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Le retour s’effectua sans incidents. tantôt à la voile au milieu des rafales, tantôt à la rame.
En somme, notre équipage, avec une heure de repos, avait souqué pendant huit heures : il semblait pourtant aussi frais et dispos qu'au départ.
Ces excursions en canot coûtent assez cher, qu'on soit étranger ou non : nous en avons eu pour une soixantaine de francs. Heureusement pour les Féringiens qui ont à se déplacer dans les îles, un petit vapeur effectue maintenant, environ tous les huit Jours, un trajet régulier entre les principaux villages.
À propos de paiement, il est bon de signaler qu'il n’y à pas lieu de se préoccuper de l'effigie des pièces. L'or, l’argent et le cuivre de tous les pays, France, Angleterre, Allemagne, Norvège, etc., sont acceptés sans discussion, la monnaie rendue avec une rapidité incroyable et sans la moindre erreur.
Le 18 août, nous appareïllons à 9 h. 1/2 du matin et, après des alternatives de vent debout et de calme, entraînés par le courant favorable, malgré les raz et les tourbillons, nous mouillons à 6 h. 1/2 devant Thorshavn:; nous débarquons Magnus Hejnessen, enchanté de son séjour parmi nous et emportant la plus haute consideration pour la cuisine française.
La rade de Thorshavn est très animée, car la Jolie canonnière danoise, qui stationne généralement à Trangisvaag, vient d'arriver, ainsi que le petit vapeur local. Une visite au gouverneur et au consul et, après une nuit de calme, nous appareïllons le 19 août, à 5 h. 1/2 du matin pour le Trangisvaag:fjord, dans l'île Suderoe. Il fait beau, avec brise modérée de O.-S.-0. Nous lon-
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seons de très près les îles San$gdge, Store Dimon et particulièrement celle de Lille Dimon (le petit diamant), qui ressemble à une meule de foin. Les bords sont tellement à pic qu’on ne peut y grimper qu'avec des
Effet de nuage à Klaksvig.
crochets de fer enfoncés dans les crevasses de la falaise. Elle est cependant habitée l’été par deux personnes qui ne vivent que de la chasse périlleuse aux oïseaux de mer qui y abondent.
Cette chasse aux oiseaux de mer est pratiquée par les Féringiens, qui les mangent et vendent également les plumes : elle peut être considérée comme leur sport
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national. Maïs elle est terriblement dangereuse. Elle se pratique généralement vers le mois de juin et surtout, bien entendu, dans les falaises où l’on trouve le plus d'oiseaux : or celles-ci sont justement les plus élevées et les plus inabordables.
Les chasseurs se font descendre par une corde, assis dans un nœud de chaise. Ils sont munis d’une gaule longue d'environ trois mètres, qui leur sert à s'écarter quand la falaise fait une saillie au dehors, à se balancer au contraire quand la falaise fait une rentrée, de façon à se rapprocher d'elle et à atteindre ainsi un rebord. Une fois sur le rebord, ils se débarrassent de la corde et l’attachent à une saillie ; puis, soit à la main, soit avec un bâton, ils prennent les oiseaux dans les trous. Mais le meilleur et le plus usité des procédés est de fixer un filet au bout de la gaule et de prendre au vol les oiseaux comme on prend des papillons, cette chasse ne pouvant bien se faire d’ailleurs que par certains vents qui font voler les oiseaux parallèlement à la falaise. On retrouve ce procédé de chasse au filet chez les Gréenlandais, et le D' Hayés en parle dans la narration de son voyage à la mer libre du pôle arctique (1860-1862). Quelquelois les chasseurs emportent avec eux des provisions et restent ainsi pendant plusieurs jours sur des rebords de la falaise.
Inutile d’insister sur les dangers de cette chasse et sur la fréquence des accidents ; maïs, nous le répétons, le Féringien ne connaît pas la peur.
On nous a montré à Thorshavn un homme auquel était arrivé l'aventure suivante. Il s'était fait descendre pour plusieurs jours sur un rebord de falaise qu'il croyait
reconnaître ; mais il se trompa et, après s'être balancé avec sa gaule, il s'arrêta sur un rebord étroit où un séjour prolongé était impossible... Ceux qui l'avaient descendu, le voyant arrêté, partirent ne devant venir le rehisser que trois jours plus tard! Notre homme, cependant, décide qu’il remontera à la force des poignets, une fois chasse faite : il attache sa corde à une saillie et se met à la poursuite des oiseaux. Mais la corde mal fixée se détache : elle pend maintenant à plus de trois mètres du rebord où se trouve le chasseur et sur lequel il ne peut ni se coucher ni même s'asseoir. Sa gaule est trop courte pour atteindre la corde. Enfin, après plusieurs heures d'angoisse, il prend son parti : par un terrible saut au-dessus de la mer qui bouillonne 200 metres plus bas, il parvient à saisir la corde qui se balançait au vent et remonte sain et sauf...
On nous a montré également un homme boitant des deux jambes depuis l’âge de treize ans, et qui passe pourtant pour un des meilleurs chasseurs d'oiseaux de tout l’archipel. Voici comment lui arriva cet accident : ‘Il est défendu aux enfants au-dessous de quinze ans de se livrer à cette chasse dangereuse : mais, comme sous toutes les latitudes, ils s’empressent de désobéir. Notre homme donc, à l’âge de treize ans, se fit descendre par un camarade sur une saillie gazonnée, à 60 mètres audessus du niveau de la mer. À peine s’était-1l éloigné de sa corde qu’il s'aperçoit que le terrain glisse sous ses pieds. Il se sent perdu, lorsqu'il distingue à une quinzaine de mètres plus bas une autre petite saillie gazonnée. Il n’hésite pas, et, au lieu de se laisser entraîner avec l’éboulis dans une chute fatale, il saute de Jui-
même sur l’étagère inférieure et en est quitte pour se casser les deux jambes. Quelques heures plus tard, on le remontait sur le bord de la falaise.
Après un louvoyage rendu long et difficile par les rafales et par les brumes, nous finissons par mouiller à 11 heures dans le Trangisvaags fjord, devant la ville de Tveraa, port de Trangisvaag, plus petite que Thorshavn mais plus importante commercialement. La Laura, courrier de Copenhague, vient d'arriver et, à notre grand étonnement, sur les sept passagers, 11 vy a cinq Français allant en excursion en Islande. On se serre vigoureusement la main en se souhaitant réciproquement bon voyage.
L'arrivée du paquebot cause dans Tveraa une grande animation et, à tous les mâts de pavillons, flottent les couleurs ou les flammes danoiïises. Tveraa est d’ailleurs une ville très commerçante : plusieurs bateaux sont en rade et, notamment, le long d'un appontement, un petit vapeur norvégien qui doit partir le soir même pour Glascow et qui, comme toujours, accepte aimablement une dépêche pour les nôtres. Nous devions d’ailleurs arriver rapidement à Stornoway d'où nous pümes télégraphier avant que ce vapeur ne parvint à Glasgow.
Ici encore, quantité de morues : nous avons pu prendre une série de photographies de ce poisson à tous les stades de sa préparation.
Enfin, une chose curieuse frappe nos veux : objet étrange dans un pays où 1! n'y a ni téléphone, ni télégraphe local ou continental, ni projet d'en établir un, c'est un superbe poteau télégraphique portant son godet de porcelaine et fièrement planté à l'entrée de la