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thntihené ne
- L'île de Cuba, objet principal du travail de M. de Humboldt, a une grande imyortance par son étendue, sa fertilité, sa marine, sa population et sa posilion géographique. On sait que la partie septentrionale de la mer des Antilles, connue sous le nom de golfe du Mexique, forme un bassin circulaire de plus de deux cent cinquante lieues de diamètre, une méditerranée à deux issues, dont les côtes, dépuis la pointe de la Floride jusqu'au cap Catosche du Yucatan, apparliennent aujourd buiexelusivement aux confédérations des Etats mexicains et des Etats-Unis. L'île de Cuba, ou plutôt son littoral, entre le cap Saint-Antoine el la ville de Matanzas, placée au débouquement du vieux canal, forme le golfe du Mexique au sud-est, en ne laissant an courant océanique désigné sous le nom de golfe Stream d'autres ouvertures que vers le sud, et un détroit entre le cap Saint-Antoine et le cap Catosche ; vers le nord, le canal de Bahama, entre Bahaïahondo et les bas-fonds de la F'oride. C’est près de l'issue septentrionale, là où se croisent pour ainsi dire plusieurs grandes routes commercia es, qu'est situé le beau port de la Havane, fortifié à la fois par la nature el par de nombreux ouvrages de l’art. Des flottes nombreuses construites dans ce port y entretiennent la vie, et peuvent combaltre à l'entrée de la Méditerranée mexicaine, en menaçant les côtes opposées, comme les flottes qui sortent de Cadix peuvent dominer l'Océan à l'entrée du détroit de Gibraltar. La direction opposée des courants et l'agitation de l’atmesphère, très violente à l'entrée de l'hiver. donnent à ces parages, sur la limite extrème de la zône équi-
- noxiale, un caractère particulier.
L'ile de Cuba, presque aussi étendue que l’Angleterre sans le pays de Galles, est la plus grande des Antilles , et présente par sa forme étroite et allongée un tel développement de côtes, qu’elle est voisine à la fois d'Haïti et de la Jamaïque, de la Floride, dépendance des Etats-Unis et de l'Yucatan, la province la plus orientale de la république mexicaine. Cette situation donne une haute importance à l'île de Cuba, d'autant 'plus qu'elle est enlourée de bas-fonds et de récifs, sur plus des deux tiers de sa longueur, ce qui lui donne une fortification naturelle. Une chaîne de montagnes traverse l'île de l'est à l’ouest, mais les terres voisines de l'Océan sont généralement basses, et inondées pendant la saison pluvieuse. Cuba passe pour avoir le meilleur sol et le meilleur climat des Antilles. Elle nourrit une quantité considérable de besliaux ; elle produit beaucoup de manioc, de maïs, de pastel, de coton, de cacao, de café, de sucre et surtout de tabac. Elle a de beaux arbres, notamment le palmier royal, et fournit aux chantiers d'Espagne de magnifiques bois de construction. Nous avons vu dans les précédents voyages que Christophe Colomb débarqua dans cette île, et que les navigateurs espagnols qui te suivirent y fixèrent depuis leur point maritime de ra liement.
La situation de Cuba la m°t à l'abri des ouragans qui désolent le reste de l'archipel des Antilles ; les tremblements de terre y sont rares, mais les chaleurs y sont extrêmes. Sa population présente un assemblage bizarre de presque toutes les nations du vieux monde, Une grande partie de cette population se compose de blancs européens ou américains et de créoles, Le reste est formé de créoles de couleur et de nègres d'Afrique. Un des traits caractéristiques de toute celte population est le /ur niente auquel on se livre en fuimant le cigarre. Le luxe est excessif, et la ga'anterie fort à la mode. La religion ne semble êlre ici qu'un moyen de plus pour nouer des intrigues amoureuses.
La capitale de Cuba est la Havane, située dans la partie occidentale de l'île, à l'embouchure du Lagida ; elle renferme soixante-dix mille âmes. Son port, le meilleur de l'Amérique, peut contenir mille vaisseaux : il est protégé par un fort, sous le canon duquel ils doivent passer. Les rues de la Havane sont remplies de boues dans les temps de piuie, et de poussière dans !es
temps secs. Il n’y à pas un arbre sous lequel on puisse se mettre à l’abri du soleil. Les gens riches vont rarement à pied; ils se promènent dans des voitures volantes. Voici en que.s termes M, de Humboidt pare de la Havane:
« L'aspect de la Havane, à l'entrée du port, est un des plus riants et des plus pittoresques dont on puisse jouir sur le littoral de l'Amérique équinoxia'e, au nord de l'équateur. Ce site, cé ébré par les voyageurs de toutes les nations, n’a pas le luxe de végétation qui orne les bords de la rivière de Guayaquil, ni a sauvage majesté des côtes rocheuses de Rio-Janeiro, deux ports de l'hémisphère austral: mais la grâce, qui dans nos climats embeilit les scènes de la nature cultivée, se mêe ici à la majesté des formes végétales. à la vigueur organique qui caractérise la zône torride. Dans un mélange d'impressions si douces, l'Européen oublie le danger qui le menace au sein des cilés populeuses des Antilles; il cherche à saisir les é éments divers d'un vasle paysage, à contemp'er ces châteaux-forts qui couronnent les rochers à l’est du port; ce bassin intérieur, entouré de vilages et de fermes, ces palmiers qui s'élèvent à une hauteur prodigieuse, cette ville à demi cachée par une forêt de mâts et la voilure des vaisseaux. »
La ville de la Havane est entourée de murailles , et forme un promontoire limilé au sud par l'arsenal. Les grands édifices sont : la cathédrale, l'hôtel du gouvernement, l'hôtel du commardant de la narine, l’arsenal, l'hôtel des Postes, la Factorerie de tabac. Comme les pierres des bâtisses viennent de la Vera-Cruz, leur transport est extrêmement coûteux.
À l’époque où M. de Humboldt visita la Havane, on marchait dans la.boue jusqu'aux genoux ; la multitude de caleches ou vo antes, qui sont l’alte age caractéristique de ia Havane, les charrettes chargees de caisses de sucre, les porteurs qui coudoient les passants, rendaient fâcheuse la position d'un piéton. L'odeur du tajaso ou de la viande mal séchée empestait souvent les maisons ou les rues tortueuses. Maintenant la salubrié et la circulation sont mieux ordonnées. Les maisons sont plus aérées, et la calle de los mercadores offre un bel aspect. Il y a deux belles promenades ou alamadas, dont une est d’une fraîcheur délicieuse. Le jardin botanique mérite aussi de fixer l'attention. Une Statue en marbre de Charles IT à été récemment placée dans la promenade extra muros. Ce lieu avait d'abord été destiné à un monument de Christophe Colomb, dont on a porté les cendres à l'île de Cuba, après la cession de la partie espagnole de Saint-Domingue, où elles étaient depuis plus de trois siècles. Les cendres de Cortez ont été de même apportées de Mexico à Cuba, vers la même époque du transfert de celles de Colomb, et c’est ainsi qu'au commencement du xix° siècle on à donné de nouveau la sépulture aux deux plus grands hommes qui ont illustré la conquête de l'Amérique. Le palmier royal imprime aux paysages des environs de la Havane un caractère particulier; son tronc, élancé mais un peu renflé vers le milieu, s'élève de soixante où quatre-vingts pieds de hauteur; ses feuilles panachées montent droit vers le ciel et ne sont recourbées que vers la pointe. Le port de ce majestueux végétal rappelle le palmier qui couvre les rochers dans les cataractes de l'Orénoque et balance ses longues feuilles au milieu d'un brouillard d'écume. }
À la Havane règne fréquemment la fièvre jaune ; mais alors on se retire dans les maisons de campagne et sur les collines, où l’on jouit d'un air plus pur,
La garnison de la Havane s'élève assez généralement à six mille hommes, et le nombre des étrangers à vingt mille; de sorte que la population totale de cette ville et de ses faubourgs dépasse cent trente mile âmes, Les blancs forment les deux cinquièmes.de cette popu'ation, et le nombre des femmes y excède celui des hommes.
L'influence du climat est grande sur les étrangers
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qui abordent dans le port; ils sont même quelquefois atteints du vomito dès qu'ils y arrivent.
Le climat de la Havane est celui qui correspond à la limite extérieure de la zône torride: c'est un climat tropical, dans lequel unc distribution plus inégale de chaleur entre les différentes parties de l’année annonce déjà le passage au climat de la zône tempérée. Calcutta (latitude 220 24’ nord), Canton (latitude 230 8’ nord), Macao (latitude 220 12° nord), la Havane (latitude 230 9° nord), et Rio-Janeiro (latitude 220 54’ sud), sont des endroits auxquels leur position, au niveau de l'Océan et près des tropiques du Cancer et du Capricorne, par conséquent à égale distance de l'équateur, donne une grande importance pour l'étude de la météorologie. Par la comparaison avec d’autres points également éloignés de l'équateur, par exemple, avec Rio-Janeiro et Macao, on voit que les grands abaissements de température observés à l’île de Cuba sont dus à l'irruption et au déversement des couches d'air froid qui se portent des zônes tempérées vers les tropiques du Cancer et du Capricorne. La température moyenne de la Havane est de 250 7 {200 6’ Réaumur}, seulement de 20° du thermomètre centigrade supérieure à celles des régions de l'Amérique les plus rapprochées de l'équateur. La proximité de la mer élève sur les côtes la tempéralure moyenne de l’année ; mais dans l'intérieur de l’île, là où les vents du nord pénètrent avec la même force, et où le sol s'élève à la petite hauteur de quarante toises , la température moyenne n’atleint que 230 centigr. (180 4 Réaumur), et ne surpasse pas celle du Caire et de toute la Basse-Egypte.
Les mois les plus chauds à Cuba sont juillet et août, qui atteignent de 28 à 29° de température moyenne comme sous l'équateur. Les mois les.plus froids sont décembre et janvier, dont la température moyenne dans l'intérieur de l'ile est de 17°; à la Havane, de 21, c'est-à-dire 5 à 8° au-dessous des mêmes mois, sous l'équateur, mais encore trois degrés au-dessus du mois le plus chaud à Paris.
Quant aux températures extrêmes qu'atteint le thermomètre centigrade, à l'ombre, on observe, dit M. de Humboldt, vers la limite de la zône torride, ce qui caractérise les régions les plus rapprochées de l'équateur (entre 0 et 100 de latitude nord et sud); le thermomètre qui a été vu àParis à 3804 (30°7Réaumur), ne monte à Cumana qu'à 33 degrés, et à la Vera- Cruz qu'à 320 (25° 6” Réaumur). Le grand rapprochement des deux époques où le soleil passe par le zénith des lieux situés vers l'extrémité de la zône torride rend souvent très intenses, dit M. de Humboldt, les chaleurs du littoral de Cuba et de lous les endroits compris entre les parallèles de 209 et 230 et demi, moins pour des mois entiers , ajoute-t-il, que pour un groupe de quelques jours. Année commune, le thermomètre ne monte pas, en août, au-delà de 28 à 300.
L'abaissement de la température hivernale à 10 ou 12° est déjà assez rare; mais lorsque le vent du nord souffle pendant plusieurs semaines, et qu'il amène l'air froid du Canada, on voit quelquefois dans l'intérieur de l'île, dans la plaine et à très peu de distance de la Havane, se former de la glace pendant la nuit. Le rayonnement du calorique produit cet effet, lorsque le thermomètre se soutient encore à 5° et même à Jo au-dessus du point de la congélation ; mais il parait qu'on a vu le thermomètre à zéro même. Cette formation d'une glace épaisse , presque au niveau de la mer, dans un lieu qui appartient à la zône torride, frappe d'autant plus qu'à Caracas (latitude 400 34’), et à quatre cent soixante-dix-sept toises de hauteur, l'atmosphère ne se refroidit pas au-dessous de 11°, ef que plus près de l'équateur, il faut monter à mille quatre cents toises de hauteur pour voir se former de Ja glace. Il y a plus encore : entre la Havane et Saint-Domingue, entre le Batabano et la Jamaïque , il n'y a qu'une différence de 4 ou 50 de latitude ; et à Sainl- Domingue, à la Jamaïque, à la Martinique et à la
Guadeloupe, les minima de température dans les plaines sont de 180 5’ à 20° 5.
Le climat de la Havane, malgré la fréquence des vents du nord et du nord-est, est plus chaud que celui de Macao et de Rio-Janeiro. Le premier de ces deux endroits participe au froid, que la fréquence des vents fait sentir en hiver sur toutes les côtes orientales d’un grand continent. La proximité des terres d'une extréme largeur , couvertes de montagnes et de plateaux, rend, comme le dit M. de Humboldt, la distribution : de la chaleur entre les différents mois de l'année plus inégale à Macao et à Canton que dans une île côtoyée vers l'ouest et vers le nord des eaux chaudes du Gulf- Stream. Aussi à Canton et à Macao les hivers sont beaucoup plus froids qu'à la Havane. Cependant, la latitude de Macao est de 4° plus austral que celle de la Havane, et cette dernière ville et Canton sont, à une minute près, sur le même parallèle. A Canton le thermomètre alteint quelquefois le point zéro: et par l'effet du rayonnement, on y trouve de la glace sur les terrasses des maisons. Quoique ce grand froid ne dure jamais plus d’un seul jour, les négociants anglais qui résident à Canton aiment à faire du feu de cheminée, de novembre à janvier, tandis qu'à la Havane on ne sent pas même la nécessité de se chauffer au brazero.
La grêle est fréquente et extrêmement grosse sous les climats asiatiques de Canton et de Macao, tandis qu'on l'observe à peine tous les quinze ans à Ja Havane.
Les grands abaissements de température dans l'île de Cuba sont de si peu de durée que les bananiers, ni
$la canne à sucre, ni d'autres productions de la zône torride n’en souffrent habituellement, On sait, dit M. de Humboldt, combien les plantes qui jouissent d'une grande vigueur d'organisation résistent facilement à un froid passager, et que les orangers et bigaradiers de la rivière de Gênes survivent à la chute des neiges et à un froid qui ne dépasse pas 6 ou 70 audessous du point de la congélation. Comme la végélation de l’île de Cuba offre lous les caractères de la végétation des régions les plus rapprochées de l'équateur, on est surpris d'y trouver, dans les plaines mêmes, une forme végétale des climats tempérés et des montagnes de la partie équatoriale du Mexique.
Les pins ne se trouvent pas dans les petites Antilles, ni à la Jamaïque, malgré l'élévation du sol de cette ile dans les montagnes Bleues, On ne commence à les voir que plus au nord, dans les montagnes de Saint- Domingue et dans toute l'île de Cuba ; ils y acqnièrent soixante à soixante-dix pieds de haut. L'acajou s’élève dans la même île et y prend une croissance remarquable.
Les ouragans sont beaucoup plus rares dans l'île de Cuba qu'à Saint-Domingue, à la Jamaïque et dans lès petites Antilles, car les coups de vent du nord ne sont pas les ouragans du sud-est et du sud-ouest.
A l'île de Cuba, il faut distinguer , suivant le système espagnol, les divisions ecclésiastiques politicomilitaires et financières. On compte à Cuba un évêché dont le siége est à la Havane, et un archevèché dont le siège est à Santiago de Cuba, une des plus anciennes villes de l'Amérique, ayant été fondée en 4514, et qui fut considérée comme la capitale de l'ile jusqu'en 1589, Son port, qui est très beau, est défendu par un fort. Un gouverneur-général, qui demeure à la Havane, commande à toutes les possessions américaines qui sont restées à l'Espagne dans les Antilles. Le système financier est à peu près le même qu’en Espagne.
La culture intellectuelle, presque entièrement restreinte à la c'asse des blancs, se trouve aussi inégalement répartie que la population. La grande société de la Havane ressemble, par l’aisance et la politesse des manières, à la société de Cadix et des villes commercantes les plus riches de l’Europe. Mais si l'on quitte la capitale ou les plantations voisines, habitées par de
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riches propriétaires, on est frappé du contraste qu'offre cet état d’une civilisation partielle et locale, d'avec la simplicité de mœurs qui règnent dans les fermes isolées et dans les petites villes. Les Havaneros ont été les premiers, parmi les riches habitants des colonies espagnoles, qui ont visité l'Espagne, la France, lltalie. C’est à la Havane qu'on a toujours été le mieux instruit de la politique de l’Europe et des ressorts qu'on fait jouer dans les cours pour soutenir ou pour renverser un ministère. Cette connaissance des événements, celte prévision des chances futures, ont puissamment servi aux habitants de l'île de Cuba à se délivrer d'une partie des entraves qui arrêtent le développement de la propriété coloniale.
L'île de Cuba n’a pas de ces grands et somptueux établissements dont la fondation date de très loin au Mexique : mais la Havane possède des institutions que le patriotisme des habitants, vivifié par une heureuse rivalité entre les différents centres de la civilisation américaine, saura agrandir et perfectionner. La Havane a une société patriotique, une université, un musée, une bibliothèque, un jardin botanique , et un grand nombre d'écoles.
Lorsque les Espagnols s’établirent sur le continent américain , les principaux objets qu’ils cultivèrent furent les plantes alimentaires. Cet état de la vie agricole des peuples s’est conservé au Mexique, au Pérou, dans les régions froides et tempérées de Cundinamarqua, partout où la domination des blancs a embrassé une vaste étendue de terrain. Des plantes alimentaires, les bananes, le manioc, le maïs, les céréales d'Europe, la pomme de terre et le quinoa sont restés, à différentes hauteurs au-dessus du niveau de la mer, les bases de l’agriculture continentale entre les tropiques. L'’indigo, le coton, le caféier et la canne à sucre ne paraissent dans ces régions que par groupes intercalés. Pendant deux siècles et demi, Cuba et les autres îles de l'archipel des Antilles ont présenté le même aspect. On cultivait les mêmes plantes qui avaient nourri les indigènes à demi sauvages ; on peuplait de nombreux troupeaux de bêtes à cornes les vastes savanes des grandes îles, et jusqu'au commencement du xix® siècle la Havane n’exporta guère que des peaux, des cuirs et du tabac; c’élait à peu près là, du moins, le seul avantage un peu considérable que la métropole tirât de cette grande île, en ne parlant pas de l'immense utilité dont elle était au gouvernement espagnol, comme point de station ou comme lieu de relâche pour ses vaisseaux qui se rendaient au Mexique, à la Nouvelle-Grenade ou au Vénézuéla, ou bien qui revenaient de ses colonies continentales.
Les habitants de Cuba entreliennent un commerce actif avec l'Espagne, les Etats-Unis, la France, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, l'Allemagne, l’Italie et le Portugal. Après les Etats-Unis, les exportations les plus considérables sont dirigées en France. Nous remarquerons, pour établir d'une manière plus nelte l'importance de notre commerce avec celte île, que dans les neuf années qui se sont écoulées depuis 1821, la France a reçu use valeur de 60 millions de dollars pour exportalions, qui consistent en poisson salé, huile de sperma-céti, bœuf salé, porc salé, jambons, beurre, lard, farine et riz.
On n'ignore pas que les parties montagneuses de l'île de Cuba sont couvertes d’une grande variété d’arbres forestiers propres à différents usages. Les arbres qui naissent dans les régions situées entre les tropiques et l'équateur sont en général renommés pour la dureté de leur bois, l'abondance de la résine qu'ils contiennent, et leur durée lorsqu'on les emploie à des constructions. Ces qualités reconnues par les botanistes espagnols déterminèrent la cour de Madrid à faire construire à Cuba, il y a environ cinquante ans, la Santissima Trinidad de Dios, vaisseau de ligne à trois ponts et de cent vingt canons.
Complétons ces notions sur l’île de Cuba par quel-
ques généralités tirées d’un Mémoire publié en 1836, dans le bulletin de la Société de géographie (4), par M. Lavallée, agent consulaire de France.
L'île de Cuba, que Christophe Colomb découvrit en 1292, est, comme nous l'avons déjà dit, la plus occidentale des Antilles, et aussi la plus considérable de toutes ; elle a environ deux cent seize lieues de long et trente-neuf lieues moyennes de large. La partie la plus étroite a une largeur d'environ sept lieues. Sa superficie totale est de trente-un mille quatre cent soixante-huit milles carrés, non compris quelques îlots adjacents.
Les montagnes ont généralement peu d’élévation. Les plus hautes ont deux mille six cents à deux mille huit cents pieds au-dessus du niveau de la mer, et elles courent de l’est à l’ouest. Le centre de l’île est bien moins montagneux; ilse compose presque entièrement de terrain uni; sur beaucoup de points elle possède de bons ports, mais les principaux sont ceux de la Havane et de Santiago de Cuba.
L'île est arrosée par un grand nombre de petites rivières, généralement aussi poissonneuses que ses côtes. La principale est le Cauto, dans la province de Cuba, qui est navigable près de vingt lieues ; elle se jette dans la mer au sud de l'ile, près de la baie de Mirama. Après le Cauto, les plus notables sont : Saza, Jatibonico y Saguo la grande, dans le district des Quatre villes au centre de l’île; les deux premières ont leur embouchure à la côte du sud, et la troisième à celle du nord. .
Les principales villes sont dans la partie orientale de Santiago sur la mer du Sud, principal et presque unique port de commerce de cette parlie de l’île, qui est divisée en trois provinces ou départements. Au centre est la ville de Puerto-Principe, résidence d’un gouverneur ; vient ensuite la Trinité, ville très florissante sur la côte sud, avec un port à Casilda, à une petite lieue. Les chemins qui conduisent à ces différents points sont très mal entretenus et presque impraticables.
Les habitants de Cuba se composent de créoles, Européens, mulâtres et nègres, libres ou esclaves. Les premiers, d’origine européenne et qui forment la presque totalité de la population blanche, sont en général doux, affables, généreux, honnêtes et sobres. Les femmes sont aimables, gracieuses, ont de l'esprit et de la vivacité, et se distinguent par leurs petits pieds; elles perdent leurs charmes de bonne heure, comme dans toutes les régions entre les tropiques. Les habitants des campagnes ont l'esprit fin, les manières franches; l’ivrognerie leur est presque inconnue.
Ajoutons sur les habitants de Cuba quelques détails puisés dans un ouvrage publié en 1826 par M. Huber, qui, lui-même, s’est aidé des opinions émises par un écrivain anglais sur les Cubanaïs ou Cubaniens.
La baute classe jouit dans l’île de Cuba, en général, d'une grande aisance sociale ; elle ne connaît pas les privations, et tout son temps est dépensé en luxe, manie qu'on voit souvent alliée à l'amour des places; elle est parfois agitée par le jeu, qu’elle aime beaucoup, et qu'elle rend piquant par la galanterie; elle se plaît aussi à cultiver la littérature. Presque tout le monde ici fait des vers; avec le secours des dieux de la mythologie, des roses et des lis de l'Europe, des diamants et des joyaux des Indes, on fabrique force odes et sonnets.
Il y a dans l'île beaucoup de propriétaires qui ont de vasles possessions, mais le revenu colonial est précaire, et la manière de vivre de la Havane est très dispeñdiense; on ne pourrait citer beaucoup de forts capitalistes parmi eux, nonobstant la haute valeur des terres. Quant aux commerçants, beaucoup sont riches, mais presque tous ont acquis leur fortune par la traite des nègres. Cependant le corps du commerce, bien que le premier en importance dans l'île, n'y figure
(1) Cahier de février et mai 1836.
qu'en troisième ligne. La noblesse et les autorités occupent le premier rang, et les employés ou fonctionnaires divers (au nombre de plus de huit cents individus ) tiennent le second. Après eux viennent les commerçants, qui n'occupent dans l'estime publique que le troisième rang, et qu'on peut ainsi classer : les Cadiciens, les Français, les Anglais, les Américains du nord et les commis-voyageurs allemants ; et dans uu rang inférieur, les Canariens, les Biscayens, les Galiciens (Gallegos}), les Calalans et les Américains. Ceux-ci sont assidus à leurs comptoirs et ne sortent jamais de chez eux, pour ne pas perdre des yeux les nègres à demi nus, qu'ils occupent à divers travaux.
Il est encore une autre classe de blancs : les monte: ros ou gens de la campagne ; ils sont comme de petits tenanciers, propriétaires de quelques caballerias ou porlions de terre sur lesquelles ils bâlissent une cabane en cailloux ou en pierres à fusil qu'ils couvrent avec le palmier royal ; ces colons sont fixés là, avec leurs familles, dans une solitude patriarcale ; placés ordinairement à dix et jusqu'à vingt milles du marché, ils cultivent le maïs, élèvent de la volaille et des pores, font du charbon, et préparent du ehaume fait avec la feuille et l'écorce du col à palmier, qu’on appelle dans le pays, l’un guano et l'autre yagua ; ils récollent des légumes et des herbes potagères, et recueillent dans leur saison respective la variété des fruits que la nature fournit abondamment autour d'eux. Ces diverses sources de profit sont le résultat de très petits travaux comparativement à ceux de nos climats; car ce que l’on considère comme le plus pénible, c'est de transporter au marché les différents produits. Ils prennent quelquefois un esclave pour aide, mais c'est généralement pour eux une assistance trop coûteuse; aussi conduisent-ils eux-mêmes leurs bœufs à la charrue, et eux-mêmes aussi ils moissonnent leurs champs. Quelque temps après, lorsqu'ils ont acquis de l'aisance, ils se croient alors arrivés au point où l'on peut ambitionner le privilége d'indolence de leurs supérieurs, et, sans songer à l'avenir, ils se laissent aller au penchant de la paresse, jusqu'au moment où ils s'apercoivent que ce qu'ils possédaient disparaîl, et de nouveau ils se mettent au travail.
A bien examiner les gens de la classe ouvrière, on dirait que cest du sang noir qui coule dans leurs veines ; la peau de ces monteros a quelque chose de plus foncé que la teinte rembrunie par les rayons du soleil. On preudrait plusieurs d'entre eux pour une race croisée indienne, à en juger à leurs longs cheveux noirs et à leurs yeux bruns environnés de rides. Des cheveux frisés et le nez plat donnent à quelques autres la figure la plus étrange. Les plus pauvres enfin, el ceux qui sont placés an degré inférieur de l'échelle sociile, avec la face largement arquée, une petite moustache qui donne une cerlaine contenance, des yeux pleins d'audace et qui vous fixent sous un énorme chapeau rabattu , semblent appartenir à la caste des conquérants de l'ile.
Quoique la population de couleur de Cuba, jetée hors des rangs de la société civile, soit la plus nombreuse, elle n’en recoit pas moins une impression particulière qui se modifie selon la portée de l'intelligence de l'individu de couleur. Nulle part dans l'île le nègre ne paraît prendre le type d'indigénat; le sol africain d'où on l'a arraché éveille toujours sa pensée: ni le baptème qu'il a reçu, ni la civilisation qui l'environne, ne semblent le lui faire oublier.
Les nègres de Cuba, dans les fètes qui leur sont particulières, se réunissent en tribu ou nation, ayant un chef qu'ils ont élu en dignité; ils font le simulacre de l'élever à la gloire d'ashanti, et il Gevient ensuite l’objet de leur hommage et de leur vénération ; mais cela se fait avec une gaîté à la fois si grave el si grotesque, qu'ils livrentau ridicule leur condition passée. Le gouggoug, qu on a baptisé du nom de déablito, des cornemuses, el diversautres instruments les plus discordants, accompagnent ces grossières bacchanales au milieu de
fortes vociférations, de bruyantes clameurs et de danses maniaques, ce qui dure jusqu'à ce que chacun, fatigué de son rôle, tombe de lassitude ; la seule marque de civilisation que l'on apercoive dans ce genre de divertissement, c'est qu'ils boivent du rhum. 7
Dans les trente dernières années, avant#1826, deux cent mille nègres avaient passé d'Afrique à Cuba, où l'on compte environ trois cent soixante mille individus de couleur, parmi lesquels figurent au premier rang, dans leur propre opinion surtout, les mulâtres et les règres. Les premiers regardent au-dessous d'eux les derniers dont ils tirent leur origine: ils les considèrent avec plus de mépris que ne le font les blanes à l'égard des noirs. Les hommes de couleur qu’on appelle libres, malgré la teinte de l'esclavage, possèdent quelques priviléges; mais cette liberté dont on dit qu'ils jouissent à peu d'analogie avec l’acception du mot tel qu'il est compris en Europe.
Nonobstant leur extrême indolence, ils ont d'assez bonnes qualités. Le prix élevé du travail leur donne les moyens de réaliser de belles épargnes, malgré l'humiliation dont ils sont l’objet ; la paresse qui les distingue fait qu'ils passent le Liers de leur temps à dormir et à jouer. Un homme libre de couleur, s'il est un artisan habile, gagnera dans la journée de 22 réaux à 3 piastres (10 à 15 francs), et cela par un travail interrompu par beaucoup de nonchalance. L'ouvrier fera aujourd'hui Ja moitié de son ouvrage, le lendemain il n'en fera que le tiers, le jour d'après il l'abandonne pour ne le reprendre que quand il y sera poussé par le besoin ; quelquefois avant de terminer son ouvrage, ou au milieu de sa tâche, il quittera celui qui lui donne
sde l'emploi pour entreprendre un autre travail, si en
changeant de maître il peut se rapprocher des maisons de jeu qu'il a l’habitude de fréquenter ; on ne peut enfin faire aucun fonds sur lui.
Dans la classe domestique ces hommes reçoivent ordinairement 6 réaux (3 francs 60 centimes) par jour, et lorsqu'ils n’ont pas l'amour du jeu, ils font d'assez bons serviteurs ; toutefois une sorte d'inquiétude et de pêine d'esprit qu'ils s'efforcent en vain de cacher les caractérise, et ils ne veulent se croire communément propres qu'à certains services, tels que ceux de cuisinier, de coclier, de portier, ete. ; il est difficile d'obtenir d'eux quelque chose au-delà des limites précises de leur devoir etils ne manquent jamais de faire porter sur leurs contrats lesobligations auxquelles ils s'engagent. Deux ou trois jours après être entrés à votre service, ils vous diront qu'on Sert trop de plais à votre table, que vous demandez trop souvent votre volanta (voiture du pays), ou bien que vous donnez trop de commissions. Jls vous quitteront à la veille d'une partie, à l'instant même que vous montez en voilure, ou au moment que vous cachetez une lettre. Nonobstant ces inconvénients le service ce celte classe est encore préférable à celui que l’on obtient d'un sombre esclave à qui on adresse des paroles dures, et que l'on frappe quelquefois pour ce qu'il fait ou ne fait pas, et qui, sans aucune perspective pour ses vieux jours, ne voit aucun intérêt à mettre du zèle à ce qu'il fait.
Beaucoup de gens de couleur parviennent à acheter leur liberté-avec les gains qu'ils font; cette classe est, sans contredit, la plus estimable : ils sont ordinairement colporteurs de denrées, petits marchands de tabac, etc. ; les nègres de la campagne diffèrent peu de la basse classe des blancs avec lesquels ils vivent en bonne intelligence ; ces deux espèces de gens exercent ensemble la même industrie, et plus souvent, il est fâcheux de le dire, se livrent ensemble au jeu. Ce vice ét un goûtimmodéré pour latoileltesontlaruine de la classe laborieuse. Vous mourriez de rire en voyantun groupe de négresses en bas de soie, souliers de satin, robe de mousseline et châle français, parées de boucles d'oreilles et dé fleurs sur leur tête crépue, courtisées par des élégants nègres à chapeau blanc de castor sur la tête, en babit ou redingote, et une canne à pomme d'or à la main, fumant de concert avec leurs supérieurs. Tel est
: luxe des blanchiseeuses et des savetiers dans les jours de fête, ou les dias de los cruces. Les jours suivants vous les trouverez quelquefois sur le seuil de votre maison à vous offrir quelque article de cette toilette qu'ils ont besoin de vendre pour subsister.
La manie de se distinguer par la parure, les dimanches et les fêtes, fait tout le bonheur de cette classe du peuple, que le mépris général dont elle est l’objet isole et prive d'une honorable émulation dans une carrière quelconque : car les blanes les excluent, en s’'emparant de tout ce qui leur convient. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la plante qu’on empêche de monter croisse toute torlueuse.
On peut considérer les classes ouvrières de Cuba sous deux points de vue généraux : comme laboureurs et comme domestiques ; car, dans cette ile plus que dans toute autre, leur condition respective varie beaucoup. Ceux qui sont employés à des services domestiques jouissent de certains avantages, parce qu'ils y acquièrent d'excellentes qualités qui les mettent au-dessus de leurs camarades; souvent c'est le bon naturel ou Ja nonchalance des maîtres qui les placent dans une situation favorable. Le luxe et la vanité sont cause que beaucoup de propriétaires ont autour d'eux un nombre considérable d'esclaves. Il en est qui à la Havane n’en ont pas moins de soixante, étalage de l'orgueil qui occasionne plus de désordre qu'il ne donne d'éclat; toutefois, je me plais à faire une exception en faveur de quelques propriétaires riches qui ont beaucoup d'esclavés domestiques, moins par luxe que par cette affeetion qui les porte à garder auprès d'eux ceux qui sont nés sous le même toit et portent le nom de l'habitation.
Ces domestiques, élevés dans la servitude héréditaire, sont ordinairement, pendant leur enfance, les associés de leurs jeunes maîtres et souvent les souffre-douleurs dé leurs maîtresses. Se vautrant et jouant avec les jeunes blancs de la famille, ils s'habituent à cette familiarilé qu'ils contractent naturellement avec les enfants de la maison, et qu'ils ont de la peine à quitter lorsque, plus avancés en âge, la nature de leur service vient à changer ; ce qui arrive quand ils deviennent les serviteurs de leurs camarades d'enfance blancs devenus leurs maîtres.
IIS ne servent plusqu’avec unesorte de familiarité que le premiér observateur prendrzit pour de l'insolence, où bien ils sont rudeyés et commandés impérieusement. Quel que soit d'ailleurs le traitement dont ils peuvent être l'objet, l'amour de la liberté les a bientôt rendus turbulents. [ls voient beaucoup d'individus de leur couleur libres, et comme ils savent que la loi sanctionne les tentatives qu’on fait pour s'affranchir, il en résulte qu'ils secouent le joug de l'esclavage aussitôt qu'ils le peuvent.
Les nègres de la campagne sont bozales, c'est-à-dire d'une intelligence très grossière; ils sont à demeure dans les plantations. On y destine aussi ceux qu'on ne croit pas propres an service domestique ; etlorsqu'on a à sévir contre ceux des serviteurs dont on à à se plaindre, on les menace ou on les punit de cette sorte d'exil. Etre envoyé al monte est le châtiment le plus sévère dont on puisse menacer un domestique nègre.
Les contrées de l'île où se trouvent les plantations de sucre et les caféières sont plus ou moins éloignées de la Havane et des villes où les propriétaires ont leur résidence ; il en résulte qu'elles sont abandonnées à la gestion des intendants, hommes d'un Caractère insouciant ou apathique, et à sensations peu susceptibles de s'élever jusqu'à la sensibilité. Les esclaves soumis à leur surveillance dépendent tout-à-fait de leurs caprices, et ils sont comme parqués au milieu des montagnes; le seul remède à leurs souffrances, c'est la patience ou la révolte.
La loterie, qui se tire tous les mois à la Havane, est une ressource de fortune pour les esclaves, en ce que pour quatre réaux (2 francs 50 centimes) ils peuvent y gagner un lot. Ce moyen procure la liberté à
quelques-uns d'entre eux; mais il est encoré plus profitable aux maîtres, en ce que la misère des premiers procure souvent aux derniers dés hommes pour les plantations. L’eselave , trompé dans ses spéculations, S'abandonne bientôt aux larcins, puis au jeu, et l'ivrognerie suit de près ces vices ; on le châtie et on l'envoie aux plantations.
Quant à la manière d'être ou de vivre des Cubanais en général, elle a pour caractères dominants le Inxe et le repos. Ici le luxe ne se laisse pas affamer. Les tables des riches sont couvertes d’une grande quantité de mets, bien que toutefois les grands diners ne soient pas à Cuba fort à la mode. Quand il y a quelque fête dans une famille, le festin commence par un déjeuner qui équivaut à un dîner splendide.
Le caballero cubanais se lève de bon matin, et aussitôt échappé du lit, il prend une tasse de chocolat où de café; ensuite il allume son cigarre, et se promène sur son patio ou balcon, ou bien il monte à cheval. A dix heures il déjeune et se fait servir de la soupe, du poisson, de la viande, des œufs et du jambon , du vin et du café. Un peu avant que les convives se lèvent de table, on présente à chacun une cassolette à charbons ardents pour allumer le cigarre. Les femmes aussi fument; cependant celles de la haute volée s'en abstiennent assez généralement. L'habitude de fumer est si universelle à Cuba que l'attitude de beaucoup de fumeurs leur donne un air d'automate. Il n’est pas jusqu'aux enfants qui ne fument. On rencontre de petites créatures avec un cigarre entre les duigts ; el comme les parents habillent les enfants de cet âge avec des habits longs, en leur donnant une petite canne à la main, ils ont l'air d'hommes faits, il ne leur manque: que des favoris pour paraître la caricaturede leurs pères.
Après le repas on fait ou la sieste on une promenade. La promenade des riches a lieu dans une volanta voiture ayant une caisse de la forme des anciens ca briolets français, posée sur deux énormes roues sans ressorts, mais bien suspendue sur des courroies: le cheval s’attelle à l'extrémité des brancards , de telle sorte que les roues se trouvant à un bout et le cheval à l'autre, la charge pèse également entre cet intervalle, et la caisse reçoit le mouvement d'un palanquin, Pour les volantas destinées à aller dans la ville, il n’est permis d'atteler qu'un cheval, sur lequel est un nègre accoulré d'une bien simple livrée, de longues guèêires de cuir faites en forme de bottes de postillon, et d'une paire de gros éperons plus propres à piquer un élépbant qu'un cheval. À la campagne, le conducteur monte un autre cheval qu'on attelle de volée. Sur le devant de la voiture est étendu un morceau d'étoffe d'un bléu foncé pour garantir de la poussière et des rayons solaires pendant le jour, et de la rosée pendant la nuit. Ces Cabriolets se croisent en tous sens dans la ville, etil n’est presque pas de famille blanche un peu distinguée qui nait sa volanta. Ceux qui n'ont pas le moyen de tenir équipage trouvent des voitures à louer sur presque toutesles places et sur les carrefours.
C'est dans les chaleurs du jour que se font les visites de cérémonie. Les dîmanches et les fêtes on va présenter ses civilités chez ses connaissances ; les autres jours sont réservés pour l'es intimes, Lorsqu'on ne sait que faire on se balance dans un fauteuil contre un mur, Ou bien on prend un bain; après, on s’habille pour aller dîner. Ce repas a lieu à trois heures, et dure tout au plus cinq quarts d'heure. Avant de sé lever de table la cassolette à charbon circule, et puis on prend le café. Alors la conversation se ralentit peu à peu, et chacun se relire pour faire sa sieste, Dans moins d'une heure tout le monde est de nouveau en mouvement. Aussitôt on commande la volanta. S'il y a un combat de taureaux la foule s'y précipite : mais ces divertissements n'ont lieu que de temps à autre, et ils sont très productifs.
Quand 11 n’y a pas corrida ou combat de taureaux on se rend à l'Alaméda, promenade publique; e’est à la Havane une grande et belle avenue dont le milieu
——————————— est réservé aux voitures, et les allées de droite et de gauche aux piétons; elle est hors des remparts, à l'extrémité la plus éloignée de la ville, où se trouvent à la fois un hôpital militaire et des baraconnes, élablissements destinés à garder les nègres nouvellement importés, jusqu à ce qu'ils soient vendus. C'est un spectacle agréable que de voir dans un jour de fêle ce: concours de monde. On relève la capacété, c'est-à-dire la pièce de laine placée sur le devant de la volanta, et les beautés cubanaises déploient leurs grâces aux regards du public. On voit dans les vofantas plus d’un œil vif et éclatant; car on sait que dans ce pays les dames ne couvrent pas leurs têtes de bonnets où de chapeaux : elles sont coiffées en cheveux, et presque toutes à la grecque, ce qui leur sied à merveille. C’est seulement à l'église que le beau sexe porte une mantille où un voile, et se couvre ainsi la tête et les épaules plus .ou moins, selon son degré de dévotion, et alors son habillement est noir suivant l’ancien usage espagnol. En toute autre circonstance les femmes ont quelque chose de piquant et d'aérien dans leur mise ; elles affectionnent particulièrement les modes françaises, et elles aiment aussi à imiter l'allure de la Parisienne. Les Havanaises sont généralement bien prises de corps, et l'on voit dans Ja haute classe beaucoup de jolies figures qui se distinguent par de l'aménilé el des manières aimables. Il règne une grande liberté d'expression dans la causerie, mais les Cubanaises n'en sont pas moins des épouses fidèles etdes filles soumises à leurs devoirs. La langue française, la musique, la danse, la géographie et l'histoire, sont des parties essentielles de leur éducation.
À ‘la Havane les hommes se distinguent généralement par un esprit naturel, et les femmes par un penchant à la galanterie, comme aussl à la pratique des vertus. Le beau sexe havanais jouit d’une liberté si grande qu’assis à la croisée il regarde les passants sans crainte d'en être arrogamment lorgné. Il n'y a plus guère de duègnes dans la société espagnole de Cuba, et il est même très rare d'entendre des sérénades.
Pour ce qui est de la classe inférieure, son éducation est fort négligée, et l'on ne remarque aucune proprété dans les vêtements : les manières sont lentes, l'esprit indolent; hommes et femmes s'abordent pête-mêle le soir, sans se douter qu'il puisse y avoir en cela rien de répréhensible; la licence ou le laisser-aller dans les mœurs est tel que les trois cents enfants trouvés que l'on admet, terme moyen, annuellement à lhospice, appartiennent tous à la classe inférieure.
Indépendamment de l'Alaméda, il y a aussi parfois les plaisirs du théâtre ; mais ils n’ont guère d’analogie avec les plaisirs délicats des grands théâtres de Paris. Lorsque cet amusement vous manque, VOUS pouvez vous rendre à deux ou trois belles maisons élégantes, à une petite distance de la Havane, et où de vastes salons décorés avec goût reçoivent de nombreux danseurs et de légères danseuses ; Car on sait que la danse est un amusement de prédilection aux Indes occidentales. Le menuet, passé de mode en Europe, estencore très goûté à l’île de Cuba; mais les contredanses francaises y sont le plus suivies. Enfin il y a des assemblées en très grand nombre où les hommes et les femmes rivalisent d'efforts pour se rendre aimables.
On pourraitcependant reprocher à la classe distinguée un air cérémonieux et grave. Le caballero de bon ton fait beaucoup de révérences, mais en même temps il a le défaut de cracher autour de sa chaise, ce qui n'’amuserail guère une maîtresse de maison de Paris ou de Londres.
Nous avons parlé de sieste : on peut désirer connaître le théâtre sur lequel ce doux repos se goûte. C'est un lit formé simplement d'un cadre de bois posé sur des pieds en croix avec une toile en travers: on étend soi-même sur ce lit une paire de draps, et de son ciel on laisse tomber un filet, dont il faut s’entourer pour se préserver des mosquitos. Ce meuble est un peu dur, mais comme cette manière de se coucher contribue à entretenir la fraicheur, si recherchée dans les climats
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chauds, on luisacrifie volontierslesplus tendres matelas.
En résumé, les habitants de l’île de Cuba paraissent avoir un esprit plus national qu'aucun des habitants des autres îles des Indes occidentales , à l'exception peut-être d'Haïti; plus indépendants, ils montrent aussi moins d'attachement à la métropole. Ils pensent que bien que la racine soit en Europe, la fleur s’épanouit chez eux, et contient des semences faites pour reproduire la plante entière sur le même sol. Le nombre des blancs établis à la Havane, et le luxe d’une grande cité, sont un avantage que possède Cuba, à l'exclusion des autres îles des Antilles; et comme tous les ports de cette île sont ouverts aux navires étrangers, il en résulte un grand mouvement commercial, et en même temps un développement louable dans les idées de la classe élevée et dans celles qui se livrent au négoce. Un écrivain anglais, dont M. Huber à reproduit les idées, que nous-même venons d'analyser, présage que la félicité qui attend les générations futures de Cuba sera complète, lorsque le grand bienfait de l'abolition de la traite des noirs aura pu être consommé.
Il n’est pas inutile de faire observer que les premiers habitants de l’île de Cuba ont presque entièrement disparu; le petit nombre de familles indigènes qui en reste est spécialement protégé par le gouvernement espagnol, Cés indigènes, qui ont un défenseur chargé de leurs intérêts et de leurs réclamations, jouissent de beaucoup de privilèges. Les colons, bien qu'indolents, sont néanmoins les plus industrieux et les plus actifs des îles espagnoles : quant aux esclaves , ce qui précède les aura fait assez connaître.
La législation de Cuba est tout espagnole, et, comme les Antilles françaises, cette île est gouvernée par un régime spécial. La concession qui lui a été faite de commercer avec toutes les nations du monde peut bien, comme le remarque M. Huber, avoir apporté quelques modifications dans les lois commerciales, mais les lois administratives, criminelles et civiles, sont demeurées les mêmes. Rien non plus n’est changé dans le code des noirs, qui paraît être plus humain que tous ceux des Antilles.
La justice, dans l'île de Cuba, s'administre à peu près comme en Espagne. Les magistrats sont à la nomination du roi, et quelques juges à celle des conseils municipaux. Les alcades des villes connaissent des affaires civiles et criminelles, ils sont nommés par le corps municipal (l'aguntamiento), et l'exercice de leurs fonctions ne dure qu'un an. Les causes sont portées en appel devant la haute cour de justice ou audiencia, qui siége à Puerto ou Ciudad del Principe. L'autorité de l’alcade est un tribunal de première instance. Il y a en outre un juge pour les biens et successions laissés aux héritiers sans dispositions testamentaires, ainsi que pour tous les intéressés absentis; un pour toutes les affaires litigieuses en matière de finances ; un pour l'objet des dîmes ; un pour les revenus ; et un tribunal de commerce pour toutes les contestations des commerçants.
La métropole , qui autrefois retirait les revenus de Cuba, pourvoyait aussi aux dépenses de cette colonie. Aujourd'hui ces revenus ont êté abandonnés à l'île, qui suffit à tous ses besoins par ses propres ressources. Les revenus annuels de Cuba sont évalués à 5 millions de dollars, ou 25 millions de francs. Ils pèsent sur Je café, le sucre, le tabac, le cacao, les maisons, le sel, la dîme, le timbre, les cartes à jouer, les combats de coqs, elc.
— Nous avons un peu perdu de vue M. de Humboldt, parce que nous voulions compléter par d'autres ouvrages les détails trop succincts de mœurs contenus daus le sien, relativement à l'île si intéressante de Cuba. Notre voyageur quitta cette île, au commence ment de 1804, pour se rendre au Mexique, d'où il revint en Europe, après une absence de cinq ans, et
y rapportant une riche collection d'objets d'histoire,
naturelle qu'il a décrits dans son volumineux et consciencieux ouvrage. ALBERT-MONTÉMONT.
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Paris, — Imp. Lacour et Ce, rue Soufllot, 16.