‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 54 sur 179 · VOYAGE A LA GUYANE · texte numérisé non relu

VOYAGE A LA GUYANE

PRÉLIMINAIRE

Christophe Colomb avait touché au continent américain, vers l'embouchure de l'Orénoque : c’est dans le voisinage que s'étend la Guyane, mot dérivé de Goyana, petit affluent du même fleuve de l'Orénoque. Il y a donc analogie à placer ici les détails que nous avons recueillis sur cette contrée, ainsi que la relation d'Adam de Bauve.

La Guyane se développe entre les 80 20’ lat N. — 30 lat. S., et les 520 — 720 40’ long. O. Le côté de la mer est une côte basse où l'Atlantique a la couleur de l’eau de mare; on n’apercoit que la cime des arbres qui s'élèvent sur les flots, et les embouchures des fleuves ne se reconnaissent qu'à la couleur de l’eau fraiche qui entre dans la mer sans se mêler avec la sienne, à une distance de plusieurs lieues.

Le climat chaud de la Guyane est tempéré chaque jour par des brises de mer rafraîchissantes, qui soufflent de dix heures du matin à six heures du soir, et quand les chaleurs ont cessé on entend à peine le plus léger zéphyr. Elles sont suivies de brouillards qui rendent les nuits froides, humides et malsaines. La longueur du jour, dans toute l’année, ne varie jamais de plus de quarante minutes ; le soleil s’y lève constamment vers les six heures du matin el s’y couche à la même heure le soir.

La saison sèche et la saison des pluies, se divisant l'année, en font quatre parts : la sèche, qui a un grand

\ et un petit été, et la pluvieuse, qui a un temps où les

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pluies durent moins qu'un autre, quoique cependant elles ne tombent que quand le soleil est vertical, ce qui, près de la ligne, arrive deux fois l’année et däns un espace de temps égal. Pour les deux saisons sèches, la grande commence en octobre, au moment où le soleil vient de traverser l'équateur et passe au tropique du Capricorne. En mars viennent les pluies; en juin, où le soleil s’est approché du tropique du Cancer, vient une courte chaleur qui dure jusqu'en juillet.

La saison sèche, appelée à Cayenne grand été, y dure depuis la fin de juin jusqu’en novembre. La saison pluvieuse y correspond à notre hiver. En mars et avril dure un petit été; à la fin d'avril el mai abondent les

luies. La chaleur moyenne est de 25° centigrades, et a plus élevée de 35 à 40°. Dans l’intérieur du pays le froid des matinées oblige l'Européen à se chauffer.

Quelques parties de la Guyane sont montagneuses et nues; néanmoins le sol y est généralement fertile. Toute l’année la terre est couverte de verdure; les arbres portent en même temps des fleurs et des fruits. Cette fertilité est due à la réunion de la chaleur et de l'humidité.

La Guyane a ses rivières propres, dont les principales sont : l'Oyapock, le Maronïi, le Surinam, le Demerari, la Berbice et l'Essequebo. Toutes ont une embouchure large et profonde; celle de l'Essequebo a sept lieues de largeur. Le Surinam, l’Oyapock, le Demerari et l’'Essequebo sont seuls navigables. Ces rivières ou fleuves traversent d'immenses forêts qui fournissent des bois magnifiques. Les animaux que l’on y trouve sont: le jaguar, le tapir, le chat-tigre, le singe, le serpent et une multitude d'oiseaux. Enfin la Guyanne donne la vanille, la salsepareille, le coton, la canne à sucre et le café.

La Guyane appartient à trois nations différentes, qui sont : l'Angleterre, la France etla Hollande ; il y a dès lors une Guyane anglaise, une française et une hollandaise. La capitale de la Guyane anglaise est Georgetown, sur les bords du Demerari, avec 42,000 habitants, dont &,000 blancs; la capitale de la Guyane française est Cayenne, dans l’île de ce nom, avec 13 à 14,000 âmes, et la capitale de la Guyane hollandaise est Paramaribo, à l'embouchure du Surinam, avec 14,000 habitants.

RELATION

En arrivant sur l'Oyapock, M. Adam de Bauve y trouva un compagnon de voyage, M. Leprieur, envoyé par M. le gouverneur de Cayenne pour des recherches d'histoire naturelle. Ils remontèrent ensemble la rivière et allèrent s'établir aux sources du Rouapira, dans des cases acquises lors d’un précédent voyage. De là ils firent pendant plusieurs mois des excursions dans divers sens. Mais, au mois d'avril, M. Leprieur, craignant de s'engager pendant l'hiver dans des

ays inconnus avec des nègres inexpérimentés, aissa M. de Bauve partir seul pour descendre le Rouapira. Le projet de ce dernier était de gagner les sources du Gouroupatouba pour descendre à Montéalègre, situé à l'embouchure de cette rivière dans l’Amazone. M. Leprieur devait l'y rejoindre, mais il ne vint pas. Laissons parler M. de Bauve, dont nous trouvons la relation dans le bulletin de la Société de géographie, cahier de mars 1837.

* Le 4 avril, je me séparai de M. Leprieur. M. Brachet, naturaliste, consentit à m’accompagner. Nous avions avec nous quatre Indiens et trois nègres. Nous descendîmes le Rouapira ; mais, arrivés sur le Topipocko, des Indiens et des Tapouyes voulurent me forcer de retourner, disant qu'ils avaient les ordres les 4 sévères pour empêcher les Français de pénétrer

ans le pays. A force de patience et de sang-froid, j’ob-

tins de pouvoir continuer ma route jusqu’à l’'embou-

chure du Carapanatouba, chez Joaquim Manoël, d'où je pris l'engagement d'écrire au commandant de Gouroupa. s

En arrivant là je trouvai des colporteurs qui, ayant excité les Indiens Tomoconies, voulaient s’opposer à mon débarquement; il fallut encore prendre patience. J'obtins cependant qu'un petit canot serait expédié à Gouroupa, avec une lettre dans laquelle je priai le commandant de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour que je pusse continuer mon voyage.

Joaquim Manoël, revenu des mauvaises impressions qu'on lui avait données contre moi, m’accorda au bout de quelques jours des guides pour me conduire sur une rivière qui, peu éloignée des monts Sororoca, se jetait, disait-il, dans le Rio-Gouroupatouba. Je laissai chez lui tous mes bagages, et accompagné de M. Brachet et des trois nègres, je partis pour vérifier la vérité de son asserlion, Des lacs qu'il fallait côtoyer ou des marécages impraticables à franchir eurent bientôt lassé mes guides ; au bout du second jour, entièrement découragés, ils me déclarèrent que, dans cette saison, il élait impossible de gagner la pointe que je voulais atteindre. M.Brachetétait malade, etje neme fiais pas assez aux nègres pour continuer seul avec eux; force fut donc de revenir sur mes pas. M. Brachet arriva exténué de fatigue chez Joaquim Manoël, et le 22 avril j'eus le chagrin de le voir mourir.

Manoël, influencé par un homme de couleur, spéculateur de salsepareille, refusa de me donner des guides intelligents; je fus obligé d'engager quelques Indiens de bonne volonté, mais inexpérimentés, et avec les trois nègres et deux Indiens d'Oyapock qui voulurent venir avec moi, je descendis la rivière pour me rendre à Gouroupa.

Aucune des rivières connues par les dangers que peut présenter la navigation n'offre rien qui puisse même approcher de l’aspect à la fois horrible et majestueux des cataractes du Jarry. J'ai vu depuis des rivières célèbres par leurs chutes, et j'y ai même perdu des embarcations ; mais je n’y éprouvais pas ce saisissement involontaire auquel je fus presque continuellement en proie, jusqu'au jour où je faillis être victime de l’impéritie de mes guides. Déjà nous étions parvenus à franchir les principaux obstacles; les rapides les plus dangereux étaient passés, m'assuraientils; déjà, moins sur leurs gardes, ils me faisaient presque partager leur sécurité, lorsque, arrivant sur le bord d'un rapide, le pilote se laissa aller au courant, et le canot fut mis en pièces en un clin d'œil. Tout l'équipage périt, sauf un nègre, et je ne dus mon salut qu'à un canot de Tapouyes qui vint à mon secours. Ces Tapouyes retournaient à Garoupa ; ils me donnèrent passage d'assez mauvaise grâce.

La rivière se resserre, et coule pendant deux jours entre deux remparts de roches élevées et découpées en formes les plus bizarres. Naviguant toujours avec la plus grande rapidité, les Indiens me débarquèrent à Garoupa le 24 juillet. Les habitants m'accueillirent comme un pauvre naufragé, et me firent les offres les plus obligeantes. J'en partis le 27, et le 15 août j'arrivai à Belem (Para).

Je mis dix-huit jours pour me rendre de Garoupa à Para : je fus accueilli par M. Crouan, vice-consul de France dans cette ville; mais il n’avait pas su vivre en bonne intelligence avec les autorités brésiliennes, et comme c'était à elles que je devais m'adresser pour la réalisation de mes projets, je cessai bientôt mes relations avec lui. Je trouvai chez M. José-Joaquim- Machado d'Oliveira, gouverneur de la province, tout l'accueil et la protection que je pouvais désirer. Il m'ofrit tous les instruments dont il pouvait disposer pour remplacer ceux que j'avais perdus, et mit à ma disposition tous les documents qui se trouvaient dans les archives de la province, relatifs aux voyages que je voulais entreprendre; il m'apprit qu’à diverses époques les Portugais avaient tenté, sans jamais y réus-

sir, d'éxécuter le voyage que je venais de terminer .

d'une manière si malencontreuse.

Je quitlai Para le 1er septembre. M. Machado me remit un ordre pour les autorités des villes de l'intérieur, et une recommandation particulière adressée à tous les juges de paix, dont les fonctions répondent à celles des maires de France, mais avec des attributions plus étendues, Je remontai l'Amazone dans un canot que j'avais achelé à Para. A l'exception de quelques habitations où se fabrique l’eau -de -vie de cannes à sucré, les habitants des bords du fleuve ne s'occupent que de l'extraction du caoutchouc et de la culture du manioc. Dans un grand nombre de criques se trouvent de belles plantations de cacao et de café. Des forêts de palmistes couvrent les bords de la rivière; mais en certains endroils ces plages, ravagées par les ouragans, si fréquents sur les grands fleuves, ne présentent que la nudité et l'image de la destruction. 1

J'arrivai à Gouroupa le 20 septembre. Jusqu'à cette ville on ne rencontre sur la rive droite que deux pelites villes, Santa -Anna et Brebis. La ville de Gouroupa était naguère considérable, mais elle fut brûlée à la fin de l’année 1832. La manière de construire les maisons en bois el terre fait que, lorsqu'un iñcendie se manifeste , il ne reste rien de la ville, Aujourd'hui ce n'est phus qu'un poste composé de six soldats, commandé par un lieutenant. Je tombai malade le lendemain de mon arrivée, et ne pus reprendre ma route que le 4er décembre.

A environ quatre lieues de Gouroupa, et sur la même rive, est située la petite ville de Corrasède sur un plateau élevé. Les habitants, tous mulâtres ou tapouyes, s'occupent de la pêche. Ils font sécher le poisson et le réduisent en poudre; celte préparation, appelée piracouï, fait la base de Ja nourriture du peuple. On s’en sert en jetant sur quelques cuillerées un pot d'eau bouillante ; cela suffit pour nourrir plusieurs personnes. Des savanes, qui sont à peu de distance de Corrasède, nourrissent quelques vaches maigres, animaux de luxe, et qu'ou ne vend jamais. Presqu'en face se trouve Villavinha, joli bourg près duquel sont situées de grandes cultures de café et dé cacao. Sur la même rive, et environ à six lieues plus haut, on ar rive à Espalende, autre bourg considérable; on y élève dés bestiaux ; on y cultive le sucre et le café, et y fabrique des cordages et des tissus communs en coton. À douze lieues au-dessus de Gouroupa est l'embouchure du Cingou (Xingu), grande rivière qui n'a pas encore élé explorée; il s'y trouve quelques bourgs habités par des Tapouyes et des gens de couleur qui s'occupent de l'extraction de la salsepareille, et de la culture du manioc et du tabac. Cette rivière communique, dit-on, avec le Tapojoz. Presqu'en face de l'embouchure du Cingou est située Boa-Vista. Aucune de ces villes n'est indiquée sur les cartes, non plus qu'Almeyrine, un pen au-desseus de la rivière Parou. De celte dernière ville jusqu'à Montéalègre, l'horizon est borné sur la rive gauche du fleuve par des montagnes, dont la plus remarquable est celle de la Serra de Velha-Pobre, remarquable par sa hauteur et sa nudité. La base de cette montagne vient jusqu'au fleuve, où elle présente un rempart de roches à pic, contre lequel les barques viennent se briser dans les fréquents ouragans qui désolent ces régions. D'un des points les plus élevés de la Serra, on aperçoit Montéalègre, et plus loin les montagnes du Jarry.

J'arrivai le 17 décembre à Montéalègre. Cette ville est assez peuplée, et renferme des maisons élégantes; imais.elle est mal située pour le commerce, car ellé est séparée de Ja rive du fleuve par une demi-lieue de sables arides qu'il faut traverser avant de gravir une côte escarpée, sur le haut de laquelle la ville se trouve placée. Elle est entourée de lacs poissonneux et de vasles prairies couvertes de bétail, source de la richesse des habitants, À deux lieues, sur les derrières de la ville; commence un vaste amphithéâtre de mon:

tagnes, prolongement de Velha-Pobre, et qui bordent l'horizon du nord au sud. |

Le 27, je quittai Montéalègre, où j'avais recu l'accueil le plus amical des autorités et des habitants.

On va ordinairement en deux jours de Montéalègre à Santarem, situé sur l’autre rive du fleuve; mais le temps était si mauvais que je ne pus traverser que le 4er janvier. La ville est à l'émbouchure du Tapojoz et sur la rive droite de cette rivière. Santarem, qui prènd aussi le nom de Tapojoz, d’après la rivière à l'embouchure de laquelle elle est bâtie, est l'éntrepôt de commerce du Haut-Amazone et du Rio-Negro.

Dans cette ville, comme dans toutes celles de l'Amazone, on ne trouve ni médecins, ni chirurgiens, et les habitants, dont un grand nombre sont attaqués du. mal rouge (1), n’ont de ressource que dans le remède Leroy, qui a pénétré dans les endroits les plus éloignés de la province, et dont les flacons se vendent un prix exorbitant.

Je quittai Tapojoz le 14 janvier, muni de lettres de recommandation que me donnèrent le juge de paix et le receveur général pour leurs amis du Haut-Amazone, et pour divers habitants du lac-de Villafranca que je désirais visiter. Six lieues au-dessus de Santarem, mais sur la rive opposée de l'Amazone, est Ja pelile ville d'Alemquer, dans le Rio-Suraby. Cinq lieues plus haut, sur la rive droite, on entre par une vaste embouchure dans le lac Epaoussou ou lac Villafranca : c'est le lac Arapujo des cartes. Il a plus de vingt lieues de long, et communique avec l'Amazone

* par plusieurs bouches. On y fait une pêche considé-

rable, dont le produit était autrefois un revenu du trésor ; aujourd'hui elle est libre, et fournit de poisson salé ou séché tout le Bas-Amazone. Les lamentins et les lortues y abondent. Des bestiaux superbes couvrent les savanes qui bordent le lac, et ses rives, garnies de joncs et de riz sauvage, sont l'asile d'utie immense quantité d'oiseaux. À environ douze lieues de la grande bouche, appelée Encoui-Pirang (terre-rouge), prenant l’anse appeléé de Sainte-Anne, ofi arrive sur les rives du Rio-Preto, de l’autre côté duquel est située la jolie petite ville de Villafranca. Placée à proximité de trois grandes rivières et de lacs d'une ample étendue, cette ville est appelée par sa position à devenir un jour une cité considérable. Son voisinage de ces immenses cours d’eau l'expose quelquefois à des inondations. En 1770, il y eut quatre pieds d’eau dans les rues. Le café et le cacao sont cultivés en grande abondance dans tous les environs.

Le 15, j'arrivai à la nuit chez le capitaine Fonséca, auquel j'étais recommandé. Son habitation, qui est considérable, est située en facé dé la petite ville de Pauxis, autrefois Obydos. Je traversai le fleuve le 16. Les maisons de Pauxis sont fort joliés; mais l'ernplacement a été mal choisi. Le juge de paix me témoigna le plus vif désir de mé voir entreprendre le voyage de la rivière Trombétas.

Le 17, je quittai Obydos, et je fus coucher à l’embouchure d’une crique nommée garapé-de-balaïo , qui communique avec le lac d'Epaoussou. Un peu audessus est la ville du Jurouty sur le lac du même nom, et sur la rive droite du grand fleuve de l’Amazone,

Le 18, en remontant toujours, j'apercus la Serra dos Parälintis. À cet eudroit, et péndant un espace de % à 5 lieues au-dessus, le fleuve est rempli d'ilots el d’écuéils très dangereux.

Le 20, j'arrivai à Tupinambarana, autrefois 7’i//anova da Rainha. On ÿ arrive par déux passes, qui toutes deux rejoignent le Rio-Mawhès. Les ernbarcations qui remontent ou descendent le fleuve sont visitées ici. Une nouvelle ville s'établit sur une des Hg (Foro d'Andira) aux dépens de l’ancienne ville. |

Le 26, j'arrive à l'embouchure du Rio-Mawhès, dont les eaux noires contrastent avec la couleur jaunâtre de

(4) Espèce de lèpre, A, M.

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celles de l'Amazone. De l'embouchure, on aperçoit la ville de Luzcia, située à une portée de canon. | “Le 28, je commencai à remonter le Rio-Mawhès ; lesbords en sont élevés et le courant peu sensible. Les nombreuses “habitations de Mawhis civilisés qui se voient des deux côtés sont bien culi.\ées, plantées en café et en guarana, liane dont le suc épaissi est un grand objet de commerce dans tout le Brésil.

: Le 4er mars, je couchai à l'embouchure du Guaranatouba, affluent de la rive droite, habité par une tribu considérable de Mawhès, qui n'ont jamais voulu s'astreindre à la moindre apparence de civilisation, el méprisent ceux qui s’y soumeltent.

Un peu au-dessus de cette rivière, on trouve le premier village de Mundroucous: Cette nation est venue s'établir dans ces parages depuis peu d'années; ils diffèrent complétement des Mawhès par la forme et par les mœurs. Ces derniers sont tous vêtus, hommes et femmes; les autres, au contraire, sont complétement nus ; ils ge se couvrent que le membre viril avec une écorce de lawéré, qui le contient en forme d'étui. Ils se peignent en noir avec le suc de genipa; ils ont en généralla face très large, des pommettes proéminentes, et depuis les tempes la tête se retrécit et se termine par une pointe arrondie. Les yeux sont grands et brunâtres, le nez gros sans être épaté. Les hommes ont la barbe fournie et la poitrine velue ; mais les femmes sont entièrement glabres, soit naturellement, soit au moyen de quelque préparation épilatoire. "Je remontai le Mawhès jusqu'au 6, sans pouvoir acheter plus de douze paniers de farine. La disette du Bas-Amazone avait fait arriver beaucoup de spéculateurs qui avaient tout acheté. Le point où je m'arrêtai est la rivière Amana-Parana (rivière de la pluie) , affluent de la rive droite. En effet, pendant deux jours, j'y fus retenu par des pluies continuelles ; je me décidai à redescendre, et le 13 j'arrivai à Luzcia.

Je devais aller rejoindre M. Rège pour faire avec lui l'expédition de la rivière Trombétas ; il m'attendait au lac d'Epaoussou. J'arrivai le 23 à Obydos, la figure et le corps enflés, et avec une fièvre vio-

lente; j'y restai jusqu’au 29, et le 4 avril j'arrivai chez M. Rège. Il s’empressa de faire ses dispositions, et le 40 nous remontâmes le lac jusqu'à la passe de Mourouatouba, qui débouche vis-à-vis Rio des Trombétas, où nous entrâmes le 14, sans toucher à Obydos. Outre le capitaine Rège, j'étais accompagné par son cousin; Mincent> de Mironda. Douze Indiens et huit nègres composaient l'équipage de trois canots. Nous devions prendre des guides dans la rivière pour Vexplorer avec plus de fruit.

Le15, nous arrivâmes à Sapuena, affluent de la rive droite. Là nous primes pour guide un mulâtre qui m'avait été recommandé; mais sa jactance ne minspira pas beaucoup de confiance. Le 18, nous alteignons Aschipica, chez Manoël de Carmo, capilaine

dindiens civilisés. Il m'assura que souvent il voyait des débris de canots et des rames.

Le 20, nous couchons à l'embouchure du lac Carimou, chez M. Choveck. Il avait eu pendant un an chez lui ur Indien de la nation aroaqui ; il était descendu par l'Auripecou, affluent de la rive gauche, où sa halion était établie et avait des relalions avec des blancs. ;

Le 21, nous entrâmes dans l’Auripecou. Cette rivière n’est d'abord qu’une suite de lacs ; elle devient ensuite très étroite et se subdivise en une mullitude de branches. La pluie ne cessait pas ; nous avancions peu, et les guidesenfin nous déclarèrent que, habitués à remonter cette rivière dansl'été, ils ne reconnaissaient plus leur route. M. Rège venait de tomber malade ; il fallut redescendre. Je le laissai à Carimou, et, remontant, j'arrivai le 30 au pied du premier rapide, silué à environ 25 lieues de l'embouchure : M. Vincente de Mironda continua de m'accompagner, mais nos guides montraient le plus grand découragement.

Le 4, en franchissant une chute considérable, le

câble qui retenait le canot chargé de nos provisions se rompit, et toute la farine fut perdue par l'eau qui entra. Le soir, les Indiens désertèrent avec ce même canot, et je reslai avec Mironda et six nègres. Il devenait impossible de continuer ; je redescendis la rivière: M. Rège, plus malade, était retourné chez lui; mais malgré Ja proposition qu'il me faisait par écrit d'attendre son rétablissement pour recommencer une autre expédition, je relournai à Obydos, où j'arrivai le 42 pour prendre un pilote. J'étais déterminé à remonter le Rio-Bianco , pour de là me porter sur l'Essequebo, Je laissai M. Mironda à Obydos et partis le 14, La ri- : vière des Trombétas mérite cependant d'être explorée. Ses richesses minérales et végétales ne sont inférieures à aucune de celles de ces riches régions.

La première ville au-dessus d'Obydos et sur la même rive de l’Amazone, est Saro, à l'embouchure du Jamandas, un peu au-dessous, sous les bareiras de Carawacou; le fleuve est couvert d'îles jusqu’à Sylve, maintenant Saraca; les violents courants occasionnés par ces îles sont très dangereux, même pour les grandes embarcations.

J'arrivai le 48 à Saraca, située à environ 2lieues audessus de la rivière de Watuma, qui est habitée par les Indiens bariquis ou aroaquis. Un habitant de la ville a remonté celte rivière il y a quelques années par ordre du gouvernement; il a remonté pendant plus d'un mois. Il paraît que cette rivière prend sa source dans des hauteurs qui s'étendent de l’est à l'ouest ; ses bords sont peu habités. D'après ces renseignements, je crus inutile de tenter le voyage La ville de Saraca est située sur une hauteur ; on y fabrique du tabac et il s’y fait une pêche considérable ; mais on n’y trouve point les pétrifications dont on m'avait parlé à Para, De Saraca à Serpa , aujourd'hui Itakouativa, la rive gauche de l'Amazone est garnie d'habitations où on cullive principalement le tabac. La ville est située sur une à au-dessous d'un courant dangereux. Le nom indien de cette ville signifie pierre gravée. En effet, on me dit qu'il y avait au débarcadère plusieurs pierres qui représentent des hiéroglyphes ; comme elles se trouvaient recouvertes par les grandes eaux, je n'ai pu m'’assurer si c’élait une disposition de la pierre ou un travail de main d'homme: Au-dessus de Serpa est situé le village d'Amatary, habité par desIn< diens mouras, dont le gros de la naticn est établi sur le Rio-Madeira. D'Amatory jusqu'à l'embouchure .du Rio-Negro, les courants sont violents, el une suite de bancs rendent ce passage très dangereux.

Le 26, j'arrivai à l'embouchure du Rio-Negro. Ici l'Amazone prend le nom de Solimaoes. Les roches qui obstruent la rivière avaient fait donner le nom de Barra à la ville située à 3 lieues en remontant; ellé porte maintenant le nom de Manau, à cause des Indiens de ce nom qui habitaient autrefois ces parages. Le rio dos Manau est un peu au-dessous de la. ville, où j'arrivai le soir. Elle est bien située et bien bâtie: On y voit de belles maisons et deux églises richement ornées; elle est traversée par la crique Piripity ,.que l'on passe sur un pont en bois. C’est Je siége des autorités supérieures de la province de Rio-Negro. La population est industrieuse et active; mais les autorités, mal affermies, laissent lout dépérir entre leurs mains.

Après quelques explorations dans les environs de Manau, et notamment au bourg de Tharaumas, pour voir les anciennes sculptures des Indiens de ce nom, qui se sont retirés depuis longtemps sur l'Essequebo , je quittai cette ville le 15 juin pour remonter le Rio-

: Negro.

Les rives du Rio-Negro ont un aspect plus agréable que celles de l'Amazone; la verdure des arbres est plus variée, le paysage est plus frais. Un grand nombre d'habitants cultivent la salsepareille. Après 40 lieues de navigation, j'arrive au bourg d’Aërao, habité par de grands propriétaires de plantations de café et de caca?, et aussi par des gens de Sang mêlé descendant

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d'Indiens aroaquis, bariquis et manaus; cette dernière nation est presque éteinte. Ayrao ou Airam est situé sur la rive droite de la rivière; en face débouche le Des les ouragans ont détruit une partie du vilage.

A douze lieues plus loin, et sur la même rive , on trouve la petite ville de Moura. L’industrie des habitants, tous de sang mêlé, est la fabrication des câbles et des cordages avec les filaments des pétioles du palmier, py-allaba , très abondant dans le pays. On n’emploie que ces cordages dans toute la navigation de l'Amazone et de ses affluents.

Presque en face de Moura, est située la grande embouchure du Rio-Bianco, et 9 lieues plus haut, en face de Carroreiro, est une seconde embouchure de la même rivière nommée Amajaou; mais ce n'est pas une rivière particulière, comme l'indiquent les cartes. Celte embouchure n’est accessible que l'hiver, et aux embarcations moyennes seulement. C’est ce qu'on appelle dans le pays un gappo (marécage). On navigue au milieu de la forêt. Un Indien, debout à la proue du canot, coupe avec un sabre les lianes et les herbes qui s'opposent au passage; c'est une vasle inondation.

J'arrivai le 29 juin à Carroreïro par un vent violent. Les habitants ont la même origine et les mêmes occupations que ceux de Moura. Je m'étais déterminé à venir chercher cette embouchure du Rio-Bianco, à cause des accidents fréquents qui arrivent dans l’autre par la rapidité du courant et les violents coups de vent que l'on éprouve dans cette passe.

Le 30, nous entrâmes dans l'embouchure, naviguant dans la forêt inondée , au milieu de poissons de très grande taille, tels que lamentins, et une espèce de marsouin appelée dans le pays botès ou pyra-youvar. Beaucoup de lacs communiquent avec cette inondation : celui d'Ikérou-Enne est remarquable par le grand nombre de tortues qu'il contient.

Jusqu'au 5 juillet, nous naviguâmes dans un véritable labyrinthe, où il devint presque impossible de se servir de la boussole. Nous entrâmes enfin dans le lit de la rivière, et parvinmes le même jour à Santa-Maria, bourg habité par les Indiens aturays , à peu près civilisés.

Le 21, j'arrivai à Carno , village peu considérable, à 40 lieues de l'embouchure, naviguant presque continuellement à travers la forêt pour éviter les courants. Les habitants de ce village sont d’origine Aturays et de métis provenant de Portugais et d'indigènes. Les bords inondés du fleuve sont remplis de palmiers et de yucas. La direction depuis Santa-Maria est eslpord-est. Un peu au-dessus de Carno, on trouve le rapide de Ouri-Ounamada, et plus haut de grandes îles.

Caratérimave est le premier affluent de la rive gauche du Rio-Bianco , à 8 lieues de Carno. Cette rivière est habitée par les Paunianes , nation qui n'a aucune communication avec les blancs, et qui trafique par l'in-

termédiaire des Wapitchaves, autre nation établie aux

sources de la même rivière.

Ce n'est qu’à 50 lieues de l'embouchure de la rivière, et après avoir reçu le Jarani et l’Alacouri sur la rive droite, que l’on commence à apercevoir des montagnes à l'horizon ; on distingue entre autres le pic de Tapir Apecou (langue de bœuf).

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FIN

-Nous arrivâmes le 17 à un village de nos guides dans l'Urariquaire , à environ 40 lieues du fort Saint-Joaquim. Toute la tribu émigrait. Pendant les préparatifs du départ, qui devaient durer quelques jours, Lourenço m'engagea à l'accompagner, pour aller pêcher à quelques lieues de là en enivrant le poisson. Il voulait aller aux sources du Parimi. Nous remontâmes environ 20 lieues, et, laissant nos canots, nous primes notre direction à travers les savanes, sur une cordillière située dans l’est. Après cinq heures de marche, nous arrivâmes au Parimi. Il était très étroit, et son cours tellement rapide, que les canots ne peuvent le remonter. Bientôt nous arrivâmes à une mare située au pied de la montagne, qui conservait des lagunes assez profondes. Là «nous trouvâmes du poisson en telle abondance, qu’en deux jours nous en eûmes plus que les hommes ne pouvaient en emporter. Il est probable que , dans la saison des pluies, le marais dans lequel le Parimi prend sa source peut présenter une surface d'environ une lieue de long sur moitié de largeur. C’est là le fameux lac Parime, sur les bords duquel des palais, construits de l'or que l'on retirait du lac, avaient fait donner au pays le nom d'Æ/-Dorado. Ces contes des romanciers espagnols passent encore pour des vérités au Brésil; et il n'y a pas vingt ans qu'un commandant du fort Saint-Joaquim , soupconné d’avoir recueilli dans ce lac une immense quantité d’or, fut exécuté par ordre du gouverneur général de la province.

Au moyen d'un portage de quelques jours à travers le Serra, on communique du lac Parime aux sources du Caroni, qui débouche dans le Bas-Orénoque.

Le 24, nous étions de retour au village des Indiens. Le 26, nous nous remeltons en route, et remontons la rivière Urariquaire encore deux jours. Une partie des Indiens nous avait précédés, devant faire par terre le trajet jusqu'à l'Orénoque; les autres se portèrent aux sources du Mahon. L'horizon est borné de toutes parts par des montagnes; les plus élevées paraissent se diriger de l'est au sud-est. Nous laissons nos embarcations sur la rive droite du fleuve, et nous nous dirigeons au sud-ouest, d'abord les deux premières journées à travers les savanes, continuellement coupées de collines assez élevées, et ensuite à travers la forêt. Bientôt, d'après les nombreux détours que faisaient nos guides, il devint impossible de relever la route à la boussole.

Après cinq jours d'une marche pénible, gravissant des montagnes pour retomber dans des pinotières inondées l'hiver, Lourenço me prévint que nous allions arriver sur le Garapé Tuaia , où nous construirions nos canots avec l'écorce des warigwas, qui y abondent.

En effet, nous construisons nos canots, et après un jour de navigation sur le Zuaïa, nous entrons dans l'Orénoque le 2 septembre. À cette hauteur, le fleuve, resserré entre des bords escarpés, roule avec fracas sur des barrages élevés ; les eaux décroissaient à vue d'œil. De là nous revinmes à la Guyane.

ALBERT-MONTÉMONT.

Paris, — Imp. Lacour et Comp., rue Soufflot, 16.

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