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frappé nos regards nous eausait une sensation agréable, malgré l'aspect sauvage de la contrée; et l'espoir de rétablir notre santé et de réparer nos forces nous inspirait une gaîté extraordinaire : quoique des pluies fréquentes et des coups de vent nous fatiguassent sur nos amarres, nous nous (rouvions heureux d'être sur les côtes de la Nouvelle-Zélande. La saison n'était pas
‘avancée dans ce climat rigoureux; rien n'annoncait
encore la verdure du printemps.
Comme cette anse a ses côtes riches en céleri et cochléaria, j'eus grand soin d'en pourvoir le vaisseau. Dans la course que nous y fimes au milieu des bois, nous trouvâmes un véritable chou-palmiste, pareil à celui que nous avions remarqué à l'île Norfolk. Nous fümes surpris de le rencontrer à cette haute latitude ; et cela semble prouver que celle espèce est plus vivace et plus forte que les autres de la même classe.
Les dernières couvées d'oiseaux ne connaissant pas les armes perfides des Européens, nous en approchions assez pour les tirer à bout portant. Les grimpereaux et d'autres espèces plus petites élaient presque aussi bons à manger que les ortolans. Chaque oiseau de terre de cette partie de la Nouvelle-Zélande, ceux de proie exceptés, seraient estimés sur les meilleures tables. «
Le ciel se leva, le 22, dans toute sa splendeur; nous entendimes, pour la première fois depuis notre arrivée, le concert des oiseaux; tout annonceail des jours de printemps et nous invitail à aller dans les bois; la plupart des ofliciers profitèrent du beau temps pour descendre à terre, et je longeai les côtes vers la pointe Jackson, débarquant de temps en teinps dans les anses qui étaient sur notre route.
L'après-midi, j'allai avec les Lotanistes visiter nos jardins de Motuara, que nous lrouvâmes presque en friche ; ils avaient été entièrement négligés par les habitants. Néanmoins, plusieurs plantes qui eroissaient vigoureusement faisaient assez voir qu'elles se com-
‘plaisaient sur le sol qu’elles occupaient. Les insulaires ue s'étant pas encore montrés, nous allümâmes un feu sur la pointe de l'île : je ne doutais pas qu'à la vue de la fumée ils ne vinssent bientôt nous visiter,
Les chasseurs revinrent le soir, chargés d'oiseaux ; les équipages des différents bateaux avaient cueilli des herbages et pris du poisson. Il y eut sur le vaisseau un régal général.
Il ne se passa rien de remarquable jusqu'au 24, où l'on vit dans la matinée deux pirogues descendre le canal; mais dès qu’elles aperçurent le vaisseau, elles se retirèrent derrière une pointe sur le côté occidental. Après le déjeuner, je me mis dans un bateau pour les aborder ; et, tout en côtoyant le rivage, nous tirâmes plusieurs oiseaux. Le bruit des mousquets annonça notre arrivée : les insulaires parurent dans l’anse des Nigauds et nous hélèrent. Mais à mesure que nous approchâmes de leurs habitations, ils se retirèrent lous dans les bois, -à l'exception de deux ou trois qui restèrent sur une éminence, près du rivage, les armes à la main. Au moment de la descente, ils nous reconnurent: La joie prit alors la place de la crainte et les autres insulaires accoururent du bois, nous embrassèrent en frottant leurs nez contre les nôtres, selon Ja coutume du pays, etils sautèrent et dansèrent autour de nous de la manière la plus extravagante; mais j'observai qu'ils ne permirent pas à des femmes que nous voyions dans l'éloignement de venir près de nous. On leur fit présent de haches, de couteaux, de clous, des étoffes de Taili, que nous avions dans le bateau. Ils nous donnèrent en retour une grande quantité de poisson.
Je remarquerai ici que les Zélandais ont été des ennemis très dangereux pour tous les vaisseaux qui ont abordé sur leurs côtes. Tasman, qui découvrit le premier celte contrée, perdit quatre hommes dans la baie des Assassins, qui semble être celle que j'ài appelée baie Aveugle où baie Dusky; les naturels emportèrent un des morts sur leurs pirogues, et sans doute ils mangeaient déjà de la chair bumaise alors Len 1642 ). Is
140 x VOYAGES AUTOUR DU MONDE.
ont tué dix hommes à Aventure en 1772. L'année d'auparavant ils avaient assassiné M. Marion et vingthuit personnes de son équipage. pe
Un peu en dedans de l'entrée de ce bras, sur le côté du sud-est, nous nous trouvâmes devant un grand village appelé Xotieghenooee. Ses habitants , dont nous reconnûmes plusieurs qui s'étaient rendus dernière-
ment à bord, nous firent l'accueil le plus obligeant, et.
nous baisèrent le nez, suivant l'usage.
Après avoir resté environ un quart d'heure avec eux, la plupart des naturels qui arrivèrent les derniers apportant leurs armes, et toute la foule montant à plus de deux cents, nous jugâmes qu'il était prudent de les quitter : nous n'avions pas Cru que le canal contint autant de monde, et nous n'y avions jamais vu une foule aussi considérable rassemblée.
La population paraissait très considérable sur toute cette partie de la contrée. Les indications de ces insulaires nous encouragèrent à poursuivre l'objet que nous avions en vue. En conséquence, nous continuâmes à descendre ce bras qui court est-nord-est. Nous apercûmes de très belles anses des deux côtés du rivage. J'arrivai enfin à son débouquement dans le détoit, par un canal d'un mille environ de large, et où le flot verse en un fort et rapide courant: nous avions observé qu’un autre courant descendit le bras pendant tout le temps que nous y avions été. Il était alors près de quatre heures après midi; et en moins d'une heure le flot cessa, et le jusant commença à reverser avec la même force.
Dansles trois relâches que nous fimes à la Nouvelle- Zélande, le pays nous fournit des rafraîchissements qui dissipèrent Lous les symptômes de scorbut, et nous donnèrent des forces. Le poisson fut pour nous un aussi bon restaurant queles plantes anti-scorbuliques. L'air vif qu'on y ressent, les beaux jours, ne contribuèrent pas peu à raffermir nos fibres relâchées par
une longue campagne dans des pays plus chauds ; et”
l'exercice que nous y fimes nous fut d’ailleurs avanlageux à plusieurs égards. Nous arrivions sur cette côte pâles et défaits, puis la santé reparaissait bientôt sur nos visages, et nous retournions au sud aussi forts et aussi sains que jamais. Siles naturels ont une grande stature, s'ils sont nerveux et bien proportionnés, il faut l’attribuer en partie à la pureté de l'air, et à la simplicité de leurs aliments, qui sont faciles à digérer. Plusieurs circonstances semblent prouver que le poisson est assez abondant sur leurs côtes pour les nourrir toute l'année; car nous avons observé des amas prodigieux
de poissons secs pour l'hiver.