‹ Voyages aux îles du Grand océanChapitre 88 sur 99 · ILES GAMBIER · texte numérisé non relu

ILES GAMBIER

e* îles voisines.

Ces lies ont été découvertes, en 1797, par le capitaine Wilson , chargé d'amener les premiers missionnaires anglais à 0-taïti, et dans quelques autres îles de rOcéanie. Wilson ne fit que courir le long durescif. li vit bien quelques-uns deshabitans; mais sans comniuniqiier avec eux.

Elles n'ont plus été visitées qu'en 1 826 , à l'époque où le navigateur Beechey (1), sur le bâtiment de

(1 ) Les Indiens parlent cependant d'un bâtiment qui aurait précédé de long-temps le capitaine Beechey. Ils montrent même l'endroit où ce bâtiment était à l'ancre et se souviennent d'avoir eu , avec so« équipage , une querelle où ils perdirent

guerre le Blôssorriy explora en détailla plus grande, entra en communication avec les habitans , et leva exactement le plan des baies, dans tout l'intérieur des rescifii, à Texception du côté ouéfet-nord-ouesi, ëtde lapasse par laquelle je suis entré , comme je l'ai dit dans l'exposé géographique.

Le capitaine Beechey ne se loua guère des habitans des îles Gambiér. Il les trouva incorhmodes et voleurs , dès qi^'ils se sentaient assez nombreux jibur croire pouvoir l'être avec impunité; et, dans ses relations avec eux, il dut, souvent , les intimider jiar le bruit des armes à feu. Il se vit même forcé d'en faire usage, tant pour réprimer l'insolence et laudacë de quelques-uns d'entr'eux,que pour défendre un de ses officiers , qu'ils avaient attaque dans u ne visite fôitë à terre.

Au commencement de 1827, les îles Gambier reçurent la visite d'une goélette chilienne. Le capitaine. Suédois dé nation, âviiit, à ce qu'il paraît, déjà quelques données siir ces îles; car, après avoir parcouru l'archipel Dangereux , afin de s'y procurer des plongeurs, il se rendit tout droit aux îles Gambier, U j fut, d'abord, au mieux avec les insulaires, qu'il tenait éloignés de son navire , après avoir pris la pi^-

quelques-uns des leurs. Ce fait paraît d'autant plus probable qu a ramyée du Blossom , les habitans des îles Gambier connaissaient le fer et cultivaient les melons d'eau, qui nç sont pas propres à leur île.

caution de l'armer du tabou (i); et lui-même , avec ses plongeurs, était toujours bien reçu à terre. Malheureusement quelques - uns de ces derniers , originaires de Tile de la Chaîne, et là, nouvellement convertis au christianisme , ou faisant semblant de l'être, eurent Timprudence de cueillir des fruits d'un cocotier taboue. Indignés de ce mépris pour leurs usages, les habitans, qui, depuis plus d'un mois que ces étrangers étaient au milieu d'eux , leur avaient donné tout ce que produisait leur île, les attaquèrent aussitôt, et en tuèrent deux. Dès lors la guerre fut déclarée. Les plongeurs ne consentirent à poursuivre leurs travaux qu'autant que le capitaine consentirait à attaquer les habitans. Celuici leur accorda une embarcation armée sur laquelle ils se rendirent en un lieu où une partie des natu-<> rels, ignorant ce qui était arrivé dans un autre quartier de l'île , se tenaient sans armes et sans défiance. Aussi lâches que vindicatifs, ils attaquèrent à l'improviste, massacrèrent sans pitié tous ceux d'entr'ieux qu'ils purent atteindre; et peut-être ne s'en fussent- ils pas tenus à cela , si un gros temps n eût mis la goélette en danger et n'eût forcé le capitaine à filer du câble , et à gagner le large au plus vite. J'ai moi-même vu ces îles en 1839 ; mais le mauvais temps m'empêcha d'entrer dans le lagoon , et

( I ) On a vu , dans la partie ethnographique , ce que c'est que \e tabou.

je les quittai sans avoir eu, cette fois, de coninlunications avec les habitans. En i83i, deux bâtimens, dans lesquels j'avais un intérêt de commerce, y touchèrent , et communiquèrent avec les insulaires mais sans y mouiller. L'un d'eux, moitié gré, moitié force , amena à 0 - taïti l'un des hommes de Gamhier. Là , on le confia à M. Dévies, l'un des missionnaires (i). Cet homme, grand, bien fait, et doué d'un extérieur propre à inspirer de l'intérêt, ne fit pourtant pas beaucoOp de progrès dans ce que le missionnaire désirait lui enseigner, et se montra triste et inquiet pendant tout le temps de son séjour à 0-taïti. Quoiqu'on le traitât on ne peut mieux, et que les chefs et les Indiens du district qu-il habitait en eussent le plus grand soin , il se refusa constamment à manger de la yiande, et surtout de la chair de cochon , dans la persuasion que cet animal, connu seul etnent par tradition des gens de Gambier, n'est destiné qu'à la bouche des dieux. Six mois après, le même capitaine qui l'avait conduit à 0 - taïti le ramena à Gambier. Dans l'intervalle, un autre petit bâtiment du Chili y était venu, avec des gens de l'île de Râpa , parmi lesquels se trouvait le, missionnaire de cette dernière île, qui avait cherché

(1) C'est par cet insulaire qu'on s'aperçut que le langage de sa nation ressemlblait beaucoup à celui du chef-lieu des tles de la Société. C'est aussi de lui que j'ai obtenu les premiei-s détails sur quelq^es-unes des coutumes de ces îles.

k convertir les compatriotes du catéchumène de" M. Dévies ; mais ses efforts furent plus qu'inutiles^ Des maladies s'étant déclarées dans le pays, on les lui attribua, ou tout au moins on en accusa les dieux qu'il prêchait; et personne, à Gambier, ne voulut plus entendre parler de christianisme. Depuia cette visite, et surtout depuis le retour de cet Indien , qui , probablement, apprit aux siens comn>ent les choses se passaient à 0-taïti , ils n'eurent plus de querelles avec les navires. Il est vrai que tous ceux qui les visitèrent postérieurement parlaient leur langOtî , moyen le plus sûr de tous d'éviter les malentendus, cause si fréquente des rixes les plus aérieusas. On doit aussi beaucoup, sons ce rapport, aux capitaines EbrlU et Henri, résidensà 0-taïti, dont j'ai eu déjà, et dont, souvent encore, j'aurai l'occasion de. parler. Le second de ces deux officiers, né dans 0-taïti même , et parlant parfaitement les iangui>s de la Polynésie , s'est lié d'une amitié si étroite avec les cnets des îles Gambier, qu'ils ont fait travailler leurs peuples pour lui, et qu'il y est lui-même honoré et obéi , comme s'il y avait de l'autorité. J'ajoute que les Mes Gambier étant riches en nacre, plusieurs bâtimens d'0-taïtiles ont visitées pour s'en procurer, de i832 à i834. Quand je m'y présentai, le 6 février de cette dernière année, deux bâtimens venaient de les quitter; deux bâtimens, dont un français, t Aimable Joséphine ^ capitaine Bureau- Nous V en vîmes trois sous voilei>, comme je l'ai dit

dans l'exposé géogiaphique. Une goëlelte y mouilla le lendemain de notre arrivée , et trois autres peu de jours après notre départ. Tant de coromunications avec des étrangers et leurs visites à 0-taïti , où, à mon départ, en avril i834, se trouvaient deux de leurs chefs, ont dû civiliser un peu les habitans de Gambier , qui , maintenant , ne volent ^plus, traitent avec égard les étrangers qui les visitent, et se montrent circonspects, paisibles et réservés, quand ils viennent à bord des navires.

jy. B. Grescent. — Dans les généralités géographiques , relatives aux lies Gambier , l'ai indiqué cette petite ile , ou plutôt ce rescif , comme faisant , en quelque sorte , partie de leur groupe. J'ajoute ici que toute son histoire se borne, au moins jusqu'à ce jour , à l'indication suivante :

L'île Grescent a été découverte à la même époque que les îles Gambier ( 1797 ) , et par le même navigateur , le capitaine Wilson.

SECTION VI

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