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LA COCOTTE

s'amuse, la promiscuité est absolue. Au Neue Welt , qui est le Habille de Vienne, il y a des familles bourgeoises qui font vis-à-vis à Marguerite Gauthier, Nini les dents blanches et Gretchen du Sommering. Au Volgs’ Garten, qui représente ici le concert des Champs-Élysées, les jeunes gens quittent leurs familles pour aller causer de fleurs et de poésie avec les Lodoïska, Litschen, Zulchen, Catinka et Paméla qui émaillent le parterre du tendre Autrichien.

La cocotte viennoise...

Vous savez, cher monsieur, que je n’ai pas l’intention de consacrer un chapitre à aucune cocotte, ni d’établir un parallèle entre le demimonde français et le demi-monde allemand ; mais je ne puis m’empêcher, en essayant d’étudier les mœurs et les üsages d’un pays, de relever certaines différences qui sont intéressantes. L’étranger qui vient à Vienne veut tout connaître, et le devoir du chroniqueur en voyage est d’instruire en amusant. Je ne viens donc pas m’excuser de traiter un sujet en apparence immoral ou tout au moins puéril ; non, je parle de Vienne : j’ai

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dit que Vienne, comme Paris, était une grande ville de plaisirs; c’est bien le moins que je m’occupe des éléments constitutifs de Vienne.

Or, la cocotte viennoise est un élément constitutif. Ce n’est point la cocotte française, c’est-àdire la femme artificielle, Parisienne par excellence, bavarde et rieuse, dont la réputation est européenne ; qui, avec de l’instruction et de l’esprit, serait Aspasie ; qui, avec de la vraie beauté, serait Phryné, et qui, en fin de compte, n’est rien du tout qu’un papillon aux fragiles couleurs.

A Vienne, une cocotte n’est point une cocotte. Elle se rapproche sensiblement de l’ancienne grisette chantée par Béranger.

A Paris, on trouve ce type parmi les jeunes vertus médiocres qui ont un pied dans l’atelier et un autre dans le cabinet particulier de la Maison d’Or; qui portent un bonnet jusqu’à midi et un chapeau le soir; qui sont ouvrières jusqu’à sept heures. C’est la chrysalide de la cocotte, — état précaire qui ne dure pas à Paris, où l’on reste chenille quand on ne devient pas papillon.

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