‹ Voyages aux îles du Grand océanChapitre 81 sur 99 · LA POLYNÉSIE · texte numérisé non relu

LA POLYNÉSIE

Prêt à professer , sur cette matière , un eopinion diamétralement opposée à toutes celles que des hommes d'un mérite incontestable ont exprimées jusqu'à ce jour, je dois protester, par avance, comme jeVaidéjà fait, dans la Préface de cet ouvrage, contre tout esprit d'exclusion des idées quelconques qui ne rentreraient pas dans les miennes ; et ma position personnelle, en dehors du cercle de la science, m'impose , plus qu'à tout autre écrivain , peut-être , l'obligation d'une réserve extrême dans toutes les allégations qui pourraient paraître s'éloigner , plus ou moins, des conventions généralement admises; mais je n'ai pas cru que cette réserve dût aller jusqu'^ me prescrire le silence sur l'objet de jsérieases méditations, qui ont pour baseiune série nombreuse de faits recueillis avec soin dads mes longs et fréquens yojâges ; car si l'amour éclairé des sciences exige , de tout ami de la vérité, le respect des hypothèses con-

sciencieiïses , ce même amour lui fait aussi un devoir de lutter avec courage , persévérance et loyauté, contre toute doctrine qui lui paraît pouvoir perpétuer, dans leur domaine , des préjugés et des erreurs, susceptibles d'en compromettre ou d*en entraver les progrès.

L'analogie du langage des peuples indique, plus sûrement que celle de leurs traits ,.de leurs coutumes et de leurs climats, par exemple, les différences spéciGques des diverses races du genre humain. L'identité des climats peut, en effet, influer sur leurs traits et sur la couleur de leur peau; une ignorance et une vie sauvage communes peuvent amener les mêmes habitudes ; mais jamais ou bien rarement du moins , je crois , un même mot n a servi de signe k une même chose , chez des peuples totalement étrangers les uns aux autres et d'une origine diffé-* rente. La présence de plusieurs mots semblables, chez des nations séparées par de longues distances", est donc la preuve, sinon d'une même origine, du moins delà préexistence, entr elles, d'un commerce ou de relations plus ou moins intimes, plus ou moins prolongées ; et , dans tous les lieux où l'on trouve ces analogies, on peut tenir pour certain que les peuples chez lesquels elles sont signalées, ont bien pu se perdre de vue , mais n'ont pas toujours vécu séparés.

Ce n'est donc pas sans raison que plusieurs personnes ont avancé que les peuples des îles de l'océan

Pacifique sont de la même race que les Malais , puisque , depuis l'île de Pâques, ou E aster Islande par Iliade long, ouest, l'île la plus orientale de rOcéanie, parmi celles qui sont habitées, jusqu'aux Moluques et autres îles malaies, on renfcontre plusieurs mots qui sont absolument les mêmes dans toutes les îles, comme maté, mort; ai , je; ika, poisson ; oua , pluie ; lima pour rima , cinq; mata , yeux ; tandis que leur système de numération décimale est aussi tout-à-iait identique , sans parler de la parfaite identité de plusieurs des noms de nombre qui le constituent. Ainsi ,

AUX tLES MALAI£S.

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