouest. A huit heures du matin, nous découvrimes une terre basse en travers de ce que nous avions pris pour une ouverture, et que nous reconnûmes être une baie d'environ cinq ou six lieues de profondeur. Il y avait à la même hauteur un détroit ou passage entre cette terre et une ou plusieurs grandes îles qui lui sont parallèles. Comme nous avions l'avantage du flot, nous porlâmes vers ce passage, et à midi nous fûmes précisément en dedans de l'entrée. Notre latitude était de 200 26° sud. Nous avions au sud-ouest la pointe septentrionale de la baie. Cette pointe, à laquelle j'ai donné le nom de cap Gonway, gîit au 26e degré 36° de latitude sud, et au 211e degré 28° de longitude ouest ; el j'appelai baie de Repulse la baie qui est située entre ce cap et le cap Hillsborough. 3
Nous gouvernâmes à travers le passage, que nous reconnûmes avoir de trois à sept milles de large, et de huit à neuf lieues de long. Il est formé à l’ouest par la grande terre, et à l’est par les îles, dont une a au moins cinq lieues de longueur. En le traversant nous avions un bon mouillage partout, et tout le passage peut être regardé comme un hâvre sûr, sans parler de plusieurs pelites baies et anses qui sont de chaque côlé, et où les vaisseaux peuvent séjourner comme dans un bassin. Le sol de la grande terre et des îles est élevé, entrecoupé par des collines, des vallées, des prairies et des bois, et la verdure qu'il présente forme un coup d'œil agréable. A six heures du soir nous étions presque en travers de l'extrémité septentrionale du passage. La pointe la plus nord-ouest de la terre qui füt en vue nous restait au nord-ouest; et nous avions au nord -nord-est l'extrémité nord de l'île, avec une mer ouverte entre les deux pointes. Comme ce passage fut découvert le jour de la Pentecôte, je l'appelai Whitsunday-Passage, ou passage de la Pentecôte ; et je donnai aux îles qui le forment le nom d'iles de Cumberland, en l'honneur de son Altesse Royale le duc de Cumberland.
Le 4, à la pointe du jour, nous étions en travers de la pointe que nous apercevions plus au loin, au nordouest, le soir de la veille, et que je nommai le cap Gloucester. C'est un promontoire élevé qui gît au 19e degré 59° de latitude sud, et au 211€ degré 49° de longitude ouëst. On peut le reconnaître au moyen d'une île située au large au nord-ouest, qui en est éloignée de cinq ou six lieues, et que j'appelai & Holborne : il y a encore d'autres îles au-dessous de la terre, entre l’île Holborne et le passage de la Pentecôte. Sur le côté ouest du cap Gloucester, la terre court sud-ouest et sud-sud-ouest, et forme une baie profonde, dont je pouvais à peine apercevoir le fond du haut de la grande hune : elle est très basse, et c'est une continuation de la terre que nous avions vue dans l'enfoncement de la baie Repulse. Je donnai à cette baie le nom de baie d’Edgcombe; mais sans nous arrêter à l’examiner, nous Continuâmes notre route à l'ouest vers la terre la plus éloignée qui fût à la portée de notre vue dans cette direction ; celle-ci nous restait à l’ouest-nord-ouest, et paraissait très élevée. A midi nous étions à environ trois lieues de la côte, et au 19e degré 47° de latitude sud. A six heures du soir nous étions en travers de la pointe la plus occidentale dont on vient de parler, à euviron trois milles ; et, comme elle s'élève tout-à-coup au-dessus des basses lerres qui l'environnent, je l'appelai cap Upstart. I gît au 19e degré 39° de latitude sud, et au 212€ degré 32’ de lon-
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gitude ouest, et il est assez élevé pour qu'on puisse le découvrir à la distance de douze lieués.
Nous continuâmes à gouverner à l'ouest-noïd-ouést, suivant la direction de la terre ; notre Jatitude était de 490.4’ sud, et nous nous trouvâinés précisément en lravers de l'embouchure d'une baie qui s'étéendait du sud-est au sud-ouest, à deux lieues dé distancé. Gélte baie, que j'appelai baie Cleveland, tous parut avoir dé cinq à six milles d'étendue dé tous 1ës côlés. Je donnxi à la jointe de l’est le nom de cap Cleveland, et à la pointe ouest, qui sémblâait êlfé une île, celui d'ile Magnétique, parce que nous remiarquâmes que le mouvenient de l'aiguille se dérangéait à tiesure qüe nous en approéhions. Ces deux pointes sont élévées, ainsi que la grande terre au-delà, ét 16 tout fornie un terrain Je plus rocailleux, le plus brisé et 16 plis stérile que nous ayons vu sur la Côlé. Le pays ñ'est pourtant pas sans habilänts, car nous ävons aperçu de la fumée en plusieurs endroits au fond de la baie.
Nous portâmes vers la térre la plus Seplentiionale qui fût en vue, éñ travers de laquelle nous nous trouvâmes, le 8 juin, à trois heures du malin, ayant dépassé toutes les îles trois où quatre heures auparavant. Je donnai à cette terre, à causé de sa figuré, 16 noin de pointe Hillock ou pointe du Mondrain. Elle.est fort élevée, et on peut la reconnaître âu moyen d'un mondrain où rocher rond qui est joint à la pointe, mais qui semble en être détaché, Entre ce cäp et l'ile Mägnétique, la côte formé une grande baie, que j'appelai bate Hallifax; 11 y a au-devant de soi entrée 18 groupe d'îles dont on vient de parler, et quelques autres moins éloignées de la côte. Ces îles mettent à l'abri dé tous les vents la baie, qui offre un bon mouillage.
Après avoir dépassé la pointe du Mondrain, nous nous trouvâmes bientôt en travers d'une pointe de terre que je nommai cap Sandwich : entre ces deux pointes la terre est très élevée, et la surface en est brisée et stérile.
Depuis le cap Sandwich Ja lérre court ouest, et ensuite nord, formant une belle et grande baie que j'appelai baie Rockingham, êt où il mé parut y avoir ün abri sûr et un bon mouillâge; mais je ne m'arrêtai pas pour l'exaniner. À midi notre latitude élait de 170 59’, et nous étions en travers de la pointe septéntrionale de là baie de Rockingham, qui nous restait à l'ouest à énviron deux milles. Celle extrémité de la baie est formée par une île d'uné hauteur considérable, distinguée par le nom d’ié Dunk, et qui $e trouve si près de la côte qu'il n’est pas aisé de reconnaître qu'elle n'en fait pas partie, Nous étions par le 213€ degré 57° de longitude ouest.
Le 9, à six heures du malin, nous étions en travers de quelques pelites îles que nous appelâmes es F'rankland, et qui sont à environ deux lieues de la terre principale. La pointe la plus éloignée qui fût en vue au nord nous restait au nord-ouest, et nous £rûmés qu'elle faisait partie de la côte oriéntale de la Nouvelle- Hollande ; mais nous trouvâmes ensuite que c'était une île fort élevée et d'environ quatre milles de circonférence, Je passai avec le vaisseau entre celle île ét une pointe de la terre principale dont elle est éloignée de deux milles. À midi nous élions au milicu du canal, au 16° degré 57 de latitude sud. J'appelai cap Grafton la pointe de la côte orientale de la Nouvelle-Hollande en travers de laquelle nous élions alors. [1 gît au 16€ degré 57 de latitude sud, et au 214€ degré 6’ de longitude ouest ; la terre de ce cap, ainsi que toute la côte dans un espace d'environ vingt lieues au sud, est élevée, remplie de rochers et peu couverte de bois. Après avoir doublé le cap Grafton, nous trouvâmes une baie dans laquellé nous mîmes à l'ancre à environ deux milles de la côte. La pointe oriéntale de ceité baié Court Sud-ouest; la pointe occidentale sud-est et une Île basse, couverte de bois et de verdure, qui gît au large nord-est; cette île, située à trois ou qualre lieues du cap Graflon, est appelée dans la Carte GY£6n- Island où ile J'erte,
Notre latitude était alors de 160 20° sud, lé cap Grafton nôus réslant au sud-est, à quarante fhilles, ét Hous avions äu nord-ouest la pointé I4 plus séptenlrionale de la terre qui fût en vue. Entré cette pointe étle cap Graflon, la côte forme une grande baié, mais peu profonde, que j'appelai baie de la Trinité, parce qu'ellé fut découverte le dimanche de la Trinité.
Situation dangereuse où se trouva 18 vaisseau dans sa tra versée de là baie dé la Trinité à la rivière Endeavour.,
Jusqu'ici nous avions navigué sans accident sut celle Côle dañgereuse, où la mer, datis une étendüe de 2%0 de latitude, c'est-à-dire de plus de treize cents niilles, Cache partout dés bas fonds qui se projettent brisquement du pied de la côte et des rochers qui s'élèvent tout-à-coup du fond en formé de pyramide, Jusque-là ducun des noms que nous avions donnés aux différentes partiés du pays n'était un monument dé délressé; mais én cét endroit nous comméncämes à connaître le malheur, et c'est pour celà que nous avons appelé cap de Tribulation la pointe la plus éloiguée qu'en dernier liéu nous avions apérçue au nord.
CG Cap gît au 16€ degré 6° de fatitude sud ét au 2148 degré 39° dé longitude ouest. Nous gouvérnämes à trois ou qualré lieues le long de la côle : nous découvrimes au largé deux iles siluées au 16e degré de latitude süd, à énviron six ou sépt lieues de la grande terre. À six heurés nous avions au nord-oûest deux iles basses et couvertes de bois qué quelques-uns de nous prirent pour des rochers qui s'élévaient au-dessus dé l'eau. Nous diminuâmés alors de voiles, ét nous serrâmes le vent au plus près, én voguaut à Ja liauteur de la côte : car c'était mon dessein de tenir le large toute la nuit, non-seulemént pour éviter le danger que nous apercévions à l'avant, mais encore pour voir s'il y avail quelques iles en pleine nfer, d'autant plus que nous étions très près de la latitude assignée aux îles découvertes par Quiros, et qué des géographes, par des raisons que je ne connais pas, ont cru devoir joindre à cétte lerre. Nous avions l'âävantagé d'un bon vent et d'un clair de lune pendant Ja nuit. En portant au large depuis six heures jusqu'à près de néüf, notre eau dévint plus profonde; mais pendant que nous étions à souper élle dimintua tout-à-coup : j'ordonnai à chacun de se rendre à son poste, él tout était prêt pour virer de bord el mettre à l'ancre; mais la sonde marquant au jet suivant une eau profondé, nous conclümes que nous avions passé sur l'extrémité des bas. fonds que nous ävions vus au concher du soleil, ét qu'il n'y avait plus de danger. À onze hiceures mo ns quelques minutes l'eau baissa tout d'un coup, et, avant qu'on pütrejeter la sonde, le vaisseau toucha. En peu de moments tout l'équipage fut sur le tillaé, et tous les visages éxprimaiént âvec énergie l'horreur dé notre situation, Commé nous avions gouverné au largé avec une bonne brise l'éspace de trois heures et demie, nous savions que nous ne pouvions pas être très près de la côte, Nous n'avions que trop de raisons dé craindre que nous he fussions Sur un rocher dé corail : ces rochers sont plus dangereux qué les aulrés, parce que les pointes en sont aiguës, et que chaque partie de là surface est si raboleuse et si dure qu'ellé brise et rompt tout cé qui s’y frotte, même légèrement.
Dans cel état nous abatlimes sur-le-champ toutes les voiles, et les bateaux furent mis en mer pour sonder autour du vaisseau. Nous découvrimes bientôt que nos craintes n'avaient point exagéré notre malheur, et que, le bâlimeht ayant été porté sur une bande de rochers, Ïl était échoué dans un trou qui se trouvait aû milieu, À notre grand regret nous ne pûmes jamais le mouvoir. Pendant tout ce temps il continua à batlré contre le rocher avec beaucoup de violence, de Sorté que nous avions de la peine à nous Lenir sur n0$ jämbes. Pour accroîlre notre malheur, nous vimes à la lueur dé la lune flolier autour de nous les planches du
doublage de la quille, et enfin la fausse quille, et à chaque instant la mer se préparait à nous engloutir.
Il était impossibble de continuer longtemps le travail nécessaire pour que les pompes gagnassent suf la voie d'eau ; et, comme on ne pouvait pas en détouvrii exactement la situation, nous n'avions point d'espoir de l'arrêter en dedans. Dans cet élat M. de Monkhouse, un des officiers de poupe, me proposa ur expédient dont il s'était servi à bord d'un vaisseau fnarchand, qui, ayant une voie qui faisait plus de quatfe pieds d'eau par heure, fut pourtant ramené sain eb sauf de la Virginie à Londres: Le maître du vaisscau avait eu tant de confiance dans cet expédient qu'il avait remis en mer son bâtiment, quoiqu'il connût sôn état, ne croyant pas qu'il fût nécessaire de boucher autrement sa voie d'eau. Je n’hésitai point à laisser à M. Monkhouse le soin d'employer le même expédient qu'on appelle larder la bonnette.
Cet expédient réussit si bien que notfe voie d'eau fut fort diminuée, et qu'au lieu de gagner sur trois pompes, une seule suffit pour l'empêcher de fairé des progrès. Cet événement fut pour nous üne nouvélle source de confiance et de consolatiün : les geus de l'équipage lémoignèrent presque autäht de joie que s'ils eussent déjà été dans un port. Loin de borner dès lors leurs vues à faire échouer le vaisseau dans quélque hâvre d'une ile ou d'un continént, et à construire de ses débris un pelit bâtiment qui pût nous porter aux Indes orientales, ce qui avait été quelques moments auparavant le dernier objet de notre espoir, ils ne pensèrent plus qu'à ranger la côte de là Nouvelle-Hollande, afin de chercher un lieu convenable pour le radouber, et poursuivre ensuile notre voyage comme si rien ne füt arrivé.
Nous porlâmes vers la terre jusqu'à environ six heures du soir du 12 juin, quand nous mimes à l'ancre, à sept lieues de distance de la côle, et une lieue du banc de rochers sur lequel nous avions touché.
Ce banc de rochers, ou ce bas-fond, gît au 15° degré 46° de latitude sud , et à six ou sept lieues de la Nouvelle-Hollande. Ce n'est pas le seul bas-fond qu'il y ait sur cetle partie de la côte, surlout au nord, et nous en avons vu un aulre au sud, sur l'extrémité du: quel nous passimes, pendant que nous avions dés sondes si inégales, environ deux heures avant d’échouer. Une partie de ce bas-fond est toujours au-dessus de l’eau, et a l'apparence d'un sable blanc. Une partie de celui qui manqua de nous faire périr est aussi à sec à la marée basse : il consiste ici en pierres de sable, mais tout le reste est un rocher de corail.
Le 13, nous passâmes tout près et en dehors de deux petites iles situées au 15° degré 41° de latitude sud, et à environ quatre lieues de la Nouvelle-Holiande : je les appelai Zope-1slands, ou iles de l'Espérance, parce que dans notre danger le dernier objet de notre espérance, Où plutôt de nos désirs, aurait élé d'y aborder. À midi, nous étions à environ trois lieues de la terre, etau 15e degré 37 de latitude sud. Nous cherchâämes un hâvre où nous pussions nous radouber, et nous Iimes à l'ancre dans un hâvre convenable, où il y avait assez d'eau, et qui offrait d'ailleurs toutes les commodités qu'on pouvait désirer pour débarquer sur la côte, ou pour mettre le vaisseau à la bande. Heureusement la marée montait, et à une heure de l'après- Midi le bâtiment flotta. Nous le remorquâmes bientôt dans le hâvre, et, après l'avoir amarré le long d'une Le éscarpée au sud, nous portâmes à terre, avant a nuit.
Ce que nous fimes sur la rivière Endeavour pendant qu’on y radoubait le vaisseau. Description du pays adjacent, de ses habitants et de ses productions
Le malin du 18, nous construisimés un pont du vaisseau au rivage. [a côte était si escarpée que le bâtitent flottait à vingt pieds de distance de la grève.
Nous dressâmes aussi deux tentes à terre, une pour les malades et l'autre pour les provisions qui furent débarquées dans le courant de la journée. Nous y envoyâmes toutes les futäillés vides el une partie de l'équipement. Dès que la tente pour les malades fut prête, ils allèrent à terre.
Le 19, je tirai les quatre canons qui étaient dans la cale, et je les fis monter Sur le lillac. Je fis encore porter à terfe une ancré de réchange, des câbles et le reste de l'équipement et du lest que renfermait la cale. L'après-midi on en sortit en outre tout le bagage des officiers et les futailles, de Sorte qu'il n'y restait rien à l'avant et au milieu Qüe les chärbons et une petite quantité de lest de pielré: On drêsa la forge, et le serruriér et son aide (fäväillèrent 4 faire des clous et les autres choses nécessaires pour la réparation du vaisseau. M. Banks travérsa la rivière pour examiner le pays de l'autre côlé : il trouva qu'il consistait principalement eh Colliñés de sable , et il vit quelques maisons d'Indiëns qui avaient été habitées depuis peu. Il rencontra dans sa promenadé de grandes troupes de pigeons él de corneilles : il tüa filüsieurs des premiers biseaux, qui élaient extrèmethent beaux; mais les corneilles, qui sont exactement les mêmes que celles d'Angleter, élaient si sauvages qu'il ne put pas les approcher assez pour les tirer,
Le 27, nous Cotnmencçâines à transporter quelquesuns des tälériäux de l'arrière à l'avant du vaisseau, afin de le mettré en stive. Dans le même temps le sérrurier conlinua de travailler à la forge, le charpentier calfata le bâtiment, ét d’autres personnes remplirent les futaillés et raccotinodèrent les agrès. L'après-midi je remontai le hâvre dans la pinasse, et je tirai plusieurs fois la seine, mais je ne pris que vingt ou trente poissons, qui furent distribués aux malades et aux convalestenhis,.
Le 28, M. Bauks alla dans l'intérieur du pays avec quelques-uns des iältelots , afin de leur montrer la plante qui ést appelée dans les îles d'Amérique chou caraibe, el qui nous fournissait un légume.
Le 29, à deux heures du matin, l'observation du prérniér satellite de Jupiter nous donna 2140 42 30” Ouest pour notre longitude : nous étions au 15° degré 26 de latitudé sud. À la pointe du jour j'envoyai de nouveau le bateau pour pècher à la seine, et l'aprèsmidi il revint avec une assez grande quantité de poissons pour en donner une livre et demie à chaque per-" sonné de l'équipage.
Le premier juillet 4770, tout le monde eut la liberté d'aller à terre, excepté un homme de chaque chambrée , qui fut envoyé à la pèche. Elle fut encore heureuse, et les gens qui allèfent dans l'intérieur du pays nous firent la description de plusieurs animaux qu'ils avaiënt vus, sans pouvoir en attraper aucun. Hs aper- Curent aussi un feu à environ un mille au-déssus de l'embouthure de la fvière. M. Gore, mon second lieuténant, trouva une coque de coco remplie de bernacles : elles venaient probablement de quelque île audéssus du vent, peul-être de la terre del Espiritu Santo de Quiros, puisque nous étions alors dans la latitude où l’on dit qu'elle est située. Ce jour-là le thermomètre, à l'ombre, s'éleva à 87, c'est-à-dire plus haut qu'il n'était monté depuis notre arrivée sur la côte.
Vers les deux heures du lendemain malin, 12, l'esquif qu'on avait laissé sur le banc revint avec trois torlues et une grande raie. Comme il était probable qu'on pouvait continuer cette pêche avec avantage, je le renvoyai après le déjeuner pour en chercher une nouvelle provision. Bientôt après trois Indiens sé hasardèrent à venir à la tente de Tupia, et ils furent si satisfaits de la réception qu'il leur fit, que l’un d'eux alla chercher dans sa pirogue deux autres dé ses compatriotes que nous n'avions pas encore vus. À Sou retour il introduisit auprès de nous les nouveaux venus en les appelant par leur nom, cérémonie qu'ils n'omellaient jamais dans de pareilles occasions, Comme ils avaient