GARE DE LYON
A l’heure que je vous écris, il fait beau. La gare regorge de monde. Beaucoup de gens s'en vont à la campagne, sous prétexte, disent-ils, d’éviter les cohues du 15 août, comme si nous étions encore à l’époque des feux d’artifice de l’empire.
Les voyageurs sont si nombreux qu’un employé de la compagnie fait tous ses efforts pour nous mettre neuf dans un compartiment de huit personnes. Grâce au règlement on se décide à ajouter une voiture. Je traverserai le mont Cenis demain dans la journée. On m’avertit qu’il y a des éboulements quotidiens et que le tunnel est obstrué à son entrée et à sa sortie. Je m’en désole pour moi, mais je m’en réjouis pour vous. Cela me donnera l’occasion de vous écrire une longuè lettre sur le théâtre même de l’accident.
En somme toute cette lettre n’est que du bavardage. Je ne l'ai écrite que pour vous infliger ce coup cruel, à savoir le départ de votre très-dévoué rédacteur.
Tarin. — Le Mont-Cenis. — Le phénomène des montres. — Contre le gaz. — Fra-Diavolo, restaurateur. — Le lac de Garde. — Riva. — Abiisdela fresque. — L'Ecole de Raphaël.
Turin, 18 août.
Nous avons traversé le mont Cenis sans accident, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il n’est plus permis aujourd’hui à un voyageur de parler du mont Cenis et d’avoir l’air de découvrir les merveilleux panoramas qui se déroulent autour de lui. Je le regrette, pour ma part, car j’aurais pu vous écrire là-dessus trois jolies pages de descriptions. Je me bornerai à vous signaler un phénomène quotidien qui se présente chaque