X. Matatini , patron des faiseurs de filets
B. Oromatouas.
Cette seconde classe des dieux se composait de tous ceux qui étaient l'objet d'un culte privé. C'étaient les dieux domestiques ^ les dieux lares. Il paraîtrait qu'il y en avait de deux espèces : les Oromatouas proprement dits , et ceux que je désignerai par le nom générique de Génies , faute de pouvoir leur donner un nom spécial.
A. ) Oromatouas proprement dits.
Les Oromatouas proprement dits , à la diflférence des Atouas , souvent médians et vindicatifs , se montraient , la plupart du temps , bienveillans et paisibles ; mais , néanmoins , toujours rigides. Ils maintenaient la paix dans les familles, et punissaient de maladies et d'autres maux les moindres disputes ou dissensions domestiques, frappant indistinctement les querelleurs eux-mêmes , leurs enfans et les personnes qui leur étalent le plus chères.
Les Oromatouas proprement dits , chargés des intérêts des familles , et qui , à ce titre , sont assez bien désignés pour nous par la dénomination de dieux lares , pourraient , tout aussi convenablement , être regardés comme les dieux raines {dii mânes)»
1° Les varoua taata , àmèsou esprits des hommes et des femmes morts dans chaque famille ;
3° Les érïorïo , esprits des enfans morts en bas
âge;
S** hes pouara , esprits des enfans quon tuait à leur naissance , et qu on supposait revenir dans le corps des sauterelles.
B. ) Génies.
Ces Génies étaient une espèce de dieux tutélaires que chacun prenait à sa fantaisie, sans choix, sans distinction , sans motif au moins apparent de préférence , parmi les êtres quelconques qui s'offraient à sa vue, depuis le vil reptile qu'il écrasait sous les pieds, jusqu'au requin vorace qui l'attaquait au sein des flots. Dès qu'il avait ainsi choisi l'un de ces êtres , reptile , poisson ou autre animal, les animaux domestiques exceptés , l'objet de son choix devenait , aussitôt , pour lui, un objet de vénération, auquel il confiait ses craintes , qu'il consultait sur ses projets, et dont il attendait, surtout, ces secours, ces petits avantages , ces petites jouissances de tous les jours qui faisaient tout le charme de sa vie. Dès lors cet objet était, à ses jeux , l'image symbolique de la divinité , ou plutôt la divinité elle-même.
Quelle peut être l'origine de cette étrange coutume , dont les Indiens même ne donnent aucune raison ? Je n'ai pas encore pu la découvrir. Ce n'était ni le respect que quelques sectes de l'Inde professent pour tous les animaux , ni l'adoration générale de
quelques-uns, comme chez les Egyptiens. Cétait la vénération personnelle de tel ou tel individu pour tel ou tel animal, tandis que ses compatriotes méprisaient ce même animal , ou , tout au moins , le regardaient avec indififérence , non sans avoir , de leur côté , fait choix de tel autre , dans le même but et sous les mêmes restrictions.
Je ne vois que deux explications plus ou moins plausibles de ce culte singulier. La première est quils croyaient que plusieurs animaux, sinon tous, avaient reçu l'existence par transformation ou métamorphose; et leurs légendes, ainsi que leurs péhés , ou chants sacrés et historiques , rappellent mille circonstiaces , où tantôt leurs dieux de toute espèce , tantôt les hommes se changent ou sont changés en poissons ou autres animaux,- mais, si telle était Tori- gine de la coutume indiquée , la vénération pour ces animaux , au lieu d'être constamment individuelle y n aurait-elle pas été générale et indiflféremment appliquée à tous les êtres ? La seconde explication à donner , peut-être , de l'objet qui nous occupe , c'est que les Océaniens avaient effectivement quelqu'idée delà métempsycose iricjiçnne; car, non-seulement des hommes pouvaient être inspirés parles dieux, mais encore l'esprit des dieux pouvait passer dans le corps des animaux , ce qui avait lieu , par exemple , relativement aux requins, qu'on n'adorait certainement pas pour eux-mêmes, mais parce qu'ils étaient animés de l'esprit des dieux dont ils portaient les noms. Parmi
les hommes aussi , Tesprit d'un mort revenait souvent dans le corps même de l'animal qu'il avait révéré pendant sa vie. Quand un Indien était malade , rapproche du poisson, de l'oiseau ou du reptile , objet de son adoration , annonçait infailliblement sa mort. C'était son dieu qui venait recevoir son esprit. Quand, après son trépas , son ancien fétiche se rapprochait des lieux qu'il avait habités , ce n'était plus le dieu du défunt, mais bien son esprit, qu'on y voyait reparaître ; et , dans ce cas , il n'était pas rare de voir des mères , à qui la mort avait enlevé leurs enfans , s'approcher , avec tendresse, de ces prétendus esprits des objets de leurs regrets, leur parler , les nourrir, les inviter à revenir souvent , et ne s'en séparer qu'en versant des torrens de larmes.
Quoique la croyance en cette transmigration ne fût pas générale , elle pourrait bien avoir occasionné les égards qu'ils montraient aux êtres vivans en général (i). Il n'est même pas impossible que cette croyance, qui nous semble aujourd'hui dégradante et ridicule presqu'à l'égal du fétichisme africain , ait eu, primitivement , un but aussi louable qu'utile ; car des siècles d'ignorance et de barbarie ont pu faire dégénérer en superstitions absurdes telles institutions
(i) La douceur avec laquelle ils traitaient tous les animaux était vraiment remarquable ; car, s'ils en tuaient un grand nombre pour s'en nourrir , au moins n'en maltraitaient-ils aucun , poussant la générosité jusqu'à laisser vivre même les plus incommodes , comme les rats , etc.