ENCORE VENISE
Belli Arti ; mais je garde pour moi les impressions que j’y ai éprouvées. Laissez-moi cependant vous dire une chose que personne n’a dite jusqu’ici : c’est que le doge Gradenigo, dont le médaillon orne l’un des panneaux de la salle du conseil, au palais des doges, est le portrait frappant de M. Grévy. C’est même sur ce médaillon que les photographes vont tirer les épreuves qu’ils vendent comme portraits du président de notre république. Je regrette seulement qu'ils aient supprimé la robe et le bonnet. M. Grévy en doge et épousant l’Adriatique, est un de ces spectacles qu’on ne saurait trop rêver.
On parle beaucoup de nous dans les journaux et dans les cercles. Les Italiens s’occupent de la France. Tout peuple latin qu’ils sont, ils sont moins personnels — peut-être moins ignorants — que nous, et ne sont point indifférents aux choses qui se passent à l’étranger, tandis que nous, toujours pleins de nous-mêmes, nous nous faisons le plus grand tort en confinant nos voix, nos pensées dans l’intérieur de notre pays, et même seulement de notre capitale. Les Vénitiens s’occupent de
354 VOYAGES d’un fantaisiste
Rome et aussi de Florence, de Milan, de Naples, — de Paris, de Berlin et de Vienne. On sait ici, en ouvrant un journal, tout ce qui se passe dans les grands centres du monde entier. Allez demander à un Parisien ce qui se passe hors de Paris, il l’ignore, et l’agence Havas, revue et corrigée, ne lui donne que des dépêches vagues , dans lesquelles on lui dit qu’on a distribué le livre bleu aux membres du parlement britannique ou qu’il pleut à Chandernagor. Sait-on seulement ce qui se trame à Berlin?
Vous me direz : Et vous ? Je n’en sais rien, c’est vrai; mais si j’avais le temps, je pourrais faire des conjectures. Les Italiens ne nous aiment pas, ceci est incontestable. Ils ont beau appeler M. Thiers il siynor T hiers, il sigwr Thier s n’est pas aimé, ni son ministère, ni son gouvernement. Les Italiens sont dos républicains platoniques. Ils aiment Garibaldi et estimaient Mazzini, comme on aime et estime Raphaël et le Titien, de loin, entre une heure et deux, en digérant. Ce sont des artistes républicains, qui sont beaucoup plus pratiques que nous et qui n’admettent pas que des