VIENNE ET PARIS
indifférent à ce vil métal, fait pour rouler, et que ménagent, au contraire, les Allemands du nord.
Pour peindre Vienne d’un seul mot, je dirai : Vienne, c’est Paris ; et si les Viennois étaient des Marseillais, ils pourraient s’écrier à leur tour : Si Paris avait le Danube, ce serait un petit Vienne ! Vienne, c’est donc Paris ; Paris petite ville, Paris où tout le monde se connaît, où le nombre des hommes dont on s’ocupe et des femmes dont on parle est plus restreint, et par conséquent plu» connu, plus observé, plus admiré ou plus ridiculisé. La vie de Vienne est disposée pour l’amusement et pour le plaisir. Depuis l’ouvrier jusqu’au millionnaire, c’est la môme existence, à des prix différents et à qualité inégale.
Tandis que chez nous le déjeuner est accessoire et que l’on travaille jusqu’au dîner pour s’amuser ensuite, les Viennois, après avoir très-légèrement déjeuné en se levant, vont à leurs affaires jusqu’à deux heures ; à deux heures on dîne, puis après le dîner on ne songe qu’aux plaisirs et aux promenades. Les gens actifs, les travailleurs passent
bien encore une lieure ou deux à leur bureau, pour signer les lettres, dépêcher une affaire, apprécier le cours de la bourse ; mais ils sont calmes, légers, rapides ; ils ne quittent pas leurs gants ; leur voiture est à la porte. Le théâtre commence de bonne heure, à sept heures, et finit à neuf heures et demie puis on va souper jusqu’à onze heures. Les soupers sont gais et très-bruyants. A partir de onze heures, on trouve encore dans Vienne les distractions les plus variées, les bals, les soirées, les clubs.
Ces observations expliquent pourquoi l’on appelle Vienne une ville de plaisirs. Ce n’est point une ville où l’on s’amuse plus qu’à Paris, c’est une ville où l’on s’amuse plus longtemps.
Tandis que chez nous, libre à huit heures après le dîner, vous allez au théâtre jusqu’à minuit, et, passé cette heure, vous ne pouvez vous amuser qu’en noctambulisant dans les restaurants des boulevards, aux dépens du sommeil ou de la santé, les Viennois commencent à six heures, se contentent de deux heures de spectacle, ont encore trois heures de nuit pour se livrer à toutes