‹ Voyages autour du mondeChapitre 2 sur 21 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

livres peut produire un effet inattendu. Cette revue rapide du globe, ce coup d'œil jeté presque à la fois sur tous les peuples peut laisser Timpression qu'après tout la race humaine est homogène. Dans ce volume, on voit une femme du monde, fille d'un riche négociant de Vienne et veuve d'un avocat de Lemberg, se mettre sans préparation à parcourir l'univers. Elle a visité l'Islande et navigué sur les grands lacs de l'Amérique du Nord, comme elle a doublé les caps qui terminent au sud la Patagonie et l'Afrique. Elle a étudié d'un même point de vue, celui d'une étrangère, les civilisés de Londres, de Paris ou de Canton; mais elle a descendu au fond de la sauvagerie, jusqu'aux Alfores et aux Dayacs de la Malaisie ; elle a pénétré jusqu'aux Battacs, anthropophages de Sumatra. Tous les intermédiai):es qui unissent ces extrêmes, elle les a entrevus. La gamme entière de la civilisation, elle l'a parcourue ; de même qu'elle a indiqué les nuances par lesquelles la peau de l'homme passe du noir au blanc^ et les modes du vêtement, depuis celui qui cache les Mabométanes de Bender-Boucher, jusqu'à celui qui ne couvre pas les Californiennes ; elle a constaté toutes les variations de la décence. Ces différences si rapidement passées en revue ne donnent qu'une conséquence principale : c'est qu'elles sont à la superficie d'une race qui est partout la même. Le teint de la peau, le costume, le langage, les mœurs et les constructions ; oui, tout cela est variable. Ce qui ne Test pas, c'est l'attitude ou la forme générale du corps; ce qui l'est moins encore, ce sont les facultés spirituelles ou l'âme. La nature, par les rigueurs du clifnat comme par

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les amollissements de la chaleur ; par la pénurie comme par la profusion de ses dons, peut écraser Thomme, c'est-à-dire, en lui enlevant l'énergie, arrêter le développement des aptitudes de Tesprit; mais, à l'état même latent, ces facultés demeurent les mêmes. L'homme par • tout libre de ses actions se sent partout responsable; si bien que, même chez les cannibales, madame Pfeiffer a trouvé la probité, l'honnêteté à tenir ses engagements, en un mot les marques de cette moralité que dicte en tous lieux et que répète dans les mêmes termes, la conscience, à chaque homme.

Ce n'est pas pour fournir des arguments à quelque système religieux, philosophique ou scientifique que madame PfeiSer s'était mise en route. Aussi n'a-t-elle raconté ses voyages que pour les raconter, nullement pour prouver quelque chose. Et c'est justement cette absence de projet qui donne le] plus de valeur à ses témoignages. En religion, elle est catholique et tolérant^; en politique, raillant les prétentions aristocratiques, elle admire complaisamment les résultats de la démocratie américaine; en philosophie, elle n'a que le bon sens vulgaire ; en fait de science, elle ne connaît que l'histoire naturelle, sans qu'elle en parle jamais, si ce n'est pour indiquer qu'elle fait des collections. Elle n'a donc pas de preuves à établir; aussi ses observations manquent de système comme de préjugé. Ses yeux voient et ses oreilles entendent bien, car son esprit reste tout grand ouvert^ ne s'étant pas abstraitdans une certaine ligne de réflection, dans une direction d'études, et n'ayant pas subi des habitudes qui s'y seraient Invétérées. Son témoignage est vrai^

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