III. Résumé ET conclusion
Tel est le tableau que m'a présenté l'ensemble des dogmes religieux et du culte des habitans des îles de l'océan Pacifique, du moins d'après l'idée qu'ont pu m'en donner, jusqu'à ce jour , les recherches et les observations auxquelles je me suis livré sur cette
matière.
L'étude du système religieux de l'Océanie , si piquant et si original par la singularité de plusieurs des aperçus qu'il présente, m'a conduit à une conclusion morale de la plus haute importance pour l'histoire philosophique de l'humanité ; c'est qu'en dépit même de ses bizarreries locales, il est susceptible d'une interprétation qui lui est commune avec la plupart des autres systèmes religieux les plus célèbres di^ mondq ancien et moderne , et s'y rattache , d'ailleurs , par plusieurs faits des plus analogues, si non tout-à-fait identiques; d'où résulterait, au besoin, une démonstration de plus de cette
vérité depuis si long-temps devenue triviale , qu'à de très-légères nuances près, leshommes sont toujours et partout les mêmes.
A, Commentaire interprétatif du système
RELIGIEUX DE lOcÉANIE.
Une observation générale m'a frappé dans tout le cours de ces recherches , et frappera aussi le lecteur, dans les résultats que je lui en présente. Les dogmes religieux et les formes du culte peuvent varier et varient, en effet, du plus au moins, d'une île à une autre ; mais c'est toujours et partout la même cosmogonie, plus ou moins nettement exprimée; mais, toujours et partout, c'est Taaroa, le dieu suprême , le dieu créateur , dont on connaît le nom jusqu'à la Nouvelle-Zélande, et dans les îles basses de l'Archipel Dangereux , où se conservent quelques faibles notions de ses œuvres ou de la création. Pour le reste, leshabitans de ces îles font, en quelque sorte, exception à ceux des autres. Les premiers, dans leur état barbare et perpétuellement en armes, vivent presqu'étrangers à toute société, et n'admettent , en conséquence , que peu d'idées de religion ; les derniers, végétant, séparés de l'univers entier, le plus souvent par petites troupes , sur leurs îles de corail et de sable, où, plus nombreux , ils ne pourraient subsister , y demeurent presque sans autels, sans prêtres, et^ pour ainsi dire, sans culte; car on
oserait à peine donner le nom de culte à quelques pratiques décousues d*une superstition grossière.
Partout ailleurs donc que sur ces points, aussi arriérés au moral qu'au physique , Taaroa , Tanéroa ou Tangaroa, est l'être suprême, le dieu créateur; et si, comme à 0-taïti , des textes sublimes ne décrivent pas toujours son pouvoir, au moins a-t-il toujours les mêmes attributs. Tous ne le font pas opérer de la même manière; mais tous admettent que c'est à lui qu'on doit les cîeux , la terre et tout ce qui existe. Ainsi, aux îles Sandwich, on dit que Taaroa , sous la forme d'un oiseau, déposa un œuf sur les eaux, et que cet œuf, en se brisant, produisit* le ciel , la terre , etc. Cette idée , quoiqu'en apparence si conforme à celle de l'œuf du monde , trouvée chez presque toutes les nations (i), ne me paraît , pourtant , naître ici que de cette autre , plus grande , plus riche et mieux énoncée de la tradition d'Otaïti :
« Ohaïi noui
» Univers grand
» raa él paa no Taaroa
» et sacré , qui n'est que la coquille de Taavoa ;
w té ori ori ra JFénoua.y)
» c'est lui qni le met en mouvement. »
(i) Dans l'Iode on croit que Dieu même fut le produit d'un œuf. Brama , le créateur de toutes choses , naquit d'un œuf d'or , étincelant comme mille soleils.
Il est donc.probable que c est cette expression paa no Taaroa( coquille deTaaroa ), qui a donné aux habitans de Sandwich l'idée de Foeuf, dont ils croj^aieqt que le monde était sorti. De même, ailleurs , ils disaient que Taaroa, éternel et né de lui-même, avait une paa ou coquille; qu'il quitta cette coquille ou enveloppe, postérieurement renouvelée, comme il arrive à certains animaux ; que, dans ce nouvel état , son premier acte fut de créer Hina, et qu'ensuite, à l'aide deHina , il créa les cieux , la terre , la mer et tout ce qui existe ; mais , comme on le remarquera facilement , toutes ces absurdités ne sont que le produit de quelques notions vagues et des idées confuses qui restent partout à ces peuples de leurs anciennes et sublimes traditions. Aussi , en dépit des monstruosités et des ridicules spéculations de l'ignorance, sur des matières qu'ils ne conçoivent plus, il est certain que tout vient de la même source. Ces descriptions de Taaroa et de la création s'accordent encore assez , dans le fond , pour ne pas laisser le moindre doute que ce dieu ne fût reconnu, partout, comme l'être suprême, créateur de l'univers, et l'univers lui-même , éternel et divin dans son essence , source dont tous les êtres sont émanés , et dont les autres dieux sont seulement les créatures, les agens ou les attributs, représentant ce dieu dans ses diverses fonctions, de manière à ce que leur vie et leurs actes divers, tels que nous les offrent les fragmens des légendes sacrées
— 56o — parvenues jusqu'à nous, ne soient , en réalité , rien autre cliose que la suite de la création et l'exposé de l'établissement de l'harmonie entre les différentes parties de l'univers et les diflérens objets qui en composent l'ensemble. On pourra s'en convaincre par ce que j'ai dit, par ce que je dirai encore , dans cet ouvrage ; et cette vérité , je n'en doute pas , recevra sa confirmation de tout ce qu'on découvrira, dans la suite du système religieux de ces insulaires , aussi impo'sant et aussi compliqué qu'il est encore peu connu. Ainsi, Mahoui , fixant la position de notre globe , et dirigeant le cours du soleil , complète l'œuvre de Taaroa ou du tout-puissant , qui anime les astres créés par lui, les maintenant et leur imprimant le mouvement, dans cet ordre et dans cette éternelle harmonie , première preuve de sa présence, qui força l'homme surpris d'admirer, de respecter et de craindre son pouvoir (i). Ainsi,
(,) Pour peu qu'on fasse attention à la légende rapportée dans laThéoLnie, où nous avons vu le dieu Mahou.pecher.la terre à la ligne , loin de voir là une action purement humaine, on reconnaîtra bien vite qu'il y est que^stion d nn fa.t d un ordre supérieur. A mon avis , en effet, Mahoui ne peut être ici que le soleil ou quelque chose de plus encore un pouvoir q„i fixe les globes , les dirige et les met en harmon.e. Ce dieu élait, comme Taaroa, connu dans toutes les des; r»a.s le peuple, qui n'entend plus rien à ces traditions les défiaure presque partout , par des contes absurdes. C est ainsi qu'aux îles des Amis, ignorant le sens allégorique et prenant toutà lalettre , iU disent que le dieu Mahoui , ayant tire
encore , Roua taboua noui té tourna ( Roua grand est l'origine ) , qui préside à la naissance des étoiles, et dont il sera question ailleurs, est identique à Taaroa , avec lequel les Indiens le confondent même souvent, en lui attribuant, comme au dernier j
la terre du fond de l'Océan , en une seule masse , la tenait suspendue à uns corde ; mais la corde cassa , et la masse, brisée dans i»a chute , forma , de ses éclats , leurs différentes îles, qui seraient retombées au fond de la mer , si le même dieu ne s'était , en toute hâle, glissé dessous pour les soutenir. Il est encore là ; et les habitans croient que les tremblemens de terre , assez fréquens chez eux , sont occasionnés par lui , quand , épuisé de fatigue , il fait passer les îles d'une épaule sur l'autre. Dans ces conjonctures , ils frappent la terre de leurs massues, pour le contraindre à rester tranquille. Les habitans font la même chose dans un grand nombre d'autres îles. La même observation se présentait partout. Si plusieurs n'avaient pas ces traditions régulières , elles y suppléaient par des corttes du genre de celui que je viens de citer, et qui , répandus parmi le vulgaire , se conservaient mieux , ayant toujours un rapport plus ou moins direct avec le fond des traditions. On disait partout , par exemple , que Mahoui régla , jadis , le cours du soleil ; et aux îles Marquises , comme dans les autres , on célébrait , vers l'équiiioxe ou dans les premiers jours d'octobre, en l'honneur dé cet événement, une fête où les prêtres portaient le mara ourou ( ceinture rouge ) , singulier symbole de la divinité , dont on se servait pour allumer le feu sacré des sacrifices ; ce qui ferait croire que le mara ourou signifiait encore le soleil ou lefeucéleste. Acetteépoque, aussi, les initiés aux mystères de Mahoui, aux Marquises , répondant aux mystères d'Oro, des îles de la Société , sortaient de leur retraite ou lieu de deuil , et recommençaient leurs fêtes en l'honneur de leur dieu.
— 562 ~ la création de Funivers. Roua , en eflfet , n est \k , positivement, que le ciel; et, sous un autre nom que ceVii de Taaroa , indique la même puissance créatrice (i). Ainsi Rii , comme Brama, sépare les cieux et la terre ; ainsi Oro se voit , comme Mahoui, comme Roua, investi du pouvoir créateur ou régénérateur, et la même puissance est alternativement accordée à chacun des autres dieux principaux.
Ces récits monstrueux , et le ton des légendes qui les contiennent , n'ont , évidemment , aucun rapport avec des actions humaines ; et les personnages qu on y voit figurer ne sont ni des chefs, ni des héros, comme on Ta cru jusqu'ici. Il est hien plus pw)^ bable , ainsi que je tâcherai de le prouver plus clairement ailleurs , que si Taaroa lui - même ne représente pas le ciel , tous les autres dieux sont Temblème des pouvoirs de la nature , tels que les difiérens élémens, les astres, mais surtout le soleil , dont l'action , l'influence , décrites d'une manière obscure, et représentées sous des noms bizarres, sont, néanmoins, assez nettement énoncées pour n'être pas méconnues. L'ensemble de ces traditions ne me laisse , personnellement , aucun doute à cet égard ;
(i) Il paraîtméme que ce dieu était aussi, quelquefois, pris, pour le soleil ; car , dans la division de leur année , ils nommaient leur été , c'est-à-dire la saison où le soleil parcourt le tropique du capricorne , roua roa ( grand roua ) j et roua poto ( petit roua ) , désignait leur solstice d'hiver.
car quelle autre interprétation pourrait - on en donner (i) ?
Il résulte aussi de la manière dont ils ont dépeint leur principal dieu, que celui-ci forme les deux grandes causes déjà mentionnées, l'une active, l'autre passhe, ou Târae et le corps ; l'une spirituelle et cachée , l'autre matérielle et visible ; en un mot , la matière, et ce qui anime la matière; et, de cette idée de co-existence de deux principes qui sont dieu, et dont se composent tous les objets qui constituent l'ensemble de l'univers, ils ont fait deux êtres distincts. L*un, âme, vie ou partie intelligente de la divinité, représenté sous le nom de Taaroa, est mâle; l'autre, purement matéi4el et constituant comme le corps du même dieu , femelle, désigné sous le nom de Hina; tous deux concourant à la formation des choses; tous deux composant , par leur union , tout ce qui existe dans l'univers.
Il est remarquable , sans doute, que suivant, en cela , les traces de ditférens peuples anciens , ils aient pris, pour causes passives, la terre et lesélémens; puis qu'ils y aient compris la lune, avec laquelle le dieu s'unit; puis , enfin, qu'ils aient vu , dans cec astre ,' le terme des êtres périssables , ou plutôt des choses éternelles : car , quoiqu'ils y eussent remarqué des changemens continuels , le retour et la succession de
(i) Fojrez, en particalier , la le£rende de la pêche de 1 terre par Mahoui , Cosmogonie , pages 449 et 45o.
-^ 564 — ses phases ne la leur faisait pas moins mettre au nombre des choses éternelles; et elle ne mourait que pour se reproduire, à perpétuité; au moins paraît-il en être ainsi , d'après le dialogue entre Hina etFatou, ou entre la lune et la terre. nCequepos- » sédait Hina continua d'être , etc. »
De cette conformité de leurs idées avec celles de grand<;s nations de l'antiquité , qui plaçaient la génération ou l'être femelle , là même où se trouvait une apparence de déclin , ou une altération continuelle de parties, on pourrait conclure qu'en Océanie , comme cheji' ces mêmes nations , la cause de génération ou l'être mâle, était là même, où tout paraît inaltérable et éternel; et que si la lune, la terre et les élémens étaient la cause passive ou femelle, Taaroa ou l'être actif ou mâle, n'était, probablement , que le ciel, le firmament, et , surtout, le soleil; d'où résulterait , en conclusion générale, que la religion océanienne , ainsi qu'on a cru le remarquer chez presque tous les peuples de la terre, n'était autre que l'adoration des forces de la nature, et surtout de l'astre bienfaisant qui féconde et vivifie l'univers.
Plusieurs faits viennent à l'appui de cette supposition. En effet, voulant unir les pivots , les pierres, les sables, le dieu les presse et les presse encore ; mais
en vain; les matières ne veulent point s'unir
Alors , de sa main droite , il lance les sept cieux. La lumière et le mouvement sont créés ; tout se co-
ordonne et le monde existe. C'est donc à la présence des cieux qu'on doit, sinon l'existence, du moins l'harmonie de l'univers ; et , si , dans l'obscure théogonie de Sanchoniaton , on a cru qu'Ouranos et Ghê n'étaient que le ciel et la terre, que doit-on croire de Taaroa et de Hina ? Taaroa s'unit avec Hina de l'air, et d'eux naissent l'arc-enciel et la clarté de la lune ; il s'unit avec Hina du dehors ou la mer, et d'eux naissent les nuages et les pluies; il s'unit avec Hina de l'intérieur , et d'eux naît tout ce qui croît, vit ou se meut sur la terre. Qui ne reconnaît, dans ces opérations diverses, l'action du soleil sur la matière et sur les tlémens; et, dans tout ce qui naît de l'union de Taaroa et de Hina , l'influence continuelle que le soleil exerce sur la terre , la lune , lès élémens , etc. ( i ) ?
(i) Hina est le nom sous lequel sont toujours représentés , dans la nature , les élémens et la matière , ou la partie femelle , la cause passive avec laquelle Taaroa s'unit et engendre. Qu'on examine maintenant, avec attention, le résultat de cette union. et l'on reconnaîtra tout aussi clairement, que Taaroa, quoique peint ici comme dieu créateur de tout ce qui existe , ne représente pourtant , ici , que les cieux ou plutôt le soleil , dont la légende décrit, évidemment, l'influence et les effets sur les élémens et la matière, comme cause active ou maîe ; en effet , Taaroa s'unit avec Ohinatoim tai , Ohina, la déesse <iu dehors (la mer) , et d'eux naissent les li'jages et la pluie; il s'unit avec Ohina toua outa, Ohina , la déesse de l'intérieur ( la terre) , et ils produisent, d'abord , le germe . puis tout ce qui croît , vit ou se meut sur la terre : il s'unit avec Ohina toua nia, ou l'air, et d'eux naissent i'arc-cn-ciel , 'a clarté
Oa remarquera également que Hina ne représente jamais autre chose que la terre, la lune, la matière et les élémens , c'est-à-dire l'eau et l'air; et ne désigne nulle part , nile soleil , ni les autres parties des cieui, ne concourant point, d'ailleurs, à la formation des principaux dieux. Ceci ne démontre-t-il
de la lune, etc. Il s'unit avec Ohina toua raro , le centre de la terre ; ce qui , quoique plus obscur , doit désigner les feux souterrains , comme semblent au moins l'indiquer les ronfleraens de Falou , le dieu qui naît de Taaroa et de cette dernière déesse , lesquels indiquent , selon les Indiens , ce bruit précurseur des orages, des éruptions volcaniques, et des
, tremblemeus de terre.
Il n'est pas probable qu'on puisse jamais rien tirer de trèssalisfaisant de documens aussi incomplets et aussi énigmatiques que les deux dernièi es de mes citations cosmogouiques. Cependant la naissance de l'irritation, de la colère, de la fureur, etc. , pourrait bien , comme le pensait même le prêtre indien qui m'a communiqué cette légende et tant d'autres , avoir rapport aux saisons , et indiquer l'origine du vent , des tempêtes , de la pluie et de l'hiver ; comme, en d'autres légendes , l'espérance, la joie , l'abondance et le contentement , naissant é^aleûîent de Taaroa et d'une déesse, signifiaient, peut-être , le printemps, la chaleur , la récolte, etc.
Je doute peu que ces fragmens n'aient quelque rapport avec l'état de l'atmosphère, et ne soient une description plus ou moins exacte , quoiqu'équivoque , de ses mouvemens , aux diverses époques de l'année. Les légendes et traditions officielles .Nont, aujourd'hui , presque toutes inintelligibles , il est vrai ; ft la plupait de ceux même qui en ont conservé le souvenir ne comprennent plus les allégories qu'elUs renli;rnicnt ; mais il uen est pa& de même de certains chants ot récits des prêtres, des chefs et même du peuple, moins graves ,, mais non pas moins ac^rédiré??, sur la vie et les ac-
pas que le ciel est Taaroa lui-même ; que les Atouas ou dieux, nés de lui , représentent aussi le ciel, et font partie de l'être intelligent et spirituel ?
Ce commentaire , qui pourra paraître aussi loug que peu fondé, n*a pourtant pas été fait au basard. Les traditions que j'ai données , et d'autres que je possède , mais que je ne puis donner encore , sont ,
tions de leurs dieux ; et qui , souvent , aident à expliquer les traditions devenues obscures. Ainsi , dans un de ces contes , il est dit que Roo , dont le nom même signifie messager y quoique Dieu lui-même, n'est pourtant que le messager desdieux ( espèce de Mercure ) , pai-courant les cieux avec la vitesse du vent; et que lui, Tiéri , Té/'atou et Roua noua, se trouvaient aux quatre coins de l'univers. De là nous pourrons conclure , que la femme P^aa outou ( au delà , au dehors de toute terre ) est Tair.avec lequel Taaroa s'unit pour l'animer ; et que les dieux qui naissent de cette union sont les divei'S effets de l'atmosphère mis en mouvement , comme la légende semble aussi l'indiquer ; car le dieu Roo , qui sort , par le côté, du ventre de sa mère , est dépeint , à sa naissance, immobile ou bougeant à peine ; puis il se lève , se tient debout , marche , tombe , se relève , court ; puis naissent les autres dieux , ou jkJnouaé , Taïa foua matai , Toua roa roa vau , c'està-dire, l'ii-rilation , la colère, la fureur ; et la fureur diminuant, ou, en d'anti^s termes, les vents frais, IWage , la tempête et la tempête calmée.
C'est probablement ain^i que , dans toutes leurs légendes, ils cachaient, sous des allégories , les dift'érens effetsdes forces de la nature ; c'est ainsi que la vie et les noms de leurs dieux ue signifient que les cltmeos, et les astres , comme l'air, le (eu , la terre, l'eau, le soleil , la luue , ainsi que le prouveront, ultérieurement , plusieurs autres /Aits que je donnerai à l'appui d'une hypothèse qu'on a [»u trou>er , jusqu'ici, un peu hasardée.
pour moi , la preuve certaine que telle est la marche du système religieux de l'Océanie , où chaque dieu est , en efî'et , la description de quelque partie de Tunivers, accompagnée de renonciation plus ou moins distincte de ses rapports avec toutes les autres; et cela, graduellement , depuis les objets les plus imposans de la nature matérielle , jusqu'à ses plus minutieux détails. Il est étonnant, sans doute, que dans ce culte, qui paraît si conforme à tous les cultes rendus à l'univers-dieu , onne trouve , nulle part, de vestiges des deux principes , ni de ces combats entre les ténèbres et la lumière , la vie et la mort, ou, en un mot , entre les diables ou démons , et les anges ou dieux. Quoiqu'ils eussent le même système dont on suppose que ces fictions sont nées ailleurs , c'est-à-dire, par exemple, le départ et le retour de leur dieu (le soleil), qu'ils pleuraient même dans une certaine saison , soit comme absent, soit comme mort ; il paraît qu'ils n'avaient pas l'idée de ces combats entre les esprits de ténèbres , et le dieu bienfaisant de la lumière et de la vie; au moins n'ai -je rien trouvé , jusqu'ici, qui puisse faire supposer ou faire croire , qu'ils eussent même des diables et des démons. Leurs dieux étaient bien Fanau po ( nés delà nuit); mais cette expression, interprétée dans le génie de leur langue, ne s'entend que d'une orisine considérée comme inconnue aux hommes. Cependant, les habitans des Marquises croyaient que leurs îles avaient été construites par les esprits ou
divinités de la nuit , ou au moins pendant la nuit ; mais que , surpris par le jour ou le soleil , ils durent quitter si brusquement leur travail qu'ils ne purent compléter la construction de la dernière , restée , depuis lors, imparfaite, et, conséquemment , toujours inculte et déserte. De pareils contes se trouveiit également à 0-taïti et dans toutes les autres îles. On ne saurait nier qu'ils ne se rattachent , en quelque chose , au même système , puisque , sans présenter ces combats entre les deux principes , base de toutes les religions de la terre , ils constatent , pourtant , le triomphe de la lumière sur les ténèbres; et j'y verrais une preuve de plus que le soleil était la première de leurs divinités.
B. Rapports du système religieux de lOgéanie