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Is furent entourés de radeaux chargés de raffraichissements.
fuite, qui n’était en effet qu’une ruse pour faire avancer les Espagnols, et pour trouver le moyen de les envelopper. On ne fut pas longtemps à le reconnaitre. A peine eut-on quitté la hauteur qu'on laissait à dos, par laquelle on avait espéré demeurer couvert, qu’une partie de l'armée ennemie s'ouvrit en deux ailes, et, s'étendant des deux côtés, enferma Cortez et tous ses gens dans un grand cercle. L'autre partie, s'étant avancée avec la même diligence, doubla les rangs de cette enceinte, qui commença aussitôt à se resserrer. Le péril parut si pressant que Corlez, songeant à se défendre avant que d'attaquer, prit le parti de donner quatre faces à sa troupe. L'air, déjà troublé par d'effroyables cris, fut alors obscureci par une nuée de flèches, de dards et de pierres. Mais les Américains, remarquant que ces armes faisaient peu d'effet, se disposèrent à faire usage de leurs épées et de leurs massues. Cortez attendait ce moment pour faire jouer l'artillerie, qui en fit un grand carnage. Les arquebuses ne Causèrent pas moins de désordre dans leurs rangs. Comme leur point d'honneur élait de dérober la connaissance du nombre de leurs morts et de leurs blessés, ce soin, qui ne cessait pas de les occuper, contribua beaucoup à les jeter dans la confusion.
Cortez n'avait pensé jusqu’alors qu'à courir, avec ses cavaliers , aux endroits où le péril était pressant pour rompre à coups de lances et dissiper ceux qui s’appro-
chaient le plus. Mais reconnaissant leur trouble, il résolut de saisir ce moment pour les charger, dans l'espérance de s'ouvrir un passage et de prendre quelque poste où toutes les troupes pussent combattre de front. Il communiqua son dessein à ses officiers. Les cavaliers furent placés sur les ailes ; et, tout d'un coup, invoquant saint Pierre à haute voix, le bataillon espagnol s'avança contre les Tlascalans. Ils soutinrent assez vigoureusement le premier effort : mais la furie des chevaux, qu'ils prenaient toujours pour des êtres surnaturels, leur causa tant de frayeur, qu'ils s’ouvrirent enfin avec toutes les marques d'une affreuse consternation.
Dans le temps qu'ils se heurtaient entre eux, et que se renversant les uns sur les autres ils se faisaient plus de mal qu'ils n'en voulaient éviter, il arriva un incident qui ranima leur courage, et qui faillit d’entraîner la ruine des Espagnols. Un cavalier, nommé Pierre de Moron, qui montait un cheval très léger, mais peu docile , s'engagea si loin dans la mêlée, que plusieurs officiers tlascalans qui s'étaient ralliés, et qui le virent séparé de ses compagnons, l'attaquèrent de concert: Les uns saisirent sa lance et les rênes de la bride , tandis que les autres percèrent le cheval de tant de coups, qu'il tomba mort au milieu d'eux. Aussitôt ils lui coupèrent la tête, et l’élevant au bout d'une lance, ils exhortèrent les plus timides à redouter moins
des monstres qui ne résistaient pas à la pointe de leurs armes. Moron reçut plusieurs blessures , et demeura quelques moments prisonnier; mais il fut secouru par d’autres cavaliers qui l’enlevèrent à ses vainqueurs. Cependant une partie des Tlascalans, encouragée par la mort du monstre, reprit ses rangs et parut se disposer au combat. Mais lorsque les Espagnols se croyaient menacés d’une nouvelle attaque, ils furent surpris de voir succéder tout d’un coup un profond silence aux cris des ennemis, et de ne plus entendre que le bruit de leurs timbales et de leurs cors. C'était la retraite qu’ils sonnaient à leur manière. Un mouvément qu'ils firent aussitôt vers Tlascala ne permit pas de douter qu'ils ne fussent prêts d'abandonner le champ de bataille. En effet, ils s’éloignèrent insen- .siblement, jusqu'à ce qu’une colline les dérobât toutà-fait aux yeux des Espagnols. L'armée avait perdu ses principaux chefs , et Xicotencal, voyant la plupart de ses bataillons sans commandants, avait craint de ne pouvoir suffire seul pour faire agir Ce grand corps. Cette victoire ouvrit à Cortez les portes de Tlascala, et lui valut bientôt l'alliance de cette république si belliqueuse , qui allait le seconder dans sa marche sur Mexico. Il passa vingt jours à Tlascala, qui furent autant de fêtes, pendant lesquelles les Espagnols ne recurent que de nouveaux témoignages de la fidélité des habitants. Enfin Cortez ayant marqué le jour de son départ, on lui fit naître quelques difficultés sur le chemin qu'il devait tenir. Son inclination le portait à prendre celui de Cholula, grande ville fort peuplée qui n’était qu'à cinq lieues de Tlascala, et capitale d'une autre république, avec laquelle Montézuma vivait en si bonne intelligence qu'il y avait ordinairement ses vieilles troupes en quartier. Mais cette raison qui avait fait naître le penchant du général espagnol était celle, au contraire ,-que les Tlascalans faisaient valoir pour lui conseiller de prendre une autre route: Is lui représentaient les Cholulans comme une nalion perfide et rusée, servilement soumise à l'empereur, qui n'avait pas de sujets plus dévoués à ses ordres. lis ajoutaient que toutes les provinces voisines de cette ville la regardaient comme une terre sacrée, parce qu'elle renfermait dans l'enceinte de ses murs plus de quatre cents temples, et des divinités si bizarres qu’il était dangereux de s'approcher sans leur approbation des lieux qu’elles protégeaient. Pendant cette irrésolution, des ambassadeurs arrivèrent avec des présents, de la part de Montézuma. Leurs instructions ne portaient plus de détourner Cortez du voyage du Mexique ; mais paraissant supposer qu'il y était déterminé, ils lui témoignèrent que l'empereur ayant jugé qu'il prendrait le chemin de Cholula, lui avait fait préparer un logement dans cette ville. Les sénateurs tlascalans ne doutèrent plus-alors qu'on n'y eût dressé quelques embüches. Cortez, surpris lui-même d’un changement si peu prévu, ne put se défendre de quelques soupçons; cependant, comme il croyait important de les déguiser aux Mexicains , il conclut avec son conseil qu'il ne pouvait refuser le logement qu'ils lui offraicnt sans marquer une défiance à laquelle ils n’avaient encore donné aucun fondement; et qu’en la supposant juste, loin de s'engager dans de plus grandes entreprises, en laissant derrière lui des traitres qui pouvaient l'incommoder beaucoup, il devait, au contraire, aller droit à Cholula pour y découvrir leurs desseins et pour donner une nouvelle réputation à ses armes par le châtiment de leur perfidie. Les Tlascalans qu'il fit entrer dans ses vues lui offrirent le secours de leurs troupes , et plusieurs écrivains les font monter à cent mille hommes; mais il leur déclara qu'il n'avait pas besoin d'une escorle si nombreuse ; et pour marquer néanmoins la confiance qu’il avait à leur amitié, il accepta un corps de six mille hommes.
La marche des Espagnols continua jusqu'à la ville
de Cholula. Cortez Hit faire halte à son armée, et reçut bientôt les ambassadeurs cholulans, pour ensuile en- {rer dans la ville même, Les Espagnols la comparèrent
à Valladolid : elle était située dans une plaine ouverte ; on y comptait environ ving® mille habilants, sans y comprendre ceux des faubourgs, qui%taient en plus grand nombre. Elle était fréquentée sans cesse par quantité d'étrangers qui s'y rendaient de toutes parts, comme au sanctuaire de leur religion. Les rues étaient bien percées, les maisons plus grandes, et d’une architecture plus régulière que celles de Tlascala. On distinguait les temples par la multitude de leurs tours. Les Espagnols furent'logés dans les plus belles maisons de la ville et les troupes tlascalanes campèrent à l'entrée. Peu de jours après un nouveau corps de vingt mille hommes de la république de Tlascala vint encore se joindre à la troupe de Cortez. «
Cette armée poursuivit sa marche xers Mexico. Elle arriva au bout de quelques jours à Tezeuco, ville qui le disputait en grandeur à la capitale même. Ses maisons s'étendaient sur les bords du grand lac, dans une belle situation, à l'entrée de la chaussée principale qui conduisait à Mexico. Celte chaussée avait environ vingt pieds de largeur , et l'on avait des deux côtés la vue d’une grande partie du lac, sur lequel on remarquait d’autres chaussées qui se croisaient en divers sens. Cortez fit partir toutes ses troupes en ordre de bataille en suivant la chaussée qui ne pouvait contenir que huit cavaliers de front.
L'armée était alors composée de quatre cent cinquante Espagnols, sans y comprendre les officiers, et de six mille Américains, Zampoalans et Tlascalans. Elle se présenta devant Istacpalapa, ville qui se faisait distinguer entre toutes les autres par la beauté de ses tours et de ses édifices, dont une partie était bâtie dans l’eau et l’autre sur les bords de la chaussée. On y comptait six mille maison : le cacique offrit à Cortez un présent qui se montait-à deux mille marcs d’or. Il ne restait plus que deux lieues de chaussée jusqu'à la capitale, et l'on y arriva le lendemain.
Corlez vit bientôt s’avancer vers lui l'empereur Montézuiia avec un magnifique cortége, et il descendit de cheval pour le recevoir. Le prince fit loger Corlez dans un palais et se retira dans le sien. Cette entrée des Espagnols dans la capitale du Mexique eut lieu le 8 novembre 1519. Elle fut suivie de grandes fètes. Les Espagnols parurent admirer en délail la magnificence du palais de Montézuma. On y entrait par trente portes qui répondaient à un même nombre de rues, et la principale face, qui donnait sur une place fort spaeieuse dont elle occupait tout un côté, était bâtie de jaspe noir, rouge et blanc. Les appartements de l'empereur n'excitèrent pas moins l'admiration.
Après de longues négociations l'empereur Montézuma finit par aller habiter le quartier des Espagnols, et par offrir un hommage et un tribut à Cortez, qui n'était cependant arrivé qu'avec cinq cents hommes dans une capitale peuplée de plus de cent mille âmes, et lorsque Montézuma lui-même avait plus de cinquante mille hommes armés.
Nous passerons sous silence une foule d'incidents du séjour de Cortez à Mexico et les tribulations qu'il éprouva de la part de ses compatriotes : nous renvoyons aux histoires spéciales ceux de nos lecteurs qui voudront connaître tous les détails de celte prodigieuse expédition. Il nous suffit de dire que Cortez triompha de tous les obstacles, et qu'avant de se décider à retourner momentanément vers la côte à Vera- Cruz, il laissa quatre-vingts Espagnols en garnison dans le quartier fortifié qu'il occupait à Mexico, où il devait prochainement revenir.
Une armée espagnole nouvellement débarquée sous le commandement de Narvaëz, ennemi de Cortez, se. disposait à combattre ce dernier, qui osa marcher à sa rencontre avec seulement deux cent soixante- six Espagnols. Cette poignée de braves suffit à Corlez pour surprendre pendant la nuit les troupes de Narvaëz, les mettre en déroute, et en ranger presque la totalité sous sa bannière. À peine victorieux il est informé que les Mexiçains arment contre lui, et il se
hâle de revenir à Mexico; mais celte fois il n’y revint que pour leur livrer des combats acharnés. Montézuma se vit même obligé de lui signifier de quitter la ville. Cortez jugea qu'il ne pouvait longtemps s'y maintenir, et il pria l'empereur de négocier avec ses sujets révoltés le départ des Espagnols.
Le monarque, adhérant à cette proposition, se montra au peuple et le harangua. Tout le monde l’écouta avec respect, mais personne ne voulut déposer les ar-
.mes. Enfin la sédition reprit toute sa force; on traita Montézuma de lâche et de traître ; les cris furent accompagnés d'une nuée de flèches, et une grosse pierre l'atteignit à la tête. Il tomba sans connaissance, et expira au bout de deux jours, en laissant, dit-on, aux Espagnols le soin de sa vengeance. Cortez fit porter le corps de Montézuma dans la ville, pour que les nobles qui n'avaient point pris part aux fureurs populaires le fissent ensevelir avec tous les honneurs convenables à son haut rang. De pompeuses funérailles eurent lieu en effet, et Cortez profita d’une trève pour combiner sa relraite, qui fut extrêmement difficile et non moins meurtrière. L'armée se mit en marche vers Tlascala.
Avant son retour en cette ville, elle eut à soutenir une grande bataille contre plus de cent mille Mexicains qui essayèrent de lui couper la retraite. Un trait de génie au fort de la mêlée sauva Cortez et sa petite troupe. Il se souvint d’avoir entendu dire que tout le sort des batailles consistait parmi ces barbares dans l'étendard impérial, dont la perte ou le gain décidait la victoire entre deux partis. 11 poussa donc au grand galop vers le général mexicain, auquel il porta un coup de lance qui le fit tomber de sa litière, pendant que d’autres braves dispersaient la noblesse, et qu'un simple cavalier enlevait l’étendard et le présentait respeclueusement à Cortez. La vue de ce trophée, et surtout d'une blessure que Corlez avait reçue à la tête, anima ses soldats; ils firentmain basse sur un si grand nombre de Mexicains, qu'on ne le fait pasmonter à moins de vingt mille. Cette victoire passe pour une des plus célèbres que jamais Européens aient remportées dans l'Amérique, et elle fut entièrement l’œuvre du général.
Cortez ayant rassemblé ses troupes, et profitant de la consternation répandue parmi les ennemis, se dirigea vers Tlascala, où il fit son entrée avec une grande pat. Là, il se rétablit de sa blessure, et prit la réso-
ution de retourner à Mexico, avec six cents hommes d'infanterie et quarante cavaliers espagnols, auxquels se joignirent les troupes de la république tlascalane, appuyées de neuf pièces de canon que Cortez avait tirées de ses vaisseaux.
Les Mexicains, informés de ce projet, se préparèrent à soutenir la lutte. Ils s'étaient donné un nouvel em-
-pereur, qui envoya une armée hors des murs de Mexico. Cette armée fut battue par celle de Cortez, qui se retrouva en peu de jours devant la capitale, dont il fallut entreprendre le siége.
A cet effet, Cortez fit construire des brigantines pour traverser le lac. Ces petits bâtiments lutièrent contre des milliers de canots mexicains, et Cortez finit par se rendre maître d’une des principales entrées de Mexico. Cependant il éprouva sur un autre point un échec sérieux pour un deseslieutenants, et cet échec eût amené sa perte, sans les recrues que lui fournirent les peuples qui s'étaient déclarés en sa faveur. Il finit par se retrouver à la tête de près de deux cent mille hommes.
C’est alors que le général espagnol reprit l'offensive. 11 s'avanca jusqu'à l'entrée des rues et jeta la consternalion dans les rangs mexicains. Dans l'espace de quatre jours, les trois divisions de l’armée arrivèrent presque en même temps à la grande place de Mexico. L'empereur Guatimozin, qui voulut s'échapper secrètement dans une barque, fut pris par un des officiers de Cortez, et amené avec ses Faite et ses grands au général. Cortez fit conduire ce prince au quartier des Espagnols; où jl trouva tous les égards dus à son rang,
Comme sur d'autres points la lutte continuait, et que l'infection des cadavres répandait dans la ville une odeur malfaisante, Cortez prit le parti de se retirer dans une ville voisine avec ses prisonniers, après avoir toutefois obtenu de Guatimozin la soumission de ses sujets.
Assuré maintenant de la victoire, le général espagnol ne songea plus qu'à la consolider et à en transmettre les détails à Madrid. Cortez y reparut pour confondre ses ennemis et recevoir des lettre$-patentes qui lui conféraient le titre de grand capitaine et de vice-roi de la Nouvelle-Espagne. Mais avant de reparür, il avait voulu emporter les trésors de Guatimozin. Comme on les cherchait vainement, il eut la faiblesse de consentir que l’infortuné prince fût mis à la torture pour le forcer à découvrir le lieu où il les avait cachés. Guatimozin fut étendu sur des charbons ardents, et un des principaux seigneurs de la cour fut livré près de lui au même supplice. C’est dans ce moment que le monarque mexicain, qui souffrait les tourments avec une constance inaltérable, adressa ce reproche sublime à son sujet dont il entendait les plaintes : « Et moi, suis-je sur un lit de roses ? » Cortez fit cesser cette odieuse exécution, et il fallut en croire Gualimozin , assurant qu'il avait jeté tous ses trésors dans Le lac. On les chercha longtemps, mais en vain, au fond des eaux, et le dépit que les Espagnols conçurent de voir leur avarice trompée contribua sans doute à l'arrêt de mort qu'ils portèrent deux ans après contre Guatimozin. On l’accusa d’une conspiration, et il expira sur un gibet.
La fortune n’épargna guère plus Cortez que les autres conquérants de l'Amérique. Après avoir confondu ses ennemis, il recut l’ordre d'aller faire de nouvelles découvertes, et celle de la Californie lui coûta une partie de son bien ; mais il n’en fut pas mieux traité à son retour. À peine put-il obtenir une audience de l'empereur.
Un jour, perçant la foule, il s'approcha du carrosse de Charles-Quint et monta sur l'étrier de la portière. L'empereur demanda qui il élait. « C’est celui, dit Cortez, qui vous a donné plus de royaumes que vos pères ne vous ont laissé de villes. »
Ce fameux conquérant du Mexique mourut dans une complète disgrâce, et dans la gêne et le chagrin.
ALBERT- MONTÉMONT.