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VOYAGES AUX RÉGIONS ARCTIQUES

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QUELQUES MOTS PRÉLIMINAIRES

Dès que le continent de l'Amérique eut été découvert, et que le passage aux Grandes-[ndes par le cap de Bonne-Espérance fut trouvé, ces deux conquêtes à jamais mémorables, dues la première , en 1492, au Génois Christophe Colomb, alors au service d'Espagne, la seconde en 1497, au Portugais Vasco de Ga- Ma, excitèrent vivement la jalousie des autres puis- Sances européennes, qui voulaient prendre part aux richesses que l'Espagne et le Portugal recueillaient dans ces contrées nouvelles. C'est à ce moment que commencèrent de nombreuses expéditions, entreprises dans la vue d'y pénétrer par des routes différentes. On savait que l'Amérique était à l'ouest de l'Europe, mais on n'en connaissait pas l'étendue, et l'on espérait ou d'y découvrir des pays que les Espagnols n'auraient pas encore explorés , ou d'arriver directement aux Indes orientales en évitant le long circuit que faisaient les Portugais par le sud de l'Afrique. Pour cela il fallait trouver au nord de l'Amérique, dans les régions polaires, une communication maritime de l'océan Atlantique au Grand-Ccéan ; et si on la trouvait on abré-

geait de plusieurs milliers de lieues la route au Japon et à la Chine.

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Panis, — Hinpr. Lacour Er €’, rue Souffhi, 14

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Avant de retracer les diverses tentatives de ce genre qui ont eu lieu jusqu'à nos jours, il nous paraît utile de dire quelques mots du théâtre sur lequel elles se sont succédé avec une si louable et si tenace persévérance, persévérance dont le résultat, entièrement infructueux pour la découverte du passage désiré, a du moins procuré la connaissance exacte de presque tout le littoral du nord de l'Amérique.

Rien n'est plus propre que les régions polaires à donner une idée du chaos. Ici l'on ne compte que deux saisons, l'hiver et l'été; il n’y a pas de transition entre les rigueurs du froid et l’excessive chaleur de cet été d'un jour qui dure cinq mois au Spitzberg, trois mois au Groënland, et près d'un mois en Islande, Dans ces intervalles qui constituent les climats de la zône glaciale, le soleil ne quitte pas l'horizon et il produit des effets analogues à ceux de la zône équatoriale; mais aussi l'absence totale du soleil est en raison inverse, et de là résultent les froids extrèmes que le mercure ne peut plus apprécier, On est toutefois dédommagé de l'absence de ce flambeau du jour par la fréquente apparition de ces jets électriques de lumière désignés sous le nom d'aurores boréales. On a aussi dans tout son éclat le merveilleux phénomène du mirage. D'un autre côté, le système des courants maintenus dans l'atmosphère contribue essentiellement, par la transmission et la dispersion de la chaleur, à prévenir l'excessive inégalité des saisons dans les hautes latitudes. En outre, la surface de l'Océan, par ses alternatives de gel et de dégel, présente une

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vaste couche sur laquelle les exeès de chaud et de froid s'atténuent tour-à-tour. Il paraît que, dans le voisinage du pôle, l'action du soleil est, au moment de l'équinoxe, un quart de fois plus grande qu'à l'équateur, el suffisante dans l’espace d’un jour pour fondre une nappe de glace d’un pouce et demi d'épaisseur. L'air en ces lieux a aussi, par la raréfaction, augmenté sa capacité ou son attraction pour la chaleur.

En ces mêmes contrées, après que l'action continue du soleil est parvenue à fondre une grande masse de glace, il survient un court el douteux intervalle de chaud. Après quelques semaines le sol, qui a été visité seulement par les rayons obliques et affaiblis du soleil, se gèle de nouveau, el le froid reprend tout son empire. Il commence à neïiger au mois d'août, et la terre est couverte de deux ou trois pieds de neige avant le mois d'octobre. Le long des rivages et des baies | eau douce provenant des ruisseaux ou de la fonte d'une neige plus ancienne, se change promptement en une masse solide. À mesure que le froid augmente, l'air dépose son humidité en forme de brouillard, qui se convertit en givre transparent, semé dans latmosphère, et dont les pointes aiguës sembleraient devoir percer ou écorcher la peau. Ce givre se répand avec profusion en amas fantastiques, se tenant sur chaque partie saillante; toute la surface de la mer fume comme un four à chaux, et cette fumée gelée se montre ainsi parce qu'elle est relativement moins froide que l'air. Enfin la dispersion du brouillard et la pureté de l'atmosphère annoncent que la couche supérieure ellemême éprouve un degré égal de froid ; une nappe de glace se développe rapidement sur lhumide étendue, et s’épaissit souvent d’un pouce en une seule nuit. Les ténèbres d'un hiver prolongé couvrent le continent glacé, et cette obscurité devient impénétrable, à moins que les rayons fantastiques de la lune ne brillent de temps en temps pour découvrir l'horreur de cetie scène de désolation. L'Esquimau enveloppé d'une peau d'ours se renferme dans sa hulte de glace avec ses légères provisions , qui se gèlent souvent à tel point qu'il n’y peut toucher qu'avec l’aide d'une hachette. Dans la rigueur du froid il entend craquer les rochers, et le voile de la mort semble couvrir ce spectacle de ruines.

Lorsqu'à la fin le soleil reparaît sur l'horizon, peuà peu le froid diminue. Au mois de mai l'indigène quilte sa hutte pour aller à la pêche : la neige cesse par degrés, la glace se dissout et se détache des rochers avec le bruit de la foudre. D'énormes champs de glace sont entraînés et dispersés par des courants. Quelquefois ils se choquent entre eux et se réduisent en atomes. Avant Ja fin de juin tous ces amas congelés ont presque disparu; mais l'atmosphère est alors presque continuellement humide et chargée de vapeurs: à celte époque un brouillard épais couvre généralement la surface de la mer; la couche inférieure de Pair commence à déposer de sa moiteur. Dans le courant du mois de juillet la superficie de l'eau reprend son équilibre et le soleil brille d'un plus vif éclat.

Quelle que soit la brièveté de la saison dans les hautes latitudes , l'air sur la terre ferme devient souvent d'une chaleur suffocante. Cette excessive chaleur se mêlant à l'humidilé engendre des nuées de mosquites dont la piqûre force les Esquimaux à chercher un refuge dans leurs huttes, où ils s'enveloppent d’une épaisse fumée. L'humidité marque le caractère général des régions arcliques, lesquelles durant la plus grande partie de l’année sont couvertes de froids brouillards. Le ciel paraît rarement serein, si ce n’est durant quelques semaines d'hiver , lorsque le froid à la surface devient le plus intense.

La Providence à donné aux naturels les moyens d'adoucir les rigueurs qu'ils ont à souffrir. C’est dans leurs huttes de glace qu'ils se retirent, comme nous l'avons déjà dit; c'est là qu'ils trompent les heures tardives.

Quant à celle glace elle-même , la ligne sur laquelle

elle oscille embrasse dans les mers du Groënland une longueur d'environ quatorze cents milles, depuis le cap Farewell jusqu'à deux cents milles au-delà de l'île Jean Mayer, sur une largeur moyenne d'environ quatre-vingts milles. Telle est l'étendue de la glace qui se forme et se dissout chaque année dans ces régions arcliques, étendue qui surpasse la superficie entière de la Grande-Bretagne. Ces transformations d'eau en glace et de glace en eau sont périodiques et répétées à de courts intervalles. Il est inutile d'ajouter que l'eau de la haute mer se gêle aussi bien que l’eau de mer qui baigneles rivages et que l'eau douce. Ces mêmes transformations périodiques permettent aussi de révoquer en doute l'existence d’une colonie ancienne sur le rivage oriental du Groënland, car la température des régions arctiques n’a point varié depuis des siècles. On se rappelle cette notion vague généralement répandue, que le seul établissement occidental du Groënland avait péri, tandis que celui de l’est n'avait eu que ses communications fermées au reste du monde par une vaste barrière de glace accumulée sur ces parages. On s’est demandé si les infortunés colons avaient survécu à la catastrophe ou s'ils avaient été soudain ensevelis sous la neige et la glace, comme les malheureux habitants d'Herculanum furent autrefois enveloppés dans une pluie épaisse de cendres du Vésuve. Pendant plus de cent ans, à divers intervalles, la cour de Danemark a expédié des vaisseaux à la recherche de sa colonie perdue, sans avoir pu jamais avancer sur cette côle prétendue gardée par les esprits, plus loin que le cap Discord, par 640 de latitude nord. Mais dans les saisons favorables de petits bateaux peuvent sans beaucoup de difficulté longer le rivage fort audelà, et si des colons avaient jamais occupé des baies étroites, ils eussent pu s'échapper en canots ou en traîneaux.

Les animaux et les végétaux que l'on trouve dans ces régions froides et désolées, souvent battues par la tempêle, doivent être appropriés à celte nature déserte. Cependant l'on se tromperait beaucoup si l'on croyait que la nature animale y existe sur une petite échelle et sous des formes rapetissées ; les régions arctiques renferment une aussi grande profusion de vie que les régions tropicales , depuis le plus petit insecte jusqu'à la monstrueuse baleine. Mais par quels moyens, par quelles ressources la nature, au milieu de ce monde glacé, entretient-elle cette multitude immense d'êtres vivants ? Nous trouvons dans la structure et la condition du monde animal la réponse à cette question.

Ces êtres vivent les uns des autres sur une échelle graduée , le grand dévorant le petit. La base de la nourriture de ces nombreuses tribus du monde arctique se trouve dans le genre des méduses, appelées vulgairement orties de mer. La méduse est une substance douce, élastique et gélatineuse, dont nous trou-" vons l'analogue sur nos propres rivages, et qui nes donne de signe de vie que par une contraction lors= qu’on Ja touche. Au-delà du cercle polaire arctique elle prend un accroissement extraordinaire, et elle est” dévorée avec avidité par les tribus à nageoires de tou tes les formes et de toutes les grandeurs qui s'y trou vent. Ces méduses sont la cause d’une couleur parti culière qui se montre sur une grande étendue de la mer du Groënland, c’est-à-dire sur une superficie. d'environ vingt mille milles carrés : ce qui donne unes idée de la quantité prodigieuse de ces animalcules,« trop petits du reste pour être distingués sans le secours du microscope. M. Scoresby estime que deux milles carrés en contiennent vingt-trois trillards huit cents quatre-vingt-huit billiards de milliards, et comme ces nombre dépasse les conceptions humaines, il a,oute, | qu'il eût fallu quatre-vingt mille individus pour les compter depuis la création. On peut considérer celles mer verte comme la pâture polaire dans le sein dés laquelle les baleines se trouvent toujours en plus grand nombre. Ces énormes cétacés ne tirent pas leur subsistance immédiate de ces particules indivisibles;

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mais celles-ci nourrissent d'autres pelites créatures, qui à leur tour en nourrissent d'autres moins petites, jusqu'à ce qu'en‘in se présentent des animaux assez grands pour offrir une proie suffisante à leurs puissants dévorateurs.

"Parmi les tribus innombrables qui peuplent les mers septentrionales les cétacés occupent le premier rang. Comme ils ne peuvent séparer l'air de l’eau, ainsi que le font es poissons par le moyen de leurs branchies, ces colosses sont obligés de s'élever à la surface pour

"respirer. Ces animaux sont généralement paisibles et paresseux : l'homme envers eux est toujours l'agresseur ; mais la résistance est terrible, et souvent la vie du harponneur est fort aventurée. La baleine a environ soixante pieds de longueur et donne beaucoup d'huile. La queue est le membre le plus actif de ce puissant animal el le principal instrument de tous ses mouvements. Quand elle dresse parfois cette queue en l'air, et qu'elle bat la mer avec violence, l'onde écume, des vapeurs obseurcissent l'atmosphère, ct un bruit semblable au rugissement de la tempête se propage à plusieurs milles de distance.

: Il y a une grande variété de baleines, mais il serait hors de notre sujet de les énumérer ici. Nous dirons seulement que l'espèce appelée spermaceti ou cachalot

est plus particulièrement répandue dans les mer antarctiques ou australes.

Les autres animaux qui fréquentent les régions arctiques appartiennent, pour ainsi dire, tous à la terre. Dans les cavités des rochers ou des glaces habite le formidable quadrupède boréal, l'ours polaire, tyran de-ces climats , qui joint la force du lion à la férocité indomptable de la hyène. Un poil blanc, long , épais etabondant qui le couvre lui permet de braver l'affreux hiver du pôle. 11 souffrirait beaucoup dans nos régions tempérées. Les voyages de Ross et de Parry offrent des détails relatifs à ce dangereux monarque des neiges. arctiques, redouté du renne et du chien, auires animaux de ces contrées.

Nous allons maintenant, et sans plus de préambule, nous occuper des tentalives qui ont eu lieu pour franchir l'Océan glacial, en venant de l’est à l'ouest, ou, en d'autres termes, d'Europe en Asie par l'Atlantique et la mer de Baffin.

m Le premier marin qui se présente dans la lice est Jean Cabot, Vénitien, qui, envoyé à la découverte pour le compte du roi d'Angleterre, en 4497, découvre Terre-Neuve, qu'il nomme Prima Vista, et s'élève jusqu'au 56e degré de latitude nord. Trois ans après celte découverte, Gaspard de Cortéreal, noble portugais, jaloux des progrès de l'Espagne dans le Nouveau-Monde , prend la résolution de s'y diriger par lé nord, et de chercher une seconde route aux Indes. Ibparvient à l'embouchure de la grande rivière du Canada, depuis nommée fleuve Saint-Laurent, et nomme Terra di Labrador (terre de labour) l'étendue de côte située en-decà de 600 , parce qu'elle lui semblait propre à la culture, et rapporte dans sa patrie la découverte d'un détroit (sans doute au nord du cap Chidley, à l'entrée de la baie d'Hudson), qui devait immanquablement conduire dans la mer des Indes : cestle fameux détroit d'Anian , appelé ainsi d’après deux frères de ce nom. Cortéreal repartit en 1504 et revint dans les mêmes parages où il avança beaucoup plus loin vers le nord. Une tempête sépara les deux aisseaux qu'il commandait, et, enveloppé par les glaces, il ne reparut plus jamais; l’on ne put retrouver S& trace. Son frère, Michel de Cortéreal, se mit de Lisbonne en mer avec deux autres bâtiments pour aller à la recherche de l'intrépide Gaspard: mais on n'entendit également plus parler de lui. Vasquez de Cortéreal, chambellan du roi de Portugal, voulut se dévouer le troisième pour suivre les traces de ses frères; mais heureusement le monarque lui en refusa la permission.

Dès l'année 1504 les Normands, les Biscayens et les Portugais pêchaient la morue sur les bancs de

Terre-Neuve. En 1506, Jean Denis, de Honfleur, lève le premier la carle des côtes de l'île. En 1508, un Dieppois en ramène le premier sauvage à Paris. Vers Ja même année, Charles-Quint fait partir Gomez, de la Corogne, pour chercher un autre passage par le nord, à l'exemple des Anglais et des Français. Gomez revint au bout d’un an sans l'avoir trouvé : il n'avait élé que jusqu'au 40e degré de latitude nord.

Absorbé dans ses guerres d'Italie, le roi de France François I envoya cependant Jacques Cartier, de Saint-Malo, avec deux vaisseaux el cent vingt hommes d'équipage, pour participer aux richesses que les Espagnols tiraient des contrées nouvellement découvertes. Cartier fit presque le tour entier de Terre- Neuve, examina la baie de Saint-Laurent, et revint la même année à Saint-Malo. La relation de son voyage piqua tellement la curiosité, qu'il obtint, en 1535, trois nouveaux vaisseaux pour la même destination. Une tempête le força de relâcher dans le port de Saint-Nicolas, à l'entrée de la grande rivière, qu'il nomma le premier baie de Saint-Laurent. I aborda le premier à l’île de l’Assomption, appelée par les naturels Nasticotec, dont les Anglais ont fait Anticosti. Il donna le nom de Sainte-Croix à la rivière appelée depuis rivière de Jacques Cartier, et pénétra jusqu'au lieu maintenant nommé Montréal, d'où il revint dans sa patrie, pour en repartir en 4540 avec François de La Roque, seigneur de Roberval, que François ler venait de nommer vice-roi du Canada, et regagner les côtes de France, au bout de trois années, pendant lesquelles Roberval avait envoyé vers le nord , à la découverte d’un passage aux Indes orientales , son premier pilote, qui ne dépassa point le 52e degré de latitude nord. |

Dans l'intervalle, en 1527, d'après le conseil de Robert Thorne, de Bristol, deux vaisseaux anglais avaient été envoyés dans le nord-ouest : l’un se perdit au nord de Terre-Neuve, et l’autre, après s'être avancé vers le 53€ degré de latitude nord, revint en Angleterre. En 1539 Hore partit de Londres avec deux vaisseaux , reconnut le cap Breton, ancienne découverte française et descendit à Terre-Neuve. Après y avoir éprouvé la plus affreuse disette, au point d'être obligés de se nourrir de chair humaine, les équipages finirent par s'emparer d'un navire français qu'ils aperçurent en vue de l’île, et ils retournèrent à Londres avec ce bâtiment bien approvisionné.

Quelques tentatives infructueuses, faites ensuite par une association de marchands, sous la direction de Sébastien Cabot, association formée dans la vue de découvrir un passage dans le nord-est, firent tourner de nouveau les idées vers le nord-ouest. Un intrépide marin, accoutumé aux glaces et aux tempêtes boréales Martin Frobisher, persuadéd'ailleurs de l'existence d’un passage dans cette direction, oblint du comte de Warwick, ministre de la reine Elisabeth, trois vais seaux de l'Etat, et atteignit le 14 juillet 1576, par 616 de latitude nord, une terre qui lui parut être le Friesland de Zeno, mais qui était en réalité la pointe méridionale du Groënland, près le cap Farewell. Un bafeau dirigé vers la côte ne put y aborder à cause des glaces et d’un épais brouillard. Il tourna à l'ouest, eut beaucoup à souffrir des glaces flottantes, découvrit le 16° août une grande île de glace, qui éclata le lendemain avec un bruit effroyable, et mouilla le 11 en un détroit ou golfe. Dans la nuit du 21 le pont du vaisseau se couvrit d'un pied de neige, et le 26 il remit à la voile pour l'Angleterre, où il rapportait un morceau de marcassite d'or, qui lui valut bientôt le commandement de trois autres bâtiments, pour les mêmes parages , Où il se tronvait en juillet 4577, et d'où il revint avec d’autres pierres luisantes.

La reine Elisabeth, enchantée de Frobisher et des mines d'or dont il avait rapporté des échantillons, plus charmée encore de la possibilité du passage nordouest établie dans le rapport qui lui fut soumis, résolut d'élever un fort sur le rivage nouvellement décou-

vert par ce navigateur, et qui futappelé Meta Incognita. Frobisher fut chargé du commandement de la flottille qui allait porter des pionniers, charpentiers et autres ouvriers ou colons. Après avoir tenté vainement de pénétrer dans le détroit de son nom, Frobisher se trouva fort heureux d'atteindre le détroit de Warwick. Il y trouva d'énormes masses de glace, et revint avec une perte de quarante hommes de son équipage.

Ce fut en 1585 que le navigateur Jean Davis partit d'Angleterre à son tour, dans la vue de chercher ce passage nord-ouest.

Le 19 juillet, il découvrit une terre hérissée de montagnes toutes couvertes de neige, et qu'il appela éerre de Désolation : les glaces la rendaient entièrement inabordable,

Le 29, il vit une autre terre par 640 15’ de latitude nord avec des hâvres commodes et des golfes, dont l'un reçut le nom d'entrée de Gilbert, aujourd'hui Good-Hope.

Le 6 août, par 660 40’, il trouva une nouvelle terre qu'il nomma par la suite ie de Cumberland. Davis doubla le cap méridional et trouva un détroit fort large, qui porte aujourd'hui son nom : il ne douta pas que ce ne fût le passage tant désiré. Après y avoir avancé soixante lieues, le mauvais temps l'obligea de revenir , et en effet il était de retour en Angleterre en 1585.

Le 7 mai de l'année suivante il repartit avec quatre vaisseaux, pour aller toujours à la recherche du passage aux Indes. Il relâcha par 64° de latitude nord, dans le hâvre de Gilbert, sur la côte occidentale du Groënland.

Le 4er août il découvrit une terre, par 66° 33’ de latitude nord, 70° de longitude ouest de Greenwich. IL reconnut encore, par 70° 149’, une terre à la distance de soixante-dix lieues, qu’il venait de quitter. En revenant au sud, il trouva par 569 un hâvre où il mouilla, et après avoir essuyé quelques tempêtes, il prit le parti de retourner en Angleterre, laissant deux de ses vaisseaux qui le quittèrent vers cette latitude. Ces vaisseaux , après diverses tentatives infructueuses, rentrèrent dans la Tamise en 1586.

Dès le mois de mai de l’année suivante, Davis repartit avec trois vaisseaux ; et le 16 juin il prit terre sur Ja parlie occidentale du Groënland , par 640 de latitude nord. Il atteignit ensuite les parages de l’île Disco, par 67° 40’, et s'avança jusqu'à 72° 12°. Il nomma London-Coast toute cette partie du Groënland, et Hope-Sanderson, la plus septentrionale qu'il reconnut. Ayant rencontré beaucoup de glaces le long des côtes, il ne put les longer. Toutefois, il arriva, le 20 juillet, à l'entrée du détroit de Cumberland, et le 23, après avoir fait soixante lieues, il jeta l'ancre au milieu d'un groupe d'îles qu’il appela ê/es de Cumberland. En revenant par la même route, il découvrit, entre 630 62’ de latitude nord, un passage qu’il nomma le détroit de Lumley.

Le 31 juillet, il vit un promontoire qu'il nomma cap Warwick, au sud-ouest du Groënland.— Le 46r août, il vit au sud-ouest, par 610 10° de latitude nord , un cap qu'il nomma cap Chidley. 1] atteignit ensuite l'île Darey. C’est de là qu’il remit à la voile pour l'Angleterre.

Tant de voyages entrepris par d'excellents marins eussent fait désespérer sans doute de la possibilité de trouver le passage nord-ouest, s’il ne se fût trouvé par intervalles des hommes qui, trompeurs ou trom— pés, assuraient que ce passage existait réellement. C'est ainsi que le capitaine Lancaster, envoyé en 1591, avec deux escadres aux Indes, transmit en Angleterre la grande nouvelle que le même passage septentrional était au nord-ouest de l'Amérique, par 62 30° de latitude nord. On fut d'autant plus disposé à y ajouter foi, dans un temps où l’on ne rêvait que passage nordouest, que des Portugais, prisonniers en Angleterre, affirmèrent qu'un vaisseau de leur nation, naviguant le long des côtes de la Chine, avait trouvé au 5be de-

gré de latitude nord une mer libre. Aussitôt deux compagnies expédièrent deux vaisseaux commandés par le capitaine Weymouth, qui, le 28 mai 1594, aperçut le promontoire Warwick à la partie méridionale du Groënland. Il reconnut ensuite le détroit de Lumley au commencement de juin, par 600 33; il.vit le continent tout couvert de neige, et bientôt il ne Jui fut plus possible de man&æuvrer.

Le 25, à 610 40’ de latitude nord , il découvrit l'entrée d’un détroit que les vents violents et les maladies l'empêchèrent d'explorer un peu loin.

Le 5 juillet, il en était sorti pour revenir vers le sud, le long de la côte d'Amérique. A son retour, il prétendit avoir fait trente lieues entre 55° 50° et 550 30° de latitude nord, dans un passage qu'il supposa être celui que l’on cherchait.

Depuis l'expédition du seigneur de Roberval, nommé vice-roi du Canada, la France avait perdu de vue ces contrées. Henri IV, qui en avait entendu parler, y envoya plusieurs vaisseaux, dont les découvertes furent presque nulles. Champlain, gentilhomme français, trouva toutefois le lac qui porte son nom, et une autre communication du lac Supérieur avec les lacs Dinipig et Bourbon, joints à la baie d'Hudson par la rivière Bourbon ou Nelson.

Les nombreuses découvertes faites à l’occasion de la recherche du passage, par les différentes nations de l'Europe, engagèrent aussi le roi de Danemark, dont les ancêtres comptaient le vieux Groënland parmi leurs domaines, à expédier, pour les mêmes parages, des vaisseaux confiés à l'amiral Lindenau, qui alla relâcher sur la côte orientale du Groënland. Il y avait vu des

naturels qui vinrent sans défiance à bord de son vais-

seau : il en retint deux, et repartit pour Copenhague. Il avait trouvé sur les côtes occidentales du Groënland plusieurs hâvres, de beaux sites et de bons pâturages. il y trouva aussi du soufre brûlant, à plusieurs endroits, et de l'argent sous la forme de poudre noire. Il nomma Christianus, d'après le roi son maître, le cap méridional situé par 59° 59° de latitude nord. Après avoir été quelque temps dans un hâvre, par 59° 69°, où il échangea du fer et des clous contre des peaux de veaux marins, des cornes de narval, des dents de morse et des fanons de baleine, il fut subitement attaqué par les habitants, qui lui lancèrent des pierres et des flèches, et se retira dans un hâvre qu'il nomma hâvre du Danemark. Pius loin, par 60° de latitude nord, ayant éprouvé de nouveau des hostilités de la part des naturels, il en prit trois qu’il amena au roi de Danemark. Avant de quitter le Groënland, il mit à terre plusieurs criminels condamnés à mort.

Le 16 juillet, vers 56° de latitude nord, il était parmi des glaces flottantes, dont le courant allait au nordouest. En approchant du détroit de Davis, un courant très fort l'avait poussé vers le nord, contre les côtes de glace de l'Amérique; mais sur les côles du Groën= land le courant se dirigeait constamment vers le sud. Le 10 août 1605, Lindenau était de retour dans la rade d'Elseneur.

Le succès partiel de ce voyage détermina le roi de Danemark à envoyer, l'année suivante, cinq autres vaisseaux, qui, parlis de Copenhague le 27 mai, arrivè= rent le 4 août au Groënland, entrèrent dans plusieurs hâvres, etrevinrent en Danemark le 5 octobre suivant, avec quatre des naturels qu'ils avaient pris. L'année suivante encore, il partit du port de Copenhague deux vaisseaux qui, sortis du Sund le 4% mai, reconnurent le Groënland le 8 juin, mais furent séparés par les glaces. L'un de ces vaisseaux aborda en Islande.

En 1606, les Compagnies anglaises, de Russie et des !

Grandes-Indes, envoyèrent de nouveau plusieurs bâ= timents à la recherche du passage que Weymouth croyait avoir entrevu , et sur lequel on donnait des renseignements par oui-dire, mais qui semblaient ap= procher de la certitude. Cette expédition atteignit le 58e degré de latitude, et dut revenir sans plus de succès que les précédentes.

Ces échecs répétés n’empêchèrent pas la formation en Angleterre d'une nouvelle compagnie qui fournit les fonds nécessaires pour trois expéditions, dont le commandement fut donné à Henri Hudson. Il devait chercher le nouveau passage.aux Indes par trois routes différentes, savoir : celle du pôle, celle par le nordest et celle par le nord-ouest. Après avoir échoué dans les deux premières directions, il prit la troisième en 1610. IL était au mois de mai sur la côte d'Islande, le & juin, par 66° 34’, en vue du Groënland; le 45, en vue de la terre de Désolation, par 59° 27; le 23, par 56° 49°, au milieu d'immenses montagnes de glaces ; le 23 juillet, par 6io 63’, il vit la terre de Labrador. Enfio, il entra dans un vaste golfe qu'il explora, et qui porte encore son nom :il y passa l'hiver. Au retour du privtemps l'équipage, où l'esprit de mutinerie s'était déjà manifesté sur la côte d'Islande, se révolta contre Hudson , qui fut jeté avec son fils en bas âge, et sept autres personnes, dans une chaloupe sur laquelle ils périrent. +

En 1612, une autre expédition partit d'Angleterre, arriva dans le détroit d'Hudson, où elle fut retenue par les glaces. Elle se rallia bientôt à celle de Thomas Button ; mais il n’étendit pas ses recherches au-delà du 65e degré de.latitude nord.

En 1614, sur le rapport de Button, une société anglaise fit mettre à la voile un nouveau bâtiment qui, à l'entrée du détroit d'Hudson, fut enveloppé par les glaces et porté dans une baie de la côte de Labrador par 58° 30° latitude nord. Après y avoir séjourné pendant six semaines, ce bâtiment, qui y avait été exposé aux plus grands dangers, reprit le chemin de l’Angleterre. L'année suivante, Bylot fut envoyé par la même société à la recherche du passage introuvable. À 610167, il entreprit de s’avancer à travers les glaces, dans l’espérance que les fortes marées en débarrasseraient successivement Ja mer. Après avoir navigué longtemps au milieu de ces masses, il apereut, le 27 mai, les îles de la Résolution, où il mouilla. Le 8 juin, il arriva aux îles Salvages par 6% 32° de latitude nord. Le 4er juillet, il découvrit, par 64 latitude nord, un groupe d'îles qu'il nomma Mill-Isles (îles du Moulin }, à cause du bruit que faisaient les glaces en s’entrechoquant. Arrivé par 65 25’ latitude nord, 86° 10° longitude ouest, il rétrograda, et repartit pour l'Angleterre.

Ces éternelles et infructueuses tentatives dans une mer encombrée de glaces, loin de rebuter l'association pour la découverte du passage nord-ouest, ne parurent que lui donner un nouveau courage. En 1616, elle fit rh le même Bylot, en lui donnant pour jee Wiliam Baffin. Les instructions remises à ces deux intrépides marins portaient de pénétrer dans le détroit de Davis, de longer la côte du Groënland jusqu'à 800, de revenir au sud jusqu’à 629 latitude, de courir par cette latitude à l'ouest, de franchir le détroit de Behring, de gagner le Japon, et de terminer leurs voyages par l'exploration des pays situés au nord de Java. Le vaisseau la Découverte, équipé pour la cinquième fois, appareilla du port de Londres le 26 mars, et se trouva, le 44 mai, dans la mer de Davis par 650 20’ latitude nord. Il jeta l'ancre par 70° 20° près de London-Coast. Le 30 mai, on vit Hope-Sanderson par 72° 20’. On aborda plus au nord par 720 45”, à trois îles que Bylot nomma Women s-1slands (îles des Femmes), parce qu’on n'y trouva que des femmes pour habitants. Le 40 juin, par 730 45°, ne pouvant plus manœuvrer, vu la prodigieuse quantité de glaces, on relâcha dans un golfe que l'on nomma Horn-Sound , à cause des cornes, ou, plus exactement, des dents de narval que les indigènes apportèrent au bâtiment. Quelques jours après, les glaces s'élant en partie dissipées, on relourna aux îles des Femmes, d'où l’on put cingler vers le nord. A la Saint- Jean, par 76° 25’, on trouva un beau promontoire auquel on donna le nom de Dudley-Diggs , celui d’un des membres de la Compagnie. À douze lieues, on découvrit une belle entrée formant plusieurs anses, puis une vaste baie que Bylot nomma baie de la Baleine, à

cause de la quantité de baleines qu’il y trouva par 770 30° latitude nord. Le vaisseau sortit de cette baie, à l'ouverture d’une autre qui fut appelée baie de L’Alderman-Jones. Le 12 juillet, on arriva, par 740 90’, à une autre baie que Bylot nomma détroit de Sir James- Lancaster. On rasa un banc de glace qui s’étendait le long du rivage vers le sud. L'espoir de trouver un passage s’évanouissait de plus en plus. Bientôt l'on fut environné par les glaces ; on arriva, sous 76° 40° de latitude nord, vis-à-vis le détroit de Cumberland. L’équipage était très affaibli, et il fallut revenir à la côte du Groënland, d'où le vaisseau repartit pour l’Angleterre.

Cet insuccès refroidit l'ardeur de la société, Depuis ce moment, plus d’un demi-siècle va s'écouler sans que l’histoire des navigations offre rien de relatif à la recherche du passage nord-ouest. Ce n’est qu’en 1719 que la compagnie anglaise, qui, en 1669, avait obtenu de Charles II une charte avec de grands priviléges encore aujourd'hui subsistants, pour explorer la baie d'Hudson, résolut d'équiper deux vaisseaux avec mission de chercher le mystérieux passage. L'expédilion échoua dans un hâvre de cette baie ou mer. On soupconna la compagnie de cacher le passage; et, pour faire taire les calomnies, elle expédia, en 1737, un sloop, qui ne fut pas plus heureux dans ses recherches,

Une discussion s'était élevée entre deux navigateurs cmployés par celte même compagnie, Middleton et Dobbs. Ce dernier accusa le premier d'être de connivence avec elle pour soustraire le passage à la connaissance du public. L'opinion se prononca en faveur de Dobbs. Le parlement vola une récompense de 20,000 livres sterling à l'heureux navigateur qui le premier trouverait un passage de la mer d'Hudson dans le Grand-Océan. Deux vaisseaux partirent de Gravesend le 20 mai 1746. Après quelques tentatives inutiles pour trouver le passage désiré, ils retournèrent en Anglelerre.

L'histoire des navigations, depuis celte époque jusqu'au troisième voyage de Cook, n'offre plus aucun détail qui ait trait au passage nord-ouest. Cook eut mission de chercher ce passage par le Grand-Océan. Il s'éleva jusqu'à 70° 45’ latitude nord, où la glace fixe mit un terme à ses progrès.

Plusieurs voyages pédestres avaient eu lieu aussi pour aider à la découverte du passage nord-ouest. Hearne entreprit les siens pour le compte de la compagnie de la baie d'Hudson. Il se mit la première fois en route le 6 novembre 1769, et revint au bout d'un mois, après avoir épuisé toutes ses provisions. Il repartit le 23 février 1770. Un coup de vent lui ayant, le 11 août, brisé son quart de cercle par 63° 10° latitude nord, 40° 40’ longitude ouest du point du départ, il revint au fort du Prince-de Galles le 25 novembre, après bien des privations et des fatigues. Il avait un courage si ferme que, le 7 décembre, il entreprit son troisième voyage. Le 16 juin 1771, il fut par 67° 30° latitude nord. Du 17 au 20, il marcha environ soixante-quinze milles sur les anses et les baies du lac Codged, qui étaient encore toutes gelées. Le dégel ne commença que le 21. Il s'arrêta environ quinze jours sur la rivière Conge-Cathawhachaga , par 68° 46° latitude nord, 240 9 à l'ouest du fort du Prince-de-Galles, situé sur la baie d'Hudson, ou par 118° 15° longitude ouest de Greenwich. Le 7 juillet, il traversa le lac Buffalo, dont la glace était encore très solide. Du 10 au 12, il fit très chaud vers le milieu du jour; le terrain se trouvait garni de saules et de pins rabougris aux approches de la rivière de Cuivre, que Hearne trouva navigable à peine pour un canot du pays, remplie de bas-fonds et de cascades. À environ trente milles anglais de la mer, les bois finissaient; le pays ne présentait que des hauteurs stériles et de vastes marais. Enfin, le 17 juillet, il vit la mer Glaciale, où l'embouchure de la rivière de Cuivre ( Copper mine) était fermée par une barre ou récif. Le point extrème du voyage fut par 710 54 lati-

oo mo em me

tude nord, 120° 30° longitude ouest de Greenwich. A dix lieues de l'embouchure de la rivière est une mine de cuivre, où Hearne ne découvrit qu'un seul morceau de cuivre digne d’être recueilli. Après avoir pris possession du fleuve au nom de la compagnie de la baie d'Hudson, il regagna le fort, où il fut de retour le 30 juin 1772.

Dix-sept ans après lui, le Canadien Mackenzie enreprit un voyage plus grand et plus audacieux encore, tant pour explorer la partie d'Amérique située à l’ouest du territoire de Ja compagnie d'Hudson, que pour tenter aussi le passage si souvent et si vainement cherché. Il s'embarqua au commencement de juin 1789, sur le lac Chepawyan ou des Montagnes, situé par 58° 40° latitude nord, 1280 39° 45” longitude ouest ; il entra dans une de ses branches occidentales qui joint la rivière Unjiga ou de la Paix, nommée plus au nord rivière d'Athapescow où des Esquimaux. De ce lacil pénétra, le 29 juin, dans la rivière Mackenzie, qui le conduisit, le 12 juillet suivant, sur le bord de la mer Glaciale par 690 4” latitude nord, 1170 50’ longitude ouest. L'embouchurede la rivière de Mackenzie, comme celle de la rivière de Cuivre, est remplie d'îles qui forment une multitude de canaux, et se prolongent bien avant à l'est. Cette première excursion employa cent deux jours. Mackenzie revint au fort de Chepawyan, où il fut de retour le 12 septembre.

Le 12 octobre 1792, il partit de nouveau, remonta la rivière de la Paix jusqu'à 560 9’ latitude nord, 1350 43° longitude ouest, et arriva en vue des montagnes rochenses. Après beaucoup de fatigues el de privations, en voyageant tantôt par eau tantôt par terre, il atteignit, le 21 juillet, le rivage du Grand-Océan par 520 19° 20” latitude nord, 1300 52° 35” longitude ouest, à la pointe marquée par Vancouver.

Les deux voyages de Hearne ét de Mackenzie établirent que le continent de l'Amérique septentrionale n'est interrompu par aucun canal depuis 520 jusqu'à 71° de latitude nord. Les voyages subséquents, notamment ceux de Franklin et de Richardson, qui sont les plus récents, ont complété l'exploration du littoral américain boréal de l'ouest à l’est jusqu'au cap Turpagain. |

En nous résumant sur les tentatives qui ont eu lieu pour trouver un passage maritime au nord de l’'Amérique, nous voyons, en partant de l'océan Atlantique, que le premier succès fut obtenu en 1585, par John Davis, lequel découvrit le détroit qui porte son nom. Nous voyons ensuite Henri Hudson donner son nom à la portion de mer où il périt en 1611, et Baffin, en 1616, découvrir et nommer d’abord la er de Baffin, puis le détroit de Lancaster, ce dernier par 74° 20° latitude nord. Le détroit de Behring, qui joint la mer Glaciale au Grand-Océan, fut découvert, en 1729, par le navigateur de ce nom. Le capitaine Cook pénétra dans ces parages en 1779; Kotzbue les revit en 1815 et 1818, et pénétra beaucoup plus loin à l’est, où le capitaine Beechey, de 1825 à 1828, signala de même son apparition.

Quant aux explorateurs dont il va être question, nous verrons, en 1818, le capitaine Ross explorer toute la baie de Baffin, et de 1849 à 1827, Parry, continuer les relèvements des côtes de l'est à l'ouest sur une étendue très considérable, pendant que, de l'ouest à l'est, Franklin faisait les siens; et tous ces relèvements étaient si avancés, qu'en 4829, lorsque le capitaine Ross entreprit son second voyage, il n'y avait plus à explorer que cent cinquante milles à l’ouest, du côté du détroit de Bebring, et cinq cents milles à l’est, enle le cap Garry, où se sont arrêtées les explorations du Capitaine Parry, et le cap Turnagain, limites des excursions du capitaine Franklin. Le résultat de la dernière Cxpédilion de Ross a été la découverte, d'abord de Ja terre du roi Guillaume; puis de l'isthme et de la péuinsule de Boothia, du golfe de Boothia, de la mer occidenfale du Roi Guillaume, et de la véritable position du pôle magnétique s‘pteutrioual. Quant à la ques ion

es

d'un passage au nord-ouest, il est clairement. établi qu'il n’en existe aucun par le canal du Prince-Régent, ou au sud de 740 latitude nord, et qu'il faut le chercher au-delà de ce parallèle.

En dernière analyse, partant du cap Garry, point extrême des explorations du capitaine Parry, celles du Capitaine Ross se sont étendues jusqu'à 69° Jatitude nord, et entre les longitudes de 89 ct 990, se terminant | à l'endroit qui a été nommé pointe Franklin. De là Ross a exploré cette portion du continent septentriopal de l'Amérique , en relevant des lacs nombreux et des rivières, Il a, en arritant au bord occidental de l'isthme de Boothia, reconnu toute la portion de Ja côte située entre 729 30’ et 690 latitude nord, 89 et 99o longitude ouest.

Voilà donc le dernier résultat de nos connaissances relativement au continent septentrional de l'Amérique, depuis le détroit de Behring jusqu'à la baie de Baffin : à commencer du détroit de Behring, et à partir du cap Barrow de Beechey, la côte a été l'objet d'observations nauliques, et par conséquent peu minutieuses, souvent même peu exactes; de là, à la pointe Back de Franklin. Ici, et jusqu'à l'embouchure de la rivière Mackenzie, qui est la seule découverte du voyageur de ee noi , elle a été relevée de nouveau par Richardson, jusqu'au débouché de la rivière Coppermine, qui est la seule découverte de Hearne sur la côte. De Ià, à la pointe Turnagain , sont les découvertes de Franklin, après lesquelles, dans la direction de l’est. jusqu'à la pointe Franklin , il exisie une lacune de deux cent vingt-deux milles. Bref, le blanc qui reste aujourd'hui sur la carte entre ce point et la terre la plus à l'ouest que Ross ait touchée ou constatée par les modes ordinaires d'observation, se monte à cinq cents milies anglais.

Nous ne parlons pas des dernières et récentes explorations du capitaine Franklin, intrépide marin, qui s'est perdu il y a déjà quelques années, dans les glaces polaires, el à la recherche duquel, en 14850 et 1852, on a envoyé divers bâtiments, dont les plus minutieuses investigations à travers les glaces n’ont pu encore rien découvrir: Ces recherches se continuent en 1853. Et si un passage nord-ouest existe en effet, il ne pourra : plus échapper aux efforts des navigateurs généreux qui se dévouent ainsi pour les intérêts de la science et de l'humanité.

ÂALBERT-MONTÉMONT.

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