VOYAGE AU CHILI ET AU CUSCO
PRÉLIMINAIRE
M. Gay, voyageur du Muséum d'histoire naturelle à Paris, a fait un long séjour dans la république du Chili, etil en a rapporté de précieuses collections scientifiques dont la publication est aujourd'hui, 4853, déjà très avancée. Mais indépendamment de ce travail spécial, qui suit son cours avec exactitude, M. Gay, depuis son retour en France, s'est occupé d'une histoire physique et politique du Chili, publiée en langue espagnole sous le palronage et aux frais du gouvernement chilien, Une édition en langue française de celle histoire désirée doit, à ce qu'il paraît, se publier également.
Comme prélude à cette laborieuse entreprise, l'auteur a détaché de son ouvrage, en 1842, un fragment qui a été inséré dans le Bulletin de la Société de Géographie,: Cahier de janvier 1843. C’est ce fragment que nous allons reproduire en partie, après avoir dit quelques mots de l’ensemble géographique du Chili.
Le Chili, dans sa plus grande extension, est situé par 250— 440 lat. S., et 720—760 long. O., y compris l'archipel de Chiloé. Ce vaste territoire est resserré entre les Andes, à l'est, el l'océan Pacifique, à l'ouest; il à pour limites, au nord, le désert d'Alacama, qui le sépare de la Bolivie et du Pérou, et au sud, la Patagonie occidentale ou le voisinage de la partie du nordouest du détroit de Magellan. Le Chili a une longueur d'environ 450 lieues et une largeur de 35 à 60: sa superficie est de 21,300 lieues, et sa population de 1,500,000 habitants.
La Cordillière des Andes, aux neiges perpétuelles et aux nombreux volcans, occupe à peu près un liers de
1) Fragment publié en 1842. A M.
la contrée chilienne, qui, vers l'est, par le versant oriental de cette chaîne immense, va se relier au territoire occidental de la république argentine, comme aussi quelques uns des plateaux de celte chaîne servent de liens aux frontières entre le Chili et la Bolivie. Au pied occidental de cette même chaine se développent des vallons fertiles et quelques plaines qui s'abaissent insensiblement vers la mer, où elles se perdent par une pente subile. Une multitude de rivières ou de torrents arrosent ces vallons et ces plaines; mais l'influence permanente d'un soleil brûlant et sans nuages fait que certaines portions du territoire demeurent stériles et nues. Les seules parties habitées sont les oasis jetées au milieu des quebradas ou gorges près desquelles sont bâlies les villes au mili-u de ces terrains fertiles. L'or, l'argent et le cuivre abondent dans les Andes chiliennes. qui nourrissent également des forêts magnifiques, et ces montagnes sont proprement la patrie du condor, ce géant volatile aux ailes étendues.
Fayorisés par un chaud climat et par un ciel constlamment serein, les Chiliens, quoiqu'un peu indolents, ont une certaine activité d'esprit, et le goût de l'insiruetion est beaucoup plus répandu chez eux qu’au Pérou. Ils montrent de la prévenance envers les étrangers et de l'affection dans le sein de la famille. Les femmes chiliennes sont gracieuses et d'un commerce facile; les chaînes de l'hyménée sont au Chili assez légéres, et il paraît que tout le monde et les maris eux-mêmes s’en accommodent à merveille.
Le gouvernement du Chili, comme les autres républiques d'Amérique, a un président électif pour chef suprême, deux chambres législatives, et des cours de justice. Ses revenus sont de 45 millions de francs ; son armée, de 8 à 40,000 hommes, et sa marine, de 6 à 8 navires. Son territoire est divisé en 3 intendances, Coquimbo, Santiago et La Conception. La capitale de la république e:t Santiago, sur la rivière de Mapocha , à 20 lieues de la mer, avec environ 50,000 habitants. Le principal port du Chili est Valparaiso.
Venons maintenant au fragment de voyage publié par M. Gay.
RELATION
Notre voyageur fit une première excursion jusqu'à Valdivia, ville située sur la rivière de ce nom, par 390 49° lat. &., et 750 39° 10° long. O. La température y est assez constante; les étés y sont très lempérés, et les hivers très doux; dans la plus grande chaleur, le thermomètre centigrade n y monte qu'à 25°, el dans la plus faible il ne descend qu à 2 degrés au-dessous de zéro. La population de Valdivia est d'environ 7,000 habilants, qui sont en relationscontinuelles avec les Araucaniens, peuplade belliqueuse et nomade.
L'Araucanie forme une grande province enclavée dans le territoire chilien, et siluée entre les 360 50’ —390 33 de latitude S., et 750 40 — 740 2 de longitude O. de Paris. Les habitants n’appartiennent pas exclusivenient à la race araucanienue; on y trouve encore des Puelches, des Picuntos et des Huilliches ; mais en général ce sont les premiers de ces Indiens qui sont les plus nombreux ; et, sous ce point de vue, - ils ont imprimé leur physionomie en imposant au pays le nom de leur nâtion , et aux habitants leurs mœurs, leurs coutumes et même leur langage.
Leur nourriture est simple et nuilement épicée. Les Puelches se nourrissent une partie de l’année des fruits du pin du pays (araucaria), qu ils récoltent en abondance dans les Cordillières et sur les montagnes de Nahuelbuta ; et les gens de la côte cullivent quelques légumes européeus , el surtout des fèves et de la graine de lin, qu'ils aiment beaucoup. Ils préfèrent la viande de jument et de poulain à celle de vache et de mouton, et dans leurs voyages, et même chez eux, ils font usage d’une farine qu'on oblient avec l'orge