‹ Voyages aux îles du Grand océanChapitre 43 sur 99 · CULTE PUBUC OU NATIONAL · texte numérisé non relu

CULTE PUBUC OU NATIONAL

Ce culte, rendu au nom de tous, aux dieux delà nation tout entière, ^.et où il s'agissait d'un intérêt

VOY. AUX ÎLES. T. I. 3o

général , du bien-être d'une forte majorité ou même de ]a masse du peuple ; ce culte, qui avait pour but de se rendre les dieux favorables, de désarmer leur colère ou de les remercier de leurs faveurs en des circonstances solennelles, comme une guerre, une paix , une alliance , la naissance d'un chef, son avènement au pouvoir , une disette , etc. ; ce culte , dis-je, était rendu à tous les dieux; mais, surtout, dans les îles de la Société , k Roo , à Tané , à Téiri , à Téfatou , à Rouanoua, hTaliahiti, à Rimora , à FaaUÏ , à Rouatratou , à Fatoa , à Oro.

Il doit être considéré sous trois rapports bien tranchés : son matériel , son personnel , son cérémonial.

Matériel du culte.

Je range sous ce titre tout ce que j'ai pu recueillir de notions sur les Marai , les Fata et les Toos.

A. Maraïs (i).

Les Marais étaient leurs temples, lieux ouverts, espèce d'arène en forme de parallélogramme, formée d'un mur de pier/e de quatre à six pieds de haut, et terminée, à l'une de ses extrémités, par un immense

(I) Moraïs dans tous les voyao;eurs qui m'ont précédé ; mais je croîs p) us exacte la dénomination que j'adopte ici.

amas de pierres de forme pyramidale, moias long que large.

L'enceinte de ces temples singuliers était généralement assez grande pour contenir des maisonnettes destinées à renfermer les images et à loger les prêtres et gardiens. Dans quelques-uns, la pyramide qui les terminait n'avait pas moins de trois cents pieds de large, environ, sur cent vingt de long, à sa base, et près de soixante de haut; mais diminuait graduellement de la base au sommet , toujours plus en longueur qu'en largeur, les plus grandes n'ayant qu'environ douze pieds de long sur deux cents de large à leur extrémité supérieure.

Ces temples, tout simples et tout grossiers qu'ils étaient , se composant en entier de pierres ramassées au fond du lit des rivières, et de moreeauxde corail taillés avec plus ou moins de soin , étaient , néanmoins , construits avec beaucoup de symétrie et de régularité. Il paraît aussi que, bien que le tout ne se composât que de pierres superposées, les insulaires, ignorant la manière de cimenter leurs constructions, la masse en était assez solide pour durer un grand nombre d'années , et même des siècles , s'il faut en croire les Indiens. Les pyramides étaient pourvues de degrés aux quatre côtés. Les images se plaçaient sur leur sommet , où les prêtres officiaient dans les grandes solennités.

Chaque distriet ou chaque principal chef avait au moins un de ces temples, qu'on peut nommer pu-*

blics ou nationaux , et où l'on adorait les Atbuas , sous le nom collectif de Témaaro, Il y en avait souvent plusieurs dans le même district ; car on, en érigeait dans toutes les circonstances importantes, comme , par exemple , à Toccasion d'une guerre, d'une grande victoire , de l'installation d'un arii rahi , principal chef ou roi de toute une île ; et les Indiens prétendent que , dans ces derniers cas , le nombre des assistans était si considérable , qu'en apportant chacun seulement une pierre , il s'y en trouvait assez pour construire les temples et les pyramides les plus considérables. Si ce fait, dût-on même y voir quelque peu d'exagération , donne une idée imposante de leur antique splendeur et de l'état florissant de leur population dans ces temps reculés , d'autres de leurs traditions , relatives au même objet , n'offrent que trop la triste preuve de l'acharnement avec lequel ils combattaient et de leur férocité d'alors, puisque l'une d'elles rapporte qu'à la suited'une bataille, les morts se trouvèrent en assez grand nombre pour que les vainqueurs pussent former, des têtes des vaincus, le mur d'enceinte d'un grand Maraï.

Les lieux où ils construisaient leurs Marais publics, étaient, généralement, près du rivage et isolés. Ils les entouraient des arbres les plus majestueux qui cachaient à la vue ces sanctuaires de la divinité , en les couvrant de leur ombrage. Les arbres dont ils entouraient les Maraïs étaient le tamanou ( calo-

^ 469 -^ phflium iiwphjllum), lemiro {thcspesla popidnea), et surtout Taito {casuarlna equiseîifolia) , dont les feuilles , agitées par le vent , produisent un fort sifflement qu'ils attribuaient aux dieux. Ces arbres, comme tout ce qui se trouvait dans les limites indiquées par les images dësTiis, étaient sacrés, et les fruits ne pouvaient en être cueillis et mangés que par les prêtres. 11 était rare qu'il y eût des habitations dans le voisinage; et, sauf les jours de fêtes ou pendant les cérémonies religieuses , il y régnait , toujours, un silence imposant, que n osaient interrompre pas même les gardiens et les prêtres qui demeuraient dans renceinte. Personne n y entrait, non plus, sans nécessité, et tous gardaient le silence le plus religieux en passant auprès, se découvrant le corps jusqu'à la ceinture, long-temps avant d'en approcher.

Les autres Marais , quoique beaucoup plus petits ,

étaient tous construits sur le même plan, et si nombreux , qu'il y en avait dans toutes les directions , dans l'intérieur des îles et aux environs des demeures. Ceux des chefs, quoique privés, étaient toujours des lieux' imposans , commandant le respect et vénérés par le peuple. Les femmes ne pouvaient pénétrer dans aucun Maraï, pas même dans ceux qu'on appelait Marais domestiques , comme en possédaient presque toutes les familles ; et cela , sous peine de mort; ou, si leur présence devenait indispensable, comme lors de certaines cérémonies, dont il 5era

parlé plus loin, on couvrait la terre d'étoffes sur lesquelles elles devaient marcher ; car leur moindre contact aurait souillé la sainteté du lieu.

Tels étaient ces temples, imposans par leur simplicité même , et plus respectés du peuple que ne le sont nos églises ou nos temples les plus magnifiques, en quelqu autre pays du monde que ce puisse être. Ceux des particuliers servaient aussi , souvent, de cimetières, et n en inspiraient que plus de respect; mais ^ dans les Marais publics, on n'enterrait guère que les victimes et quelquefois les prêtres, couchés dans la tombe sur le ventre, cle peur que , tournés de l'autre côté , leur regard ne fît mourir les arbres et tomber les fruits.

B. Fat A.

Les Fata étaient les autels placés devant et dans l'enceinte des Marais, et servant à placer les victimes offertes aux dieux. Ils n'avaient rien de bien particulier pour la construction, si ce- n'est que leur forme ne se rapprochait, en rien, de celle que les anciens donnaient aux leurs, et de celle que nous donnons aux nôtres. C'était une espèce de plate-forme en bois, montée sur quatre piliers, et plus ou moins ornée, suivant les circonstances.

Les Fata toupapau ou autels pour les morts, élevés dans les Marais des particuliers , se distinguaient des autres , en ce qu'ils étaient couverts d'une

petite toiture destinée à défendre des injures de Tair les cadavres qu'on y déposait.

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