LA POLITIQUE
Ordinaire, des Gambetta, des signori Pyato et il Petrolio viennent les troubler dans leurs plaisirs ou leurs affaires.
La Prusse et ntalie sont les meilleures amies du monde. Je ne me pose pas en prophète, mais vous verrez. L’entente la plus cordiale règne entre les deux gouvernements. La Prusse est arrivée à ce point d’affection pour la botte italienne, qu’elle sollicite du gouvernement du roi la création d’un train rapide entre Berlin et Rome. Je ne sais pas par où ce train passera, mais soyez sûr qu’on l’organisera.
Il ne faut donc pas désespérer dos peuples latins. Ils ne sont pas si finis qu’on veut bien le dire. On parle beaucoup de la corruption de nos mœurs et l’on reproche à l’empire d’avoir favorisé celle des hautes classes. Je ne sais pas comment les hautes classes se comportent en Italie, mais la démocratie italienne me fait l’effet d’être abominablement pourrie. Si ce n’est pas de la pourriture , c’est alors de l’ingénuité , et quelle ingénuité!
Jugez-en. Dans l’ignorance où nous étions de
trouver notre chemin pour aller au Théâtre Malibran, nous avons avisé un petit gamin déguenillé qui nous y a conduits pour qualche soldi. Le petit drôle avait bien dix ans ; il fumait une vieille pipe noire comme un sapeur. En, route, ce bambin s'approcha de nous, et, d’une voLx basse et tentatrice, avec tous les raffinements du ruffian mystérieux et consommé, il nous a proposé ce qu'on propose ici, en dehors des musées, des gondoles et des églises.
Ce précoce messager des nymphes ne nous a quittés qu’à la porte de l’hôtel, insistant avec énergie et nous faisant, dans le langage du Dante, des descriptions à la Casanova, dont il avait l’air d’être le disciple. En im mot, il parlait en connaisseur, et ça a dix ans !
On répond à cela que les Italiens sont artistes, qu’ils aiment les belles choses; que dès le berceau leur esprit s’ouvre aux sensations élevées, aux belles-lettres, à la peinture, à la sculpture, à la musique ; que le bas peuple y est le moins indifférent. Le bas peuple me fait l’effet d’être surtout très-cynique, très-paresseux et très-intéressé. On I