LANGUE
L'un des faits qui étonnèrent le pl s les premiers navigateurs appelés à parcourir le grand Océan, est la conformité des dialectes dans toutes les îles.
L'O - taïtien' qui accompagna Cook s'entretenait facilement, dès son arrivée à la Nouvelle-Zélande, avec les habitans de cette terre , au point de pouvoir soutenir une controverse théologique avec quelquesuns de ceux qui abordèrent les vaisseaux anglais. Le dialecte de Tongatabou diffère moins encore de celui des autres îles; les habitans de Sandwich, des Marquises et d'0-taïti s'entendent en peu de jours ; et des navigateurs qui ont visité l'île de Pâques , avec des Indiens de Sandwich , des îles des Amis, de la Nouvelle-Zélande, d'0-taïti et des îles intermédiaires, m'ont tous assuré , comme j'en ai moi-même fait l'expérience, que ces individus s'entendaient parfaitement avec les habitans de cette île isolée et éloignée de douze à treize cents milles de toute île habitée ,
connue jusqu'il ce jour. Il n'est donc pas douteux que les habitans des îles en longitude occidentale n'aient tous la même origine. Pour mieux le prouver encore , je citerai quelques-unes des règles fondamentales de leur syntaxe et des formes de leur phraséologie, qui , tout en démontrant l'identité de leur berceau , donneront une idée du génie si sublime , dans leur simplicité toute primitive , de ces dialectes parlés par tant de peuples , qui vivent à des distances si considérables des autres ; mais , si ces dialectes ont beaucoup de rapports entr'eux, ils en ont aussi quelques-uns avec celui des Malais. C'est un fait incontestable; l'analogie de leurs noms de nombre suffirait pour le prouver. 11 y a aussi quelques rapports entre plusieurs des usages des Indiens de rOcéanie et ceux des Indiens du continent de l'Amérique , sans que ni l'une ni l'autre de ces analogies puisse être regardée comme démontrant positive-» ment l'identité de leur origine.
Ce chapitre se divisera tout naturellement en deux sections, dont l'une réunira les principales règles grammaticales de la langue océanienne générale , en prenant pour type celle d'0-taïti , dont tous les autres idiomes de l'Océanie ne sont que de^ dérivés plus ou moins directs ; et établira , par le fait , la parfaite identité de ses formes et de son génie avec ceuF de chacun d'eux. La seconde section, en appuyant l€S principes énoncés dans la première , aura pour i^t spécial de présenter quelques observations et
— 3^7 -quelques exemples propres à donner une idée sommaire du caractère général de la prose et de la poésie , dans la langue océanienne,
SECTION PREMIÈRE