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passa cependant neuf jours en parfaite intelligence avec les naturels du pays.Tasman, vingt sept ans après, découvrit plusieurs îles à 60 au sud de celles qu'avait visitées Schouten, et il y fut recu avec toutes sortes de démonstrations de paix et de bienveillance. Je ne sais pas si c'est parce que les naturels d'Amsterdam et de
olterdam avaient appris des insulaires des Cocos, de l'Espérance et de Horn, la force supérieure des étrangers et leurs ravages, ou si c'était une suite de leur caractère pacifique : je serais porté à adopter la première opinion. Lesîles vues par le capitaine Wallis, en 1767, et qu’il a nommées îles de Boscawen et de Keppel, sont probablement les îles des Cocos et des Traîtres; mais son équipage ne fit d'autre mal aux naturels que de les effrayer par l'explosion d'un seul coup de fusil. M. de Bougainwille vit quelques-unes des îles les plus nordest de ee groupe, et, en général, il y reconnut le même caractère Il leur donna, avec assez de raison, le nom d'archipel des Navigateurs, puisque plusieurs vaisseaux les avaient rencontrées. Depuis le voyage de Tasman, aucun autre Européen n'avait abordé à l'île d'Amsterdam. Durant un espace de cent trente ans, ces peuples n’ont done pas changé de mœurs, d'habillements, de manière de vivre et de caracière.
Nous pouvons assurer, comme Schouten, Tasman et M. de Bougainville, que les naturels commettent des 10's avec beaucoup de dextérité. Tasman et le capitaine Wallis ont aussi remarqué l'usage de se couper le petit doigt; et, suivant les relations circonstanciées de 3chouten et de Le Maire, les natureis de l'île de Horn avaient autant de soumission pour leur roi que ceux de Tunga- Tabou.
Dans une de nos promenades à terre, je vis une jeune fille qui avait les traits d'une régularité particulière, les yeux étincelants de feu, le corps bien proportionné, et, ce qui est le plus remarquable, de longs Cheveux noirs et bouclés tombant avec grâce sur ses épaules. Elle jouait avec cinq gourdes, de la grosseur d'une petite pomme, parfaitement rondes; elle les jetait sans cesse en l'air l'une après l’autre, et elle y mit tant de dextérité que, pendant un quart d'heure, elle ne manqua pas une seule fois de les ressaisir. Les musiciennes chantèrent sur le même lon que nous avions
déjà entendu à Middelbourg : chaque voix formait une
harmonie agréable, et elles se réunissaient quelquefois en chœur.
Nous cherchâmes en vain de l’eau douce daus l'île. Le maître, qui avait été envoyé à l’est reconnaitre la baie Maria et les îles basses qui abritent ce hâvre, trouva la position de ces îles telle qu’elle est marquée dans les cartes de Tasman, navigateur très exact; et, sur l’une de ces îles où il débarqua, il vit un nombre étonnant de serpents d'eau tachetés, à queues plates, et qui ne font point de mal.
Je me procurai à cette Île environ cent cinquante pelits cochons, deux fois autant de volailles, des ignames et autant de bananes et de noix de coco que nous eûmes d'emplacement, Si notre séjour avait été plus lonz, sans doule j en aurais acheté davantage ; ce qui montre la ferilhité de l'ile dont je vais faire une description particulière, ainsi que de celle de Middelbourg, qui en est voisine,
Description des îles d'Amsterdam et de Middelbourg. Productions, cullure, maisons, pirogues, navigation, ma nufactures, ar.1.6s, coutumes, gouvernement, religion et langage des habitanis.
Tasman découvrit le premier ces iles, en 1642,3, et il les appela Æmsterdam et Middelbourg : mais les naturels du pays donvent à la première Je nom de Tonga-Tabou, et à la seconde celui d £aoowée. Elles sont situées par 210 3° de latitude sud; et, d'après des observations faites sur les lieux, entre 4740 40’, et 175° 15° de longitude ouest.
Middelbourg ou Easowée, la plus méridionale, a-en-
Le moqueur.
viron dix lieues de tour, et elle est assez haute pour qu’on la voie à douze lieues. La plus grande partie des bords de cette île est couverte de plantations. L'intérieur est peu cultivé, quoique très propre à l'être. Ces campagnes, en friche, accroissent cependant la beauté du pays; car on y voit un mélange agréable de cocotiers et d'autres arbres, des prairies revêtues d’une herbe épaisse; cà et là des plantations et des chemins qui conduisent à chaque partie de l’île, dans un si joli désordre que l'œil aime à se reposer sur ces points de vue.
Le mouillage que j'ai nommé /a rade Anglaise, parce que la Résolution et l'Aventure ont été les premiers vaisseaux qui y aientété, gît au côté nord-ouest. La rive est d’un sable grossier : elle s'étend à deux milles de la terre. La marée, dans celle île, ainsi que dans les autres, s'élève à quatre ou cinq pieds. Tonga- Tabou a la forme d’un triangle isocèle, dont les plus longs côtés sont de sept lieues, el les plus courts de quatre. Elle est presque partoul d'une hauteur égale, un peu basse, et elle n’a pas plus de soixante à quatrevingts pieds au-dessus du niveau de la mer. Un récif de rochers de corail qui s'étend hors de la côle, à environ cent brasses plus ou moins, la met, ainsi qu'Eaoowée, à l'abri de la mer. La force des vagues se brise sur ce rocher avant qu’elles atteignent la terre. Telle est en quelque sorte la position de toutes les îles
du tropique que je connais dans cette mer : c'est ainsi que la nature les a soustraites aux usurpations des flots, quoique la plupart ne soient que des points en comparaison du vaste Océan.
L'île d'Amsterdam ou de Tonga-Tabou est toute remplie de plantations : la nature y élale ses plus riches trésors, ‘tels que les arbres à pain, les cocotiers, les plantains, les bananiers, les shaddecks, les ignames, et quelques autres racines, la canne à sucre et un fruit semblable au brugnon : en un mot, on y compte la plupart des productions des îles de la Société, et plusieurs particulières à ces deux-ci. J'ai probablement accru la quantité de leurs végétaux, en y laissant toutes les graines de nos jardins.
Les productions et la culture de Middelbourg sont les mêmes qu'à Amsterdam, avec celle différence qu'une partie seulement de la première est cultivée, et que la seconde l’est en entier. Les sentiers et les chemins nécessaires aux voyageurs sont coupés d'une manière si judicieuse, qu’il y a une communication libre et aisée d'une partie de l'île à l’autre. On ne voit ni bourgs, ni villages : la plupart des maisons sont bâties dans les plantations, sans autre ordre que celui qui est prescrit par la convenance. Les édifices sont faits avec dextérité, mais sur le même plan que ceux des autres îles, et composés de semblables matériaux : il y a seulement une petite différence dans la disposition de la char-
' La famine et la fatigue détruisirent peu à peu ce petit équipage.
ente. Le plancher est un peu élevé et couvert de nattes épaisses et fortes : d'autres nattes de la même espèce les ferment du côté du vent, et le reste est ouvert. O voit communément devant la plupart de ces habitations un terrain entouré d'arbres ou de buissons en fleurs, qui parfument l'air qu'on y respire Des vases de bois, des coquilles de noix de coco, des coussins de bois, de la forme des escabeaux à quatre pieds : voilà tous les meubles de leur ménage. Le vêtement qu'ils portent et une natte leur servent de lit. Nous achetâmes deux ou trois vases de terre, les seuls que nous ayons apereus parmi eux.
Les cochons et les volailles sont les seuls animaux domestiques que nous ayons observés. Les cochons sont de l'espèce de ceux des autres îles de cette mer ; mais les volailles sont beaucoup meilleures, de la grosseur des plus belles que nous ayons en Europe, et leur chair est au moins aussi bonne.
Les hommes et les femmes sont de la même taille que les Européens; leur teint est d'une légère couleur
u cuivre, et il est plus égal que parmi les habitants de Taïti et des îles de la Société. Leur taille est bien prise; ils ont des traits réguliers; ils sont vifs, gais el animés. Je n'ai rencontré nulle part des femmes si joyeuses : elles venaient babiller à nos côtés sans la moindre invitation. Dès que l'un de nous semblait les écouter, elles ne s'embarrassaient pas si l’on compre-
Te Paris. — Impr, Lacour Er C®, rue Soufflot, 46,
nait ce qu'elles disaient. En général, elles paraissaient avoir de la modestie, quoiqu'un grand nombre fussent très libres; et, comme il y avait encore des vénériens à bord, je pris toutes les précautions possibles pour que l'Île ne nous reprochât pas de lui avoir porté le mal de Naples. Les naturels ont montré dans toutes les occasions une sorte de propension au vol, et ils sont presque aussi habiles filous que les Taïtiens.
La méthode ordinaire de se saluer est de toucher ou de frotter avec son nez celui de la personne qu'on aborde, comme à la Nouvelle-Zélande. Ils déploient un pavillon blanc en signe de paix à l'égard des étrangers. Mais les insulaires qui vinrent les premiers à bord apportèrent quelques plantes de poivre, et avant de monter ils les envoyèrent dans le vaisseau, témoignage de bienveillance encore plus solennel.
Ils observent un singulier usage : ils mettent sur leur tête tout ce que vous leur donnez. Nous pensâmes que c'est une manière de remercier, On les exerce à cette politesse dès l'enfance ; car, lorsque nous offrions quelque chose aux pelits enfants, la mère élevait la main de l'enfant au dessus de sa tête. Ils suivaient même cette coutume dans leurs échanges avec nous : ils portaient toujours à leur lête ce que nous leur ven dions, comme si nous le leur eussions accordé pour rien; quelquefois ils examinaient nos marchandises, et ils les rendaient si elles ne leur convenaient pas ;