SECONDE SECTION
Depuis notre départ des iles de la Société jusqu'à notre retour dans ces Îles £t notre départ pour la seconde fois,
Passage d’Uliétéa aux îles des Amis. Découverte de l'ile d'Hervey, et récit des incidents survenus à Middelbourg,
En quittant Uliétéa, je portai le cap à l'ouest un peu au sud, afin de sortir de la route des premiers navigateurs, et d'entrer dans le parallèle des îles de Middelbourg et d'Amsterdam ; car je me proposais de marcher vers ces îles, et d y toucher, si je le trouvais convenable, avant de me rendre à la Nouvelle-Zélande, En général je mis en panne loufes les nuits de peur de passer quelques terres sans les voir,
Après un mois de séjour à Taiti, nous ne ressentions plus aueun effet de notre première campagne, qui avait été si pénible, Nous éuons tous forts, bien portants el pleins de courage, et il n'y avait pas un seul scorbulique sur les deux vaisseaux. Les volailles, les chiens. les bananes et les autres fruits que nous emportions nous promettaient Ja santé pour un long 1emps,
OEdidée, le jeune insulaire que nous avions pris sur notre bord, fut très attaqué du mal de mer dès que nous fûmes au large; cependant, comme nous regardions le pic élevé de Bolabola, il eut assez de force pour nous dire: Je suis né sur celle île, et je suis pros che parent d'O-Poonée, le grand roi qui à conquis O-Tahah et Uliétéa. Il nous avertit en même temps que son véritable nom était Mahine, mais qu'il l'avait changé pour celui d'OEdidée, avec un chef d'Eiméo; usage commun dans toules cesîles, ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs,
Le 23, à dix heures du matin, on vit du haut des mâts une lerre composée de trojs ou quatre petils îlots réunis par des brisants comme la plupart des îles basses. Ils ont une forme triangulaire et environ six lieues de circuit. Ils sont couverts de bois, parmi lesquels on remarque plusieurs cocotiers. À l'aide de nos lunettes
nous observâmes que la côte était sablonneuse, mais æ revêtue çà et là de verdure, et probablement de lianes,
communes à ces climals,
Rien n'annonçait des babitants, et j'ai lieu de croire qu'il n'y en a point. La position de celte île, qui git par 49° 18” de latitude sud, et 158 54° de longitude ouest, ne diffère pas beaucoup de celle que M, Dalrymplé assigne à la Dezana Mais, comme il n’est pas aisé de reconnaître si c'est la même, je J'ai nommée {le d’Hervey, en Fhonneur du capitaine Heryey, un des lords de l'amirauté.
Le 4er octobre, nous vimes l'ile de Middelbourg, à la distance de quatre lieues : nous apercevions en même temps une autre lerre dans le nord-ouest. Le lendemain, à la pointe du jour, nous arrivâmes sur le côlé sud-ouest de Middelbourg; et, marchant entre ce cÔlé et une petileîle, nous trouvâmes un canal net et large de deux milles.
Ceite île nous donna l'idée des bosquels enchantés sur lesquels les romanciers répandent toutes les beautés in aginables, 11 ne serait pas possible en effet de lrouver un coin de terre plus favorable à la relraile, s'il yavait une fontaine limpide ou un ruisseau; Mais malheureusement l'eau est la seule chose qui tanque à cette île agréable. Je découvris, dans une excursion, une promenade couverte qui meuait à une prairie, au fond de laquelle nous aperçümes une petite montagne et deux huttes par-dessus Des bambous, plantés en terre à la distance d'un pied les uns des autres, environnaient la colline, et L'on voyait sur le devant plusieurs casuarinas. Les naturels qui nous accompagnèrent ne voulaient point en approcher. Après nous être avancés seuls, nous regardâmes avec beaucoup de
eine dans ies huttes, parce que l'extrémité du toit n'était pas à plus d'un palme du terrain, L'une renfermait un cadavre qu'on y avait déposé EE peu ; mais l'autre élait vide. Ainsi le casuarina ou le bois de massue (fo) annonce les cimetières à Middelbourg comme aux îles de la Société. Sa couleur gris-brun, ses branches longues et touffues, dont les feuilles clair semées se penchent tristement vers la terre, conviennent à ces A mélancoliques autant que le cÿprès. Il est donc probable que les mêmes idées, qui ont consacré le dernier arbre sur la tombe des morts dans une partie du monde, engagent les habitants de ces régions à employer les premiers au même usage.
Arrivée des vaisseaux à Amsterdam. Incidents survenus durant notre relâché sur cette Île,
Dès que je fus à bord. je mis le cap sur l'île d'Amsterdam. Les insulaires étaient si peu effrayés de nous, que trois pirogues vinrent à notre renconire jusqu'au miieu du chemin entre les deux îles. Is firent inulilement tous leurs efforts pour monter sur /& .Résolution; mais nous ne diminugmes pas de voiles, et la corde que nous leur jelâmes s'étant brisée, ils tentèrent de monter sur {’Aventure. Leur entreprise cependant n'eut pas un meilleur succès. Nous rangeàmes la côte sud-ouest d'Amsterdam, à un demi-mille du rivage, sur lequel brisait une houle très grosse. Nous examinâmes, à l'aide dé nos lunettes, l'aspect dé l'île, dont chaque partie semblait couverte de plantations. La plus haule élévation au-dessus du niveau de la mer ne semblait pas être de plus dé six ou sept ver: ges perpendiculaires. Nous apercûmes quatre naturels courant le long de la grève, et déployant de pelits par villons blancs, que nous primes pour des Symboles de paix, et nous leur répondimes en hissant le drapeau de saint George. Trois insulaires de Middelbourg, qu'on avail laissés, je ne sais comment, à bord, nous quittèrent alors, ‘et allèrent à la nage sur la côte : ils ue savaient pas que je voulais m'arrêter à celte île, et ils n'avaient point envie, comme on peut le croire, de s’embarquer avec nous.
Dès que nous eûmes découvert la côte occidentale, plusieurs pirogues, montées chacune par trois hommes, vinrent à notre rencontre, Les Igdiens s'ayancèrent hardiment sous les flancs des vaisseaux; ils nous présenlèrent quelques racines d'éava, et montèrent ensuité à bord saus autre cérémonie. Ils nous invitaient, par tous les signes d'amitié qu'ils purent imaginer, d'aller dans leur île; ils nous indiquaient un mouillage, et nous mouillâmes en effet dans la rade Van-Diémen. Ils remplissaient alors nos bâtiments : les uns étaient venus én pirogues; d'autres accouraient à la nage; mais, ainsi queceux de l'île de Middelbourg, ils apportèrent des étoffes, des naltes, des ouuls, des armes et des ornements, que nos malelots achelèrent avecleurs
ropres habits. Comme l'équipage se fût ressenti
jentôt de ce trafic, je défendis d'acheter aucune euriosité.
Cet ordre produisit un bon effet; car les naturels, voyant que nous ne voulions absolument que dés Comestibles, nous apportèrent des bananes ét des noix de coco en abondance, des volailles et des cochons, et ils les échangèrent contre de petits clous et des étoffes d'Europe : ils donnaient un cochon ou une volaille pour lès plus mauvaises guenilles. M. Forster acheta plusieurs jolis perroquets, des pigeons et des tourlerelles très bien apprivoisés. OEdidée, de son côté, fit emplette de plumes rouges. qui, à ce qu'il nous assura, auraient une valeur extraordinaire à Taïiti et aux îles de Ja Société : elles élaient communément altachées à leurs labliers de danse, ou à des diadèmes de feuilles de bananes. Il nous montra, avec un air d'extase loutà-fait admirable, que la plus petite de ces piumes, large de deux ou trois doigts, suffirait pour payer le plus gros cochon de son île,
er
IHM IH ddoi:
Nous avions déjà remarqué à Taïtli, aux îles de la
Société, et même à Middelbourg, que partout où l'on trouve un casuarina, il y a un cimelière aux environs.
à la vue de cet arbre vénérable, et chargé d'oiseaux de mauvais présige, je conjecturai, en descendant à terre, que nous allions en rencontrer un, ou un temple, et l'événement montra que je ne m'étais pas trompé. Nous arrivämes au milieu d'une plaine verdoyante, enfermée de tous côtés par des arbres et des arbrisseaux touffus, et surtout par des casuarinas, des pendanges, etdes palmiers-sagous sauvages. Une allée de barringtonias en fleurs, aussi gros que les chènes les plus élevés, formait un des bords. Par l'intérieur et la dimension, ce temple ou cimetière était pareil à celui qu’on a décrit plus haut. Un naturel, qui y entra avec nous, nous dit qu'un de ses compatriotes y étaitenterré ; et, nous indiquant l'endroit où son petit doigt avait jadis été coupé, il nous dit clairement qu'à la mort de leurs maduas Gu parents, ils mulilent leurs mains. Ces cimelières sont toujours placés délicieusèment sur de vertes prairies, et entourés des plus beaux bocages.
Prolongeant ensuite notre promenade à travers les plantations, nous rencontrâmes peu d'habitants, Ni la curiosité, ni la défiance, ni la jalousie ne les excitèrent à nous arrêler : au contraire, ils nous parlèrent avec le ton de l'amitié. La plupart des maisons que nous examinâmes étaient vides, mais toutes naliées, et situées parmi des arb isséaux odorants. Quelquefois une petite baie, dans laquelle il y avait une porte semblable à celle de Middelbourg, les séparait des plantations. Une marche de trois milles nous mena à la côle orientale d'Amsterdam, où le rivage forme un angle profond, appelé par Tasman baie Maria. La pente du terrain diminue imperceptiblement jusque sur la grève sablonneuse ; mais, en allant du côté de la pointe septentrionale, ils élève perpendiculairement, et en quelques endroits il est excavé et suspendu en l'air. C’est partout du corail, preuve qu'il y a eu.de grands changements sur notre globe, car ce rocher ne peut se former que sous l'eau.
Nous ne revinmes à bord qu'au: coucher du soleil : les vaisseayx étaient entourés de pirogues, et les naturels naggeaient tout autour en faisant grand bruit, Une quantité considérable de femmes jouaient dans l’eau comme des animaux amphibies : on leur persuada aisément de monter à bord toutes nues; et elles ne montrèrent pas une plus grande chastelé que les prostituées de Taïti et des îles de la Société : les matelots profilèrent de ces dispositions, et renouvelèrent à nos . yeux. les scènes des temples de Chypre. Ces habitantes
d'Amsterdam se venaient sans bonte pour une chemise, un petit morceau d'étoffe, ou quelques grains de werre. Leur lubrieité cependant n'était point générale, et nous avons lieu de croire qu'il n'y eut pas une seule femme mariée qui se rendit coupable d infidélité, Si “nous avions connu la distinction des rangs cornme à aïti, il est probable que nous n’aurions observé des
—… prostituées que dans la dernière classe du peuple. Mais
Dune conçoit pas que tant de nalions permettent aux -Jemmes qui ue sont pas mariées de se livrer indifférem-
— ment aux désirs d'une multitude d’amants Les opinions
sur le sexe en particulier ont été très variées dans Lous
les âges et dans tous les pays. En quelques parties de l'Inde, les hommes d'un rang distingué croiraient s’air s ils épousaient une vierge. Les Turcs, les Arabes,
4Y à «les Tartares et les Russes, attachent une grande impor-
lance à la virginité des femmes, tandis que les habi- “lants de la côte de Malabar l'offrent à leur idole. Laréceplion amicale qu’on a faite presque eonstam-
. Ment aux étrangers, sur toutes les îles dépendant de ce
“£roupe, nous ont engagés à donner aux découvertes we Schoulen et de Tasman le nom d'i/es des Amis. Les Chaloupes de Schouten furent attaquées, il est vrai, aux îles des Cocos, des Traîtres, de l'Espérance et de y : sf Horn; mais Ces allaques furent peu considérables, uoique sévèrement punies par le navigateur Hollanais, qui, après le premier trouble à l’île de Horn, y