‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 41 sur 179 · RO · texte numérisé non relu

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cap Horn, comme formant la pointe méridionale de la Terre de Feu : elle est par 550 39° de latitudé sud.

Nous aperçümes bientôt le cap Horn sur lequel nous marchions : on le reconnaît de loin à une colline élevée et ronde qu’il porte. Nous dépassâmes ce fatueux Cap, et nous entrâmes dans l'océan Atlantique méridional. C’est la même pointe de terre que je pris pour le cap, sans en être sûr, dans ma route de 1769:il forme l'extrémité Ja plus méridionale d'un groupe d'îles d'inégale étendue qui gisent devant la baie Nassau et qu'on connaît sous le nom d'iles de Lhermite : il gît par 55° 58° de lalitude sud et 680 13° de longitude ouest. Au côté nord-ouest du cap, il y a deux rochers en forme de pain de sucre. Quelques autres rochers bâs se trouvent çà et là à l'ouest du mème cap: il y en a un au sud ; mais ils sont tous près de la côte. Du canal de Noël au cap Horn, la route est est-sud-est, et Ja distance trente-une lieues dans la direction de l'est-nordest. À trois lieues du cap Horn, on voit une pointe de rocher que j'appelai cap Mistaken où de Méprise : c'est la pointe sud de la plus orientale des îles de Lhérmite.

Du cap Horn je gouvernai est-nord-est vers la baie de Bon-Succès, aidé des courants qui portaient au nord. Nous avions déjà arboré notre pavillon et tiré deux coups de canon : nous vimés bientôt de la fumée sortir des bois au-dessus de la pointe méridionale de !a baie. Je jugeai que les naturels avaient allumé ces feux, comme ils en allumèrent pendant ma relâche, en 1769. Plus de trente grosses baleines et des centaines de veaux marins jouaient dans l’eau autour de nous.

Le 31 décembre, à trois heures, je marchai sur l'extrémité orientale de la Terre des Etats, qui, à quatre heures et demie, nous restait au sud-est. Bientôt nous vimes le cap Saint-Jean, ou l'extrémité dela Terre des Etats qui nous reslait au sud.

Le 3 janvier, je portai sur le cap Saint-Jean, pointe orientale de la Terre des Etats : c'est un rocher d'une élévation considérable, situé par 540 46° de latitude sud, et 64° 7° de longitude ouest.

Après avoir doublé le cap, je serrai la côte méridionale, et je gouvernai sud-est, dans le dessein de quitter la terre : je crus lavoir assez reconnuêé pour ce qui intéresse en général la navigation et la géographie.

Description des îles près de la Terre des États, et des animaux qu'on y trouve:

La Terre des Elats a dix lieues de long; sa largeur n'est nulle part de plus de trois ou quatre lieues. La côte est de roche, fort dentelée, et elle paraît former plüsieurs baies ou goulets. Elle présente une surface de collines escarpées, qui s'élèvent à une hauteur considérable, surtout près de l'extrémité occidentale : exceplé les sommets de ces collines, la plus grande partie était couverte d'arbres et d'arbrisseaux ou d’'herbages, et il y avait peu ou point de néige. Les courants entre le cap Déséada et le cap Horn, portent de l'ouest à l’est, c'est-à-dire dans la même direction que la côte, mais ils sont petits.

En général lesîles du Nouvel-An sont si différentes de la Terre des Etats, qu'elles méritent une deseription particulière. Celle où nous débarquâmes présente une surface d'une hauteur égale, et élevée d'environ trente à quarante pieds au-dessus de la mer, dontelle est défendue par une côte de roches ; l’intérieur est couvert d'une sorte de glaïeul très vert et fort long; comme on l’a déjà dit, il croît sur de petits mondrains de deux ou trois pieds dé diamètre, et d'environ autant d'élévation, en grosses louffes, qui paraissent composées de racines de la plante nattées ensemble : parmi ces mondrains, il y a beaucoup de sentiers tracés par les pinguins qui se retirent au centre de l'île, Le marcher est cependant extrêmement mauvais, Car ces chemins sont si sales qu'on est quelquefois dans la boue jusqu'au genou. Outre celte plante, nous y remarquàmes d'autres gramens, une espèce de bruyère et du

céleri. Touté la surface est humide et mouillée, et sur la côle on voit plüsieurs courants d'eau. L'herbe qui fat surnommée glaïeul, semble être la même qui croit aux Îles Falkland, et dont parle M. de Bougainville.

Nous avons remarqué suf celle petite terre, en animaux, des lions, des ours de mer, divers oiseaux dé mer, et quelques-uns de terre. La longueur des plus grands lions dé mer n’était pas de plus de douze où quatorze pieds, et leur circonférence peut être de huit où dix. Comme c'était le temps des amours et des ac: couchements, nous avons vu un mâle entouré dévingt ou trente femelles, très occupé à les retenir toutes près de lui, et écartant pour cela, à force de coups, les au: tres mâles qui voulaient se mêlér dans son harem. Plusieurs avaient une moindre quantité de lionnes : quelques-uns n'en avaient qu'une où deux ; et nous en Observions çà et là un couché seul, et grondant dans uñ lieu écarté, sans souffrir que les mâles ni les femelles se tinssent dans les environs : nous jugeâmes que ceux-là élaient vieux et accablés par l’âge.

Les ours de mer nesont pas, à beaucoup près, aussi gros que les lions, mais ils le sont un peu plus que les veaux marins. Ils n'ont point ce long poil qui distingue le lion; le leur est partout d’une longueur égale, et plus beau que celui du lion : il ressemble à celui de la loutre, et, en général, il est gris de fer. C’ést l'espèce que les Français appellent loups dé mér, etles Anglais vedux marins :Ws diffèrent cependant des veaux marins de l'Europe et de l'Amérique septentrionale. Les ons peuvent aussi, sans impropriété, être appelés des veaux marins qui ont pris toule leur croissance : ils sont, les uns et les autres, de la même espèec I n'6tait pas dangereux de marcher âu milieu d'eux, carils s’enfuyaient alors ou ils réstaiéüt tranqailles. On coerait seulement des risques à se placer entre eux et lt mer : si quelque chose les épouvante, ils se précipiteut dans les flots en si grand nombre, que, si vous ne sortez pas de leur chemin, vous serez terrassé. Quelque. fois, lorsque nous les surprenions tout-à-coup, ou que nous les éveillions; car ils dorment beaucoup ét ils Sont très stupides, ils élevaient leurs têtes, ils ronflaient et montraient les dents d'un air si farouche qu'ils sém: blaient vouloir nous dévorer; mais dès que nous avancions sur eux ils s'enfuyaient.

Le pinguin est un oiseat amphibie très connu, ét il y en à des quantités prodigieuses, de sorte que noûs en assommions autant qu'il nous plaisait avec un bâ= ton. Je ne puis pas dire qu’ils soient bons à manger; souvent, dans là disette, nous les trouvions excellents, mais C'était faute d'autres aliments frais. Ils ne pon: dent pas ici, ou bien ce n'était pas la saison, car nous n'aperçûmes ni œufs ni petits.

Les nigauds pullulent aussi en grand nombre, et nous en emporlâmes beaucoup à bord, parce qu'ils sont bons à manger. Is s’appropriént certains canions, etils ÿ construisent leurs nids près du bord des rochers, sur les petits mondrains où croîtle glaïeul, I! ÿ a une aulre espèce plus petite que celle-ci, qui pond dans les crevasses des rochers.

Les oies sont de l'espèce que nous trouvâmes au ca: nal de Noël : nous en apercûmes peu! quelques-unes avaient des pelits. M. Forster en tua une différente de celles-ci, en ce qu'elle était plus grosse, qu'elle avait un plumage gris et des pieds noirs. Lés autres faisaient un bruit exactement pareil à celui dû canard y à des canards, mais en petit nombre, et quelqües-uns de Ceux que nous avons appelés chevaux dé couréé. Ceux que nous tuâmes pesaient de vingt=neuf à. trente livres, el ils étaient assez bons. È

Nous complâmes, en oiseanx de mer, des mouëttes, des hirondelles, des poules du port d'Egmont, et un grand oiseau brun de la grosseur d'un albatros, que Pernelly appelle quebrantahuësos, où briseur d'os: nous lui donnâmes le nom de la mére Carey, et nous le trouvâmes assez bon.

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