C. Aréoïs
( Mystères de Oro. )
H y avait , dans presque toutes les îles , une société dite des Jréoïs , Arekois, etc. , suivant la différence de prononciation du même mot dan§ chaque dialecte. Cette société ocmble n'avoir été autre chose que l'initiation aux mystères du dieu nommé Oro, dans les îles de la Société, Èahoul aux Marquises, et peutêtre autrement ailleurs, mais que je crois désigner
partout le soleiL
Je réunissons quatre chefs principaux Tensemble des renseignemens qu'il m'a été possible de me procurer sur cette singui ère corporation , fort analogue, ce semble, aux anciennes associations d'Eleusis en
Grèce, et de Sais en Ea;ypte (mystères de Cérès et dlsi») , et peut-être aussi , du moins sous quelques rapports , à telles de nos sociétés secrètes du moyenâge ou modernes, comme nos IVaucs-maçons, etc. J'en exposerai successivement Torigine , Torganisation^les mœurs et le but, au moins présumé.
A). Oaifellfli DE L\ SOCIÉTÉ DES ArKOIS.
Il serait impossible de fixer Fépoque de rétablissement de cette société, qui, disent- les insulaires, date du moment oiVil v eut des liommes; mais voici ce que je trouve dans leurs légendes.
Oro , fils de Taaroa , le dieu créateur . et le premier des dieux après son père , voulant se choisir une compagne parmi les mortelles , descendit du Terni touctûi , ou premier des chtux , sur le Vaïa , montasne élevée de l'île de Bora Bora , où liabil aient les déesses Téoitri et Oaaoa , ses, sœurs, à qui il confia son projet, et qu'il pria de Faccompagner , pour Taider dans sa recherehe d'une*épouse digne de lui. Ils descendirent aussitôt au milieu du brouillard du anoua noua ( arc-en -ciel ), que le dieu avait placé dans les cieûx, et dont une extrémité reposait au sommet du mont Païa, et l'antre sur la terre. Cachés sous des l'ormes îumiaines, Oro, en jeune guerrier, et ses deux sœurs en jeunes lilles, ils parcoururent les difTérentes îles , donnant partout des fêtes , surtout des fêtes de Tespèce de celles qu'on
appelait opere'rt, qui rassemblaient toutes les femmes; mais ce fut en vain. Le dieu , parmi les nombreuses filles de Taata (les filles de riiomme), n'en voyait aucune qui lui plût. Les divinités se fatiguaient de l'inutilité de leurs recherches, et se disposaient à retourner au séjour suprême, quand, enfin, elles virent à Faitapé , dans Til© de Bora Bora , une jeune tille , d'une rare beauté , qui se baignait dans un petit lac , nommé Omi aïai Oro , chiumé , dit à ses sœurs d'aller la voir , pendant qu'il remonterait à leur demeure , au spmmet du Païa.
En approchant, les déesses la saluèrent, louèrent sa beauté , et lui dirent qu'elles venaient d'Avanau , district de Bora Bora, et qu'elles avaient un frère qui désirait s'unir à elle. Foïraumatl ( c'était le nom de la jeune fille), examinant avec attention les étrangères, leur dit: «Vous n'êtes point d'Avanau; mais, )) n'importe.... Si votre frère est arii ( chef), jeune et » beau , il peut venir , et Yaïràumati sera sa,femme. »
Téouri et Oaaoa remontèrent aussitôt au Païa , pourfaireconnaître le résultat de leur démarche à leur
frère , qui, replaçant le anoua noua ( l'arc-enrciel ) , descendit à Yaitapé. Là , il fut bien reçu par son amante^ qui avait dressé uufata ( table ou autel ) , chargé de fruits, et une couche formée des étofies les plus riches et des nattes les plus fines.
Oro, charmé de sa nouvelle épouse, retournait chaque matin au sommet du Païa et redescendait chaque soir, sur i'arc~en-ciel , chez Vatraumati. Jl
resta long-temps absent du térai ( ciel), Orotètéfd et Ourété/a , ses frères, descendus, comme lui, du céleste séjour parla courbe de l'arc-en-ciel , après l'avoir long-temps cherché dans les différentes îles, le découvrirent 7 enfin, avec son amante dansl'ile de BoraBora, assis à l'ombre d'un arbre sacré. Ils furent si frappés de la beauté de la jeune femme, qu'ils n'osèrent approcher de leur frère et d'elle sans leur offrir quelque présent. A cet effet, l'un d'eux se changea en truie, l'autre en ourouou plumes rouges; et , redevenant aussitôt eux-mêmes , quoique la truie et les plumes restassent, ils approchèrent des nouveaux mariés, ce présent k la main. La même nuit , la truie mit bas sept petits , qui furent divisés ainsi :
Bouaa té veut pou , cochon pour siu rifier aux dieux i
houaa maro ourou té Aréois , cochon du ceinturon rouge des Arëoïs ;
houaa té liaré roa,
cochon pour les étrangers ou convives j
houaa fatouré no té vaïhiné , cochon des fêtes en l'honneur de famour ;
té vai houaa ,
deux cochons pour multiplier fespèce ;
tei té fatou houa aa Iho , cochon de la maison ou pour être mangé.
En ce temps , Yaïraumati se trouva enceinte et le dit à Oro. Le dieu prit aussitôt le second cochon ,
bouaa maro ouroii , et se rendit à Raïatéa , au grand Maraï, ou temple de vapoa. Là, il trouva un homme nommé Mahiy à qui il remit le cochon et lui dit :
Mau mnitai oé ténci houaa , Prenei et gardei bien ce cochon ,
houaa Jréoïs , houaa ra , cocliôn des Aréots , codion saci'é ,
houaa no té rnaro outou, éi Aréoïs
cochon du ceinturon rouge , soy< z ( ou Je vous fuis Aréoïs ).
Oé i lé ao onei, fanau tana en ce monde , je suis père
vau ihà té Àréoïs
et ne puis plus être Aréoïs.
Mubi alla voir le chef de Raïatéa , îi qui il dit ce qui lui était arrivé ; et, ne pouvant garder ces objets sacrés, à moins d'être Fami d'un chef, il lui dit :
Té ou nau opoi no oé té
Mon nom sera le vôtre
oa no oé pomai ou au.
et votre nom sera le mien.
Le chef accepta , et ils prirent en commun le nom de Taramanini,
Il y a plusieurs versions de cette tradition; mais toutes s'accordent à dire que ce fut Mahi qui établit les Aréoïs ou les mystères d'Oro.
On dît aussi qu'Oro , relournaut auprès de Vaïrau-
niati, lui déclara quVlle accoucherait d*uti fils, qui se nommerait Hou tabou té rai ( Tami sacré des cieux ), mais que, pour lui , son temps était venu, et qu'il devait la quitter. Se cliangeant alors en une immense colonne de feu , il s'éleva majestueusement dans Tair jusqu'au-dessus du Pirlrirê, la plus haute montagne de Bora Bora, où son épouse éplorée et le peu|)le saisi d'étonuenient, le perdirent de vue. On dit enliu que son fils On tabou té rai ( l'ami sacré des cieux ) fut un grand chef qui fît beaucoup de bien aux hommes, les délivra de nombre de maux , par son as endaut sur son père et sur les autres dieux; et qu'à sa mort il rejoignit son père au 7eraitouétai ( céleste séjour),où Oro fit ég^dement monter Vaïraumati, qui prit rang parmi les déesses.
B. ) Organisation de la socii':té des AréoÏs.
Il paraît que la société l'ut, dès son origine, divisée en doiize log<?s, qui eurent pour chefs ou grandsmaîtres, les douze taata hoa aiéoïs (hommes amis aréoïs), dont voici les noms, avec l'indication de la résidence particulière de chacun d'eux. C'étaient :
Tara manini^ à Riiùitéa;
Poiina rouiif à Bora Bora;
^laé , à Nouhouiné ;
Taiiraa ^oM«,aEïméo;
Témal atéa , h Charles Saundérs;
Moutahaa , à Tahaa ;
Nouatoua , M autour a ,
Téraaroa, \ à O-taïti.
Maouaroa ,
Ces noms antiques se sont conservés jusqu'aux derniers temps; car les principaux personnages de ces diverses localités les portaient encore en i8i4,lors, de rintroduction du christianisme.
Outre ces douze grades supérieurs, dans les douze principales loges de la société , il y en avait plusieurs autres, auxquels chacun des initiés pouvait prétendre , et qui n'étaient pas en rapport avec la classe du peuple à laquelle le récipiendaire appartenait; mais se réglaient sur le temps pendant lequel il avait été simple membre , et d'après des qualités personnelles, comme celle d'orateur, de chanteur ou de poëte. Ils ne montaient donc que graduellement en dignité; et, dans un pays où le gouvernement se montrait si despotique, et où les prétentions de l'aristocratie étaient si démesurées, il est curieux de voir tolérer une société, qui non contente de reconnaître l'égalité pour toutes les classes, savait aussi récompenser
les talens.
Le grand principe de l'égalité fléchissait pourtant en faveur des premiers chefs ou arii, qui, s'ils voulaient être initiés, étaient , généralement , admis et élevés, de prime-abord, aux premiers grades, sans
— 49> — jamais se voir soumis aux nombreuses épreuves par où les autres devaient passer; mais si les chefs, ici comme ailleurs , passaient sur le règlement et les formalités, du moins les hommes du commun pouvaient- ils, avec le temps, parvenir au même grade qu'eux.
Ces différens grades se distinguaient par le tatouage et les parures. 11 y en avait sept, savoir :
î** Aval parai ou avai tatau , jambe tatouée ;
2° Outioré , les bras tatoués , depuis les mains juscfu'au haut;
y Narotéa y les deux côtés du corps tatoués;