LE BRENNER
suffisante de ce merveilleux pèlerinage de la vallée d’Eisack.
Selon ma promesse, je ne décrirai pas. J’indique, voilà tout, j’indique, mais j’insiste.
Le train qui depuis Botzen commence à monter vers le Brenner, marche assez lentement pour permettre au voyageur de ne rien perdre du pays qu’il parcourt. Vers le milieu du voyage on arrive à Franzenfeste, c’est le point de séparation entre le Tyrol italien et le Tyrol allemand. Le paysage change d’aspect, sans transition.
Les montagnes deviennent plus hautes et plus escarpées, les bois moins touffus, les prairies
moins riches en végétations, la vallée se rétrécit, et de loin on voit s’élever les cimes neigeuses des Alpes et les glaciers du Brenner.
A Fransenfeste, la vallée se divise en deux, l’une de ces parties mène à Inspruck, l’autre à Villach, en Carinthie. Elles sont toutes deux commandées par une immense forteresse qui menace la grande route d’Italie et qui forme, avec les montagnes environnantes* un des plus formi-
dables remparts qu’il soit permis de rêver. Si M. Trochu était enfermé là-dedans, il aurait beau faire, je suis sûr qu’il ne pourrait pas capituler.
On arrive à Inspruck vers la nuit. Inspruck est une jolie ville, je ne vous en dirai pas autre chose. Elle est curieuse par l’amalgame qu’on y observe des mœurs italiennes et des mœurs allemandes. Inspruck a la régularité et la propreté des maisons allemandes; elle a les arcades, les fresques, l’amour du peinturlage qu’on remarque en Italie.
Cependant, c’est une ville tout allemande. On y trouve ces curieuses brasseries qu’on ne con- . naît pas en France, et qui se composent d’une immense salle, éclairée au gaz, avec des becs sans ornements, entourée de quatre murs blanchis à la chaux, et remplie de larges tables de bois peint, où se réunissent des buveurs de bière et des fumeurs de pipe.
On ne connaît pas dans ces brasseries la table isolée, où l’on se confine à deux ou à trois. Ce sont des tables de tables d’hôte, où l’on s’asseoit l’un à côté de l’autre, à la file. Des filles aux joues