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établies , à des époques inconnues, dans des vues raisonnables d'ordre et de bien-être social (i).
Or , quelle qu elle soit aujourd'hui , cette pratique a , dans le fond, produit beaucoup de bien en ces îles ; car , indépendamment mé^pe de ce qu'on lui doit l'extrême douceur avec laquelle leurs habitans, sous tant d'autres rapports si barbares, traitaient tous les animaux , elle l^s fit s'abstenir, non-seulement de tout meurtre inutile , mais encore de ces cruelles jouissances qu'on cherche si communément à se procurer ailleurs, en poursuivant, tourmentant et dérangeant , en pure perte , dans leurs plaisirs et dans leurs amours, tant d'être innocens et paisibles, qui , sans jamais nous faire le moindre mal , animent et égaient de leur présence les scènes parfois monotones de notre vie , charment notre vue par l'éclat de leur parure et notre oreille par leurs concerts.
Tiis.
Les Tiis étaient fort nombreux. Ils étaient fils de Taaroa et de la Lune ( Hina ).
(i) Pour peu qu'on songe à Tétat dans lequel s'est souvent trouvé ce peuple , état dont il a conservé le souvenir , il est certain que , sans cette espèce de vénération , il eût , en des imomens d'une affreuse disette , détruit tous les animaux; et |jeut-être même les privations qu'il a éprouvées , quand il était trop nombreux , expliquent-elles pourquoi il se trouve aujourd'hui si peu d'animaux dans l'Océanie.
Celaient des esprits inférieurs aux dieux qui , d'après la cosmogonie et Vusage qu on faisait de leurs images, servaient, en quelque sorte , d'intermédiaire et de ligne de démarcation entre les êtres organiques et les êtres inorganiques , dont ils indiquaient et maintenaient, contre toute usurpation, les droits, les pouvoirs et les prérogatives.
Je reproduis ici, telle qu elle m'a été donnée , la légende qui paraît renfermer Thistoire de leur naissance, en même temps que l'indication des noms et des attributions de plusieurs d'entr'eux.
Taaroa dormait a-veo la Lune, et d'eux naquit Tii.
Tii dormait avec la femme Ani ( désir , souhait ).
D'eux sont nés :
Désir de la nuit; | désir du jour , désirs des dieux , désirs des hommes.
( Surveilians de la mort, delà vie, des intérêts des dieux, des intérêts des hommes. )
Taoto aéra Taaroa ia Hina nou noui té marama. Dormait Taaroa aveo Hina la grande de la lune.
Fanau aéra Tii.
Et d'eux naquit Tii.
Toato ouéra Tii té vahiné ia ani.
Dormait Tii avec ia femme Âni , désir, souhait.
Messager de l'obscurité , des tom« beaux ou de la mort.
Sont nés après :
Héémaira mourir o ani té po.
Sont nés d'eux :
Désir de la nuit.
O ani té ao.
Désir du jour , messager de la clarté et de la TÎe.
O ani îé atoua.
Désir des dieux, messagers ou snrveillans des intérêts des dieux.
O ani té iaata.
[Désirs des hommes., messagers ou surveilians des intérêts des hommes.
ffumaira mouri.
Sont nés après :
Tii mara outa.
Tii de l'intérieur , surveillant des animaux
Tii de l'intérieur Tii du dehors , Tii des sables et
rivages , Tii des roches et
parties solides.
(Surveilians des animaux, des plantes , de la mer, de la séparation de la terre et de la mer.)
Sont nés après :
Evénemens de lai nuit , événemensi du jour , l'aller eti le venir, le donner et le recevoir du
Tii maratai.
Tii u dehors ou de la mer.
des plantes , etc.
'Gardiens des poissons et de tout ce qui est dans la mer.
Tii mara oné.
Tii des sables et vantes.
rivages , ou terres mou-
Tii mara papa.
I Tii des roches et parties solides.
Gardiens chargés de maintenir la séparai ion entre la mer et la terre et de prévenir les empiétemens de l'une sur l'autre.
plaisir.
Eoumaira mouri.
Sont nés après :
Oroo té po.
Evénemens de la nuit , de l'obscurité ou de la mort.
Oro té ao.
Evénemens du jour ou de la vie.
Té ori étou té ori mai.
L'aller et le venir ou le flux et reflux.
Té aiouta té aia mai.
Le donner et recevoir du plaisir , contealemenl ouj oie.
Encore des énigmes que je n'essaierai point d'expliquer. Je dirai seulement que ces esprits étaient peu respectés. Le peuple en vendait ou en brisait les images , quand il en était mécontent , ce qui n'empêchait pas qu'il ne les craignît quelquefois beaucoup. C'étaient les Tiis que les sorciers mettaient en jeu pour opérer leurs maléfices; et les Tiis auraient , 'en ceci, quelques rapports avec nos diables ou démons ; mais l'analogie s'arrête là; car les esprits océaniens n'avaient rien , d'ailleurs, de ces esprits alti'^rs qu'on trouve dans presque toutes les religions , et qui , se révoltant contre leur créateur, affectent le partage ou l'usurpation de son pouvoir. Ici , au contraire , les Tiis sont toujours en bonne intelligence avec les Atouas. Les images des Tiis étaient placées aux extrémités des marais et gardaient l'enceinte des terres sacrées. Elles se trouvaient sur les rochers, le long des rivages , pour marquer les limites de la terre et de la mer , ou, plutôt, pour maintenir l'harmonie entre les deux élémens et empêcher leurs empiétemens réciproques. Les figures colossales de l'île de Pâques , de Pitcairn et de Laïvavaï n'étaient autres que des Tiis de cette dernière espèce. Elles n'avaient été sculptées dans de si grandes proportions et élevées avec tant de travail qu'après quelqu'événement remarquable qui mit ces îles en danger; peut-être immédiatement après ce déluge qui détruisit la grande terre , et dont on trouve partout quelque souvenir (i).
(i) Il parait qu'il y a eu de ces figures colossales dans près-