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nuit, nous sommes accalminés par le travers de l'île Rathlin où nous avions été si brutalement secoués l’année précédente.
Le 25, le baromètre baisse lentement et régulièrement. >ar petite brise du S.-0., qui va en fraîchissant, nous louvoyons avec tout dessus dans le canal du Nord;
Féringiens modernes à Thordvn.
mais, à 10 heures, le vent fraîchit et, en même temps, le brouillard devient intense. Nous amenons les flèches et il faut mettre en travers toutes les 45 minutes pour sonder. Nous naviguons ainsi jusqu'à 3 heures, moment où la brume se lève : nous nous trouvons à la hauteur du Lough of Belfast. Le vent tombe et le courant nous entraîne au Sud. Le baromètre baisse toujours et l’apparence du temps devient très vilaine ; malgré le calme,
de. Rs. CAO SON: 1
nous Calons les mâts de flèche, hissons la voile de cape et le tourmentin et prenons deux ris dans la misaine. Vers 8 heures, le vent se lève fort du S.-E., et va en fraîchissant, passant par tous les caps pour arriver au N.-0. En prévision d’un coup de vent des régions Ouest, nous gouvernons constamment au plus près pour nous rapprocher de la côte d'Irlande.
Le 26, à 5 heures du matin, nous sommes sur le méridien du cap St-John dont nous voyons le feu à tribord. Nous laissons alors arriver un peu ; mais, subitement, le vent souffle en tempête du O.-N.-0., la mer devient affreuse et brise d’une façon terrible : nous fuyons, tout en cherchant à nous élever au vent pour éviter d'être drossés sur la côte du pays de Galles et pour gagner l'abri relatif que nous supposons trouver sous le vent des bancs d'Irlande. Nous embarquons quelques gros coups de mer, mais Pourquoi Pas ?, comme toujours se comporte admirablement.
A midi, nous doublons le bateau-feu de Cadlington et allons de bateau-feu en bateau-feu jusqu’au phare de Tuskar. Ce que je prévoyais se réalise : pendant ce dernier trajet, la mer brisant sur les bancs nous arrive moins formidable, bien que cependant elle écume dangereusement autour de nous. À 6 heures, nous laissons Tuskar à tribord et gouvernons le cap au Sud pour doubler Smalls et entrer à Milford. À mesure que nous gagnons le large, la mer devient énorme ; mais, heureusement, le vent mollit un peu et elle brise moins. Enfin, à 7 heures du matin, le 27 août, nous mouillons en rade de Milford, sans avoir pris un instant de repos depuis quarante heures.
Milford était pour moi pays de connaissance, Car, en 1889, j'y étais resté douze jours. C'est d’ailleurs une rade admirable et un excellent mouillage.
De Miüilford en France.
Le 28 août, à minuit, le vent calmit subitement et le 29, à 8 h. 1/2, nous appareillons par vent de $.-0., mer assez grosse. Le 29 et le 30, nous louvoyons pour gagner Land's End ; mais nous restons accalminés par le travers de Longship jusqu’au 31, à 11 heures du matin.
Le 127 septembre, brume épaisse et petit vent d'E.- S.-E. qui va en fraîchissant. Nous faisons assez bonne route un peu sous le vent de notre cap avec tout dessus. À 10 h. 1/2, nous voyons Roches Douvres un peu au vent à nous. Le vent devient alors très fort et la mer d'autant plus énorme que nous sommes en grande marée. Il nous faut successivement prendre un, puis deux ris dans la grand’voile, et caler les mâts de flèche. En vain, nous cherchons à doubler Roches Douvres : le courant nous prend en grand debout et nous ne gagnons rien au louvoyage.
Le temps devient de plus en plus mauvais : nous décidons d'abandonner Saint-Malo et d'entrer à Lézardrieux. La mer est énorme et la brume épaisse ; nous finissons néanmoins par faire bonne route sous notre misaine et, à 9 heures du matin, nous mouillons en rade de Lézardrieux.
Notre voyage était terminé et le retour à Harfleur,
CO
ND
notre point de départ, par Saint-Malo et Cherbourg, devait s'effectuer sans incidents.
Nous avions rempli notre programme en tous points, accomplissant une croisière des plus intéressantes et sans la moindre avarie, malgré les brumes et des temps particulièrement mauvais, ce qui est tout à l'honneur du bateau et de son équipage qui, pendant cette crolsière, ont fait l’admiration des Anglais eux-mêmes !
Nous avions parcouru en six semaines, sans tenir compte des détours forcés quand on navigue, 2.260 milles à la voile, et nous avions promené notre pavillon national et le guidon de notre club dans les pays où on ne les rencontre presque jamais (1).
(1) L'année suivante je revins aux Feroë, cette fois avec une goëlette me permettant des visites plus faciles et plus étendues de tous les fiords. Mais une description de ce séjour n'ajouterait rien aux lignes qui précèdent.
Recidives.
Trente-trois ans se sont écoulés depuis ce récit. Dans l'intervalle j'ai sillonné des mers plus lointaines, à bord d'un autre Pourquoi Pas?, plus grand que le premier et qui a conduit le pavillon français des terres glacées de l'Antarctique à la banquise du Groënland: Mais je suis retourné dix ou douze fois aux Féroëç toujours avec un égal plaisir et une admiration non diminuée. Mon troisième voyage à ces îles date de 1912; depuis la guerre je my arrête presque chaque année et j'y reçois admirablement le même accueil charmant.
En 1912, après dix ans d'absence, mouillant sur rade, je retrouvais mes Féroë, à première vue sans changement ; tout au plus à Thorsavn quelques maisons agrandissaient cette petite capitale qui conservait son caractère d'autrefois. Mais en descendant à terre, je pus constater que le progrès avait accompli son œuvre. Les Féroë n'étaient plus isolées du reste du monde
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