UNE BRASSERIE
rouges, aux cheveux hérissés , servent les consommateurs et rient volontiers avec eux. Ce sont les Gf-etchcn du Tyrol. Elles allument le cigare des officiers et le leur rendent tout flambant. Au fond, sept ou huit gaillards jamais époumonnés, assis autour d’une table couverte de musique, soufflent comme des forcenés dans tous les instruments de cuivre qu’ait pu inventer M. Sax. Ils ne se reposent jamais, vont en mesure sans regarder le chef d’orchestre, qui joue lui-mêmo d’un instrument quelconque, font rarement de fausses notes et portent des lunettes.
Je ne vous ai point parlé des Tyroliens. C’est vraiment un beau peuple. Au point de vue de la taille et des muscles, on peut dire que ce sont des gaillards. Sous le rapport de l’intelligence, ils ne payent pas de mine, ils sont évidemment en retard sur la civilisation ; le chemin de fer va les policer tout à fait.
C’est à Botzen que nous avons vu pour la première fois le véritable Tyrolien ; j’entends le véritable campagnard tyrolien, c’est-à-dire le chasseur, l’homme à la veste verte bordée de rouge,
aux bretelles rouges, au chapeau pointu orné d’une plume ou d’une fleur, aux guêtres boueuses, et portant un fusil en bandoulière.
Ce n’est point le Tyrolien coquet des opérascomiques. Rien ne rappelle en lui madame Peschard dans la Timbale chargent. Pareillement, il y a peu de filles qui nous aient remis en mémoire la figure et le costume de madame Judic. Certes, le costume tyrolien est pittoresque, mais de près quelle désillusion ! Le chapeau est en feutre hérissé, les bretelles sont des ficelles, les pantalons et les vestes sont en étoffe grossière. Tout cela est fait pour courir dans la montagne, braver les pluies, affronter les accrocs et défier les injures du temps. C’est pittoresque, mais c’est sale.
Les costumes tyroliens de Paris ne sont pas plus exacts que le costume de bandits romains, sous lequel Fra-biavolo paraît si séduisant. Nos poètes ont idéalisé la vérité. Dieu me garde de les en blâmer, mais je ne puis m’empêcher d’affirmer qu’on a abusé nos concitoyens avec des rubans et des fleurs qui n’ont jamais existé.
N’allons pas trop loin, cependant. Le Tyrolien