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LE CHAPITRE DES CHAPEAUX

parcourir la ville. Malgré nous, nous nous arrêtions devant les chapeliers qui exhibaient en montre des cartons pleins de plumes les plus diverses et les plus voyantes.

— Voilà une jolio plume, dit Henri. Elle a du chic.

— Jamais je ne porterai do plume, lui répondis-je, mais s’il le fallait absolument, je choisirais celle-ci.

— Il faudrait être fou pour mettre son argent à de pareilles bêtises 1

— Certainement 1 certainement ! Qu’est -ce que ça peut bien coûter, une machine comme ça?

— Je n’en sais rien, quelques kreutzers tout au plus.

— Demandons-le au marchand. Je voudrais bien savoir le prix qu’il a l’audace de demander pour ces trois brins de plume.

— Demandons-le, pour voir; je veux bien.

Et nous entrâmes. Le chapelier fut d’une rare complaisance. Il défit toute sa boutique pour nous montrer ses plus belles plumes. Il y en avait

de tous les oiseaux et de toutes les couleurs, des plumes d’aigle, de vautour, de colibri, d'oiseaux des îles : des plumes mêlées, des plumes taillées, des plumes coloriées, des plumes dorées.

— Nous avons dérangé ce malheureux, me dit mon compagnon, nous ne pouvons pas décemment nous en aller sans lui acheter quelque chose.

— Tu as raison, va pour une plume. Combien?

demandai-je au chapelier en lui montrant une modeste plume d’aigle.

— Quarante kreutzers.

— Ce n’est pas cher. A ce prix- là nous pouvons en prendre deux.

Le choix fut long. A la fin, nous nous décidâmes et nous sortîmes, chacun une plume à la main.

— Je la donnerai à mon neveu, dit Henri, qui pense toujours à sa famille.

— Moi, je ferai tailler la mienne et je m’en servirai pour écrire à M. de Pêne.

(Vous voyez, cher maître, que je pense toujours à vous.)

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