LORD HOOD
et îles voisines.
, L il-e Lord Hood a été découverte par le capitaine Wilson, en 1797 , et revue, en 1826, par le capi taine Beechej.
Ces deux dates en résument toute l'histoire connue ; et la description du séjour que j'y fis en 1829, avec mes pêcheurs Pitcaïrns , et qu'on a vue dans la partie géographique , en complétera les annales ; car le monument religieux que j'y ai découvert, dans une de mes courses , ne peut donner lieu qu'aux spéculations les plus vagues, sur les premiers habitans de l'île et sur sa civilisation primitive.
Quant aux îles avoisinantes , il faut , pour en parler avec certitude , attendre du temps et des circonstances, de nouvelles lumières sur le gisement précis de celles dont l'existence est constatée , et sur l'existence même de celles à l'égard desquelles le vague des informations permet encore des doutes à la critique.
SECTION VIL
RAPA.
L'île Râpa fut découverte par George Vancouver, en décembre 1791.
Quand ce navigateur en approcha , un grand nombre d'Indiens entourèrent son bâtiment dans leurs pirogues, qui, de la même forme que celles des autres peuples de la Polynésie, et munies de balanciers, portaient de dix à douze hommes. Les na-
turels de Râpa étaient d'une taille moins élevée que les habitans d'O - laïti et autres îles voisines; mais, néanmoins, robustes, bien faits, gais et vifs comme tous les insulaires de la même race. Ce navigateur vante beaucoup leur caractère et l'expression de leur physionomie.
Après la visite de Vancouver, il ne fut plus question de cette île qu'à l'époque où le missionnaire anglais Ellis passa par Râpa ,, dans sa traversée de la Nouvelle-Hollande à 0-taïti , en janvier, 1817; mais le tableau que présentent alors les naturels est bien différent. Venus abord, ils s'emparaient, avec autant de hardiesse que d'avidité, de tout ce qui leur tombait sous la main. Ils tentèrent d'enlever un mousse , un gros chien , un chat. Le premier leur échappa ; ils ne purent prendre le second, à cause de la forte chaîne qui le retenait ; le chat seul devint leur proie, et ils l'emportèrent à terre dans leurs pirogues. Le missionnaire, en remerciant le ciel de ce que son enfant ne se trouvait pas sur le pont , au moment de ce pillage brusque, mais nullement hostile , car ils n'insultaient et ne frappaient personne , quitta pourtant l'île avec une idée peu favorable de ses habitans; et, s'il eût, alors, -publié, la relation de son voyage , il les aurait, sans dou|;e, mis au nombre des plus dangereux sauvages de la mer du Sud.
En 1825,. à l'époque où déjà le christianisme florissait à 0-taïti , et venait d'être introduit dans
plusieurs* 4çs îles voisines , le capitaine Henri, passant par Râpa , dans un petit bâtiment qui appartepait fi un chef o- taïtien , ^e saisit de deux des insulaires, les cpnduisit ^ sa résidence, et le^ confia aju missionnaire Pevies , lequel leur donna les premières notions de la lecture de l'écriture et delà nouvelle religion. Revepus de leurs craintes , charmés de la ^e^ulé et de l'opuleace d'0-taïti , et touchés des bons 'traite m en s qu'ils avaient reçus, tant des 0taïtiens que du missionnaire, qui, ^ une connaissance assey^ étendue de la langue , joint une douceur de caractère très-propre à l'accomplissement de sa tâche, ces hommes demandèrent à retourner dans leur île, promettant d'engager leurs compatriotes à adopter la religion chrétienne. Ils quittèrent O-rtaïti en janvier, 1826, munis de livres élémentaires , de plusieurs traductions de la Bible , et de quantité de présens eî^ outils, etc.; emmenant, d'ailleurs, ^yec eux , deux missionnaires indiens , natifs d'0-taïti n^ême ; le tout sous la direction du missionnaire Dévies, qui , après avoir été Jeur instituteur et leur catéchiste , eut encore le CQurage de les ramemer jÇ^ez eux.
Arrivés en vue de l'île , iU $e vir.ent bientôt ento»rés de pirogues remplies d'hpmjcnes armés , dont IçiP intentions Djç paraissaient pa§ des ph^s pacifiquçg ; mais ils sautèrent par-dessus bord , et les rejoignirent k la nage. A la v,ue de ces deux compatriotes, que, sans doute , ils ne comptaient plus ravoir , après leur
enlèvemept par les Européens; et sanç doute, aussi , d'après ce que ces dernie^-s Içpr dirent du Jieu oyi ils avaient été , du peuple qui l'habite et de la faveur avec laquelle on les avait traités ,)es naturel^ engagèrent le missionnaire et les autres étrangers à les suivre, sans aucune crainte, à terre, où ils les reçurent, en eiSet , de la manière la plus amicale; de telle sorte que M. Dévies n'eut qu'à se louer des éf^ards et de la bienveillance que les chefs et le peuple de l'île témoignèrent ^ tant à lui-même qu'à tous les siens , pendant le séjour qu'ils y firent. Les deux Indiens ramenés d'0-taïti, obtinrent bientôt, de leurs compatriotes , l'abandon de leur ancien culte , et J'adoption de la religion chrétienne, au moins quant aux formes.
Le missionnaire Dévies , et ceux qui l'avaient a<:compagné, n'étaient pas, au reste, les premiers étrangers qu'on eût vus dans l'île ; car ils y trouvèrent un homme natif de Mangareva (i) , l'une des îles Ganlbier , seul survivant alors de sept, qui, depuis plusieurs années, y avaient abordé sur un radeau , épuisés de fafigue et mourant de faim. Ils avaient tous été bien accueillis des habitans de Râpa ; mais , néanmoins , malgré la distance et le peu de probabilité de retrouver leur patrie , quatre d'eutr eux voulurent tenter d'y retourner; et, piunis de provisions que leur fpurnirent leurs hôtes , après les avoir
(0 Voyez partip géographique.
en vain engagés à rester, ils partirent par un fort vent d'ouest, en suivant la direction E.-S.-E. , dans laquelle ils croyaient leur île située. Depuis on n'a point eu de leurs nouvelles ; et il n'y a guère de doute que ces Indiens ( dirai-je courageux ou téméraires?) n'aient péri victimes de leur dévou^ement patriotique. Le dernier survivant des trois autres , déjà trèsvieux à l'arrivée des missionnaires , mourut vers
Ces difFérens faits , savoir , d'abord , la conduite des Indiens de Râpa , lors de la visite de Vancouver , qui s'en loue ; puis , à l'époque de celle de M. Ellis, où, sans cérémonie, et de la manière la plus brusque, ils s'emparent de tout ce qui leur tombe 'sous la majn , comme s'ils avaient un droit acquis à toute propriété étrangère; puis l'hospitalité qu'ils accordent si généreusement aux naufragés de Mangareva; puis, enfin , l'accueil favorable qu'ils font aux missionnaires d'0-taïti , après avoir appris les usages de cette dernière île ; ces diôerens faits, dis-je , démontrent , avec uri grand nombre d'autres analogues , que la manière d'agir, en apparence si inconséquente, des insulaires, en des circonstances diverses, tient exclusivement à dés usages locaux , dont l'ignorance a constamment trompé , sur leur vrai caractère , les Européensqui les traitaient de voleurs, de sauvages et de barbares, quand, dans le fond, c'étaient les gens les plus paisibles et les plus doux , ainsi que le prouvent, -avec tant d'autres , les habitans de Râpa, chez
quiles bâtimenspeuvent , désormais, aborder en toute sécurité, sûrs de trouver un peuple aimable, des plus sociable et des plus discret ; et qui , s*il a perdu quelques-unes de ses vertus primitives,, na que trop le droit d'attribuer cette perte fatale à Taltération de ses mœurs par leur mélange avec les uôtres.
SECTIOIN Vin.