‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 32 sur 179 · VOVAGES AUTOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

VOVAGES AUTOUR DU MONDE

Traquet (Nouvelle-Hollande ).

recu avec beaucoup de plaisir le poisson qui fut jeté dans leur pirogue, lorsqu'ils s'approchèrent pour la première fois du vaisseau, nous leur en offrimes encore quelques-uns etnousfûmes fort surpris de voir qu'ils les acceptaient avec la plus grande indifférence. Ils firent cependant signe à quelques-uns de nos gensde le leur apprêter, ce qui fut fait sur-le-champ ; mais, après qu'ils en eurent un peu mangé, ils jetèrent le reste au chien de M. Banks : ils passèrent avec nous foule l'après-midi, sans vouloir jamais s'écarter de plus de vingt verges de leur pirogue.

Nous nous aperçûmes que la couleur de leur peau n'était pas aussi brune qu'elle nous avait paru d'abord : ce que nous avions pris pour leur teint n'élait que l'effet de la poussière et de la fumée dans laquelle nous imaginâmes qu'ils étaient obligés de dormir, malgré la chaleur du climat, parge qu'ils n’ont que ce seul moyen de se mettre à l'abri des mosquites. Entre autres choses que nous leur distribuâmes, quand nous les vimes pour la première fois, il y avait quelques médailles que nous suspendimes autour de leur cou avec un ruban : la fumée avait tellement terni ces rubans que nous ne pouvions pas distinguer aisément de quelle couleur ils avaient été, ce qui nous engageà à examiner plus particulièrement la couleur de leur peau. Tandis que ces Indiens étaient avec nous, nous en découvrimes deux autres à environ deux cents ver-

ges sur la pointe de terre qui est du côté opposé de la rivière, et nous reconnûümes avec nos lunettes que c'étaient une femme elun enfant : la femme, comme le reste des insulaires, étaitentièrement nue. Nous observâmes qu'ils avaient lous les membres forts petits, et qu'ils élaient d'une activité et d'une agilité extrêmes. L'un de ceux-ci avait un collier de coquillages très bien fait, et un bracelet formé de plusieurs cordons, ressemblant à ce qu'on appelle en Angleterre gymp ou guipure. Us portaient tous deux un morceau d'écorce attaché sur le devant du front, et l'os qu'ils avaient dans le nez leur défigurait le visage.

Leur langue nous a paru plus rude que celle des insulaires de la mer du Sud, et ils répétaient continuellement le mot chercau. D'après la manière dont ils le prononcaient , nous imaginâmes que ce terme exprimait l'admiration. Lorsqu'ils voyaient quelque chose de nouveau, ils s'écriaient : cher, tut, tut, tut, tut, paroles qui avaient probablement une signification pareille.

Leur pirogue, qui était très étroite, n'avait pas plus de dix pieds de long. Elle était garnie d'un balancier, et ressemblait beaucoup à celles des îles de la mer du Sud, quoiqu'elle fût beaucoup mieux faite Lorsqu'elle était dans une eau basse, ils la faisaient marcher avec de longues perches; et quand ils se trouvaient dans une eau profonde, ils se servaient pour cela de rames

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La lune brilla toute la nuit...

d'environ quatre pieds de long. Elle ne contenait que quatre hommes, de sorte que les Indiens qui nous rendirent visite ce jour-là s’en allèrent en deux fois.

Leurs javelines sont semblables à celles que nous’

avions vues dans la baie de Botanique, excepté qu'elles n'avaient qu'une seule pointe faite ordinairement de l'aiguillon de la pastenague, et barbelée avec deux ou trois os aigus du même poisson.

M. Gore , qui, ce jour-là, fit une promenade dans l'intérieur du pays avec son fusil, eut le bonheur de tuer un des quadrupèdes qui avaient été si souvent le sujet de nos spéculations. Cet animal n’a pas assez de rapport avec aucun autre déjà connu, pour qu'on puisse en faire la comparaison. Sa figure est très analogue à celle du gerbo, à qui il ressemble aussi par ses mouvements; mais sa grosseur est fort différente, le gerbo élant de la taille d'un rat ordinaire, et cet animal, parvenu à son entière croissance, de celle d'un mouton. Celui que tua mon lieutenant était jeune ,et, comme il n'avait pas encore pris tout son accroissement, il ne pesait que trente-huit livres. La tête, le cou et les épaules sont très petits en proportion des autres parties du corps : la queue est presque aussi longue que le corps : elle est épaisse à sa naissance, et elle se termine en pointe à l'extrémité. Ses jambes de devant n'ont que huit pouces de long, et celles de derrière en ont vingt-deux ; il marche par sauts et par bonds; il

+ Paui5,— Jnp. Lacour et C®, rue Soufflot, 46,

tient alors la tète droite, et ses pas sont fort longs : il replie ses jambes de devant tout près de la poitrine, et il ne parait s'en servir que pour creuser la terre. La peau est couverte d'un poil court, gris ou couleur de souris foncé ; il fauten excepter la tête etles oreilles, qui ont une légère ressemblance avec celles du lièvre. Cet animal est appelé kangurou(1) par les naturels du pays.

Le lendemain, 15, notre kangurou fut apprèté pour le diner, et nous trouvâmes que c'était un excellent mets. On peut dire que nous faisions alors grande chère tous les jours, Car nous avions des tortues en abondance.

Le 16, nous observâmes, le soir, une émersion du premier satellite de Jupiter, qui nous donna 2140 53 45” pour notre longitude. L'observation faite le 19 juin nous avait donné 2149 42 30° : en prenant le terme moyen de ces deux quantités, nous eûmes 2140 48° 7” et demie pour la longitude de cet endroit, à l'ouest du méridien de Greenwich.

Le lendemain, 18, à huit heures du matin, nous recûmes la visite de plusieurs naturels du pays, qui étaient devenus alors extrêmement familiers. L'un d'eux, à notre prière, lança sa javeline, qui avait environ huit pieds de long; elle fendit l’air avec une

(4) Ou kangarou, selon Dumont d'Urville. A. M.

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