IL CONTE DI MONTE-CHRI8TO
de sa croisée, nous sourit agréablement. Nous rendons le sourire et nous voulons nous approcher. La dame continue à ne pas s’émouvoir. Naturellement. Elle est tout simplement peinte sur le mur. C’est un trompe-l’œil, une mystification, ' dans le genre de ceux que je vous ai cités dernièrement.
Ce soir, il y avait théâtre à Trente. On jouait il Conte di Monte-Christo, par Alessandro Dumas , il ■padre. L’impressario, connaissant le fanatisme des spectateurs italiens, et voulant s’assurer d’un nombre de représentations déterminé, avait choisi ce drame classique, qui, comme on le sait, se décompose en quatre drames et se joue en quatre soirées.
Nous étions arrivés pour la deuxième soirée et nous n’avons pas manqué de nous rendre à la représentation annoncée. Elle avait lieu dans un hangar à ciel ouvert, composé de bancs de bois et d’une scène faite avec quatre planches. L’orchestre se résumait en deux pistons, une grosse caisse, une flûte et un trombone. Le seul instrument qu’on entendait bien c’était la grosse caisse.
Jamais drame funèbre ne fut accompagné par de la musique plus gaie, des polkas et des galops plus propres à faire danser des paralytiques. Chaque fois que Dantès entrait en scène, l’orchestre • soulignait son entrée par une phrase près de laquelle Bu qui s'avance n’est qu’un chant d’église. Caderousse a assassiné le joaillier Joannès sur un motif à deux temps que la salle accompagnait avec les pieds et en riant aux éclats. Je n’al jamais vu prendre plus gaiement un meurtre accompagné de circonstances aggravantes.
Le lendemain matin, nous prenions le train du Brenner, afin de traverser le Tyrol en plein jour. C’est vraiment ainsi qu’il faut visiter cet admirable pays. Le Tyrol mérite, pour les touristes convaincus, plus d’un mois de station; les moindres excursions réclament deux et trois jours.
Aux voyageurs pressés et plus sceptiques, nous conseillerons de consacrer toute une journée à parcourir le Tyrol en chemin de fer. Je ne comprends même pas que l’on puisse, si l’on n’est pas pressé, se rendre de Paris à Vienne sans prolonger d’un jour son voyage, afin d’avoir une idée